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La Gazette N° 85 du 31 juillet 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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La Gazette d'Admiroutes ne paraîtra pas en août

Investir dans la recherche

La Commission européenne a publié en avril 2003 une communication sur le thème "Investir dans la Recherche". On y trouve une longue liste de mesures, certainement très pertinentes. Mais on reste perplexe. Qui va payer et mettre en oeuvre tout cela, au delà des quelsques fonctionnaires affectés à la recherche communautaire par la Commission? Disons qu'un tel plan devrait servir de plate-forme aux partis politiques, notamment en France, qui voudraient montrer leur intérêt pour la recherche. On en est loin. 30/07/03

http://www.europa.eu.int/comm/research/era/3pct/pdf/com2003_fr.pdf


Les suicidés du spectacle

Dans un article sous ce titre de la rubrique Rebonds (Libération, 16 juillet 2003), le philosophe Jean Baudrillard semble 1) considérer que les intermittents du spectacle représentent " une entreprise de décervelage général, une orgie de " création " et de consommation culturelle dont nous sommes tous complices ". Il estime que le pouvoir est bien mal avisé de pousser au suicide des activités qui lui rendent le service de désamorcer par une profusion de loisir et de culture les conflits plus sérieux, sociaux et politiques,

Jean Baudrillard fait partie de ces philosophes à la française qui, contrairement à leurs collègues étrangers, ne disposent guère de base scientifique moderne, ni biologique, ni cognitive, ni systémique, pour analyser les sociétés sur lesquelles ils portent leurs jugements. Ils en sont donc réduits à des coups de gueules approximatifs, où des vérités d'ailleurs primaires côtoient de massifs aveuglements (On se souvient qu'après le 11 septembre 2001, il avait beaucoup étonné en comparant Ben Ladden avec un authentique réformateur). Suite à l'article de Rebonds, des écrivains proches du mouvement des intermittents avaient évidemment protesté, le 18 juillet, toujours dans Libération, contre ce qu'ils estimaient être de la part de Baudrillard une agression contre l'art et la culture, dont le " spectacle vivant " est selon eux un des meilleurs représentants.

Ces articles à base d'affirmations contradictoires font regretter l'absence d'une discussion aussi rationnelle que possible (pour ne pas dire scientifique) sur le rôle de la culture en général et de l'art en particulier, dans les sociétés modernes. Bornons-nous ici à évoquer quelques thèmes qui mériteraient d'être examinés :

- faut-il réserver le terme de culture à ce que les anthropologues désignent par le social (en l'opposant à la nature, qui relève du génétique). Dans ce cas, l'art (ou la culture au sens restreint de culture artistique) fait partie de la culture au sens large, mais tout laisse penser qu'il appartient aussi à la nature. Pour notre part, nous pensons qu'il ne faut pas opposer la nature et la culture, mais montrer les interactions qui s'exercent entre ces deux sphères et qui créent la complexité dont notre société est un des résultats. Toujours dans ce cas, pour parler de façon pertinente de l'art (production artistique, consommation artistique), il faut faire appel à ce que l'on pourrait appeler une sociologie, une esthétique et même une philosophie évolutionnaires (c'est-à-dire n'ignorant pas les acquis de la sociobiologie). Nous terminons en ce moment la lecture critique d'un livre tout à fait éclairant de Steven Pinker, The Blank Slate, the Modern Denial of Human Nature, Viking, 2003, qui sera publiée prochainement dans la revue Automates-Intelligents.

- quels sont exactement les rôles des pouvoirs dominants, politiques et économiques, dans la génération de contenus culturels destinés à " mettre en condition " les individus sur lesquels ils veulent exercer une influence? Peut-on dire que les " spectacles vivants " font partie de cette entreprise, sans mentionner la propagande politique, la télévision, la publicité ? La télévision telle qu'elle est aujourd'hui conçue en France, y compris par les chaînes dites publiques, dont les contenus sont sous-traités à des sociétés de production ne recherchant que le profit immédiat, nous paraît plus efficace pour désamorcer les conflits (c'est-à-dire pour empêcher les citoyens de penser par eux-mêmes) que le théâtre et la danse. Mais peut-être Baudrillard apprécie-t-il le sieur Arthur?

- les spectacles vivants ont l'avantage de faire, plus ou moins, participer les spectateurs en les rassemblant en un lieu physique face à des acteurs, ce qui peut générer des émotions collectives dont les autres formes de culture, notamment la télévision, sont incapables. On pourrait faire évidemment beaucoup mieux, en matière d'interactivité et de participation, en descendant davantage dans les quartiers et les campagnes , si je puis dire, plutôt qu'en se limitant à des occasions et lieux assez élitistes. Il faudrait par ailleurs que progressivement s'atténue la barrière entre créateurs actifs et spectateurs passifs, ce qui entre autres conséquences reposerait sur un vaste développement du bénévolat. Cette perspective serait la seule façon de permettre aux citoyens d'échapper à l'assujettissement que veulent leurs imposer les pouvoirs. Les promoteurs et acteurs des spectacles vivants se rendent-ils compte de leurs capacités potentielles de contestation et d'élaboration d'un " autre monde possible ", selon l'expression des altermondialistes? Ils répondront par l'affirmative. Mais en ce cas, peuvent-ils en même temps courir les subventions provenant des politiques culturelles officielles ?

- à propos de politique culturelle officielle, ceux qui ne se reconnaissent pas entièrement dans la marchandisation et l'américianisation de la culture prônées par le néo-capitalisme peuvent-ils espérer, sous un gouvernement de droite, que l'Etat ne se désengage pas totalement d'une politique de service public en matière de culture ? Que faudrait-il alors y mettre , en termes de contenus mais aussi de ressources budgétaires? Quels en seraient les acteurs ? Quelle serait leur marge de liberté ? La culture scientifique devrait-elle en faire partie ?

- les arts en général et les arts vivants en particulier n'exigent-ils pas, pour être crédibles, un métier, un professionalisme, toujours longs et difficiles à acquérir. Si produire une sculpture consiste à exposer une crotte de chien sur un plateau, si n'importe qui peut descendre dans la rue en faisant des grimaces pour faire rire, voire comme certains l'ont proposé en jetant un animal vivant par la fenêtre pour créer une belle tache sur le trottoir, ce type d'art ne convaincra que les snobs. Ceux qui en seront coupables ne pourront pas prétendre recevoir de la collectivité des rémunérations suffisantes pour leur permettre de continuer à exercer leurs activités. Il faudra qu'ils trouvent pour les faire vivre des sponsors privés amateurs de coups publicitaires. 30/07/03

1) Nous disons " semble " car l'article est d'une grande confusion. On en sait pas très bien selon l'expression populaire, où l'auteur veut en venir. C'est souvent le cas avec Baudrillard


Sommet mondial de la société de l'information

Frédéric Couchet fcouchet@april.org qui préside l'association APRIL, laquelle milite pour les logiciels libres, nous recommande l'article suivant, qui donne un sentiment général sur l'état de la SMSI à ce jour http://fsffrance.org/news/article2003-07-18.fr.html 30/07/03

NB: le ministère français de l'industrie consulte sur ce sujet. Voir http://www.telecom.gouv.fr/international/omu_smsi.htm


Prévention des risques technologiques

Le Parlement a définitivement adopté le projet de loi sur la prévention des risques technologiques et naturels, un peu moins de deux ans après l'explosion de l'usine AZF de Toulouse. Les sénateurs ont contesté l'obligation faite aux exploitants d'installations à haut risque (classées "Seveso seuil haut") d'estimer le coût des dommages matériels qu'un accident pourrait occasionner au voisinage, même si le texte prévoiyait que cette estimation ne pourra pas être opposable aux industriels devant les tribunaux. Ils ont également imposé une réduction de la portée de l'article 1er du projet de loi, qui instituait une réunion publique obligatoire lors des enquêtes publiques relatives à des installations "Seveso seuil haut". Celles-ci ne se tiendront plus qu'à la demande des maires. 22/07/03

- http://www.senat.fr/dossierleg/pjl02-116.html


Entrer en compétition ou collaborer avec les Etats-Unis

Un de nos lecteurs réagit sans tarder à notre éditorial du n° 43 d'Automates Intelligents, l'Appel des chercheurs et la place de la recherche en France http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2003/45/edito.htm. Son expérience de start-up dans un domaine innovant lui a appris, à ses dépends, qu'il y avait peu de choses à attendre de l'Europe pour encourager de telles entreprises : multiplicité des comités Théodule, manque d'intérêt pour les applications commerciales et la coopération internationale concrète, vieillissement général de l'imagination collective. Bref, notre ami est en train de finaliser quelque chose en Amérique.

Pour lui, l'Europe perd son temps à tenter - quand elle le fait - d'entrer en compétition avec les Etats-Unis, en réinventant de multiples roues existant déjà. Mieux vaudrait essayer de devenir un brillant second, apportant ses propres compétences et sa créativité dans des programmes américains, qu'ils soient industriels ou scientifiques. Il oppose ainsi, à titre d'exemple, la référence déjà ancienne de la coopération réussie entre GE et Snecma pour le moteur CFM 56 à la compétition annoncée dans le domaine de la localisation satellitaire (Galiléo contre GPS). Galiléo, selon lui, aura toujours 10 ans de retard par rapport à GPS ou des versions up-gradées de celui-ci. Mieux aurait valu proposer une coopération visant à un super-GPS commun.

L'argument est sérieux. Il mérite discussion. Rien n'interdit d'ailleurs aux industriels et laboratoires européens pensant possible de coopérer avec des homologues américains de le faire. Reste à savoir cependant quelle part du gâteau l'hyper-puissance américaine serait prête à consentir à des partenaires européens. Ni les industriels ni le pouvoir fédéral ne semblent désireux de partager une avance technologique ou des positions commerciales lorsqu'ils y sont dominants.

Si l'Europe existait, en tant que puissance politique et économique, elle serait mieux placée qu'elle ne l'est actuellement pour proposer des partenariats sur un pied, sinon d'égalité, du moins gagnant-gagnant. L'exploration spatiale, notamment martienne, le programme Iter, les biotechnologies, les ordinateurs quantiques et à ADN seront des champs où de telles coopérations pourraient s'envisager. Il devrait d'ailleurs s'agir alors moins d'une coopération américano-européenne qu'internationale. Mais il faudrait que l'Europe accepte de mettre des financements publics substantiels dans de tels programmes. Ceci nous replace dans le cadre de notre éditorial précité: est-on conscient de l'intérêt de tels objectifs, et de telles coopérations, d'abord en France, dans d'autres pays européens ensuite ? 22/07/03

CFM 56 http://www.cfm56.com/engines/cfm56-3/


1 milliard de dollars par jour

Je saisis au vol une information (que je ne peux vérifier) selon laquelle la guerre en Irak coûterait aux Etats-Unis, actuellement, 1 milliard de dollars par jour (sans compter les morts). Sans commentaires. 22/07/03


Sommet Mondial sur la Société de l'Information

Sans doute encore une énorme machine à gaz; où ne s'exprimeront que les pouvoirs politiques et économiques. A étudier de près cependant 19/07/03http://www.itu.int/wsis/basic/about-fr.html . Il reste que techniquement, l'organisation de tels réunions mondiales n'est pas simple. Comment donner la parole à tous, y compris aux représentants de la société civile, alors que les intérêts constitués font tout ce qu'ils peuvent pour monopoliser les débats.C'est une des grandes difficultés, auxquels on pense peu, de l'action de l'ONU et des organisations internationales.
- NB: pour s'informer des nouvelles les plus récentes concernant le logiciel libre et le combat contre la brevetabilité des logiciels, je rappelle les sites de l'Association April, (Association pour la promotion et la recherche en informatique libre) http://www.april.org/ et de l'Association Free Software France http://fsffrance.org/

SMSI. Voici une première impression, communiquée par un ami, que je remercie:
Cette semaine se déroulait à l'UNESCO (125 rue de Suffren à Paris) la troisième intersession du Sommet Mondial de la Societe de l'Information (http://www.itu.int/wsis/preparatory/prepcom/intersessional/index.html). L'objectif du SMSI est de "déboucher sur l'élaboration d'une déclaration d'intention politique claire et d'un plan d'action concret pour que la société de l'information puisse atteindre les objectifs qui sont les siens, compte dûment tenu de tous les intérêts en jeu. La portée et la nature de cet ambitieux projet nécessiteront l'établissement de partenariats stratégiques avec des entités des secteurs public et privé"

Je trouve assez stupéfiant de voir dès la présentation du sommet une référence aussi explicite au secteur privé alors que dans la section "Un défi à relever" de la même page, on peut notamment lire "Ce processus dynamique [la mise en place de la société de l'information] est annonciateur de bouleversements radicaux dans tous les domaines de notre vie: diffusion des connaissances, modes de comportement en société, pratiques économiques et commerciales, engagement politique, médias, éducation, santé publique, loisirs et distractions. Nous sommes au coeur d'une véritable révolution, peut-être la plus importante de l'histoire de l'humanité.". Surtout quand lesdits "objectifs qui sont les siens" ne sont pas dûment explicités...

Après cette petite introduction, une tentative de résumé...

1) Les participants

Participent au SMSI:
- les gouvernements;
- les entreprises;
- la société civile.

On peut se demander, si l'on est complètement naïf, ce que viennent faire les entreprises dans de telles discussions. Les gouvernements ne sont-ils pas les seuls à avoir la légitimité pour participer à un tel rassemblement? Devant la protestation ONG, des éléments de la société civile ont été conviés à participer aux discussions. Il faut voir dans quelles conditions matérielles (moyens réduits, temps de parole limités,...) et de quelle manière leur voix peut être entendue. En effet, les ONG n'ont pas directement voix au chapitre mais leurs remarques peuvent être intégrées dans les positions officielles par les gouvernements une fois qu'elles se sont toutes mises d'accord. Seulement, une fois que les ONG se sont mises d'accord, intégrer leur propos reviendrait à remettre en cause le consensus auquel sont parvenus les gouvernements... Donc...

Bref, dès le départ, le débat est biaisé et le profit passe avant l'homme.

2) Les documents

J'ai parcouru quelques uns des documents préparatoires. Certains, comme le plan d'action, sont assez "amusants". On voit ainsi dans le même texte affichées la nécessité de développer les TIC dans les pays en voie de développement, de mener des projets d'alphabétisation à l'aide des TIC tout en déclarant auparavant comme impératif de laisser le marché fixer les prix des prestations en la matière, notamment de la bande passante. Au regard du bénéfice qu'ont tiré les pays en voie de développement de la déréglementation des échanges, on pourrait espérer que certains se feraient un peu plus discrets, mais non...

3) les débats

Les documents du sommet font également référence à l'importance des IPR ("Intellectual Property Rights"). À la date de l'ouverture de l'intersession, ils ne les mentionnaient cependant pas suffisamment au goût de certains (comme, par hasard, les États-Unis). Il semble que, par conséquent, la position américaine, coïncidant comme par hasard avec celle de la plupart des multinationales, va être intégré en l'état, sans débat, au projet de document.

Les représentants des gouvernements (pour certains) et des entreprises tentent également de mettre sous le tapis certains points clés pour un partage harmonieux des connaissances, des créations et des technologies, ainsi que pour l'instauration d'une libre concurrence réelle entre tous les acteurs du marché. Certains tentent ainsi de réduire le logiciel libre à un simple modèle de développement économique, niant ainsi les travaux de chercheurs tendant à démontrer que, pour certains types de biens, dont les immatériels, le fait de les considérer comme communs et définir des mécanismes de partage permettant à tous de les utiliser et de les améliorer produit de meilleurs résultats. Certains "gros mots", comme l'interopérabilité qui nous est chère, doivent également être gommés des documents finaux.

4) Conclusion

Bref, tout cela est très noir. L'OPA des seigneurs sur le futur, sur les créations et les moyens de créer existants et en cours d'invention, continue et s'amplifie. Comment pouvons-nous nous y opposer? Comment pourrions-nous ne pas nous y opposer?

Ludovic Pénet lpenet@april.org


Marchés publics

On n'a pas assez insisté sur l'incroyable cafouillage du ministre des finances, Francis Mer, ayant proposé pour raisons de simplification de relever le seuil des appels d'offres (c'est-à-dire de la mise en concurrence formalisée) de 90 000 euros pour les marchés de travaux à 6,2 millions d'euros , et obligé par le Premier ministre de redescendre ce seuil à 240 000 euros. Au seuil proposé, 94 % des marchés publics de l'Etat et 98 % de ceux des collectivités locales auraient été exclus de la procédure d'appel d'offre - avec les risques de collusion que l'on devine. Quand on a connu l'austère ministère des finances qui, pendant des dizaines d'années, a veillé au sein des commissions de marchés à la moralité des passations de contrat, on s'étonne que les responsables de ce ministère n'aient pas fait hara-kiri, plutôt que laisser leur ministre s'égarer ainsi. Ces mêmes fonctionnaires ont du s'étrangler en entendant le même Francis Mer affirmer qu'il assumait pleinement sa décision de rendre facultative, au sein des commissions d'appel d'offre, la présence de fonctionnaires de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ceux-ci ne serviraient à rien, selon lui.

On peut en discuter. Mais rappelons que si l'on voulait vraiment simplifier et accélérer les procédures, tout en renforçant la transparence, la généralisation des appels d'offres et des attributions de marché par électronique, avec une large publicité sur Internet, serait autrement plus efficace. Mais voici 10 ans que l'on en parle, sans que rien ne se passe, sauf marginalement. Cherchez pourquoi. 18/07/03

PS au 19/07. je reçois le communiqué suivant, qui est évidemment commercial, mais qui peut vous intéresser:

"Cinq acteurs au service des collectivités publiques, la Caisse des dépôts et consignations, l'Union des groupements d'achats publics, France Télécom, Dexia - Crédit Local et le Groupe Moniteur, se sont associés pour créer une entreprise commune dénommée " achatpublic.com ". Ils ont créé cette société anonyme à directoire et conseil de surveillance au capital initial de 10 704 020 € pour fonder et exploiter un site Internet de référence, voué à l'assistance des collectivités publiques dans la conduite des procédures de passation de leurs marchés publics.
"achatpublic.com " proposera aux collectivités publiques (services centraux et déconcentrés de l'Etat, collectivités territoriales, établissements publics nationaux et locaux), aux organismes de droit privé soumis au code des marchés publics, et aux entreprises françaises et communautaires qui sont leurs fournisseurs actuels ou potentiels :
- d'une part, des informations et des conseils d'ordre juridique, administratif, économique et technique, à même de favoriser la sécurité juridique des procédures de mise en concurrence et l'efficience économique des marchés publics de travaux comme de fournitures et de services ;
- d'autre part, des plates-formes technologiques leur permettant de dématérialiser la passation des marchés publics et les flux d'information y afférent, et d'organiser leurs séances d'enchères électroniques
http://www.achatpublic.com/ "


Qui a tué David Kelly?

Il nous faudrait un nouveau BHL pour entreprendre un reportage qui risquerait d'être aussi intéressant - ou plutôt aussi attristant - que celui consacré à la mort de Daniel Pearle. S'il apparaissait que l'honnête David Kelly a été suicidé pour raison d'Etat, ou pour faire les affaires de Murdoch, cela jetterait une ombre sinistre sur le démocratie britannique. Car ici nous ne sommes plus au Pakistan, mais à Londres. Il est vrai que lorsqu'on lit les romans d'espionnage, on ne peut avoir aucune illusion sur les méthodes des services secrets de sa Gracieuse Majesté, ou de leurs émules.

On doit reconnaître cependant que la Grande Bretagne et les Etats-Unis restent des démocraties, car les manipulations concernant les armes de destruction massive commencent à faire un sérieux scandale, ce qui aurait été inimaginable tant à Bagdad qu'à Karachi. Affaire à suivre donc. 18/07/03


Sécurité du transport maritime

Le site de l'Assemblée Nationale vient de publier le rapport de la Commission d'enquête sur la sécurité du transport maritime (jeudi 17 juillet 2003).
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/enquete-transport-maritime.asp . Ceux qui s'intéressent à cette question (c'est-à-dire en principe tous les Français) devraient le lire et surtout faire pression sur les députés et sur le gouvernement pour que ces mesures de bon sens soient enfin décidées. Cela fait maintenant plus de 5 ans que l'on en discute, aussi bien en France qu'à Bruxelles. Quelques décisions utiles ont été prises, mais elles sont loin encore d'être appliquées, notamment en France. Le Président de la République a stigmatisé les "voyous des mers", mais son indignation semble retombée.

Ce domaine est soumis en partie au droit international et au droit communautaire. On peut penser cependant que des actions unilatérales de la France pour éliminer les navires poubelles de nos eaux et protéger nos côtes auraient un effet salutaire. Nous serions condamnés dans un premier temps devant les juridictions internationales, mais dans un second temps le mouvement serait lancé. Encore faudrait-il accepter de payer le prix des moyens qui nous manquent, notamment en matière d'une garde-côtes renforcée. Les manques à gagner que vont pendant des années enregistrer le tourisme du fait de la pollution justifient bien cette dépense.

Les Armateurs de France viennent pour leur part de décider d'améliorer la sécurité des navires battant notre pavillon, mais dans l'état actuel de la déréglementation, ils vont sans doute perdre de ce fait leurs derniers clients , vu l'augmentation résultante de leurs coûts. http://www.armateursdefrance.org 18/07/03


Les rapports sur l'administration électronique

Le premier Comité interministériel pour la société de l'information (CISI) de l'actuel gouvernement s'est tenu le 10 juillet 2003. À son issue, Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies a présenté les mesures préconisées pour «renforcer la confiance en l'internet du grand public et des familles, et permettre à un nombre croissant de Français de se familiariser avec ces technologies. Voir http://www.recherche.gouv.fr/cisi/2003/index.htm#principal .

La ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies présidera par ailleurs un Conseil consultatif de l'Internet, dont la création officielle sera entérinée à la rentrée. Ce nouvel organe est décrit comme un «conseil des sages», associant utilisateurs, représentants d'acteurs économiques et associatifs. Il «éclairera les choix de la puissance publique sur l'Internet» et pourra être consulté «sur tout projet de loi impliquant la communication électronique ou la correspondance privée en ligne».  Le Forum des droits sur l'internet (FDI), créé en juin 2001, devrait en assurer le secrétariat général.

On reconnait dans cette formule alambiquée le résultat d'un arbitrage fait entre ce nouveau CCI et le FDI , qui avait tremblé pour sa survie. Les Conseils et Forums ne manquent pas (n'oublions pas la CNIL qui a revendiquée son rôle dans tout cela). Les rapports ne manquent pas davantage, concernant l'Internet en général et l'administration électronique en particulier. Ils se sont multipliés depuis 5 ans. Un observateur avisé s'est amusé à en dresser la liste, que je vous épargne. Les actes clairs ne suivent guère. Ce n'est pas pour me flatter, mais ayant inauguré cette rafale de rapports en 1998, je constate que les derniers-nés recommandent à peu près les mêmes réformes que mon propre rapport. Pour être plus exact, beaucoup des mesures qui allaient de soi ont été prises, mais le véritable esprit de l'Internet et de la réforme administrative, qui suppose le travail coopératif en réseau, avec les changements de procédures et de structures pouvant en découler, reste encore dans les limbes. 17/07/03


Culture de l'argent ou culture de terrain

Les représentants des intermittents du spectacle dénoncent non sans raisons, la culture ambiante qui est celle de l'argent. La Télévision est devenue notamment une machine à pervertir le goût et la morale, en flattant les instincts les plus médiocres. Cela n'est pas près de changer, vu les profits qu'en tirent les maisons de production et les chaînes, soutenues par les pouvoirs politiques. Aujourd'hui, disait un de ces intermittents sur France Culture (la seule radio qui semble être restée un peu intègre) rien n'encourage un artiste à faire œuvre de création, car il serait tout de suite mis hors réseau. Un Van Gogh ne pourrait jamais voir le jour.

Admettons. J'ai peine à croire cependant que les créateurs aient besoin de la reconnaissance immédiate de la nation pour s'exprimer. Van Gogh lui-même, en termes d'influence académique, ne pesait pas lourd face aux pompiers de l'art officiel. Il a cependant réussi à s'imposer. Celui qui se prétend créateur ne dispose pas automatiquement d'un droit à salaire et protection sociale du seul fait qu'il se proclame artiste. Il lui faut gagner, souvent à force de bénévolat et de vache enragée, tout en conservant le cas échéant un emploi de subsistance, un minimum de reconnaissance publique. Pour cela, comme dans l'Internet, il faut commencer petit et bon marché sans en avoir honte. Précisément, Internet et les technologies légères de l'image et du son offrent la possibilité de créer sans guère de dépense, sauf en temps et en imagination. Par ailleurs, le public ne doit pas être recherché d'emblée sur les grandes scènes nationales. Il y a suffisamment de spectateurs potentiels dans les banlieues et les campagnes pour participer activement aux œuvres de création qui leur seraient proposées. De ce terreau, les meilleurs émergeraient. Ceux qui refusent ces possibilités en ne les jugeant pas dignes de leurs immenses qualités ne peuvent se plaindre si le marché officiel du travail n'est pas assez vaste pour les entretenir tous. 17/07/03


La transparence n'intéresse personne

Il faut revenir sur le rapport Douste-Blazy concernant les entreprises publiques, que nous évoquions dans le précédent numéro de La Gazette. Il est désormais disponible en ligne http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r1004.asp. Que l'on soit ou pas favorable à la ligne politique générale, il faut le lire attentivement. Les écoles administratives devraient en faire matière à travaux dirigés, car d'innombrables aspects de la gestion publique à la française y sont détaillés.

Ceci dit, on attendrait une enquête de même nature concernant les grandes entreprises privées. Le président du Medef a beau dire que leur gestion n'intéresse que leurs actionnaires, tout citoyen aurait le droit de savoir plus clairement ce qui s'y passe, surtout quand ces entreprises font bon marché non seulement des réglementations mais de la probité si hautement préconisée dans les écoles de commerce et les déclarations publiques.

On doit cependant reconnaître que les citoyens français sont aussi largement responsables du manque de transparence des entreprises, qu'elles soient publiques ou privées. Différentes réformes ont rendu la publication de certains documents comptables obligatoires. Or il semble bien que personne ne va les consulter - même pas les petits actionnaires. Fatalisme, paresse, obscurité et inaccessibilité pratique de ces informations, peut-être. Mais nous serions dans une démocratie vivante, les associations, les syndicats, les partis politiques serviraient d'intermédiaires. Plutôt que se limiter aux lieux communs électoralistes, ils devraient recruter des gens capables de regarder les documents et rendre compte. Beaucoup de spécialistes (notamment des retraités) feraient cela bénévolement si on le leur demandait gentiment, et s'ils avaient l'impression de servir la collectivité. A la suite de quoi les parlementaires pourraient poser des questions pertinentes, sans attendre la mise en place, une fois tous les 10 ans, d'une commission d'enquête. Prenons parmi des dizaines d'autres l'exemple d'Air Lib. Fallait-il attendre la catastrophe pour découvrir les méfaits de la direction ? Une démocratie vivante, démocratie d'entreprise et démocratie politique, devrait traiter ces affaires autrement. Et utiliser l'Internet chaque fois que nécessaire. 17/07/03


Une lumière sinistre sur la France d'en haut

Sans faire d'allusion à des personnes précises, on doit bien reconnaître que depuis quelques années, les instructions et enquêtes suspectant des complicités criminelles entre notables jouisseurs, magistrats complices, policiers aux ordres et malfrats hommes de mains sont trop nombreuses pour ne pas projeter une lumière sinistre sur ce qui se passe dans les ors discrets des classes dirigeantes, comme aurait dit Vallès. Les victimes en sont, comme toujours, de pauvres filles dans le besoin qui servent de proies sexuelles à des hommes se croyant intouchables. Si on ajoute à cela, comme le rappelle le Nouvel Observateur dans un article récent ( n° 2018, Messier, le scandale du parachute en or) " la folle dérive des patrons français ", on ne peut pas dire que la France d'en haut donne un spectacle ragoûtant. Cela a toujours été, direz-vous. Vous trouverez la même chose dans toutes les grandes démocraties, ajouterez-vous. Il n'empêche, voilà bien de quoi renforcer l'indignation ambiante.17/07/03


TVA restauration

J'ai reçu d'une abonnée que je remercie un plaidoyer pour la baisse de la TVA dans la restauration, au motif qu'il s'agit d'un projet vital pour les petits et moyens restaurateurs. Il s'agissait d'une réaction à un article précédent de la Gazette. Il s'avère aujourd'hui que les baisses de TVA envisagées coûteront plus de 2 milliards d'euros au trésor français. Ceux-ci, avais-je suggéré, auraient pu être versés à la recherche scientifique française, qui est bien malade. Mais l'hypothèse est gratuite, j'en conviens. Le gouvernement n'aurait jamais de toutes façons versé cette somme à la recherche. Pourquoi alors ne pas en faire bénéficier le secteur de la restauration? Ceux qui paieront le "cadeau" ainsi fait aux restaurateurs seront des millions d'anonymes que l'on n'entendra jamais se plaindre. Pas plus qu'on ne les entendra se plaindre de la baisse de l'impôt sur le revenu qui fait partie du programme de la majorité. Il faudra bien pourtant, d'une façon ou d'une autre, qu'ils en supportent la charge.

Cette affaire des restaurateurs est cependant révélatrice de l'action des groupes de pression dans notre société pseudo-libérale sans pour autant être interventionniste. Le lobby des grands de la restauration s'est abrité derrière l'armée des petits pour faire pression sur le gouvernement, qui a cédé. L'affaire s'était d'ailleurs préparée sous le précédent gouvernement. Si le gouvernement voulait effectivement soutenir les chercheurs scientifiques ou les gens du spectacle, il devrait, plutôt que baisser la TVA et l'impôt sur le revenu, militer auprès de Bruxelles et auprès des électeurs pour que le champ d'imposition de ces deux taxes soit étendu. Ce qu'aucun gouvernement, de gauche ou de droite, ne fera jamais dans le climat de la France actuelle. Les chercheurs n'ont donc qu'à tenter de mieux vendre leurs services aux multinationales. 17/07/03


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8507/index.htm