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La Gazette N° 83 du 30 juin 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Cette collection est ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

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Etats d'âme chez les environnementalistes

Les rapports concernant la disparition des espèces vivantes du fait de l'homme ne cessent d'être présentés par les comités d'experts. Un des derniers en date est du à Ranson Myers, de l'université Dalhousie, Canada. Il montre que depuis 10 ans les stocks de gros poissons nécessaires à la reproduction et à l'équilibre des espèces ont, dans toutes les mers sans exceptions, diminué de 90%. D'autres études ont été faites par la FAO selon lesquelles 9 des 17 zones de pêches sont surexploitées. La surexploitation signifie souvent disparition définitive de certains poissons nobles, malgré les mesures de protection. C'est ce qui semble se passer avec la morue au sein des légendaires bancs de Terre-Neuve. Il n'y a pas que les poissons de grande consommation qui sont en cause. La Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) qui est une organisation internationale, vient d'étendre ses efforts de protection aux requins. Mais les poissons de coraux sont aussi en voie de disparition dans certaines régions comme les Philippines où ils sont étourdis au cyanure pour être vendus vivants sur les marchés asiatiques. Les coraux eux-mêmes sont , comme on le sait, souvent en danger, dans les zones tropicales comme la Barrière australienne, par exemple, mais aussi dans l'Atlantique Nord, notamment en Europe. Il s'agit alors de coraux dits d'eau froide profonde, aussi indispensables à la vie que leurs cousins tropicaux. Ces coraux sont dévastés par le chalutage.

Toutes les mises en garde semblent sans effets. Les efforts des législateurs comme ceux des professionnels eux-mêmes (notamment le MSC, Marine Stewardship Council) sont débordés par la multiplication des navires, autorisés ou non, pratiquant la pêche industrielle. Leurs effets destructeurs se produisent 10 ans avant que les études de biotope puissent les mettre en lumière et que des mesures de protection soient prises. La pression de pays consommateurs riches, comme les pays asiatiques, fait sauter toutes les barrières. On peut légitimement se demander s'il ne faudra pas dans l'avenir se résigner à vivre sans poissons, sauf ceux provenant de l'aquaculture.

Face à cette situation, qui ne concerne évidemment pas que les poissons, on constate aujourd'hui, selon la presse, des états d'âme plus que sérieux dans toutes les organisations militant traditionnellement pour la sauvegarde de la biodiversité : WWF, Greenpeace, World Conservation Union, Wild Life Conservation Society et bien d'autres. L'ancienne politique, qui consistait à procéder à des interdictions pures et simples, notamment au sein de sanctuaires protégés, rencontre de plus en plus d'opposants. On le voit en matière de chasse à la baleine, où les pays " amis des chasseurs ", Japon, Norvège, menacent de quitter l'International Whaling Commission (IWC) qui se réunit actuellement, en lui reprochant une politique trop exclusive de protection, au lieu d'une politique dite de " prises durables " (sustainable catches). Cette notion de prises ou prélèvements durables se répand partout. L'idée est qu'il ne sert à rien de réglementer si on affronte directement les intérêts des populations locales, ou même ceux des groupes industriels. Les fraudes et contrebandes diverses deviennent alors exponentielles, impossibles à réprimer. Il faudrait intéresser les pécheurs, chasseurs, exploitants, à la bonne gestion des ressources, en les poussant à s'organiser pour étudier scientifiquement ces dernières, définir les taux d'exploitation durable et finalement, mettre en œuvre efficacement, par des mesures de police interne, les décisions prises. Jusqu'à présent, seuls, les exploitants, pêcheurs, chasseurs (par exemple en France) demandaient de telles dispositions. Les environnementalistes leur restaient très opposés. Certains le restent, en expliquant que si on ouvre la porte aux prélèvements dits durables, on en reviendra très vite à l'exploitation sauvage. Mais d'autres réfléchissent aux meilleures solutions à prendre, conciliant les intérêts qui s'opposent.

Le débat continuera certainement à faire rage. Il est très important et les citadins ne doivent pas le tourner en dérision ou même l'ignorer. Ce que l'on peut dire ici, c'est que l'Internet continuera à jouer un rôle important en aidant à la sensibilisation des individus et des organisations, ainsi qu'à un certain contrôle citoyen de l'application de celles des réglementations de protection qu'il faudra bien continuer. 30/06/03

- Ransom Myers, page personnelle et article http://fish.dal.ca/~myers/
- CITES http://www.cites.org/
- MSC http://www.msc.org/
- IWC http://www.iwcoffice.org/


Encore féministes

Un interview fait par Christine Lamazière sur France Inter le 29 juin 2003 (à 07h du matin, malheureusement) nous a permis d'apprendre l'existence des sites webs ouverts par les deux organisations féministes Encore féministe http://encorefeministes.free.fr/ et La Meute http://lameute.org.free.fr/. Les réseaux correspondants militent pour les droits des femmes et l'égalité de traitement avec les hommes, lutte qui est plus que jamais d'actualité non seulement dans les pays du tiers-monde mais en France. On peut s'inscrire en ligne et signer des manifestes. Bon vent 29/06/03


A quand le José Bové des nanotechnologies?

Les activistes de par le monde commencent à s'inscrire dans le combat contre les nanotechnologies, ce qui suscitera l'émergence de nombreux José Bové. Ils demandent un moratoire, au prétexte que celles-ci ne seront pas plus contrôlables que les OGM. Pour faire image d'ailleurs, ils ne parlent plus de nanotechnologies mais d'organismes atomiquement modifiés (atomically modified organisms). A quand l'appel à la destruction des laboratoires?

L'organisation canadienne de défense de l'environnement Etc (Action Group on Erosion, Technology and Concentration) est en tête du combat. Mais pas toujours de bonne foi. Les scientifiques lui reprochent d'utiliser des arguments peu sérieux tels que "les lois de la physique ne s'appliquent pas au niveau moléculaire". Un élément de ces mises en garde mérite cependant l'attention. Il ne faut pas que les nanotechnologies deviennent, ou restent, le monopole de grands groupes transnationaux qui y feront la loi et retireront tous les profits d'un secteur en plein avenir. Mais comment faire pour cela? Sans doute faire financer par les Etats des programmes de recherches universitaires ouverts. 29/06/03

- Etc Group http://www.etcgroup.org/


Convention européenne

Rappelons pour ceux n'ayant pas suivi tout le dossier et souhaitant s'informer des travaux de la Convention européenne que celle-ci publie un site très clair http://european-convention.eu.int/bienvenue.asp?lang=FR


A400M

Malgré ses succès commerciaux, EADS et sa filiale Airbus ont besoin du soutien "intelligent" des gouvernements européens. On sait qu'aux Etats-Unis, Boeing, qui subit une baisse plus rapide encore qu'attendue de ses commandes civiles, compte maintenant essentiellement sur les marchés militaires. Avec General Dynamics et d'autres, il compte bénéficier d'une bonne part des $100 milliards qui seront consacrés annuellement aux programmes fédéraux d'avions et drones de combat (voir ci-dessous). Ce sont des dollars qui lui demanderont moins d'efforts que ceux arrachés par le savoir-faire d'Airbus à des clients toujours plus exigeants.

Aussi doit-on se féliciter du lancement du programme A-400 M ou gros porteur militaire, attendu depuis plusieurs années.  Le contrat a été signé le 27 Mai 2003 entre Airbus Military et l’OCCAR (Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement) représentant la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Turquie, la Belgique, le Luxembourg et le Royaume-Uni. Ce programme de 18 milliards d'euros est indispensable à la crédibilité de l'industrie européenne de l'armement.  Il contribuera à la création ou au maintien de 40 000 emplois dans la filière. Le groupe franco-germano-espagnol EADS a été choisi, via sa filiale Airbus, pour être le maître d'oeuvre du programme. Il s'agit notamment de disposer d'un avion moderne capable de "projeter" à longue distance les forces d'interventions rapides européennes, au lieu de demander l'aide des C.130 de l'Otan ou des Etats-Unis. Le moteur sera également européen, fourni par le consortium Europrop International (EPI), regroupant ITP, MTU Aero Engines, Rolls-Royce et Snecma Moteurs.

Bonne décision pour l'industrie européenne, c'est aussi une décision significative pour l'avenir de la défense européenne. Celle-ci ne peut en effet se concevoir sans des programmes de matériels et technologies militaires capables de faire sinon part égale, du moins honnête figure face aux investissements militaires américains. On ne pourra indéfiniment renouveller les aberrations marquant l'équipement en intercepteurs des aviations européennes. Mais il faudra sans doute attendre encore un peu la mise en place de l'Agence européenne de l'armement souhaitée par tous les européens convaincus, qui devrait mettre de l'ordre dans les politiques d'équipement. 29/06/03

- A400M http://www.eads.com/eads/fr/index.htm?/xml/fr/businet/miltrair/a400m/a400m.xml&miltrair
- Communiqué de EADS http://www.eads.com/eads/fr/index.htm?/xml/fr/press/eads/20030527_a400m.xml&press
- Communiqué SNECMA http://www.snecma-moteurs.com/fr/presse/bourget_2003/press/page_13.htm


Eric de Montgolfier

Le site du ministère de la Justice publie ces jours-ci un rapport datant de 2001 demandé par la Garde des Sceaux de l'époque, Mme Lebranchu, sur lme fonctionnement du Tribunal de Grande Instance de Nice. Le fonctionnement de celui-ci y est considéré comme "à peu près équilibré". Ce rapport est en fait une mise en cause du Procureur Eric Montgolfier, considéré comme responsable d'avoir déstabilisé le TGI. Son départ est recommandé. Certains voient dans cette publication la préparation d'une mutation dudit procureur vers des endroits moins sensibles. Si c'était le cas, on y verra sans doute un nouvel effort de la Chancellerie pour protéger certains juges des critiques (ou soupçons) pouvant être portés sur eux compte-tenu de leur comportement (apparemment) opaque. Eric de Montgolfier rejoindra-t-il Eva Joly dans l'enfer des juges trop curieux? http://www.justice.gouv.fr/publicat/rapportigsjnice.pdf 28/06/03


Code des marchés publics et universités

Ceux qui s'intéressent aux conséquences sur la gestion des universités de la future réforme (nième) du code des marchés publics liront avec intérêt une bonne étude de Simon Larger, de la Maison des Universités. http://www.cpu.fr/Actu/Actu.asp?Id=596  Encore faudra-t-il que pour passer des marchés, les universités aient assez de crédits. Face au Président de la République, la ministre vient de rappeler les besoins de la recherche. Mais sera-t-elle entendue? http://www.recherche.gouv.fr/discours/2002/dpolrech.htm 28/06/03


Etude "Entreprises et réseaux haut débit"

L' étude, "Entreprises et réseaux haut débit", a été coproduite par l'Observatoire des télécommunications dans la ville et le ministère de l’Economie, des finances et de l’industrie (Direction générale de l'industrie, des technologies de l'information et des postes - DIGITIP), sous la direction de Godefroy Dang Nguyen, directeur du département Economie de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Bretagne en décembre 2002. On y trouve plein de bonnes choses. Une observation pourtant. De telles études pèchent généralement, en France, par la sous-estimation des besoins de débit, compte-tenu de la croissance exponentielle des moyens de calculs et des exigences de services. Beaucoup estiment aujourd'hui que dans les 5 années prochaines, il faudra viser des débits de 50 à 100 mégabits chez l'utilisateur final, ce qui changera la nature du réseau . 27/06/03


Un drone de combat français

La ministre française de la défense a annoncé, à l'occasion du Salon Aéronautique du Bourget, le lancement d'un programme visant à la réalisation d'un démonstrateur d'avion de combat piloté ou non, nommé " UCAV ". Selon le communiqué :

" Le démonstrateur Unmanned combat aeral vehicle : drone de combat (UCAV) sera un démonstrateur technologique qui permettra de :
- maintenir les compétences là où elles existent en conception de système de combat aérien furtif ;
- proposer une solution au système de combat aérien innovante très différente des solutions existantes ;
- démontrer la capacité de l'Europe à réaliser et à faire voler une plate-forme discrète non habitée ;
- rallier les partenaires à la constitution d'une capacité technologique européenne commune autonome ;
- affiner l'expression de besoin opérationnel dans le domaine des UCAV

L'UCAV contribue à la validation des technologies nécessaires pour un futur programme de système de combat européen à l'horizon 2020. Ce programme ne sera pas forcément un UCAV, d'autres voies étant explorées, notamment l'avion piloté. Le démonstrateur permet, dans cette optique, d'explorer tant sur le plan technique qu'opérationnel les implications de l'absence de pilote à bord d'un système de combat aérien. Les résultats de cette démonstration pourront servir pour de nouveaux avions de combat pilotés.

Le programme de démonstration s'appuie sur une plate-forme de taille réduite (3 à 4 tonnes de masse à vide, emport de deux bombes de 250 kilos guidées) et permettra une avancée significative en matière de discrétion et d'intégration d'un système aérien dans l'Intranet du champ de bataille.

Le maître d'ouvrage de l'UCAV est le service des programmes aéronautiques de la délégation générale pour l'armement (DGA). La maîtrise d'œuvre est confiée à Dassault Aviation. Thalès sera associé à cette démonstration. Le coût du démonstrateur est de 300 M€. Le premier vol est prévu pour 2008. "

Serge Dassault qui a déploré (non sans raisons) sur toutes les antennes, lors du Salon, le manque d'intérêt des Pouvoirs Publics pour un avion européen construit autour du Rafale, devrait être un peu rasséréné. En fait, ce devrait être de véritables flottes de drones qu'il faudrait mettre en oeuvre, dotés de toutes les capacités d'Intelligence Artificielle les rendant à la fois fiables et autonomes.

Le besoin se fait impérieusement sentir. Le Pentagone, suite aux succès rencontré par ces engins lors de la guerre d'Irak, vient d'annoncer d'importants programmes de drones aériens, mais aussi d'engins sans pilotes terrestres et marins. Un article de Jon Swartz, dans USA TODAY, expose la politique du Pentagone visant à développer le X-45 sans pilote dans le cadre d'un programme de $100 milliards par an visant à réaliser un vaste arsenal d'armes intelligentes de toutes sortes, de toutes tailles, de toutes fonctionnalités et de tous champs de bataille. Ces robots opéreront en liaison avec des fantassins dotés d'équipement de suivi et pilotage de plus en plus efficaces et légers. Boeing est co-maître d'oeuvre du programme X-45. L'administration américaine espère de nombreuses retombées civiles de toutes les technologies qui seront mises au point. On le comprend sans peine. 25/06/03

- Horizon 2008. Le communiqué français http://www.defense.gouv.fr/actualites/publications/defactu/n152/officiel.html
- Article de USA TODAY: New breed of robots, gizmos take war to next level http://www.usatoday.com/money/industries/technology/2003-05-12-robotwars_x.htm


La Déclaration de Paris et lutte contre la corruption

Il y a plusieurs Déclarations de Paris. L'une, dont plus personne ne parle, concernait la prévention des catastrophes naturelles et date des 17/19 juin 1999 (in memoriam, à toutes fins utiles http://www.unisdr.org/unisdr/parisf.htm). L'autre, 4 ans après tout juste, fait l'objet d'un certain bruit médiatique. C'est celle lancée le 19 juin 2003 à la Sorbonne, par Eva Joly et l'éditeur de son livre cité ci-dessous (Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre, Les Arènes, en vente à partir de début juillet). Un site vient d'être ouvert (bravo pour la réactivité sur Internet) qui présente le texte http://www.declarationdeparis.org/declaration.php, les considérants, les auteurs et qui permet de signer en ligne. La Déclaration présente un programme d’action en dix points contre la grande corruption, pour faciliter les enquêtes, juger effectivement les délinquants, et prévenir les dérapages. Rédigé par Eva Joly, ce texte est appuyé par une quinzaine de figures internationales et plusieurs ONG. Son objectif est de donner une impulsion, que les auteurs espèrent décisives, "à la lutte contre la grande corruption dans les secteurs à risque (énergie, bâtiment, armement, aéronautique, industries minières…), notamment dans les pays occidentaux dont les banques et les grandes entreprises sont au cœur de ces trafics".

J'ai évidemment signé le texte, avec le commentaire suivant, que je retranscris ici, non pas qu'il soit bien génial, mais parce que cela m'évite de redire la même chose en d'autres termes: "Comme individu et comme président de l'association en ligne www.admiroutes.fr, je soutiens totalement ce texte et les initiatives qui pourront suivre. Un point important devrait être de mettre la question de la lutte contre la corruption au programme des écoles administratives (ENA notamment) et des écoles de droit. Il faudra aussi comme vous le faites par ce site, multiplier les actions de mise en réseau via Internet des citoyens défendant cette action".

Un débat courageux animé par Stéphane Paoli au 7/9 de France Inter ce 20 juin a permis à Eva Joly, au juge Guzman et à d'autres d'intervenir sur cette question de la grande corruption. Celle-ci intéresse en priorité les milliards de gens qui souffrent directement des trafics, détournements et crimes associés. Ils n'ont pas la parole et n'ont souvent aucune idée de la façon dont ils pourraient lutter contre ce qu'ils considèrent sans doute comme une fatalité. En face, on trouve pratiquement tous les grands et petits responsables des entreprises internationales et nationales intervenant dans les secteurs sensibles cités par la Déclaration. L'ennui est qu'une bonne partie des salariés et gens vivant de l'activité de ces entreprises ne peuvent que fermer les yeux sur ces pratiques si l'activité de leur employeur en bénéficie. Se pose aussi la question de la concurrence déloyale sur le marché international. Quand on voit que les Etats-Unis multiplient les pressions gouvernementales de toutes sortes pour obtenir des marchés extérieurs, par exemple dans le domaine de l'armement et des grands travaux, certains trouvent un peu normal qu'en compensation, les entreprises des petits pays consacrent quelque argent aux " frais d'approche ".

On pourrait être tenté par le fatalisme ancestral, reposant sur la conviction bien ancrée que tout pouvoir corrompt, et que le pouvoir absolu (ou hégémonique) corrompt absolument. Ce serait là un des traits fondamentaux des super-organismes économiques et politiques, auquel il faudrait se résigner comme on se résigne au fait qu'il y a dans la vie des chefs et des exécutants.

Cependant, dans la perspective de l'action plus générale en faveur des droits de l'homme, qui a pu malgré les difficultés obtenir quelques succès, même dans les cas désespérés, les citoyens soucieux d'exclure la corruption (non pas, répétons-le, par un souci de pureté qui pourrait être suspect, mais dans leur intérêt) ne doivent pas se décourager.

A cet égard, la mise en réseau des initiatives, par les médias (si ceux-ci échappent au mal) et surtout par Internet, s'impose plus que jamais. Il existe déjà des institutionnels de la lutte contre la corruption, comme Transparency International http://www.transparency.org/about_ti/french_intro.html, qui sont ce qu'ils sont mais qui manifestement sont loin d'avoir atteint leurs objectifs. Mais le champ reste vaste pour toutes les organisations que la société civile branchée en réseau pourra mettre en place.

Concernant les gouvernements démocratiques, le citoyen doit rester attentif à leurs complaisances et complicités. Quand on pense que les Italiens supportent l'immunité récemment votée à Berlusconi, on peut s'interroger sur leur sens de l'intérêt général européen. Mais la France peut faire presque pareil, de façon plus discrète. Une apparemment anodine décision proposée dans le projet de loi sur la simplification (Mesures de simplification et de codification du droit 2003, loi d'habilitation, 18 juin 2003) vise à " Moderniser la commande publique grâce au renouveau du partenariat public-privé, en autorisant notamment la conclusion de contrats globaux (conception/réalisation/maintenance), dans le respect des règles de transparence ". http://www.assemblee-nationale.fr/12/documents/index-ordonnances.asp Qu'en termes galants ces choses là sont dites. Mais les connaisseurs verront sans doute là une porte largement ouverte à des ententes au profit des grands des travaux publics dans la réalisation des projets d'équipement des collectivités publiques. Des contrats globaux permettront sans doute de gagner du temps. On demandera en effet au même entrepreneur de définir le besoin, concevoir l'équipement, le réaliser et l'entretenir, le tout aux frais du contribuable et dans les plus courts délais procéduraux (c'est-à-dire sans discussions). Le respect des règles de transparence (lesquelles ?) permettra il est vrai d'éviter les abus, tout au moins si l'on en croit la sagesse du législateur. 19/06/03

PS: sur ce sujet, voir aussi la réaction de l'Ecole d'Architecture de St Etienne. http://www.st-etienne.archi.fr/Actualit%E9/loi_plagnol/presse.php?dir=info_presse&file=20030619ba09.txt


Illegal Art

L'exposition itinérante Illegal Art fait actuellement le tour des Etats-Unis. Il s'agit de protester contre les abus du copywright et la censure des grandes entreprises relatives notamment aux détournements de leurs logos. Des manoeuvres d'intimidation voire des poursuites en justice ont été exercées à l'égard des artistes impliqués. Comme toujours, dans la société de consommation et du spectacle, ces protestations ont un double effet:  mettre en cause les abus de la consommation et l'endoctrinement des clients par la publicité, mais aussi faire parler des marques et des artistes eux-mêmes, ce qui aboutit à les faire mieux connaître et vendre.  Pourrait-on aller jusqu'à parler d'"alternative business"? Nous sommes en tous cas en plein dans le monde des mèmes. 20/06/03

Catalogue http://www.illegal-art.org/print/index.html


Petite Ceinture de Paris

Il est extraordinaire de voir comment la Petite Ceinture de Paris, ou ce qu'il en reste, continue à faire rêver - même sans locomotives à vapeur. Il y a plus de 50 sites (je ne les ai pas vraiment comptés) plus fervents les uns que les autres qui lui sont consacrés. Mais l'enjeu n'est pas seulement littéraire. La résurrection de la Petite Ceinture, ou sa mort définitive, implique des intérêts considérables, qui ne s'expriment pas toujours clairement. La mise en place d'un tramway périphérique, si elle se fait un jour, ne remplacera pas la Petite Ceinture, qui pourrait desservir, avec des matériels de plus grande capacité, des quartiers et des clientèles plus populaires. Une association, qui semble honnête, milite en tous cas pour faire de la Petite Ceinture un élement essentiel de restructuration des transports publics Paris-Banlieue: Association pour la Sauvegarde de la Petite Ceinture de Paris et de son Réseau Ferré http://www.petiteceinture.org/ 19/06/03


Eva Joly

Autre Diva, mais qui a toute notre admiration. L'indignation vertueuse que provoque son livre (Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre, Les Arènes, en vente à partir de début juillet), donne une bien triste idée de la France des Pouvoirs. Nous ne sommes pas loin (peut-être en pire) de l'Italie de Berlusconi. Mme Joly avait pris son métier à coeur. Elle s'était de la sorte elle-même peut-être un peu prise trop au sérieux, mais qui le lui reprochera. Maintenant pourtant c'est à elle que l'on voudrait faire un procès, ce qui habitue les esprits à ne plus s'indigner devant la multiplication des affaires classées et des arrêts de non-lieu, passés et à venir. 19/06/03


DIVA

Voici un nouveau produit, n'ayant rien à voir avec l'opéra, que met au point le Pentagone pour lutter contre le terrorisme. Il s'agit de réseaux de petites caméras capables de scruter les foules dans des environnements encombrés (un compartiment de chemin de fer par exemple), identifier les comportements suspects, suivre et signaler les présumés fauteurs de trouble. $600.000 ont été alloués au Computer Vision and Robotics Research Laboratory (CVRR) de l'Université de California à San Diego pour conduire ce projet, qui devrait être présenté en 2004. Les caméras se comporteront en agents communicants et intelligents regroupés en un réseau plus ou moins dense, difficilement détectable.

Initialement, ce système faisait partie d'un projet dédié à la surveillance des accidents dans les lieux publics, le projet Aton. Un groupe de lutte anti-terrorisme travaillant pour les agences fédérales de sécurité, le Technical Support Working Group, a décidé d'en faire un instrument contre le terrorisme. Des technologies sophistiquées de reconnaissance d'image, notamment pour l'identification des visages, seront développées à cette occasion.

Les organismes américains défendant les libertés individuelles ont commencé à s'inquiéter des dérives possibles d'un tel projet, ou simplement des erreurs de diagnostic que les DIVA ne manqueront pas de faire.

Mais au plan technologique, l'idée est intéressante. Elle nous rapproche des futurs réseaux de robots autonomes travaillant sur le mode coopératif, qui devraient élargir considérablement les fonctions et services de la robotique. Le seul ennui est que de telles recherches soient dorénavant prises en mains ou accélérées par les militaires. 18/06/03


Construire un missile de croisière dans son jardin

Le nommé Bruce Simpson, de Nouvelle Zélande, a décidé de construire un missile de croisière chez lui en utilisant des matériaux du marché et les informations disponibles sur le web. Le prototype devrait lui coûter moins de $5.000 (carburant non compris, I guess). Son idée est de démontrer aux gouvernements que n'importe quel terroriste pourrait faire de même. Nous n'en doutions pas, d'autant plus qu'il va publier sur son site le détail de ses travaux. Voir le site http://www.interestingprojects.com/cruisemissile/

Toute politique mise à part, la démarche technologique est intéressante, et l'intérêt qu'elle semble susciter significatif. 18/06/03


Le gouvernement britannique évalue les perspectives des nanotechnologies

Le gouvernement britannique a commissionné la Royal Society (équivalent de notre Académie des Sciences) et la Royal Academy of Engineering pour produire un rapport examinant en détail les bénéfices et risques des nanotechnologies.

L'étude doit
- présenter le l'état des lieux scientifiques et technologiques sur la question
- identifier les applications actuelles et potentielles ainsi que les champs concernés,
- étudier les questions environnementales, de sécurité et santé publique, éthiques et sociales impliquées
- suggérer les réglementations pouvant éventuellement être envisagées.
Voir pour plus de détails Public release http://www.eurekalert.org/pub_releases/2003-06/bis-nus061203.php

On sait que Tony Blair s'était ému de voir le Prince Charles attirer récemment l'attention sur les risques des nanotechs, au risque de contredire la politique de développement et de financement mise en place par le gouvernement. On peut espérer que ce rapport substituera aux approches émotionnelles des vues plus objectives. Il sera d'un grand intérêt pour la France où de telles questions sont encore peu discutées par les milieux politiques. 18/06/03 


Stephen Coleman en France

François Freby, délégué général du Club du e-public, un club qui, notamment, organise des rencontres sur des questions liées à l'utilisation
des TIC dans le secteur public (http://www.clubepublic.net) nous signale que le Pr Stephen Coleman (Professeur de e-Democracy au Oxford Internet Institute, University of Oxford et fellow du Jesus College, Oxford) se trouvera en France le 8 juillet 2003 et envisage de discuter au sein du club du thème "La politique du gouvernement anglais en matière d'e-démocratie".
Pour plus de détails sur la rencontre, voir le site du Club. 17/06/03


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8306/index.htm