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La Gazette N° 81 du 30 avril 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Il s'agit de la première concrétisation du projet que nous vous avions déjà signalé: éditer une collection Automates-Intelligents ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

En savoir plus :
- faire-part de naissance
- catalogue des ouvrages.
NB: Nous venons de faire paraître deux nouveaux essais: Baquiast-Cardon (préface de René Trégouët), Entre science et intuition, la conscience artificielle http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/entresetint.htm  et Baquiast, Europe paneuropéenne superpuissance http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/paneurope.htm
- acheter les ouvrages


Le blocnet (index)

Premières Rencontres des Territoires Numériques

L'association Agen-Territoires Numériques organise les 4 et 5 juin 2003 au parc des expositions d'Agen les so-called Premières Rencontres des Territoires Numériques. La plupart des sujets intéressant les collectivités locales en matière de TIC sont évoqués. Pour renseignement et inscription http://www.reseau-ideal.asso.fr/rtn/index.html


La reconstruction de l'ONU

Hubert Védrine a eu raison de dire (France-Inter, 28/04/03, 08h,45) que face à l'hégémonisme renforcé des Etats-Unis, les pays européens devraient s'entendre pour proposer des perspectives d'organisation du monde susceptibles de rallier les pays s'opposant à cet hégémonisme, mais actuellement impuissants. La première chose à faire, nous a dit l'ancien ministre des affaires étrangères, serait de reconstruire l'ONU. Pour cela, deux directions principales :

- Elargir le conseil de sécurité en y introduisant un certain nombre d'Etats représentatifs méritant d'y siéger : Allemagne, Japon, un grand pays d'Amérique Latine, un grand pays arabe et sans doute aussi un grand pays africain. Le ministre n'a pas évoqué la question de savoir si les pays de l'Union européenne ne devraient pas accepter d'être représentés par une autorité unique, plutôt que par plusieurs pays différents. Perspective souhaitable mais difficile à mettre en œuvre tant que l'Union ne sera pas capable de définir une politique extérieure et de défense commune.

- Limiter l'utilisation du droit de veto, de façon à ce qu'un Conseil de sécurité élargi ne soit pas en permanence bloqué par des positions idéologiques. Le Conseil se prononcerait à la majorité pour toutes les questions n'exigeant pas une unanimité absolue des peuples du monde.

Ajoutons à cela que l'ONU ne regagnera une pleine légitimité qu'en reprenant à son compte les grandes questions qui concernent aujourd'hui la survie même du monde, plutôt qu'en les laissant à la responsabilité des seules institutions internationales spécialisées qui en sont chargées : santé publique, protection de l'environnement, droits de l'homme, régulation du commerce international, lutte contre le terrorisme, etc. La discussion de ces questions à l'ONU, même si elle n'aboutit pas immédiatement à des accords, aura l'intérêt de focaliser l'attention des opinions publiques sur les questions à résoudre. Un large usage des médias modernes devrait faciliter cet appel.

Restera à régler la question des contributions nationales aux budgets onusiens, et d'une meilleure transparence dans la gestion de ceux-ci par l'Organisation. 28/04/03


Faut-il limiter l'accès aux connaissances pour lutter contre le terrorisme?

On sait que, devant les risques de voir certaines connaissances scientifiques utilisées par les terroristes, les autorités américaines ont envisagé d'imposer aux chercheurs des restrictions de publication plus sévères que celles existant actuellement. Ces derniers temps encore, un grand libéralisme, tout à l'honneur des Etats-Unis, régnait dans la diffusion des connaissances, sur Internet ou dans les revues. Les publications des chercheurs interdites de diffusion étaient peu nombreuses, même dans les domaines militaires ou économiques. Face à ces menaces de censure, la communauté scientifique a réagi, faisant valoir que les embargos nuiraient gravement à l'avancement des sciences, sans empêcher les fuites au profit de gens voulant vraiment faire le mal. Mais la question est loin d'être résolue, et les débats se poursuivent.

Dans un domaine voisin, celui de la lutte contre les copies sauvages de DVD ou de logiciels, l'expérience a montré que, malgré les efforts pour criminaliser de tels comportements, rien ne peut sérieusement empêcher les piratages, qu'ils proviennent de simples hackers agissant pour le sport, ou d'organisations pratiquant la contrefaçon à une vaste échelle. Faut-il alors renforcer encore la répression, en essayant de la mondialiser, ou en prendre son parti  (compte-tenu finalement de son peu d'impact sur la vraie création, quoiqu'en disent les éditeurs et les auteur).?

Cependant le problème du libre accès aux connaissances scientifiques va prendre une toute autre dimension, avec la publication (notamment sur Internet) de méthodes permettant l'ingénierie génétique (de plus en plus de génomes devenant par ailleurs disponibles) ainsi que la fabrication de nanorobots susceptibles de se répliquer spontanément. Les experts prévoient la généralisation de " kits " pour la fabrication à la demande d'organismes biologiques ou nanotechnologiques pouvant servir à des usages pacifiques, mais aussi évidemment à des usages terroristes ou criminels encore inconnus à ce jour. Il s'agira d'équivalents, à une toute autre échelle, des kits pour la fabrication d'explosifs ou de gaz toxique que l'on peut déjà trouver sur le web.

Dès avant le 11 septembre 2001, Bill Joy, co-fondateur de Sun Micro-systems avait expliqué dans un article fameux que les technologies émergentes seraient vite incontrôlables, et qu'il fallait non seulement restreindre la diffusion des informations les concernant mais suspendre ou arrêter certaines recherches [Why the future doesn't need us. Our most powerful 21st-century technologies - robotics, genetic engineering, and nanotech - are threatening to make humans an endangered species. http://www.wired.com/wired/archive/8.04/joy.html] Ce point de vue n'avait pas été accepté par la communauté scientifique, d'une part parce qu'il était jugé irréaliste d'arrêter le progrès scientifique, et d'autre part parce que le remède, la mise en place d'une société de contrôle policier, aurait été pire que le mal.

Mais depuis sont survenus les attentats du 11 septembre, la dissémination de l'anthrax à partir d'un laboratoire américain, l'obsession de la lutte contre les armes de destruction massive encouragée par la guerre contre l'Irak. Les opinions favorables à l'arrêt des recherches et à la censure des publications semblent de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis. Cependant les partisans des moratoires, principalement issus des milieux néo-conservateurs, y sont en contradiction avec eux-mêmes, puisqu'ils admettent fort bien que les laboratoires travaillant pour la défense intensifient leurs recherches. Comme on le devine, le Pentagone et ses sous-traitants industriels font pression pour qu'une part substantielle du budget militaire actuel (soit 500 milliards de dollars environ) soit affectée aux biotechnologies, nanotechnologies et robotique à usage militaire. On n'arrêtera donc pas les recherches, au contraire. Par contre la diffusion de leurs résultats au profit d'usages civils et plus généralement l'augmentation des connaissances générales de la population dans ces domaines seront sans doute de plus en plus limitées. On aura ainsi une véritable société à deux vitesses, celle des connaissances réservées à quelques élus de toute confiance, et celle de la masse maintenue dans l'ignorance. L'inconvénient déjà signalé se retrouvera néanmoins. La mise en place d'un système répressif fort n'empêchera pas les fuites, y compris celles dont pourront se rendre coupables à titre individuel des membres dévoyés de l'establishment scientifique ou politique.

Heureusement, l'Amérique n'est pas encore entièrement contrôlée par les néo-conservateurs et les faucons du Pentagone. Beaucoup de ceux qui ont milité pour la société ouverte en réseau, l'accès de tous aux connaissances et, plus généralement, la démocratie, se battent comme ils peuvent. On trouve un exemple de telles résistances dans un article de Sheldon Pacotti, publié par la revue Salon [Are we doomed yet ? 31 mars 2003 http://www.salon.com/tech/feature/2003/03/31/knowledge/index.html]. Sheldon J. Pacotti est un écrivain scientifique et surtout un développeur de vidéo-jeux. Il connaît donc bien la question du piratage. Pour lui, lutter contre les dangers pouvant découler d'une dissémination des connaissances scientifiques ne peut pas aboutir par la méthode policière. Pacotti ne nie pas que, face aux terroristes et aux fous, les risques créés par les technologies émergentes soient certains et qu'ils deviendront de plus en plus grands. Mais selon lui la bonne façon de lutter contre eux est de diffuser le plus largement possible le faire-savoir et le savoir-faire relatifs à ces technologies, de façon à ce que chacun puisse assurer sa propre défense face à d'éventuelles offensives terroristes ou individuelles. On peut même espérer que cette large diffusion des connaissances permettra au progrès scientifique de s'accélérer dans le bon sens (par exemple en faisant apparaître des antidotes), ce qui prendra de vitesse les activités criminelles qui seront ainsi toujours en retard d'une technologie.

Le risque le plus important et le plus immédiat est en effet pour lui l'abandon de la démocratie et la mise en place d'une dictature douce au profit de ceux qui disposent du savoir. L'histoire a toujours montré que les despotes éclairés n'existent pas. Ils se révèlent très vite être de simples despotes, utilisant à leur seul profit les acquits des sciences et des techniques dont ils se sont donnés le monopole. Le bien-être du peuple maintenu pour son bien dans l'ignorance ne leur importe guère. De plus, la dictature qu'ils exercent exacerbe les oppositions qui sont à leur tour tentées de recourir aux moyens terroristes que l'on prétendait décourager.

Pacotti pose la vraie question : quel genre de société technologique et scientifique désirons-nous pour l'avenir ? Une police et une justice répressives qui mettront toutes les recherches et les connaissances scientifiques sous embargo, sans d'ailleurs pouvoir empêcher les fuites et usages criminels dont souffriront en premier lieu des populations laissées sans éducation technologique ? Ceci ne ferait qu'accentuer la véritable guerre de civilisation qui se produit déjà dans de trop nombreux domaines, entre les minorités du Nord hautement informées et les milliards d'humains maintenus par la contrainte dans l'ignorance et la misère. La seule alternative permettant de sauver l'humanité et lui permettre d'utiliser à son développement la puissance des nouvelles technologies sera la démocratisation de la formation et des connaissances, sur le mode de l'Open Source [Baquiast, sciences de la complexité et vie politique, tome 2  http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/baq2.htm ]. Ce sera simultanément la seule solution  en profondeur pour lutter à la fois contre le terrorisme extérieur et contre les dérives totalitaires intérieures.

N'était-ce pas Winston Churchill qui avait dit que, face aux dictatures, les démocraties étaient à long terme les mieux armées ? 27/04/03


Le guerre digitale

Autrement dit, Network-centered warfare, par opposition à la guerre du Golfe, qualifiée d'analogique. Les experts du Pentagone se sont félicités des succès enregistrées par ce concept de Network-centered warfare lors de la guerre en Irak: images vidéo en temps réel permettant de visualiser des missiles en vol, assistants personnels sans fil reliant certains militaires à des centres de gestion, simulations en réalité virtuelle anticipant la fourniture de matériels de rechange aux troupes sur le terrain.

Mais ceci est considéré comme simple par rapport à ce qui se prépare. La DARPA envisage de consacrer une part importante du prochain budget militaire (lequel avoisine les 500 milliards de dollars) à des projets plus importants :

- baliser les forces " amis " afin d'éviter les erreurs de tirs qui ont marqué les deux guerres en Irak. C'est le Blue-force tagging. Des senseurs analyseront les échos-radar, les signatures acoustiques et les informations émises par les amis. Le tout sera rapporté à des centres de contrôle qui pourront ainsi éviter les erreurs de tir de l'artillerie ou des blindés, en distinguant amis et ennemis.

- Les projet Forester, jigsaw et SPI 3D. Il s'agira d'identifier les mouvements ennemis se déplaçant sous des couverts végétaux, afin de ne pas renouveler les erreurs de la guerre au Viet-nam, où les défoliants avaient provoqué des désastres écologiques majeurs. Le projet utilisera des hélicoptères et drones à déplacement lents, dotés de radars basse fréquence. Les informations détectées serviront à construire des hologrammes à partir desquels des attaques précises pourront être déclenchées.

- Le Système de combat futur (Future Combat System) . On créera de nouvelles unités fusionnant des unités classiques et des robots, ainsi que des drones sans pilote. Ces unités devraient pouvoir être déployées partout dans le monde dans un délai de 96 heures. La mise en réseau des hommes et des robots permettra d'obtenir une force de projection plus efficace, moins chère et plus mobile.

Différentes techniques logicielles permettront par ailleurs de protéger de tels systèmes de l'intrusion toujours à craindre d'agents ennemis. Les pirates  on le devine sont en effet plus  dangereux dans la guerre digitale que sur le web civil.

- Des équipements militaires et uniformes pour le fantassin utilisant les nanotechnologies afin de réduire les poids et augmenter l'efficacité. Le MIT et Dupont de Nemours étudient de tels équipements, dans le cadre de l'Institute for Soldier Nanotechnologies ISN

Rappelons enfin l'existence de l'UCAV. Unmanned Combat Air Vehicle X-45 que nous avions déjà présenté dans la revue Automates-Intelligents. 26/04/03

A lire:
Wired a publié divers articles précisant les nouveaux systèmes d'armes utilisés par l'armée américaine. Citons:
* Military Faces Bandwidth Crunch
* Drones See, Smell Evil From Above
* Lost? Map's On, Not Up, Sleeve
* Taking Aim at Military Technology
* Adding More Bang to Navy Missiles
UCAV, Images http://www.dfrc.nasa.gov/Gallery/Photo/X-45A/
Institute for Soldier Nanotechnologies http://web.mit.edu/isn/


mareebleue.net

Ce site a été crée par des marins-pécheurs souhaitant responsabiliser une profession dont les membres se comportent souvent plus en prédateurs qu'en bons gestionnaires. C'est à voir. Une proposition est émise: repeupler les zones de pêche en alevins. Je doute que cela fonctionne. Mais il faut essayer. En cas de succès, l'opération devrait être généralisée et donc encouragée avec un peu d'argent par les consommateurs de poisson que nous sommes. http://www.mareebleue.net/ 27/04/03


Qui a tué Daniel Pearle ?

Bernard Henri Lévy a discuté de son dernier livre " Qui a tué Daniel Pearle ? " dans l'émission La rumeur du monde de France Culture en date du 26 avril 2003. Le débat a été repris et élargi par Arlette Chabot le 28 avril. Trois questions émergent, selon moi, de ce débat:

- La question du rôle du Pakistan dans le soutien à El Qaida. Selon BHL, le terrorisme musulman dont les Etats-Unis et plus généralement l'Occident devraient se garder n'est pas celui des pays du Moyen-Orient (ni celui de feu Saddam) mais du Pakistan. Le Pakistan ne se borne pas à héberger des groupes islamiques extrémistes. L'Etat lui-même est engagé, sinon officiellement, du moins très activement (notamment par le biais des services secrets) dans la Djihad anti-occidentale. Ce pays conjugue l'arme atomique et la volonté de s'en servir, non seulement éventuellement contre l'Inde, mais systématiquement un jour contre tout ce qui représente l'Occident chrétien. Il existe des imbrications étroites entre les fanatismes religieux, les scientifiques de l'atome et les pouvoirs. Or les Etats-Unis, dit BHL, sont loin d'avoir encore pris conscience de la vraie menace que représente notamment pour eux le Pakistan intégriste. Comme on le sait, celui-ci recrute chez les élites pakistanaises (d'où provenait l'assassin de Daniel Perle) et non chez les pauvres. Le danger n'en est que plus grand.

Hubert Védrine, participant au plateau du 28 avril, a souligné qu'il ne fallait pas assimiler complétement l'Etat pakistanais et le fondamentalisme religieux. Il y a, notamment autour du président Moucharaf, des éléments modérés que l'Occident doit encourager. Par ailleurs, la bombe pakistanaise ne serait pas principalement, même aujourd'hui, une arme anti-occidentale, mais une arme s'inscrivant dans la rivalité avec l'Inde à propos du Cachemire. Le danger reste grand cependant d'une dissémination du nucléaire pakistanais via les cellules terroriste agissant dans ce pays. Pour lutter contre cela, seule la négociation internationale offre des solutions. Les Etats-Unis ne pourraient évidemment pas anéantir le Pakistan comme ils l'ont fait de l'Irak.

- La guerre des civilisations. Si guerre de civilisation il devait y avoir, elle ne serait pas selon BHL entre la Chrétienté et l'Islam, mais entre l'Islam fanatique intégriste et l'Islam modéré. L'Occident devrait tout faire pour se rapprocher des pays relevant de cette mouvance modérée, au lieu d'encourager par son laxisme les implantations islamistes fanatiques sur son propre sol.

Ce point de vue n'est pas discutable et ne l'a pas été. On a signalé néanmoins que la question israélo-palestininenne reste un abcès de fixation qui est en train de convertir à l'Islam radical les islamistes modérés. Les Etats-Unis n'ont pas encore compris cela. J'ajouterais pour ma part que si politique arabe de la France (et de l'Europe) il devait y avoir, prenant ses distances avec les Etats-Unis, elle devrait en priorité viser la coopération avec les pays arabes du Moyen-Orient et du Maghreb, comme avec l'Egypte et la Turquie, plutôt que les rejeter dans le camp des extrémistes. Leur reprocher de n'être pas des démocraties à l'européenne n'a pas de sens.C'est cette idée que j'ai développée dans l'essai que nous venons d'éditer : Europe paneuropéenne superpuissance (voir http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/paneurope.htm).

- Les Etats-Unis veulent-ils vraiment lutter contre le terrorisme islamique? BHL a fait valoir qu'outre leurs appuis "historiques" à El Qaida et aux Talibans, ils sont d'une indulgence étonnante vis-à-vis de l'Arabie Saoudite, bien plus dangereuse que ne l'était l'Irak. Certains sont allé plus loin. Ils ont fait valoir (notamment un journaliste pakistanais participant au débat) qu'Al Qaida n'inquiète pas vraiment les néo-conservateurs américains et leurs soutiens dans le monde des affaires. Peut-être même y trouvent-ils une justification à leur politique d'expansion. Ce qui les a intéressés dans la guerre contre l'Irak, c'était de mettre en place un dominion sur le Moyen-Orient pétrolier, en éliminant dans la foulée l'influence européenne et russe.

Il est certain que la démarche américaine visant à mettre la main sur le Moyen-Orient, à la fois pour renforcer leur emprise sur les champs pétroliers et pour soi-disant "sauver le soldat Israël" n'aide en rien à l'établissement de bons rapports entre l'Occident et les Etats arabo-islamiques modérés. L'Europe en tous cas devrait s'impliquer beaucoup plus dans la recherche de ces bons rapports, en n'abandonnant pas le terrain face aux américains.

- Une autre question importante n'a guère été abordée: comment l'Inde et accessoirement la Chine veulent-elles se situer dans l'affrontement entre l'islamisme radical et l'Occident ? On sait que le Cachemire est pour l'Inde une occasion permanente de conflit avec le Pakistan, mais au-delà de cela, comment voit-elle son avenir, et avec quelles alliances, dans ce feu qui couve ?

- Une autre question, encore plus fondamentale, de type systémique, doit aussi être posée: pourquoi des centaines de millions d'hommes seraient-ils encore, au 21e siècle, prêts à mourir pour une religion? Est-ce seulement pour des raisons économiques et de confort? Ou ne serait-ce pas parce que la haine de l'autre reste encore le facteur profond bien que non reconnu de l'évolution des sociétés humaines? 26-29/04/03


Pourquoi certains jeunes se droguent-ils ?

Un président de tribunal pour enfants de la région parisienne s'interrogeait récemment à la radio sur la pertinence des propositions du ministre de l'intérieur en matière de lutte contre l'usage du cannabis chez les jeunes : confisquer le scooter, imposer des heures de travail d'intérêt général, etc. Ce magistrat, fort généreusement, recommandait une politique de prévention plutôt que de répression. Mais une prévention intelligente, se voulant efficace, disait-il, doit s'interroger sur la raison du développement des conduites à risques chez de nombreux jeunes : drogue, alcool, tabac, vitesse sur la route, obésités ou anorexies compulsives, etc. Ces conduites sont les symptômes, disait-il, d'un mal à vivre plus général qu'il conviendrait de traiter.

On ne peut qu'approuver une approche aussi ouverte. Mais les solutions ne sautent pas aux yeux. On pourrait peut-être distinguer plusieurs causes au mal, dont les remèdes sont inégalement faciles à mettre en œuvre.

- Le premier cas relève de ce que l'on appelera l'inadaptation individuelle. Même dans des conditions normalement satisfaisantes, on a toujours trouvé des individus qui se fuyaient dans la drogue ou l'alcool. Pourquoi eux et pas les autres ? On considère généralement depuis le début du 20e siècle que leur cas relève de troubles du développement psychique. Plus récemment, on a mis à jour des défaillances du système endocrinien de contrôle des comportements corporels et mentaux - les deux se conjuguant d'ailleurs souvent. Dans les deux cas, si les sujets veulent bien s'y soumettre, on peut leur proposer des cures de réadaptation individuelles. Mais celles-ci coûtent cher et sont souvent inefficaces. Nul n'envisage actuellement de les généraliser à tous ceux qui pourraient y trouver un soulagement. Parallèlement il faudrait intensifier les recherches, qui en sont encore aux prémisses, afin de mieux comprendre ce qui se passe dans certains psychismes. Mais qui s'en soucie sérieusement?

- Viennent ensuite tous les cas relevant de ce que l'on appelle globalement la mauvaise insertion sociale, sinon l'exclusion. Celle-ci ne provoque pas de troubles chez tous les individus qui la supportent, mais il est facile de comprendre qu'elle multiplie les causes de conduites compensatoires à risques. L'exclusion résulte de deux grandes causes : la mauvaise intégration des minorités et ce que Viviane Forester a nommé l'horreur économique - les deux se conjuguant souvent. Il est évident que si ceux qui bénéficient de conditions privilégiées acceptaient de partager ces privilèges, beaucoup des comportements délictueux qu'ils dénoncent disparaîtraient. Mais qui, même chez les électeurs de gauche, accepterait de se priver pour que l'état psychique global de la société s'améliore? On préfère les politiques de cantonnement : eux dans leurs ghettos, nous dans nos beaux quartiers. C'est pourtant par des efforts collectifs de  lutte en profondeur contre les inégalités que la prévention pourrait le mieux porter ses fruits.

- Au-delà de cela, on aborde ce que l'on pourrait appeler les comportements à risques ou violents de nature systémique. Il semble que les sociétés humaines, quel que soit leur niveau de développement et leur volonté de s'élever au-dessus des déterminants primitifs d'origine génétique ou culturelle ancienne (attachement au territoire, à la tribu, refus de l'autre, etc.) ne peuvent éliminer certains formes d'excitation collective et d'incitation à la violence contre soi et les autres. La connaissance que la science moderne peut avoir aujourd'hui de tels phénomènes (à supposer qu'elle puisse un jour les comprendre) est tout à fait insuffisante. On ne peut donc pas prétendre y remédier en profondeur. Le milieu social humain moderne, offert par la mise en réseau des individus, s'il pousse dans certains cas à une meilleure fraternité et une meilleure intégration des cas jugés déviants, pousse aussi à la circulation à grande échelle de " mèmes " qui vont stimuler chez chacun des comportements plus ou moins destructeurs. Dans beaucoup de cas, ces " mèmes ", tels les publicités pour l'alcool, le tabac et la vitesse, sont produits par ceux qui ont intérêt à exploiter les faiblesses humaines. Mais le mal, si mal il y a, vient de plus profond. Comprendre d'abord, essayer d'agir rationnellement ensuite, supposerait une étude scientifique multidisciplinaire des systèmes sociaux humains et de leurs motivations évolutives (comparés d'ailleurs aux sociétés animales) à laquelle nul gouvernement ne souhaite consacrer de crédits. La répression, même inefficace, paraît plus payante au plan électoral. 26/04/03


Enfants soldats

Arte a présenté le 24/04 un reportage assez effrayant sur le formation militaire poussée donnée à des enfants de 12 à 16 ans dans des clubs para-militaires russes. Si l'Etat n'encourage pas officiellement ces clubs, l'armée et le KGB les financeraient largement. Cela peut faire hésiter ceux qui envisagent un axe Union Européenne- Russie. Mais on peut penser que plus la Russie se sentira rejettée par l'Europe, plus elle reviendra à ses vieux fantasmes de puissance. Le rapprochement de la Russie et de l'Europe devrait (à la longue?), encourager les forces démocratiques russes qui, selon Arte, s'inquiètent aussi de voir les enfants enrôlés dans des brigades du type décrit par le reportage. 25/04/03


Réforme de l'Etat

On trouvera à http://www.premier-ministre.gouv.fr/fr/p.cfm?ref=39087&d=1 un exposé fait par le Premier ministre aux directeurs d'administration centrale, sur le thème de la réforme de l'Etat.


Chute de Saddam

Ce n'est pas parce que Saddam était un des pires tyrans qui soient que la guerre américaine contre lui trouve sa justification. Les Etats-Unis n'ont pas fait la guerre en Irak pour la libérer de Saddam, mais pour réorganiser la région à leur avantage. Par ailleurs, les dictatures à la Saddam sont nombreuses dans le monde. On peut étudier pour l'avenir les conditions d'un nouvel ordre international visant à les transformer en démocratie (droit d'ingérence démocratique) mais ce ne sera certainement pas par la guerre, surtout décidée unilatéralement par quelque puissance que ce soit - ce serait plutôt par l'aide dans la lutte contre le sous-développement et pour l'éducation. En ce qui concerne l'avenir de l'Irak, on verra ce qui résultera de la chute de Saddam. Le scenario noir n'est pas impossible, l'apparition, au moins dans la partie chiite, d'une république irakienne islamique aussi dictatoriale que sa voisine en Iran ou que feu les Talibans 22/04/03


Logiciels libres
Communiqué

Un court message pour annoncer la tenue des 4èmes "Rencontres  Mondiales du Logiciel Libre", à Metz, du 9 au 12 juillet 2003. Voir le communiqué de presse général pour une description de l'évènement:http://rencontresmondiales.org/press/cp_general_fr.html
ainsi que le site web (en cosntruction) http://rencontresmondiales.org/
Certains thèmes, comme "Loi, Economie, Politique et Logiciel Libre" devraient être de nature à intéresser ltous les utilisateurs d'Internet. 22/04/03


De nouveaux pouvoirs urgents pour les Nations-Unies

Renforcer le rôle des Nations-Unies est devenu (en partie grâce aux efforts de la France, de l'Allemagne et de la Belgique) un mot d'ordre parmi les 25 Etats membres ou futurs membres de l'Union européenne. C'est très bien, mais il faut concrétiser cela, en l'appliquant à des questions urgentes dont tout le monde appréciera le bien-fondé.

La première de celle-ci concerne le contrôle des armes chimiques et biologiques. Un excellent Théma de Arte, le 15 avril 2003, a bien montré le besoin d'un contrôle par une agence internationale dépendant des Nations-Unies des recherches pouvant donner naissance à la production de telles armes, quel que soit l'Etat ou l'organisation en cause. Le besoin est devenu aussi grand qu'il ne l'était dans le domaine de l'énergie nucléaire, où suite au Traité sur la non-prolifération de 1969 fut mise en place une Agence internationale de l'énergie atomique dont le siège est à Vienne (AIEA). Le fonctionnement de cette Agence est chaotique, on le sait, du fait du refus d'un certain nombre d'Etats, signataires ou non du Traité, d'ouvrir leurs laboratoires. Mais il s'agit pourtant d'une instance essentielle à garantir la non-prolifération et un minimum de contrôle.

Il sera beaucoup plus difficile de faire admettre l'équivalent du TNP en matière d'armes bactériologiques et chimiques, ainsi que la création d'une Agence équivalent à AIEA. Les recherches à finalité civile sont en effet étroitement mêlées aux recherches militaires, et beaucoup de pays, à commencer par les Etats-Unis, se refuseront à ouvrir leurs laboratoires à des inspecteurs. De plus, comme les armes BC sont considérées par les petits Etats comme la bombe atomique du pauvre, ces Etats refuseront de s'en priver. Cependant les travaux très significatifs obtenus par Hans Blix et son équipe en Irak montrent qu'une expérience et des techniques sont dorénavant disponibles. Il serait essentiel de profiter de celles-ci et mettre en place une nouvelle Agence (ou étendre les compétences de l'AIEA à l'ensemble des armes ABC). L'Union Européenne se grandirait en faisant une telle proposition.

Un autre problème, de nature différente, qui bien à tort fait moins peur, est celui du contrôle des maladies contagieuses. Le développement du SARS en Asie montre qu'un véritable devoir d'ingérence sanitaire s'impose désormais à la communauté internationale, quelles que soinnt les réticences des pays touchés par un début d'épidémie. Les fièvres type Ebola et les infections pulmonaires de type grippal, répandues par des virus mutants, risquent d'apparaître à tous moments Dans les pays dont l'hygiène générale et la surveillance sanitaire est mauvaise. Il est inadmissible que des gouvernements ou des collectivités locales aient le pouvoir d'empêcher l'Organisation Mondiale de la Santé (WHO) d'enquêter et, le cas échéant, de prescrire des mesures permettant aux épidémies de ne pas se répandre. Un dossier consacré au SARS par NewScientist du 12 avril (p. 5 à 8) montre d'une part que le risque de telles pandémies se propageant au monde entier devient de plus en plus grand, et d'autre part que des mesures énergiques pourrait permettre si elles sont prises en temps utile le confinement d'un pathogène nouvellement apparu. Mais là aussi, il faut une volonté internationale très forte pour donner au WHO les armes juridiques lui permettant d'intervenir. On doit parler dorénavant à juste titre d'un droit d'ingérence sanitaire. Les auteurs du dossier suggèrent qu'un pays déclarant tout de suite la naissance d'une épidémie et souffrant de ce fait d'un certain nombre de problèmes économiques reçoive des compensations de la part de l'Organisation Mondiale du Commerce. Ce serait une contribution élémentaire de cette dernière organisation internationale à la protection de la santé de l'humanité. Un autre point a justement été souligné par NewScientist: aucun pays, aussi bien équipé soit-il, ne doit pouvoir se substituer à l'organisation internationale. Ceci parce que les évènements récents ont montré que les US Centers for Disease Control and Prévention ne collaboraient pas assez avec l'OMS, provoquant de ce fait l'irritation de pays comme la Chine.

Le dossier de Arte précité avait un autre intérêt : alerter sur la désastreuse impréparation face soit à des attentats soit à des pandémies de grande ampleur. Une simulation faite aux Etats-Unis avant le 11 septembre 20021 (Dark Winter) avait déjà attiré l'attention. Il ne semble pas que de grands progrès aient été faits depuis lors. C'est à chaque Etat, mais aussi en ce qui concerne l'Union européenne à cette dernière de mettre en place les moyens de prévention et d'intervention les plus modernes. Ces moyens doivent relever du secteur public et non pas d'organisations commerciales. Si l'argent de l'Etat doit servir à quelque chose, si le service public a encore un sens, c'est bien pour faire face à de telles situations qu'ils doivent désormais s'investir. Inutile d'ajouter que nous en sommes loin pour le moment, tant en France que dans les autres pays européens (voir notre dossier du 16 novembre 2001. Peu de choses ont changé depuis lors). 21/04/03

Lire:
- Texte du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) signé le 1er juillet 1968
http://www.obsarm.org/obsnuc/traites-et-conventions/francais/tnp.htm
- OMS/WHO http://www.who.int/en/
- Dark Winter http://www.csis.org/press/ma_2001_0723.htm


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8104/index.htm