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La Gazette N° 79 du 31 mars 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Il s'agit de la première concrétisation du projet que nous vous avions déjà signalé: éditer une collection Automates-Intelligents ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages, dont les évènements actuels montrent le caractère presque prémonitoire. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

En savoir plus :
faire-part de naissance
catalogue des ouvrages
acheter les ouvrages

Voir aussi:
Projet de création d'une Ecole doctorale franco-africaine
, par Alain Cardon

Le blocnet (index)

Message au Président de la République

Suite à la rubrique ci-dessous, j'ai reçu de vous diverses approbations qui me demandent un projet de mel ou de lettre pouvant être adressée au président de la République. Je n'ai pas suffisamment de contacts pour créer moi-même un mouvement d'une quelconque ampleur. Cependant, en s'y prenant à plusieurs, y compris au sein des partis politiques favorables à la paix, on pourrait peut-être faire entendre un début de voix en faveur du cesser le feu. Voici donc un projet de message:

" Monsieur le président de la République,

L’évolution de la guerre en Irak justifie la position que la France, avec de nombreuses autres nations, avait prise à l’égard de cette guerre. Les prévisions relatives aux conséquences négatives qu’elle aura, tant au plan humanitaire qu’au plan des équilibres dans la région, se montrent hélas fondées. Devant les difficultés rencontrées, l’administration américaine semble accepter une guerre longue et massive qui serait encore plus catastrophique. Aussi pensons-nous que les pays européens et les gouvernements ayant refusé le recours à une action unilatérale devraient aujourd’hui faire davantage, afin d'éviter le pire qui s’annonce.

La seule façon pensons-nous de prévenir des catastrophes en chaîne serait de faire pression sur les belligérants pour qu’ils décident un cessez-le-feu immédiat préalable à une reprise des négociations. Celles-ci devraient se faire sous l’égide de l’ONU et viser à réaffirmer la destruction contrôlée des armes ABC, le refus des guerres et agressions unilatérales, le respect des frontières des Etats et la nécessité d’une reconstruction de la région. Il s’agirait d’une sorte de paix des braves, honorable pour chacune des parties en présence, qui devrait marquer le retour à une résolution pacifique des conflits.

Aussi irréaliste que puisse paraître l’idée d’un cessez-le-feu, nous croyons fermement que soutenue par vous, elle pourrait entraîner la conviction de nos alliées, des autorités morales et religieuses et finalement des opinions publiques. Le monde est complexe, difficilement prévisible et les initiatives apparemment isolées peuvent entraîner des effets en boule-de neige inattendus. La justesse d’une position visant à privilégier la négociation sur la guerre mérite une prise de risque qui, à travers vous, honorerait notre pays. "

NB: pour écrire au Président, faire http://www.elysee.fr/ecrire/mail_.htm

Voir aussi précédemment la pétition de Move on http://www.moveon.org/declaration/ et la déclaration de l'Internationale socialiste http://www.socialistinternational.org/main-f.html 31/03/03


Proposer un cessez-le-feu.

Au soir du 28 mars, après 8 jours de guerre, il semble que la diplomatie germano-franco-belge devrait commencer à proposer un cessez-le-feu aux belligérants, qui pourrait être appuyé par les autorités morales et religieuses du monde ayant marqué leur attachement à la paix. Cette perspective de cessez-le-feu peut paraître irréaliste aujourd'hui, mais elle serait la suite logique des positions que la "vieille Europe" a prises à l'ONU dès avant les hostilités.

Faisons un peu le point. Cela peut aider à y voir clair dans le déferlement des propagandes.

1°. Il semble bien que le scénario noir, celui que rejetait d'emblée Bush et Rumsfeld, soit en train de se réaliser : résistance sans failles, jusqu'à présent, de l'armée et de la population irakienne, enlisement des forces coalisées dans des guérillas urbaines accumulant les morts civils et militaires, refus croissant des populations occidentales de cautionner cette aventure. Même si comme probable, avec l'engagement de 150.000 hommes supplémentaires, la coalition finissait par renverser Saddam, elle aurait tout perdu au plan du crédit international. L'Amérique aurait démontré que loin de pouvoir intervenir partout dans le monde où ses intérêts sont menacés, elle serait incapable de renouveler l'opération avant des mois sinon des années. Quel encouragement pour les ennemis qu'elle vient de se donner en quelques semaines! Quel désastre pour Israël que l'opinion arabe met dans le même camp que l'Amérique!

2°. Dans le même temps, si ce scénario noir se réalisait, il est en effet à peu près certain que les Etats arabes du Moyen Orient, poussés par leurs populations, ne pourraient maintenir leur neutralité. D'ores et déjà ce soir du 28 mars, Rumsfeld menace l'Iran et la Syrie qui d'après lui toléreraient ou encourageraient des infiltrations de combattants et d'armes vers l'Irak. Mais il ne peut s'agir que de menaces en l'air. Ces pays, que rejoindrait sûrement la Jordanie, savent bien que l'Amérique ne pourrait renouveler contre eux la guerre qu'elle mène contre l'Irak. Ainsi la voie s'ouvre pour une curée contre les intérêts anglo-américains dans la zone, sans parler de la relance du terrorisme international.

3°. Il y a bien pire. Les Etats-Unis sont en train de démontrer qu'ils ne pourraient rien faire contre des Etats prétendus voyous qui voudraient se doter de l'arme nucléaire et qui seraient résolus à s'en servir. Ils donnent ainsi un encouragement à la dissémination généralisée - d'autant plus qu'eux-mêmes ont affirmé haut et fort qu'ils n'hésiteraient pas à utiliser des armes nucléaires tactiques si le besoin s'en faisait sentir, y compris contre des pays non nucléaires. On peut donc penser que dans les mois qui viennent, l'Iran et la Corée du Nord auront compris la leçon, laissant les Etats-Unis sans riposte militaire possible. Saddam passera alors pour un doux mouton, d'autant plus que jusqu'à ce jour, il n'a utilisé aucune arme chimique et bactériologique. Après l'Iran et la Corée du Nord, selon les experts, ce seront plus d'une dizaine d'Etats qui pourraient prendre ce chemin - sans compter, là encore, les internationales terroristes.

Toutes les catastrophes que nous évoquons, entraînées par l'aventurisme de Bush et l'avidité irresponsable de ses soutiens économiques, sont-elles des fantasmes? Sans doute pas. Beaucoup de gens voient là le paysage cataclysmique qui se généralisera dans les premières décennies du 21e siècle, si rien n'est fait pour rompre le cercle vicieux des agressions et contre-agressions.

Il y aurait pourtant une petite chance d'éviter le pire, et cette chance ne peut venir que de l'Europe dite pacifiste, Allemagne, France, Belgique et quelques autres, éventuellement soutenus par la Russie et d'autres pays non européens. Ce serait de se démarquer dès maintenant de l'Amérique de Bush, afin de ne pas la suivre dans sa chute annoncée. Nous disons Amérique de Bush car une autre Amérique, encore minoritaire, rejoindrait sans doute le camp de la paix et du multi-latéralisme, si une sortie de conflit honorable apparaissait.

Ceci nous ramène à l'hypothèse évoquée en premier. La vieille Europe, appuyée par le Vatican,  les autorités musulmanes modérées et peut-être le Dalaï - Lama, devrait dès maintenant réclamer un cessez-le feu, pour éviter le pire. Elle ne serait sans doute pas écoutée tout de suite, mais elle aurait marqué le coup. Il faudrait ensuite demander que l'ONU reprenne la main sur les opérations de reconstruction et d'extinction des feux allumés dans tout le monde arabo-musulman par la guerre américaine à l'Irak. Si par chance Bush y laissait ses chances de réélection, les américains raisonnables qui, on peut l'espérer, lui succèderaient, seraient peut-être très contents de se tirer du guêpier moyen-oriental aux moindres frais. On peut remarquer à ce sujet que l'idée d'un cessez-le feu doit déjà circuler aux Etats-Unis, puisque Donald Rumsfeld à deux fois de suite jugé bon d'affirmer qu'il ne saurait en être question.

Un cessez-le-feu serait peut-être le début du déclin des ambitions américaines à l'hyper-puissance militaire , mais en contrepartie ce pourrait être l'émergence d'une Europe puissance, pacifique et modérée, dont le monde a besoin. 28/03/03


Crédits de la recherche en France. L'argent et la façon de l'utiliser

On constate aujourd'hui en France une véritable révolte des scientifiques face aux réductions des crédits de la recherche publique décidée par le gouvernement, soit environ 30% par rapport aux budgets des années précédentes. Beaucoup de laboratoires annoncent d'ores et déjà l'impossibilité de poursuivre des programmes pourtant prometteurs. Une pétition de chercheurs a été adressée à la ministre de la recherche en lui demandant de démissionner par solidarité.

Cette politique d'économies vient au plus mauvais moment psychologiquement, vu l'importance que prennent les dépenses militaires de recherche aux Etats-Unis dans la guerre qu'ils estiment indispensable de mener contre leurs agresseurs futurs. Selon un article du Monde en date du 19 mars 2003, p. 26, le budget fédéral de la recherche/développement devrait atteindre 123 milliards de $ en 2004. Une moitié de celui-ci ira au secteur militaire, mais les dépenses en ce domaine relèvent généralement du domaine dual, c'est-à-dire réutilisable dans le secteur civil. Le retard européen, et plus généralement français, vis-à-vis d'eux va prendre des dimensions abyssales, irrattrapables disent déjà certains observateurs. Le Japon, bien qu'il ne prépare pas directement la guerre, continue à investir massivement dans la recherche. Il sera sans doute le premier à pouvoir fournir à grande échelle les technologies indispensables à la lutte pour la sauvegarde globale de la Terre. Or cette lutte, avec celle contre la prolifération des armes de destruction massive, devrait devenir la première priorité des démocraties dans les décennies à venir.

Les scientifiques français ne peuvent pas ne pas remarquer que ce sont les gouvernements de droite qui ont toujours bloqué ou amputé les budgets de la recherche publique. L'argument des nécessaires économies budgétaires ne tient pas. D'abord les budgets de la recherche sont infimes par rapport aux autres dépenses publiques. D'autre part, ce n'est pas quand la récession s'annonce qu'il faut cesser d'investir pour l'avenir. Les mauvais esprits en déduisent donc que la droite politique française n'aime pas les chercheurs, jugés peut-être trop peu dociles. Les néo-conservateurs américains n'ont pas ce réflexe d'un autre âge, face à leurs propres universités, qui pourtant ne sont pas toujours des modèles de soumission.

Ceci étant, depuis des décennies, la droite en général et les budgétaires en particulier répondent aux scientifiques qu'ils ont assez d'argent, mais qu'ils l'utilisent mal. Ils n'ont donc qu'à se réorganiser. Il serait absurde de prétendre que les structures et procédures de la recherche scientifique en France n'aient pas besoin de modernisation. Mais d'une part celle-ci ne s'improvise pas, surtout sous la pression d'économies imposées au fil de compressions budgétaires erratiques ; d'autre part, la recherche en France est très largement imbriquée avec la recherche européenne, ce qui ne facilite pas les réformes en profondeur à partir d'un seul pays. Comment plus généralement mettre en œuvre, sans un effort de la collectivité tout entière, et non pas des seuls chercheurs, une stratégie globale de développement des sciences, alors que l'Etat manifeste depuis des décennies une véritable ignorance (sinon un mépris) des enjeux de la science, notamment dans ses aspects de recherche fondamentale ?

Ceci ne veut pas dire que les scientifiques et leurs bailleurs de fonds ne doivent pas prendre eux-mêmes l'initiative d'augmenter l'efficacité de la recherche et des moyens qui y sont affectés. Mais on rejoint là une question que l'on rencontre aussi dans le domaine de la réforme de l'Etat. Ce ne sont pas les grands chantiers, à supposer qu'un gouvernement décide de s'y attaquer, qui changeront grand chose, car ils feront très vite l'unanimité contre eux. C'est selon nous en mettant en place les infrastructures de travail en réseau, de communication avec le public et plus généralement d'innovation par les échanges transdisciplinaires, que l'on pourra (peut-être et lentement), changer les choses. Les scientifiques français utilisent déjà un peu Internet, mais d'une façon générale, ils n'en tirent pas beaucoup d'opportunités pour découvrir ce qui se passe ailleurs et proposer ailleurs leurs propres méthodologies ou paradigmes. Le poids écrasant des mandarins, dénoncé en 1968, pèse toujours aussi lourd. Ceux-ci font la chasse aux idées nouvelles dans leurs propres disciplines, et bien évidemment aux idées nouvelles suggérées par d'autres disciplines. Il faut que leurs collaborateurs soient quasiment suicidaires pour faire progresser quelques hypothèses susceptibles même à la marge de remettre en question les privilèges et honneurs dont jouissent leurs aînés.

Or ce vice congénital d'une vieille institution comme l'est la science française devrait être attaqué de front par les jeunes chercheurs. Ils sont en partie responsables du fait que par timidité ou carriérisme ils ne trouvent pour innover que le choix entre deux possibilités, s'expatrier ou attendre la mort des anciens. 27/03/03

La position de la ministre de la recherche a été précisée par un communiqué du 27 mars 2003 http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/soutienchercheurs.htm  Voir aussi
http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/orgrecherche.htm


L'industrie américaine et la guerre

Il est un peu surprenant de voir que l'on ne mette pas assez en évidence les profits que l'industrie américaine tire de la guerre: dizaines voire centaines de milliards de $ d'armement et de logistisque, bientôt relayés par ceux de la "reconstruction". Quoi de plus logique en termes économiques que détruire d'abord et reconstruire ensuite, avec l'argent des autres. Qui paye? Les citoyens américains pauvres qui voient les crédits du secteur social et de santé amputés. Les contribuables américains, puisque les baisses d'impôts annoncées seront reportées. Et finalement le monde entier qui finance les déficits de la balance des paiements américains - sans parler des fromages français victimes collatérales malodorantes certes mais innocentes de la retaliation à l'égard de Chirac.

Il faut ajouter que les liens entre les faucons et les industriels ne supposent pas le strict respect des procédures d'appel d'offre et de transparence des marchés publics. Le nommé Richard Perle, excité parmi les excités, a du en faire beaucoup pour être contraint de choisir entre ses tâches officielles et ses intérêts privés. Mais il n'est certainement pas le seul qui soit dans ce cas. Les Etats-Unis, qui se veulent champions de la morale en matière de gouvernance, tant public que privée, devraient faire un peu le ménage chez eux. Enron d'un côté, Perle et ses semblables de l'autre, cela fait beaucoup. Elf et ses caisses noires vont paraître des jeux d'enfants. Les démocrates peuvent s'inquiéter. Nous avons là un système de conjonction entre le politique et le patronat qui risque de durer, car il rapporte gros aux deux parties. Ce pourrait être l'amorce de mise en place d'une dictature apparemment soft mais de plus en plus dure à déloger. 27/03/03


Rumsfeld, le seigneur de la guerre du Pentagone

Il est presque amusant aujourd'hui de relire un article de Time présentant Donald Rumsfeld et ses différentes solutions et stratégies pour détruire l'Irak: Donald's Rumsfeld, the Pentagon War-Lord. L'article était daté du 27 janvier 2003. http://www.time.com/time/covers/1101030127/

A la date de ce jour, où nous écrivons ceci, rien n'est encore joué. Les jours de Saddam sont probablement comptés. Mais la préparation de l'opération par la première nation militaire du monde semble avoir accumulé les a-peu près et les paris hasardeux. Un mal irrémédiable est déjà porté à l'encontre des intérêts de la super-puissance américiane. Certains pourront y voir l'amorce du début de son déclin. A quoi sert de disposer des stratèges les plus affûtés, des ordinateurs et des modèles les plus performants, si on se précipite dans l'aventure en postulant d'emblée que toutes les conditions favorables au succès se trouveront réunies ? Les cyniques diront que c'était pour endormir l'opinion que le Pentagone avait annoncé une campagne-éclair. Ils voulaient en fait lancer la machine, quelles que soient les difficultés et les pertes, pour créer un fait accompli indispensable aux intérêts des Etats-Unis dans la région.

Mais même en ce cas, n'ont-ils pas fait preuve d'un optimisme incompréhensible, dû sans doute à leur méconnaissance de la complexité du monde. Nous avons montré dans des articles précédents que la guerre contre l'Irak, loin de leur attirer des sympathies dans le monde arabe, allait sans doute faire germer d'innombrables cohortes de fanatiques suicidaires enivrés par la résistance des soldats de Saddam. Par ailleurs, en Occident, l'exposition sans nuances du déchaînement des armements de la coalition à l'encontre de troupes mal armées et surtout de population sans défense, ne peut que provoquer la solidarité généreuse des jeunes, germe d'un anti-américanisme qui sera sans doute durable, et favorisera peut-être, souhaitons-le, l'émergence d'une Europe indépendante.

Mais il y a plus grave pour les Etats-Unis et derrière eux, pour tous les pays qui comme les nôtres, comptent sur les équipements sophistiqués pour se défendre contre d'éventuelles agressions de pays contestant leur domination. La guerre du renseignement a montré, une fois de plus, l'incompétence des services adéquats, qui avaient pronostiqué le soulèvement rapide des populations, en oubliant le réflexe nationaliste et patriotique. Même chose concernant l'état d'esprit de l'armée irakienne qui, mise à part la garde nationale, devait se rendre en masse. Or elle résiste avec un courage qui ne peut que leur attirer l'admiration, car le courage reste une valeur hautement prisée, même dans nos sociétés où le principe de précaution est érigé en dogme (au moins officiellement).

Les matériels eux-mêmes, dont on avait vanté la sophistication sinon la robotisation, révèlent leurs limites dans le désert ou dans la guérilla urbaine. Le seul véritable succès est celui des bombes et missiles localisés par GPS dont la précision est vraiment stupéfiante (tant du moins que le GPS n'est pas brouillé). Cela évite beaucoup de morts chez les civils, mais sans doute pas encore assez.  Plus le temps passera, plus les bavures vont s'accumuler. Même quand on se limite à détruire les complexes administratifs ou militaires, les effets de chocs multiples sur la population entraîneront durablement, comme le rappelait un responsable de SAMU français, des séquelles psychologiques et physiques chez les victimes. Parmi elles beaucoup d'enfants. Si ceux-ci ne se transforment pas en terroristes plus tard, nous aurons de la chance.

L'incapacité du lobby militaire et technologique américain à prévoir les échecs comporte une leçon beaucoup plus profonde, qui a déjà fait l'objet de réflexions dans notre revue Automates-Intelligents, et qui est au cœur des ouvrages que nous éditons en ce moment relatifs aux limites de la science face aux systèmes complexes *. L'homme est aujourd'hui incapable, même assisté des mathématiques, des modèles et des technologies les plus hauts de gamme, de décrire exhaustivement un système composé d'agents en interaction, fussent-ils en petit nombre. A plus forte raison est-il incapable de prévoir convenablement le comportement de ce système, afin d'y adapter son action. Aussi a-t-il recours aux vieilles solutions inspirées par l'esprit linéaire, sans chercher à les adapter. Il lui faudrait au contraire soit en revenir à une prudence de Sioux, soit trouver d'autres solutions, faisant appel à des intelligences artificielles auto-adaptatives dont aucune encore n'est opérationnelle, même aux Etats-Unis. Nous savons que le ministère de la défense américain (DARPA) y travaille. Mais il s'écoulera sans doute encore beaucoup de temps pour que de tels systèmes autonomes puissent se déployer sur des théâtres d'opération où s'affrontent des réflexes de défense génétiquement programmés, rodés par des centaines de milliers d'années de lutte pour la défense du territoire.

En attendant l'intelligence artificielle, une intelligence normale mais refusant l'esprit linéaire aurait pu trouver d'autres moyens pour déstabiliser Saddam et tous les dictateurs de son espèce. Suggérons que sur les # 170 milliards de $ actuellement programmés pour financer la guerre, les Etats-Unis, assistés cette fois-ci de la vieille Europe, auraient pu mettre en place 1 seul milliard d'aides alimentaires, sanitaires et logistiques (en utilisant éventuellement les B52 pour la distribuer en masse!). Les Occidentaux auraient eu certainement meilleure presse, même chez les plus sourcilleux des nationalistes arabes. Il est vrai qu'alors le lobby de l'armement aurait perdu 169 milliards de commandes. 25/03/02, 16,00h.

* Voir notamment Baquiast-Cardon, entre la science et l'intuition, la conscience artificielle, Edition Automates-Intelligents, à paraître courant avril 2003.


Guerre des images, guerre des mèmes

On ne peut pas s'éviter de regarder la guerre entre Bush et Saddam à la " lumière ", si lumière il y a, apportée par la mémétique. Au-delà du regard, ladite mémétique devrait nous autoriser à faire quelques prévisions.

Voyons d'abord l'impact de la guerre sur la lutte anti-terrorisme islamiste, qui en est la justification selon Bush et ses amis. Les évènements actuels (24 mars, 09.00h) ne peuvent que renforcer les vocations à la djihad, voire au terrorisme suicidaire, chez tous les musulmans du monde, même les plus modérés. Que voit-on ? Quelques soldats de Saddam mal armés et isolés tiennent tête aux offensives surarmées anglo-américaines dans les 4 villes du sud un moment annoncées comme prises par la coalition. Cela ne peut que renforcer le discours des islamistes qui prétendent, y compris dans nos banlieues, que le soldat de la foi est invincible. Cela ne peut donc que faire naître d'innombrables nouvelles vocations au martyr, y compris encore une fois dans nos banlieues. A plus forte raison dans tous les pays musulmans du monde, peuplés de majorités de jeunes gens très mal formés pour résister à de tels appels au sacrifice. Ce sera bien pire si, dans les jours qui viennent, Bagdad résiste à l'invasion. Saddam voulait " aspirer " les américains dans Bagdad. Or ils y vont tout droit en ce moment. Il sera facile de dire qu'Allah les aura aveuglés. Ajoutons que tout le vacarme fait autour de la mort de quelques militaires de la coalition alors que nul ne parle des centaines de victimes irakiennes renforce partout l'idée que l'Occident méprise les musulmans.

Le psychologue Scott Atran a écrit dans la revue Science du 7 mars : " détruire les organisations de recrutement du terrorisme pourra être efficace dans un premier temps, mais cela pourra favoriser dans un second temps l'émergence d'organisations encore plus résistantes ". Bush est en train de faire naître des millions, non pas de Ben Ladden qui est un cynique, mais de jeunes soldats de la foi bien plus dangereux encore.

Mais il y a aussi l'impact de la guerre sur l'anti-américanisme. Les faucons du Pentagone ne s'inquiètent sans doute pas de la montée de l'anti-américanisme pour le moment. Mais quand on considère qu'il touche des dizaines de millions de jeunes, y compris dans les pays occidentaux…quand on considère que ses motivations sont, chez ces jeunes, relativement pures (non aux bombardements massifs qui massacrent les populations, non à la force pour régler les conflits), Bush et les siens devraient s'inquiéter. Ce sont tous les pays occidentaux qui risquent progressivement de verser dans l'anti-américanisme primaire, mémétique. Ils le feront d'autant plus que les opinions dans ces pays découvriront qu'il est très possible et sain de s'éloigner des Etats-Unis, pour constituer des contre-pouvoirs aujourd'hui indispensables. La construction d'une grande Europe indépendante de l'Amérique devrait s'en trouver accélérée, y compris avec le soutien des pays de l'Europe centrale et orientale aujourd'hui réticents.

Ainsi la tournure que prend actuellement cette guerre aura à la fois des conséquences consternantes : une relance universelle du terrorisme anti-occidental, et d'autres plus encourageantes, le rejet de la force unilatérale et, pour ce qui nous concerne, l'accélération de la construction européenne.

Si les évènements  évoluent comme envisagés ici, en tous cas, le président Chirac et plus généralement la diplomatie française pourront se féliciter d'avoir dès le début et malgré les critiques vu juste - incarné les bons mèmes diront les méméticiens. Mais rien n'est encore joué. 24/03/03


Dégâts collatéraux environnementaux

La revue britannique NewScientist, dans son n° du 15 mars, recense les très nombreux dégâts (ou désastres) environnementaux que la guerre amènera en Irak. Il y a ceux auxquels on pense tout de suite, pollutions pétrolières , empoisonnement des nappes phréatiques, destruction des écosystèmes marins, éventuellement contaminations chimiques et radioactives. Mais il y a ceux auxquels on ne pense pas quand on ne connaît pas la fragilité de l'éco-système irakien: arrachement de la couche superficielle durcie qui protège les sables du désert de l'érosion éolienne et qui ne se reconstituera peut-être jamais, destruction des zones humides fluviales et côtières qui abritent de très grandes quantités d'oiseaux endémiques ou migrateurs. On ne mentionne pas ici les contre-coups de la guerre sur l'état moral et physique des populations, déjà très affaiblies. 23/03/03


Bush contre Saddam

Il faut lire le livre de Jean Guisnel ainsi intitulé, qui montre bien les multiples coups tordus de l'hyper-puissance américaine dans sa lutte contre tous ceux qui sont réfractaires à son hégémonie, notamment en Europe (La Découverte). .

La position de la diplomatie française à l'égard de Bush et de Saddam est parfaitement justifiée. Elle l'est si bien que les foules de manifestants anti-guerre dans le monde ne s'expriment pas autrement. Je la résume en quelques mots, telle du moins que je l'entends moi-même :

- Saddam est un criminel qui ne mérite aucune sympathie. Il a des centaines de milliers de morts sur la conscience. Mais il n'est pas seul. Les ayatollahs iraniens ne sont pas davantage dignes d'intérêt, sans parler du gouvernement nord-coréen et de bien d'autres.

- Si on estime que de tels dictateurs doivent être abattus, ce ne peut être par des guerres soi-disant préventives déclenchées par aucun pays, et surtout pas par une hyper-puissance dominante. Toutes les autres méthodes, certes plus lentes mais plus efficaces à terme, doivent être entreprises. La pression diplomatique voire militaire de l'ONU est indispensable. Mais pourquoi ne pas évoquer la résistance interne des populations soumises aux dictateurs. Pourquoi par exemple tous les émigrés irakiens bien confortablement installés à l'Ouest ne reviennent-ils pas chez eux pour se battre clandestinement ? En France, pendant l'occupation nazie, il y avait une résistance. Jean-Moulin et ses camarades de combat ne sont pas restés à Londres pour y discourir. Vouloir libérer les gens par des troupes étrangères en heurtant directement leur sentiment patriotique n'est pas la bonne méthode. Surtout quand ces troupes affichent une supériorité matérielle à proprement parler révoltante.

- Plus personne n'ignore maintenant que, derrière la logomachie démocratique, les véritables buts de guerre américains sont le pétrole de la région, et la volonté d'établir des protectorats dans les pays arabes voisins. Or cela ne réussira pas, malgré la puissance américaine. On aura là un foyer permanent de guerre civile et de terrorisme - dont l'Europe d'ailleurs, sans parler d'Israël, souffrira bien plus que les lointains Etats-Unis.

- Le langage diplomatique ne le dit pas clairement, mais maintenant les chancelleries (et leurs services de renseignement) ne se le dissimulent plus - pas plus d'ailleurs que les démocrates et républicains modérés aux Etats-Unis, qu'il faut louer pour leur clairvoyance et leur courage. Derrière Bush c'est une minorité impitoyable, très proche de ce que fut le parti nazi allemand à ses débuts, qui prend actuellement le pouvoir aux Etats-Unis. Il s'agit des néo-conservateurs, pour qui la guerre a toujours été considérée comme la meilleure forme de diplomatie et la meilleure façon de gagner de l'argent. Ils sont appuyés par les chrétiens fondamentalistes protestants, derrière lesquels ils se dissimulent. Le problème est que, comme ces gens n'ont rien de démocratique, rien ne garantit qu'ils quittent le pouvoir une fois bien ancrés au sein des institutions américaines. Ils continueront par ailleurs à générer des dictatures à leurs ordres dans le reste du monde - et pourquoi pas un jour en Europe sous une forme plus soft ?

- Enfin, comme le démontre facilement la science des systèmes complexes, aussi puissants et se prétendant bien informés que soient ces gens, ils sont aussi incapables que les autres de prédire les résultats catastrophiques éventuels de leurs actions, et moins encore de les prévenir. Ceci au plan militaire et diplomatique mais aussi au plan des équilibres plus généraux de la planète, comme on a déjà pu le constater. Plus les années passeront, plus il apparaîtra que seule en serait capable la communauté des nations représentée par l'ONU.

- Les Européens ont encore quelques temps pour réagir, avant d'être totalement colonisés - c'est le cas de le dire - par l'hyper-puissance américaine. Pour cela ils doivent se constituer eux-mêmes en super-puissance. Il ne s'agirait que d'une puissance pacifique, mais tant qu'elle n'aura pas rattrapé son retard en matière scientifique et militaire, elle n'existera pas face aux Etats-Unis. Donc les européens doivent se serrer la ceinture et renoncer aux excès de la société de consommation et des loisirs, afin de trouver les ressources nécessaires à des dépenses d'investissement et de recherche.

J'ajoute personnellement qu'une telle puissance européenne n'est pas concevable sans des coopérations approfondies avec les Etats voisins, notamment la Russie et les pays maghrébins. Cette thèse sera développée dans un livre à paraître dans quelques jours : Europe paneuropéenne hyper-puissance (Edition Automates-Intelligents).  Une initiative récente de la Commission européenne dans la direction d'une Europe élargie à l'Est pourrait constituer un premier pas intéressant  http://fr.news.yahoo.com/030311/85/3384y.html 23/03/03


Le courage et la lâcheté

Moi qui pourtant en ai vu (et parfois commis), des lâchetés, je ne peux m'empêcher d'être indigné par le contraste entre la dignité suprême de Bagdad, recevant ce soir sans même daigner s'imposer de black-out les centaines de tonnes de bombes larguées de 10.000 m par les B 52, et la lâcheté, car comment l'appeler autrement, des équipages de ces avions et de ceux, à terre, des Abrams, Apaches et Harriers attaquant quelques miliciens armés de Kalachnikov. On me dira que ces attaquants courent le risque d'être eux-mêmes attaqués par des armes de destruction massive. Mais pour le moment, la destruction massive, c'est eux qui la manient. Sur fond de Bagdad en feu, nous pouvons voir au premier plan, grâce aux caméras en " live ", des palmiers qui furent dans un passé déjà lointain plantés avec amour et qui persistent à se tenir debout malgré les rafales d'air brûlant, symbole des Bagdadis qui mourront cette nuit et les nuits suivantes. Les Américains prétendent mener à leur profit une guerre des images. Mais cette guerre, ce soir et pour longtemps, ils l'ont perdue. La mémoire humaine est courte, mais parfois elle perdure. Pour longtemps je crois nous serons des Irakiens. 21/03/03, 22h.


L'opinion publique internationale

Certains analystes politiques laissent entendre qu'en réaction à l'agression américaine, une véritable nouvelle conscience internationale serait en train de naître dans le monde entier, réclamant le règlement des conflits par la négociation et non par la guerre. Il est effectivement impressionnant de voir ces centaines de milliers de gens de par le monde qu'unit une même protestation, parmi lesquels une majorité de jeunes si souvent dépeints comme égoïstes ou sans ambition collective. On peut évidemment se demander ce qui motive ces foules. Ce n'est pas la peur de partir à la guerre eux-mêmes, comme ce fut le cas pour les Parisiens ovationnant Daladier à son retour de Munich. Ce n'est pas non plus, pour les occidentaux tout au moins, les prêches enflammés des imams ou l'amour de Saddam Hussein nouveau Saladin. Est-ce un simple effet de mimétisme, de mode, qui passera aussi vite qu'il est venu. Ou est-ce bien vraiment l'émergence d'une conscience collective, l'horreur de la force brute mise au service de l'imérialisme, conscience collective dont le monde aura bien besoin dans les décennies qui viennent pour gérer avec responsabilité les objectifs de sa propre conservation? 20/03/03


L'Amérique qui sauve son honneur

Tous les américains ne sont pas comme ces faux-jetons sinistres de Bush et Rumsfeld. Voyez un exemple de l'Amérique qui sauve son honneur et le nôtre: The Nation http://www.thenation.com/ 20/03/03


Dépenses de guerre

Selon CNN http://www.cnn.com/2003/ALLPOLITICS/03/17/budget.reut/index.html, les sénateurs démocrates et leurs alliés les républicains modérés ont fait les comptes de la politique du gouvernement Bush. Celle-ci devrait générer pour les 10 prochaines années un montant de dépenses de $2,7 millions de milliards (trillion). Le déficit budgétaire correspondant serait de $1, 82 million de milliards. Pour limiter ce déficit , le gouvernement déciderait $470 milliards d'économies dans les budgets de santé et d'assurances sociales. Comme quoi, aussi riche soit-on, on ne peut pas à la fois faire la guerre et du social. Il est vrai que les dépenses militaires, qui génèrent l'essentiel du déficit prévu, ne sont pas perdues pour tout le monde. 19/03/03


Jose Maria Aznar

La difficulté de désigner, fut-ce par la voie démocratique, un futur président pour l'Europe apparait clairement à propos du cas Aznar. Les observateurs disent que celui-ci envisage un tel avenir pour lui-même, et que sa candidature serait soutenue par les petits pays. Mais comment les pays voulant construire une Europe forte et indépendante des Etats-Unis pourraient-ils accepter de se faire représenter par un tel personnage? Il conjugue les échecs en politique intérieure et la servilité vis-à-vis des Etats-Unis en politique étrangère (je ne mentionne pas son apparence physique de peur de me faire accuser de racisme anti-méditerranéen). On peut craindre que les autres candidats éventuels à ce poste ne soient comme lui que des politiciens ayant perdu toute chance de carrière dans leur pays. Sinon faudra-t-il faire appel à quelque vénérable père de l'Europe, ayant perdu tout mordant et, qui plus est, ignorant tout des sciences et des techniques. 18/03/03


L'économie de l'hydrogène

Wired vient de publier un long article de deux experts en stratégie industrielle et en économie de l'hydrogène, responsables de la firme Global Business Network : Peter Schwartz (peter_schwartz@gbn.com) et Doug Randall (doug_randall@gbn.com) . Il faut les considérer comme des représentants d'un lobby qui commence à se faire entendre aux Etats-Unis, celui de l'hydrogène, mais cela ne retire rien à la pertinence, selon nous, de leur propos. L'article vise à montrer qu'un investissement public de 100 milliards de dollars en 10 ans pourrait libérer définitivement l'économie américaine de sa dépendance au pétrole. Celle-ci ne cessera de s'accroître dans les prochaines décennies, obligeant l'Amérique à augmenter sa pression sur les pays producteurs, sans pour autant améliorer en rien sa compétitivité industrielle. L'article est particulièrement bien venu ces jours-ci, quand on sait que le gouvernement américain va dépenser la même somme, soit au moins 100 milliards de dollars, pour mener la campagne en Irak et plus généralement mettre la main sur les réserves de pétrole du Moyen -Orient. Ceux qui comme nous pensent que tous les investissements stratégiques dans les technologies et industries nouvelles supposent un engagement massif des Etats se réjouiront de voir un tel article proposé dans le pays de la libre-entreprise.

L'article énumère les 5 types d'actions qu'il faudra mener en 10 ans pour aboutir à remplacer environ la moitié de l'essence carburant par de l'hydrogène. Il ne cache pas les difficultés, mais, comme les auteurs le signalent, celles-ci sont uniquement de type technologique. Elles ne supposent pas de réponses de type scientifique. Or résoudre les difficultés technologiques n'est qu'une affaire d'argent. Un point devrait particulièrement intéresser les milieux nucléaires européens, c'est l'accent mis sur le rôle que pourrait jouer dans la production d'énergie électrique nécessaire à la production d'hydrogène, les réacteurs nucléaires de nouvelle génération du type de celui de Koeberg, en Afrique du Sud (dont, avouons-le, nous ignorions l'existence jusqu'à ce jour). Mais les autres formes d'énergie renouvelables seront aussi mises à contribution.

On peut se demander si G.W. Bush, à qui ce discours s'adresse, changera de tout au tout sa politique de course au pétrole, quels qu'en soient les coûts humains et diplomatiques à payer. Mais si ce n 'est pas le cas, c'est en Europe que les nouvelles stratégies autour de l'hydrogène devraient recueillir trouver leurs meilleurs soutiens. L'Europe est plus riche qu'on ne le dit et pourrait facilement trouver 100 milliards d'euros pour conduire sa propre politique en ce domaine, d'ici 2015.  17/03/03

- L'article de Wired http://www.wired.com/wired/archive/11.04/hydrogen_pr.html
- Global Business Network http://www.gbn.org/  (à visiter)
- La nouvelle technologie nucléaire, selon les responsables du réacteur sud-africain de Koeberg http://www.esi.co.za/last/ESI32000/ESI32000_029_1.htm


Les deux Amériques (Editorial de Automates-Intelligents, en date du 17 mars 2003)

Nous savons que nos lecteurs, abonnés et visiteurs du site, s'intéressent beaucoup au développement des sciences et des technologies tel qu'il se réalise aux Etats-Unis. Nous veillons nous-mêmes à faire connaître le plus largement possible les travaux des chercheurs et philosophes américains dans les domaines concernant notre revue - trop même nous disent certains amis. C'est dire que nous ne pouvons pas nous associer sans discrimination à la campagne anti-américaine se développant actuellement en Europe dans la suite de l'invasion de l'Irak et de la politique irresponsable de l'actuelle Administration républicaine.

Il y a effectivement sans doute deux Amériques. La première est celle des faucons du Pentagone et des lobbies militaro-industriels pour qui la guerre aujourd'hui, l'unilatéralisme sommaire demain, constituent la seule façon de diriger le monde. Cette Amérique-là, nous ne pouvons pas l'accepter sans résister. Dans notre collection Automates-Intelligents, nous avons déjà écrit et continuerons à écrire des ouvrages rappelant qu' "un autre monde est possible " et qu'une communauté internationale donnant plus de poids aux pays du tiers-monde est la seule façon de prétendre organiser l'univers multipolaire de demain. Nous pensons aussi qu'une Europe étendue, peut-être une Europe de l'Atlantique à l'Oural, doit constituer avec les autres grandes puissances mondiales, celles d'Asie notamment, un efficace contrepoids à l'Empire américain tel que conçu actuellement à Washington.

Cependant il y a une autre Amérique. Les militants altermondialistes et écologiques le savent bien, qui la rencontrent quotidiennement dans les forums et réunions où l'on milite contre le pouvoir absolu de l'argent. La plupart des scientifiques français connaissent aussi un visage plus difficile à faire apparaître, mais indiscutable de cette autre Amérique. C'est celle précisément de leurs collègues des laboratoires et des grandes revues scientifiques internationales. Certes, tous ne sont pas sans liens avec l'argent et le pouvoir militaire. Mais dans l'ensemble on y rencontre des esprits modestes devant les difficultés de la recherche fondamentale, rationalistes, soucieux sans messianisme de partager les connaissances au profit de l'ensemble de ceux qui n'ont pas la chance d'avoir fait des carrières universitaires. Il nous semble que beaucoup de tels esprits se retrouvent dans les cercles que John Brockman a nommé la Troisième culture, celle des intellectuels et philosophes suffisamment praticiens de la science pour garder les yeux ouverts sur un monde en évolution permanente. Il ne faut pas oublier aussi les esprits plus littéraires, au sens où on l'entend en France, ceux que publient par exemple la New York Review of Books (http://www.nybooks.com/)

C'est aux représentants de cette Amérique là que nous voudrions ici, pour notre petite part, au début d'une période où contrairement à ce qu'espère G.W. Bush, l'autre Amérique sera à juste titre très critiquée, envoyer un message d'amitié.

Il ne faut pas tomber cependant dans l'angélisme. Le déploiement de moyens de destruction hautement technologiques dont le Pentagone fait montre actuellement en Irak prouve qu'il n'y a pas loin des recherches les plus désintéressées à leurs applications meurtrières. Tout ce qui concernera la manipulation des foules et des cerveaux suscitera les mêmes inquiétudes. Voyez par exemple le projet évoqué dans notre page d'actualités concernant la réalisation d'hippocampe artificiels.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-7903/index.htm