logo admiroutes


La Gazette N° 78 du 15 mars 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


accueil "la gazette"

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à l'adresse ci-dessus
- Lire la présentation

Admiroutes:  http://www.admiroutes.asso.fr/

Chers lecteurs et abonnés

Vous trouverez sur la nouvelle page d'accueil  d'Admiroutes l'accès à la collection Automates-Intelligents et à l'association Automates-Intelligents. Les archives d'Admiroutes restent accessibles par l'ancienne page d'accueil 

Il s'agit de la première concrétisation du projet que nous vous avions déjà signalé: éditer une collection Automates-Intelligents ouverte aux nouvelles approches de la complexité, qu'il s'agisse des sciences proprement dite ou des domaines de la vie politique et sociale. Nous espérons que vous vous précipiterez nombreux pour acquérir ces remarquables ouvrages. Mais nous comptons aussi sur les jeunes et brillants auteurs potentiels qui seraient tentés par cette formule éditoriale. Pour plus d'informations, ils pourront prendre contact avec Christophe Jacquemin, directeur de la collection, ou moi-même.

En savoir plus :
faire-part de naissance
catalogue des ouvrages
acheter les ouvrages

Le blocnet (index)

Le défaitisme bien mal avisé des commentateurs politiques français

A écouter les commentaires politiques relatifs à l'affrontement actuel entre les Etats-Unis et la France, on ne peut que trembler devant l'imprudence prétendue de notre diplomatie. Ainsi sur France Culture le 15 mars à 13h (La Rumeur du Monde, de Jean-Marie Colombani). La France, prédisent ces experts, va supporter d'innombrables mesures de rétorsion de la part des Etats-Unis ; les pays européens vont se rallier en masse à leur point de vue et nous laisser isolés, nous et la malheureuse Allemagne ; pour l'avenir, les Etats-Unis feront tout pour structurer une Europe Atlantique qui sera leur fer de lance sur le continent. Nous serons alors bien obligés de venir sans gloire à résipiscence.

Cela ne tient pas compte d'une tendance profonde qui, selon nous tout au moins, va dans le sens de l'émergence d'une puissance européenne se voulant un efficace contre-pouvoir à l'encontre des Etats-Unis. Aujourd'hui et jusqu'à nouvel ordre, ceux-ci incarnent un pouvoir qui deviendra de plus en plus insupportable non seulement aux pays du tiers-monde mais à tous les autres. Ils sont gouvernés par un lobby militaro-industriel qui met au-dessus de toutes autres considérations la préservation de ses sources d'approvisionnement en énergie et de ses profits, notamment ceux découlant des commandes de technologies. G.W. Bush et son entourage semblent incapables de maîtriser ces intérêts, qui financent très largement leurs réélections. Bush lui-même, à ce qu'on dit, ignore le monde contemporain, son caractère le partage entre messianisme rédempteur (rédempteur sans doute aussi de ses propres errances de jeune homme) et conviction de diriger une hyper-puissance n'ayant de compte à rendre à personne et pouvant réorganiser le monde, Moyen-Orient, Europe, Amérique Latine au mieux de ses intérêts.

L'unilatéralisme qui en résulte atteindra son apogée avec l'offensive contre l'Irak, mais on le retrouvera dans tous les domaines sensibles du monde : lutte pour le développement durable et contre la pauvreté notamment, soutien aux organisations internationales, etc. . Le drame est que ce qui pourrait n'être que caricatural, analogue aux gesticulations en son temps de Benito Mussolini, s'appuie sur une supériorité technologique et scientifique, militaire et civile, devenue pratiquement irrattrapable. C'est bien de la faute de l'Europe, qui n'a jamais rien compris aux technologies et aux sciences. Elle a laissé par son impéritie la domination technologique américaine s'établir sans partage.. Aujourd'hui le mal est fait et il faut ouvrir les yeux : le monde est et sera de plus en plus dirigé par une tyrannie disposant d'une puissance matérielle devant laquelle tout le monde devra s'incliner. N'y résisteront que des foules d'illuminés fondamentalistes derrière lesquels les peuples d'Europe ne peuvent évidemment pas se rallier, car ils en seront les premières victimes.

Or ce tableau, que beaucoup d'Européens jugeraient aujourd'hui aussi passionné que faux, devrait au contraire apparaître comme de plus en plus évident aux citoyens du monde n'acceptant pas la servitude dorée promise par l'Amérique. Un contre-poids géopolitique tel qu'une Europe n'agissant pas pour son seul intérêt, mais jouant à fond la carte du multi-latéralisme, deviendra de plus en plus crédible. Si les opinions publiques s'en persuadent, si l'Europe est capable de tenir modestement mais fermement son rôle dans ce rééquilibrage, le pouvoir de domination sur le monde basculera, peut-être plus vite qu'on ne le croit. L'hyper-puissance américaine n'est telle que du fait de la démission des autres. Sinon, ses bases sont fragiles. Ce ne seront pas les Ben Laden qui la remettront à sa place, mais la vieille Europe et les alliés qu'elle pourra se faire, auprès de la Russie, de la Chine et des autres pays refusant moins le modèle américain que la domination américaine.

L'ennui, diront les gens prudents, est que ce regroupement ne pourra se faire qu'avec une diabolisation des Etats-Unis. Or celle-ci serait à son tour excessive - d'autant plus qu'en Amérique, les opposants au gouvernement militaro-industriel sont nombreux, notamment dans les milieux altermondialistes. Mais l'émergence d'un super-organisme nouveau, celle d'une Europe-puissance s'étendant le cas échéant de l'Atlantique à l'Oural, exige sans doute, dans la logique des systèmes, un bouc émissaire contre qui s'unir. L'Amérique Bushienne semble avoir pour le moment trouvé le leur, la France des camemberts et des rodomontades. A nous de leur rendre la pareille. 15/03/03


Fous de Dieu

Des reportages sur l'Irak montrent l'arrivée d'effectifs importants de fous de Dieu hyper-excités et armés prétendant vouloir mourir pour l'Islam à Bagdad. La plupart viendraient des pays du Maghreb. Jusqu'ici Saddam avait évité d'avoir recours à l'islamisme, mais maintenant il le fait car il joue ses dernières cartes. Or c'est bien une conséquence de l'offensive américaine contre l'Irak : générer dans tout le monde arabe, ainsi qu'en Europe, qui n'en est pas très loin géographiquement, l'émergence de fanatiques suicidaires en grand nombre. Ils vont mettre tous les gouvernements de la zone, ainsi que les nôtres, en grande difficulté, alors que ces gouvernements avaient jusqu'ici réussi à tenir les islamiste à bout de bras. Le mimétisme jouant à plein, il est probable que ces fanatiques vont se lever comme des champignons après la pluie pendant la guerre et après. Ce ne sont pas chez les américains qu'ils viendront semer la mort, ils en sont bien incapables. Mais au Moyen-Orient, au Maghreb et en Europe. 14/03/03


La question des armes de destruction massive

Tous les observateurs constatent, à juste titre, que le sort de l'attitude de la communauté internationale à l'égard des pays qui se donnent des armes de destruction massive se joue en ce moment. L'Irak et la Corée du Nord ne resteront pas seuls longtemps à se doter de moyens ABC. La France ne peut éviter d'aborder la question, au prétexte que la persuasion diplomatique devrait suffire à prévenir l'extension de cette menace très grave pour la sécurité du monde de demain. Aucune solution ne paraît pour le moment viable (nous n'évoquons pas ici la question encore plus complexe de l'utilisation de ces armes par des mouvements terroristes échappant au contrôle des Etats):

- Laisser aux Etats-Unis le soin de jouer les gendarmes du monde ne sera accepté par personne, même aux Etats-Unis.

- Confier aux 5 " Grands " du Conseil de Sécurité mission de faire partout la police, le cas échéant en intervenant militairement, ne serait viable  (sauf à réformer les règles de ce Conseil) que si, d'abord ces pays s'entendaient pour agir ensemble par l'intermédiaire d'alliances militaires efficaces, et d'autre part s'ils acceptaient d'utiliser l'arme atomique en dernier recours contre un Etat qui refuserait de se plier à leurs injonctions. Face à des pays qui comme la Corée du Nord, n'hésiteraient peut-être pas à se servir de la bombe atomique, ou d'armes bactériologiques et chimiques aussi dangereuses, on est en effet ramené aux conditions de l'équilibre de la terreur du temps de la guerre froide. Mais alors, l'arme atomique et la guerre bactériologique se banaliseraient pour le plus grand risque du monde tout entier.

- Négocier des traités de non-agression bilatéraux ou multilatéraux sous l'autorité de l'ONU paraîtrait la solution raisonnable. Mais ce serait donner une prime aux Etats s'étant dotés de tels armements, car dans une négociation, il faut toujours apporter des contre-parties. De plus l'ONU n'est pas une personne morale facile à cerner. Elle est composée d'une majorité d'Etats qui n'ont rien de démocratique ni de particulièrement favorable aux points de vue des grands pays, lesquels seront toujours suspectés de vouloir dominer le monde.

- Ne rien décider de systématique et d'a priori, en laissant les circonstances dicter sur le moment les solutions les moins mauvaises, serait peut-être la meilleure solution, bien qu'elle révolte l'esprit. Mais dans ce cas, chaque pays ou groupes de pays serait obligé de se prémunir militairement contre tous les autres. L'Europe en particulier, le cas échéant en se rapprochant de la Russie, devrait se doter de forces défensives sérieuses. Que d'argent perdu qui n'ira pas au développement durable ! Et quelle désillusion pour ceux qui pensaient que le village mondial aurait pu faire disparaître ces vieux antagonismes.

- NB : si vous voyez d'autres solutions, écrivez-moi. 14/03/03


Audit sur les infrastructures de transport

Cet audit, remis récemment au gouvernement, a provoqué l'indignation des défenseurs des transports par rail et par canaux.  Les hauts-fonctionnaires qui l'ont réalisé ont si bien fait argumenté qu'aucun projet d'importance dans ces domaines ne trouve grâce à leurs yeux. Ne reste plus que le tout-camion pour tirer la France d'affaire. Le  point de vue est si excessif, si strictement comptable, que le ministre des transports lui-même s'est cru obligé de dire qu'il ne voyait là qu'un rapport, et non le document préparatoire à des décisions. Mais manifestement les lobbies routiers n'ont pas dit leur dernier mot.

Le rapport est d'autant plus préoccupant, voire scandaleusement irresponsable, qu'il survient à un moment où va se mettre en place l'ouverture du trafic ferroviaire marchandise à la concurence. Cette ouverture se traduira nécessairement par la recherche d'économies, ce qui devrait faire profiter au routier, toujours gagnant dans une course aux baisses sauvages de tarifs. Si les Etats n'interviennent pas par des investissements publics de long terme pour rendre les infrastructures du rail plus efficaces, notamment grâce au ferroutage, on se retrouvera vite dans la situation des Etats-Unis, où le transport marchandise par rail ne survit que dans des créneaux très limités. 13/03/03
- Rapport d'audit http://www.equipement.gouv.fr/rapports/themes_rapports/infrastructures/Audit_CGPC/sommaire.htm


André Gorz

Les anciens du PSU, avant même 1968, se souviennent encore d'André Gorz, dont les analyses de la société capitaliste et de consommation commençante étaient au moins aussi pertinentes que celles, plus célèbres, d'Herbert Marcuse. Or le grand homme n'est pas mort, scientifiquement parlant s'entend, puisqu'il vient de produire un ouvrage dans lequel il analyse l'évolution des sociétés actuelles vers l'économie cognitive et le capitalisme de la connaissance. Ainsi se produit, non pas une simple fracture numérique, mais l'apparition d'une knowledge class regroupant à peine 1% de la population mondiale, et ayant en mains toutes les clefs lui permettant d'orienter l'avenir au profit, sans doute du savoir, mais aussi à son profit propre. Nous ajouterons que ces gens se trouvent majoritairement aux Etats-Unis, dont l'hyper-puissance actuelle s'explique alors facilement. Je compte faire prochainement une analyse plus complète de ce livre. Mais rien n'empêche de le lire sans m'attendre.
- André Gorz, L'immatériel, connaissance, valeur, capital Ed. Galilée. 13/03/03


Habermas

Je n'ai guère personnellement d'estime pour le philosophe allemand Habermas, qui devient subitement très à la mode en France. Comme beaucoup d'intellectuels qui se cherchent des thèmes de renouvellement, il a récemment découvert la bio-éthique, sans être particulièrement compétent en biologie ou en génétique. C'est certes son droit le plus strict que s'interroger sur la façon dont les humains utiliseront les découvertes de ces sciences pour influencer leur évolution future. Mais pourquoi supposer a priori que les interventions sur les génomes, en dehors de recherches thérapeutiques, seraient nécessairement négatives pour l'espèce humaine ? De quel droit lui, ou n'importe quelle institution, peuvent-ils définir et imposer une éthique de l'espèce humaine, selon son expression ? Ce ne sera certainement pas en opposant un " naturalisme scientiste à la dynamique auto-destructrice " et des visions du monde héritées de croyances religieuses présentées comme " profondes " qu'il dépassionnera les débats. Assimiler ainsi le diagnostic pré-implantatoire et consécutivement le diagnostic pré-natal à un eugénisme, même dit " libéral " - ce qui veut sans doute dire individuel en bon français - ne tient pas debout. Pourquoi refuser, au même titre que la neutralisation des facteurs héréditaires défavorables, l'optimisation des facteurs désirables, si du moins cela est à la portée des interventions génétiques d'aujourd'hui ou de demain ? Pourquoi évoquer a priori le spectre d'un profilage social aux résultats désastreux, si ce n 'est pour se donner de l'importance dans le concert des grandes Voix de l'époque ? Si les hommes n'avaient rien fait pour améliorer leur descendance, ne fut-ce qu'à travers l'amélioration de leurs conditions de vie, on en serait encore au paléolithique. Alors nous n'aurions pas besoin des services de la bio-éthique en général et d'Habermas en particulier. 13/03/03
- Jürgen Habermas. L'avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? Gallimard NRF Essais.
- Voir aussi, parmi de nombreux autres sites, Habermas on line http://www.habermasonline.org/


Le procès fait au CNES

Je ne connais pas tous les dessous de la gestion du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES), mais je trouve que les contraintes et procès d'intention que le gouvernement laisse peser sur lui sont particulièrement mal venues. Quand on voit tout le travail qui y a été réalisé, l'importance des programmes envisagés, dont dépend en grande partie l'activité de l'Agence Spatiale Européenne, on ne peut qu'être indigné d'entendre mettre en cause de cette façon l'établissement public et ses personnels. Les paroles de consolation de la ministre de la Recherche ne changeront rien à cette réalité, qui est le manque d'intérêt de plus en plus prononcé du gouvernement actuel pour la recherche en général et le spatial en particulier. Quelle mouche pique le gouvernement dans ce travail de démolition ? Faire des économies faciles? Mais elles sont risibles à côté d'autres sources de dépenses auxquelles on ne touchera pas car elles intéressent de puissants lobbies. Démanteler le secteur public (selon l'expression favorite de la CGT) au profit des entreprises privées ? Même pas hélas, il n'y a guère d'entreprises privées intéressées par l'espace.

Le CNES n'est pas seul à souffrir actuellement du manque de compétence et de la démagogie dont les Pouvoirs Publics font montre face à la recherche scientifique. De nombreux journaux, dont Le Monde (12/03/03) attirent l'attention sur la spirale de déclin dans laquelle s'engage la recherche française. Peut-être existe-t-il certaines faiblesses intrinsèques à celle-ci, qui la désavantagent par rapport à celles d'autres pays. Mais la cause du déclin amorcé, qui ne cessera de s'aggraver si rien n'est fait, est la même que celle des difficultés actuelles du CNES. C'est le manque d'intérêt politique que la majorité actuelle manifeste à l'égard de la science. On ne peut pas ne pas penser qu'il y a derrière cela la volonté idéologique d'abaisser des gens qui ne pensent pas toujours aussi bien que les milieux conservateurs et cléricaux le souhaiteraient. 13/03/03


Les Talk radios

Le Monde du 11 mars, p. 20, consacre une page au phénomène des talk radios, dites aussi radios de libre-antenne, dont l'importance croit sans cesse aux USA. Pour ceux qui s'intéressent à la communication, il y a là matière à réfléchir. Parallèlement aux forums et listes de discussion sur Internet, qui se développent partout, la radio montre qu'elle n'a pas dit son dernier mot. Le mécanisme est simple. Il suffit d'ouvrir une antenne à n'importe qui, et l'inviter à dire ce qu'il a envie de dire sur n'importe quoi. Un animateur-bonimenteur relance ou commente les interventions, de façon plus ou moins impartiale. Il paraît qu'en Amérique, un certain Rush Limbaugh s'illustre dans cet art, si bien qu'il est surnommé le big fat idiot par les libéraux américains.

La pratique de telles antennes commence à se répandre en France, avec beaucoup plus de précautions de la part des modérateurs. Mais on peut penser que la dérive américaine se produira aussi ici. Il n'y a rien en effet de plus facile pour une radio que confier l'antenne à ses auditeurs. J'avoue qu'en ce qui me concerne, lorsque je n'ai rien d'autre à faire, ces émissions me paraissent finalement aussi intéressantes que la diffusion de variétés ou les discours convenus de personnages se passant la pommade les uns aux autres. C'est plus brut de décoffrage, et finalement plus instructif.

On peut se demander cependant si ce système n'est pas condamné à dériver vers l'insipide, sinon le malveillant. Le système n'attire-t-il pas de plus en plus les propos sans intérêt, en décourageant de plus en plus ceux qui auraient des messages intelligents à faire passer. On me dira que mon point de vue sur ce qui est intéressant et intelligent n'est pas nécessairement celui des autres. On me dira aussi que, plus les interventions seront nulles, plus elles seront utiles, car révélatrices d'une certaine opinion profonde dont il serait dangereux d'oublier l'existence vu que c'est elle qui finalement nous gouverne. Plus généralement, il vaut mieux entendre ces radios cela que d'être, non pas sourd, mais assourdi par les censures officielles régnant encore dans de trop nombreux pays. 13/03/03


Chirac

Les observateurs de la vie politique ne peuvent que s'extasier de voir la nouvelle dimension publique et humaine prise par Jacques Chirac (et subsidiairement celle de Dominique de Villepin, qui était avant les élections bien mal employé comme secrétaire général de l'Elysée) à l'occasion de notre affrontement avec les USA . Le président de la République n'a fait jusqu'ici, semble-t-il, aucun faux pas. Bien plus, il a profité des opportunités pour accélérer, non seulement l'accord franco-allemand mais même, quoiqu'on dise, la construction européenne. Les gens de gauche nourrissent aujourd'hui un doute affreux, dont nul ne pourra jamais les délivrer : Jospin aurait-il été aussi bon ? Ne se serait-il pas embarrassé de trop de scrupules ? 13/03/03


Veille de massacre

Apparemment personne en Occident n'est choqué, sauf peut-être quelques humanitaires, par l'effroyable disproportion que nous montrent tous les jours les images de la future invasion de l'Irak. D'un côté une puissance militaire incroyablement sophistiquée, rassemblant des moyens scientifiques et technologiques jamais vus jusqu'ici, aux mains de quelques militaires froids qui resteront bien à l'abri dans leurs cocons renforcés. D'un autre une population misérable, aux enfants qui meurent tous les jours, défendue par des miliciens armés de pétoires, dont on sait qu'inexorablement ils seront massacrés par le déchaînement de l'offensive qui se prépare. Peut-on imaginer froidement que quelques heures à vivre restent seulement à ces femmes et ces enfants qui sourient encore ? Ni le 11 septembre 2001, ni Saddam, ni le pétrole irakien ne devraient faire accepter une telle perspective aux bonnes consciences occidentales.

Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour voir dans cette honte, si nous nous l'acceptons, le symbole de ce sera l'avenir de l'humanité : une minorité hyper-scientifique de plus en plus terrifiée par la présence passive de foules désarmées, se défendant à grands coups de massacres robotisés qui ruineront à jamais l'avenir de l'intelligence humaine en ce monde. 07/03/03


Les blessures successives à l'ego du mâle humain

Lors d'un débat sur France Culture le 07/03 à 09h30, une dame dont je n'ai malheureusement pas noté le nom a rappelé fort justement que depuis quelques siècles l'ego du mâle humain avait subi plusieurs traumatismes. Il a d'abord découvert avec Copernic qu'il n'était pas le centre de l'univers, puis avec Darwin qu'il n'était pas le sommet de la pyramide évolutive. Avec Freund il a découvert qu'une grande partie de lui était déterminé par un inconscient obscur et avec la parité qu'il devait partager ce qui lui restait de superbe avec les femmes. J'ajouterais qu'avec l'intelligence artificielle il va découvrir prochainement que des machines pensantes penseront sans doute différemment sinon mieux que lui.

Les mâles intelligents, s'il en est, s'en remettront, il faut l'espérer, et s'adapteront à ces nouvelles réalités. Mais que penser des mâles des ¾ de l'humanité, même éduqués qui n'ont pas encore pleinement pris conscience (comme le montrait un reportage récent sur les Qataris) de la révolution darwinienne, et moins encore des autres plus récentes. 07/03


On a cru rêver

On a cru rêver en voyant à la télévision, le lundi 3 mars, les trois ministres des affaires étrangères russe, allemand et français annoncer à Paris leur position commune sur l'Irak. Ceux qui ont connu 50 ans de guerre froide ne peuvent que se réjouir. Serions-nous à l'aube d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural regroupant notamment les 3 plus grandes puissances européennes et capable de faire un contre-poids actif à la hyper-puissance américaine. Il faut l'espérer et faire en sorte que cela advienne. En ce cas, le rêve serait heureux.

Mais on ne peut pas ne pas se demander si l'ours russe a bien et pour toujours rentré ses griffes. Si quelque gouvernement fou de ce pays décidait un jour d'avaler toute crue l'Union européenne, que pourrions nous faire ? Appeler les Etats-Unis au secours ? J'en doute. Le rêve se transformerait en cauchemar. D'où la nécessité de conserver des armes de dissuasion au niveau de l'Europe de l'Ouest.

Ce qui ne devrait pas en attendant nous empêcher de tout faire pour arrimer solidement la Russie à l'Europe, en faisant confiance au bon sens des populations. Un avenir est à construire, qui sera beaucoup plus riche pour l'Europe paneuropéenne si elle l'aborde unie et non dispersée en plusieurs blocs qui s'ignoreraient. Nous aborderons cette question dans un livre à paraître prochainement : "L'Europe paneuropéenne super-puissance" 05/03/03


Programmation énergétique britannique

Le DTI, ministère britannique du commerce et de l'industrie, vient de produire un remarquable rapport proposant une politique énergétique pour le Royaume Uni, valable jusqu'à 2050. Ce rapport fixe les 4 objectifs suivants :
· Réduire les émissions de CO2 de 50% jusqu'à 2050, avec un changement substantiel en 2020
· Maintenir la sécurité des approvisionnements énergétiques
· Promouvoir des activités économiques rentables dans le domaine renouvelables et aider à leur exportation.
· Veiller à ce que chaque foyer soit convenablement alimenté en énergie.

Concrètement, cela signifie réduire progressivement et substantiellement le recours aux énergies fossiles, développer énergiquement toutes les sources de production d'énergies renouvelables sans exceptions, plafonner sinon progressivment réduire le recours au nucléaire.

Le point significatif et très satisfaisant pour les mouvements écologiques que fait apparaître ce programme, est la volonté de développer des industries rentables et exportables dans les deux domaines-clefs des économies d'énergie et des énergies renouvelables. La sortie du nucléaire est apparemment prévue à terme, mais elle ne sera envisageable qu'en cas de succès significatifs dans les deux domaines précités. En tous cas, la sortie progressive du pétrole et du gaz est bel et bien décidée. C'est une excellente chose. Reste à passer aux actes.

En ce qui concerne le nucléaire, la question de son avenir dépendra en partie, selon nous, des perspectives offertes par la fusion, dont le programme ITER est en passe de relance.

Ce rapport fait suite à un précédent qu'il est intéressant de consulter, émanant du Cabinet Office du Premier ministre.

On sait qu'en France, le gouvernement n'a pas affiché d'orientations aussi fortes, ni concernant les économies d'énergie, ni concernant les énergies renouvelables. L'industrie nucléaire milite pour le développement des centrales de nouvelle génération, dites EPR (european pressurized reactors). Elle semble également s'intéresser, après une longue bouderie, à la reprise des travaux sur la fusion. Mais comme la France ne pourra sans doute pas financer toutes les technologies à la fois, des choix critiques pour les 50 prochaines années devront être mis en débat clairement. 03/03/03

- Le rapport du DTI http://www.dti.gov.uk/energy/whitepaper/
- Le rapport du Cabinet Office http://www.cabinet-office.gov.uk/innovation/2002/energy/report/index.htm
- Sur le nucléaire en général et les centrale à eau pressurisée en particulier, voir http://www.edf.fr/html/en/decouvertes/voyage/nucleaire/retour-nucleaire.html ainsi que les articles http://www.earthisland.org/yggdrasil/reactor.html
et http://www.antenna.nl/wise/483-4/4798.html


L'identité européenne

Le Conseil de l'Europe, estimable organisation regroupant 44 pays, tous européens (eh oui), avait tenu les 18 et 19 avril 2002 à Strasbourg un Colloque consacré au thème de l'identité européenne " Existe-t-il une identité européenne ? Est-elle seulement un héritage de l'histoire ? S'inscrit-t-elle dans des projets communs ? Par quels moyens l'aider à s'affirmer ? " On peut à l'heure qu'il est, relire les comptes-rendus de ce colloque avec intérêt, et réfléchir aux approches proposées.

Plusieurs questions ne nous paraissent pas avoir été abordées, qui sont aujourd'hui très clairement posées : y aurait-il plusieurs identités européennes qui resteraient difficilement conciliables ? L'identité européenne est-elle exportable vers la Russie et les pays limitrophes ? L'identité européenne peut-elle se construire si toute affirmation d'autonomie et de responsabilité émanant des instances politiques européennes est considérée par les Etats-Unis comme une insulte à leur hyper-puissance ?

Nous pensons personnellement que si la question de l'identité européenne est une vraie question, il faut l'aborder avec l'aide des sciences des systèmes complexes, et pas seulement avec des appels à l'histoire et aux bons sentiments. 03/03/03

- Colloque Identité européenne http://www.coe.int/T/E/Communication_and_Research/Press/Theme_Files/European_identity/default.asp


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-7803/index.htm