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La Gazette N° 77 du 1er mars 2003

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Construire artificiellement une conscience paneuropéenne
(extrait du dernier chapitre d'un livre à paraître)

L'Europe, dans une compétition internationale toujours accrue, ne deviendra un véritable organisme politique que lorsque les Européens seront, face aux difficultés, capables de se percevoir eux-mêmes comme les membres pro-actifs d'un tel organisme. Tant que n'aura pas, en d'autres termes, émergé dans les esprits la conscience d'appartenir à un ensemble commun pour le renforcement duquel il faudra se battre, l'Europe n'existera pas dans les faits. Ce qui est vrai concernant l'Europe des 15 actuelle le sera tout autant concernant l'Europe à 25 ou une Europe paneuropéenne encore plus large, incluant notamment la Russie et les voisins de sa façade occidentale.

Mais si cette conscience commune d'appartenance n'existe pas, peut-on espérer la faire naître par de simples textes juridiques (par exemple des accords pour l'harmonisation des législations) ? Ceux-ci seront indispensables, mais ils ne suffiront pas à modifier suffisamment rapidement des comportements individuels demeurant hétérogènes et centrifuges. Il faudra que des représentations beaucoup plus claires illustrant la nécessité de s'unir pour survivre apparaissent et se répandent dans les esprits, suffisamment massivement pour provoquer des changements de comportement significatifs.

Là encore cependant, de telles représentations n'apparaîtront pas spontanément ou ne diffuseront pas assez vite, si rien n'est fait pour trouver des relais aux canaux habituels de la communication sociale traditionnelle. Ceux-ci agissent lentement et avec un grand manque de visibilité. Ils peuvent d'ailleurs aussi bien favoriser les divergences que les convergences, dans la mesure où d'éventuels intérêts puissants hostiles à la construction européenne les influencent à leur profit. Ceux qui militent pour une véritable Europe politique devront donc trouver de nouvelles façons, plus modernes, permettant d'accélérer les prises de conscience communes qu'ils souhaitent.

Pour cela, il faudra faire appel aux solutions dorénavant offertes par les réseaux de communication multimédia permettant de connecter entre eux les individus. Mais cela ne suffira pas. Il faudra mettre en place sur ces réseaux des processus contribuant à construire la conscience commune recherchée. On pourra dire en ce cas qu'il s'agira d'une construction artificielle visant, dans un premier temps, à élaborer une conscience artificielle. Celle-ci, en cas de succès, se dupliquera dans les consciences individuelles jusqu'à l'apparition d'une véritable conscience collective qui ne sera plus artificielle, mais avec laquelle elle continuera à co-évoluer par enrichissements réciproques.

Pour illustrer cela, prenons l'exemple du nécessaire contrôle de la circulation maritime, de la pêche et des activités polluantes dans les détroits européens. L'excellente émission de FR3, Thalassa, a bien montré (28 février 2003) l'accumulation devenue insupportable des risques et des dégradations environnementales dans le Bosphore. L'accroissement du transit pétrolier entre la mer Noire et la Méditerranée, le développement de pêches industrielles anarchiques, l'expansion de l'urbanisation et de la circulation automobile dont les rejets se déversent en mer, transforment en enfer un détroit et une ville longtemps réputés comme des paradis. Certaines associations réagissent. L'Etat turc lui-même voudrait imposer des mesures de précaution élémentaires comme le pilotage obligatoire des grands navires par des pilotes turcs ou la réglementation des pêches. Mais il se fait opposer le droit de libre-circulation dans les détroits, imposé suite à la défaite de la Turquie après la première guerre mondiale. Rien ne peut prévenir alors, dans des eaux réputées internationales, la prolifération d'activités relevant souvent du banditisme maritime. Trois désastres majeurs concernant des tankers sont déjà survenus en 20 ans. D'autres plus graves, pouvant se traduire par la destruction d'une partie de la ville d'Istamboul, peuvent se produire à tout moment.

Or, face à cela, les actions d'information et de prévention restent strictement cantonnées au plan local. Les Stamboulis n'imaginent pas que le problème puisse être résolu à une autre échelle que celle de leur ville. Ils ne se perçoivent pas comme appartenant à un super-organisme de fait, sinon de droit, l'Europe paneuropéenne. Il faut dire que l'Union européenne ne fait rien pour les y encourager. Ce serait pourtant seulement à l'échelle de cet organisme que des solutions globales pourraient être recherchées. Le problème de la sécurité dans des détroits ou bras de mer encore considérés comme des eaux internationales et échappant à toute réglementation, ne se pose pas en effet que dans le Bosphore et les Dardanelles. On sait qu'il doit dorénavant être résolu en Manche et mer du Nord, comme en Méditerranée (détroit de Gibraltar et Bouches de Bonifacio). La question concerne plus généralement toutes les eaux européennes, dans la zone maritime des 200 milles au minimum. Les solutions reposeront sur l'adoption de réglementations communes, sur la mise en place de moyens garde-côtes efficaces et sur des prises de positions cohérentes et énergiques devant les instances internationales compétentes, telle l'Organisation maritime internationale. C'est ainsi que les Etats-Unis, pour ce qui les concernent, sont en train de régler le problème de la défense de leurs côtes.

Mais la Turquie, dira-t-on n'est pas encore entrée dans l'Union européenne. Par ailleurs, la Russie, qui se trouve en amont de tous les transits, n'en fait pas partie. Ceci veut dire que pour résoudre un problème qui intéresse tous les Européens, mais aussi de nombreux Etats voisins de l'Europe, dont la Russie, il faudrait absolument se placer dans la perspective de la construction d'une Europe paneuropéenne. Or nous avons montré dans ce livre que l'Europe paneuropéenne n'existe, ni dans les réalités institutionnelles, ni même dans les esprits, la plupart des gens considérant ce concept comme une chimère dangereuse alors qu'il apporterait une solution possible à de nombreux maux affectant cette partie du monde.

Comment aborder cette difficulté d'une façon un peu scientifique ? Nous pouvons utiliser une image tirée de la biologie. Posons en principe que l'espace dit paneuropéen (trois dimensions d'espace géographique et une de temps) soit pour le moment peuplé de pré-organismes différents, quoique voisins, coexistant ou entrant en compétition pour survivre dans ledit espace. On aura le pré-organisme " détroit du Bosphore ", le pré-organisme " détroit du Pas de Calais ", etc. Mais on aura aussi d'autres sortes de pré-organismes : le pré-organisme " Tunnel de Chamonix ", le pré-organisme " Autoroute A 86 ", par exemple et de nombreux autres confrontés à un problème voisin, celui de l'envahissement par le trafic des poids-lourds. Cette situation simule de très loin ce qu'avait peut-être été celle des organismes pré-biotiques, par exemples des acides aminés, avant l'apparition des premiers réplicateurs biologiques.

Les biologistes supposent généralement qu'à force de coexister et de s'accumuler dans un espace de plus en plus encombré, les molécules pré-biotique ont découvert par émergence, il y a 4 milliards d'années, l'aptitude à constituer un organisme commun, doté d'une membrane commune définissant une morphologie ou stance organisationnelle commune. Le livre d'Alain Cardon [Cardon, L'approche constructiviste de la complexité organisée, Edition Automates Intelligents - à paraître] analyse en détail ces mécanismes, que l'on peut retrouver à la naissance de n'importe laquelle des structures qu'il qualifie d'organisationnellement complexe, qu'elle relève du monde biologique ou du monde sociétal.

Concrètement, comment l'agrégation entre les pré-organismes différents : " Bosphore ", " Pas de Calais ", " Tunnel de Chamonix "…pourra-t-elle s'amorcer sur ce modèle? Simplement par le fait que les ressortissants de ces différents pré-organismes auront regardé l'émission précitée de Thalassa, diffusée partout grâce à ce média moderne qu'est la télévision. Eventuellement, ils en auront discuté par Internet. Ils auront alors pu prendre conscience du fait que leurs problèmes étaient identiques et que les solutions pourraient être identiques, à condition d'être recherchée dans le cadre d'un organisme nouveau : une fédération paneuropéenne incluant la Russie, fédération décidée à intervenir en termes de souveraineté dans le dialogue des nations.

Supposons que cette prise de conscience provoque la mise en œuvre d'accords multilatéraux réglementant les trafics maritimes et routiers dans l'espace paneuropéen, et que ces accords, jouant le rôle de la membrane protectrice et morphogénétique biologique évoquée, se révèlent des succès. Le système deviendrait réplicateur. D'autres organisations verraient le jour, dans tous les domaines où les pays européens affrontent des problèmes communs. Tout naturellement, l'apparition d'un super-organisme en découlerait, lequel coïnciderait peu à peu avec l'entité virtuelle initialement rêvée sous le nom d'Europe paneuropéenne.

Mais l'émission de Thalassa dans notre exemple, n'était qu'un événement fortuit, minuscule, bien qu'aux conséquences importantes. Ses auteurs, malgré leur talent, n'avaient pas projeté d'en faire un déclencheur pour l'émergence d'une conscience paneuropéenne virtuelle. Une utilisation beaucoup plus systématique des réseaux et des ressources de l'intelligence artificielle auto-adaptative pourrait faire beaucoup mieux et plus vite. Pour le montrer, il faut entrer un peu plus que nous ne l'avons fait jusqu'ici dans la théorie des systèmes organisationnellement complexes telle que présentée par Alain Cardon. 01/03/03


Actualité de la guerre des civilisations

Le mot de guerre de civilisation n'a pas été inventé par un intellectuel du Tiers monde, mais par Samuel Huntington, intellectuel conservateur américain [Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations? Foreign Affairs Summer 1993]. Il a été rejeté, au moins dans les discours diplomatiques. On croyait donc l'affaire enterrée. Mais le concept resté bien présent dans beaucoup d'esprits, au Nord comme au Sud. Il faut relire ce livre, dont on a de bonnes raisons de soupçonner qu'il continue à inspirer les faucons du Pentagone [ voir : http://www.lander.edu/atannenbaum...htm] . On y voit l'Amérique se dresser quasiment seule face à toutes les forces du mal, qui incluent selon l'auteur ce qu'il appelle l'axe islamo-confucianiste. Ainsi est réalisé le tour de force de désigner comme des ennemis plus des deux tiers de l'humanité. L'Europe ne pourra jamais accepter de s'engager dans cette voie, à l'égard de pays avec lesquels elle peut espérer encore entretenir, sans naïveté et sans céder sur les points essentiels, de bonnes relations.

La guerre des civilisations ainsi évoquée par Samuel Huntington cache quelque chose de très profond, proche du racisme le plus primaire, mais trouvant aussi ses fondements dans le sentiment de très grande supériorité généré par l'appartenance à un pays dominant l'ensemble des sciences et des technologies. Un tel pays n'entend pas se voir ramené au niveau de développement des milliards de primitifs et sauvages peuplant encore le monde. Mais il y a bien plus grave. Ce sentiment de supériorité, que beaucoup d'Européens partageraient sans doute, n'a pas libéré les citoyens des Etats-Unis de leurs adhérences à des racines particulièrement primitives, au moins aussi primitives que celles déterminant le comportement des autres peuples. Nous n'avons pas en face de nous des parangons de sagesse pouvant conduire l'humanité vers un niveau supérieur de civilisation. Nous avons les représentants d'une sorte de tribalisme aussi insupportable que d'autres plus exotiques. Quand on voit l'importance que prend chez eux, à l'occasion du moindre affrontement, la référence à un Dieu vengeur armant le bras de l'Amérique, quand on sait le rôle dans la détermination de la politique intérieure et extérieure du pays, de sectes fondamentalistes chrétiennes inimaginables en Europe, on doit constater que les Américains font tout ce qu'il faut pour provoquer des guerres saintes. A leur Dieu sera opposé ceux des autres, et à leur puissance matérielle la puissance prétendue spirituelle née du renoncement aux attraits de la consommation matérielle. Le terreau est tout prêt d'où naîtront des " martyrs ". L'Europe ne peut accepter d'encourager ce genre de croisade. Elle a déjà donné, si l'on peut dire. 28/02/03


Qui sera demain l'arbitre politique du monde ?

L'éventuelle fracture entre les Etats-Unis et la France, qui résulterait de l'exercice par celle-ci de son droit de veto au Conseil de Sécurité, fait peur à beaucoup de gens, en Europe et en France même. L'argument le plus répandu est que nous ne pouvons nous priver de la protection américaine dans un monde de plus en plus dangereux.

Croire cela consiste à contempler l'avenir dans son rétroviseur. De quoi la super-puissance américaine a-t-elle protégé le monde jusqu'à présent ? Des offensives d'un autre super- puissance désormais disparue, l'URSS. Nous devons lui en savoir gré. Mais désormais, il n'apparaît pas de pays candidat à prendre le relais de l'URSS dans la conquête du monde, même pas la Chine. Donc, dans ce domaine des conflits majeurs entre Etats, le parapluie américain n'est plus utile.

Quels sont les nouveaux risques ? Ceux de l'affrontement entre les puissances occidentales et ce que l'on doit désormais appeler les super-puissances de la misère, affrontements culminants dans le terrorisme individuel, éventuellement appuyés par de petits Etats se dotant d'armes de destruction massive. Or face à ces risques, les Etats-Unis sont incapables de protéger l'Occident, non plus d'ailleurs que protéger leurs propres ressortissants. Au contraire leur politique hégémonique dans tous les domaines (n'oublions pas leur refus de ratifier Kyoto), ne fait qu'aggraver les causes de conflit. Se rallier à eux ne peut en aucun cas nous protéger. Au contraire, étant les maillons faibles, nous serons les premiers à ressentir les conséquences des guerres qu'ils mèneront partout au nom du prétendu Axe du mal.

S'opposer ouvertement à eux au plan diplomatique, par le fait notamment d'un veto, marquera au contraire, pour les opinions modérées du monde entier, qu'il convient dorénavant de chercher d'autres systèmes régulateurs. Si les Européens avaient deux sous de bon sens, ils verraient que le moment est venu, plus qu'il ne l'a jamais été, de faire émerger l'Union européenne parmi l'un des arbitres des conflits du monde. Il ne s'agirait pas pour nous d'intervenir par la force, sur le mode américain, mais par la négociation et l'ouverture aux autres.

Ceci ne veut pas dire que l'Union européenne devrait prétendre se substituer aux Nations-Unis. Elle doit au contraire ambitionner, d'une façon visible par tous, d'en renforcer l'autorité.

Dans cette perspective, tous les gestes américains ayant pour résultat d'affaiblir l'ONU, comme de ne pas tenir compte de ses résolutions, seront une bonne chose. L'ONU, comme l'Europe, ne deviendront vraiment adultes, dans le monde de demain et face aux risques, qu'en acceptant, comme disent les freudiens, de "tuer le père " ou plutôt l'oncle, l'Oncle Sam. Tuer moralement s'entend, car nous resterons toujours très proches de nos amis américains. 27/02/03


Les lobbies de l'alimentation aux Etats-Unis

Une certaine Marion Nestle (?) auteur of Safe food, bacteria, biotechnology et bioterrorism (UCL) révèle des chiffres ahurissants (NewScientist, 22/02, p. 25). Aux Etats-Unis, l'industrie de l'alimentation, notamment dans le domaine du fast-food à base de boeuf, tuerait 5000 personnes par an, en enverrait 325.000 à l'hôpital et en rendrait malades 76 millions. tous ceci par manque d'hygiène et refus d'accepter les contrôles de l'US Department of Agriculture. Le système politique soutient évidemment ces braves gens de l'alimentation, si bien qu'aucune amélioration ne semble possible. De plus on a calculé que l'industrie agro-alimentaire produirait de quoi fournir 3800 calories par personne, alors que les besoins ne dépassent pas 2000. Chaque américain est donc sommé de manger deux fois plus qu'il n'a besoin, pour le plus grand bénéfice des traitements conre l'obésité. Nous sommes loin de tout ceci en France, malgré les mauvais souvenirs de la vache folle. Quand l'Etat démissionne, tout est à craindre. 26/02/03


Le Monde en difficulté

On ne peut pas se réjouir de voir une grande institution comme Le Monde mise en difficulté, car nos ennemis ne manqueront pas d'en tirer de nouveaux arguments sur la scène internationale. Personnellement, je n'apprécie pas particulièrement Edwy Plénel, et moins encore Alain Minc. Mais je trouve fréquemment sous la plume de Jean-Louis Colombani des propos d'une très grande élévation, d'une très grande portée diplomatique. Il reste qu'un pouvoir centralisé et autoritaire tel Le Monde peut permettre toutes les dérives. Surtout si, au plus haut sommet de l'Etat, on proclame, comme le fit Jospin, qu'on ne peut pas gouverner contre lui. Même si cela semble relever de la naïveté, il faut viser à contrebalancer un tel pouvoir, pour le bien de la démocratie, par un système réticulaire comme celui constitué par les innombrables sites et listes de diffusion sur Internet. Observons en passant que Le Monde n'a jamais vraiment joué la carte de l'interactivité sur Internet. 26/02/03


Mieux que le flash-ball, le Taser

La revue NewScientist du 15 février consacre p. 34 un article à une arme anti-émeutes présentée comme devant équiper prochainement huit forces de police occidentales. C'est le Taser, fabriqué par Taser International, Arizona. Le prototype avait été créé en 1993 par les frères Smith pour répondre à la demande de leur mère. Aujourd'hui, il s'agit d'une arme de poing délivrant des chocs électriques de 50.000 volts. Elle agit, soit par contact direct soit à distance de moins de 7 mètres, en envoyant dans le corps de la victime des fléchettes reliées aux fils conducteurs. Les fléchettes peuvent perforer une épaisseur de 5 cm de vêtements (on ne précise pas l'effet sur la peau nue, les yeux et autres organes sensibles). La firme organise des stages pour officiers de police au cours duquel ceux-ci se font électrifier. L'auteur de l'article ayant subi un de ces stages a été " incapacité " pendant plusieurs minutes, avec paralysie des systèmes sensoriels et moteurs. Il a ressenti par ailleurs, dit-il, une douleur insupportable (excruciating pain running through my body). L'arme est présentée cependant comme non-lethal, ou less-lethal (sauf si vous êtes particulièrement émotif, drogué, porteur de pace-maker, femme enceinte ou jeune enfant).

Les Tasers, ou la version améliorée l'Advanced Taser, ont été commandés par milliers. Ils serviront à maîtriser les " bad guys " de toutes sortes, depuis les manifestants de rue jusqu'aux terroristes dans les transports aériens. Ils seront aussi certainement achetés en grand nombre par les malfrats divers et variés, intéressés par le pouvoir incapacitant de l'arme, ou par la seule menace qu'elle représente. L'histoire du flash-ball devenue arme des dealers va se renouveler, pour le plus grand profit de l'ordre public et de la sécurité des honnêtes citoyens. Vous me direz : mieux vaut prendre 50.000 volts qu'un coup de couteau, une attaque de pit-bull ou une balle de pistolet. Tous les détails, y compris une vidéo, sur www.taser.com

Je n'ai pas d'informations sur le positionnement du ministère de l'Intérieur français vis-à-vis de cette arme. 23/02/03


Mémétique et publicité

Les "méméticiens" que nous sommes tous devenus constateront avec intérêt la contamination de la publicité par les mèmes. Selon Le Monde du 21 février en effet, p. 20, M6 fait désormais appel à la "publicité virale" pour promouvoir ses séries "poubelles". L'agence de marketing qu'elle a chargé de la chose fait afficher sur le mode "sauvage", c'est-à-dire en dehors de toute réglementation, des affiches prétendant exprimer la protestation de citoyens à l'égard de la série des O…(n'étant pas payé par M6, je ne cite pas le truc). La-dessus d'autres affichettes de protestation, censées émanées d'autres citoyens plus tolérants, seront placardées. En quoi ceci relève-t-il de la mémétique ? C'est que nos ingénieux publicitaires ont compris qu'il fallait infester les cerveaux des gens par ces entités réplicantes que sont les mèmes, d'autant plus virulents sans doute qu'ils sont ineptes. Voilà en tous cas de quoi faire réfléchir les naïfs qui s'imaginaient que l'affichage sauvage, comme les graffitis et autres crottes déposées dans les lieux publics, représentait le dernier rempart de la liberté face aux puissances d'argent. 21/02/03


Le Groupe Intergouvernemental sur l'évolution des climats

Ce Groupe (Intergovernmental Panel on Climate Change IPCC) s'est réuni à Paris cette semaine. Il s'agit du seul organisme véritablement international et, en principe, indépendant des divers lobbies qui polluent l'approche de cette question. C'est suite à ses travaux que fut adopté le protocole de Kyoto en 1997, visant à réduire de 5% d'ici 2010 les émissions de gaz à effets de serre provenant des pays développés - protocole, on le sait, toujours non ratifié par les Etats-Unis. Il publie de volumineux et alarmants rapports tous les 5 à 7 ans. Aujourd'hui, ses diagnostics pessimistes sont tous confirmés. Le GIEC, sous la présidence d'un Indien, Rajendra Pachauri, s'efforce de s'intéresser davantage à la situation des pays du sud, tant comme pollueurs que comme victimes de la pollution. Mais les gesticulations américaines pour déconsidérer sa démarche continuent de plus belle. Voir sur le site de l'IPCC le rapport 2001 dernier en date et de nombreux autres documents. http://www.ipcc.ch 21/02/03


Dévaluation compétitive du dollar

Il ne fait guère de doute que l'administration Bush s'est engagée volontairement dans une dévaluation compétitive du dollar, face à l'euro et au yen, destinée à mieux lutter contre les économies concurrentes : un dollar faible encourageant les achats étrangers et décourageant les importations nationales. L'annonce n'est pas faite officiellement, pour ne pas faire peur aux détenteurs de bons du trésor américain, mais elle relève certainement de la partie de bras-de fer avec le reste du monde qu'engagent les Etats-Unis actuellement. C'est leur droit. Mais l'absence d'un conseil monétaire européen permettant de faire du pilotage monétaire en temps réel de la Banque Centrale et de l'euro, se fait de plus en plus sentir. Ce ne sont pas les propositions actuelles de la BCE destinées à lui donner plus d'efficacité avec l'arrivée des 10 nouveaux Etats-membres qui vont la rendre plus  réactive dans la guerre économique qui nous menace. La question est très technique et n'intéresse guère les citoyens. Elle est pourtant capitale, dans un monde où les évolutions des marchés monétaires et financiers définissent les vainqueurs et les vaincus. Sur la BCE (ECB) voir http://www.ecb.int/index.html 21/02/03


Murdoch et la démocratie

On peut s'étonner de voir les citoyens de Grande-Bretagne, laquelle est la mère non seulement des Parlements mais de la démocratie, supporter qu'un magnat milliardaire comme Murdoch conditionne les esprits de millions de lecteurs par ses journaux à scandales, dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils expriment plus ses humeurs et ses intérêts que le débat citoyen. Ils s'en prennent aujourd'hui à Chirac et à la France. Très bien, cela fait sans doute le jeu du gouvernement britannique. Mais ils pourraient aussi bien exprimer n'importe quoi, et personne n'aurait la possibilité de les en empêcher. Si c'est cela le 4e pouvoir en Angleterre, mieux vaut vivre en France.


Chirac et le langage afficheur

On a reproché, même en France, au président de la République d'avoir tancé les nouveaux adhérents à l'Union européenne, coupables de s'être précipités pour soutenir l'administration Bush dans le conflit avec l'Irak. Nous ne le pensons pas. Le langage afficheur, dont nous avons fait l'apologie en politique (Baquiast, Sciences de la complexité et vie politique, ed. Automates-intelligents 2003  http://www.automatesintelligents.com/collection/baq1.html ) a le grand avantage, non seulement de poser clairement une orientation, bonne ou mauvaise, mais surtout d'encourager les débats à partir de bases claires. Les tergiversations et les non-dits constituent la meilleure façon de ne rien faire - ou de tromper le citoyen. 20/03/02


Réaction au boycott américain des produits européens

Si les Etats-Unis, officieusement ou officiellement, se lancent dans une guerre économique contre l'Europe, notamment contre la France, en rétorsion de ses velléités d'indépendance diplomatique, on peut espérer que l'Union Européenne utilisera son siège à l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) pour se défendre. Pourquoi pas non plus envisager des  contre-mesures réciproques ? Les Américains nous achètent des Airbus (mais il n'y a pas qu'eux). Nous leurs achetons des technologies de l'information en quantité, sans parler des films et autres contenus culturels dont le Coca-Cola.. Après tout, on pourrait relancer en Europe la production de tous ces produits. Ils ne seraient peut-être pas du dernier cri, mais l'Europe pourrait faire face rapidement à la demande. Certes, nous ne sommes plus à l'époque héroïque du Plan Calcul français. L''interpénétration des marchés est telle que ces formes de guerre économique seraient plus symboliques que réelles. Ce n'est pas une raison pour s'avouer vaincu d'avance 20/02/03


ITER intéresse enfin les Pouvoirs Publics

Lors de la 584ème séance du Comité de l'Energie Atomique, le 13 février 2003, la minstre française de la recherche a confirmé l'intérêt des Pouvoirs Publics pour le lancement du programme international ITER et l'implantation du Centre de recherche avec son réacteur en France, à Cadarache. La ministre a très bien dit : " Je veux gagner aussi parce qu'ITER est un symbole fort, qui dépasse toute la communauté scientifique. C'est celui de la réalisation, dans notre pays, d'un projet mondial. Un projet mondial qui a pour objectif de nous donner les moyens de penser à l'avenir de la planète autrement. A quoi peut-on comparer le projet ITER ? Au rêve de la conquête de l'Espace ? Au déchiffrement des énigmes du vivant ? Peut-être beaucoup plus encore. " http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/dcomiteea.htm

Rappelons que le projet international de recherche ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) sur la fusion thermonucléaire (tritium/deutérium) vise à remplacer à échéance de 20 à 30 ans l'énergie atomique de fission par celle de fusion, beaucoup plus propre et efficace. Nous nous étions inquiétés précédemment du peu d'intérêt que les autorités semblaient manifester en France pour ce projet grandiose. Nous avions attribué cela au manque d'enthousiasme des différents lobbies de l'énergie, du pétrole à l'énergie atomique classique, en passant par les énergies renouvelables, face à un concurrent potentiellement dangereux. Il semble que les choses changent. A commencer par le choix d'un site parmi plusieurs candidats, qui posait on le conçoit beaucoup de problèmes relevant de la politique locale. Reste évidemment à trouver un accord avec les autres partenaires, notamment pour l'implantation du site définitif.

Cependant, il ne faut pas se féliciter trop vite. Il faut suivre l'avenir de cette affaire. Nous pensons avec beaucoup d'experts que, notamment, le délai affiché de 30 ans sinon plus avant d'avoir un réacteur opérationnel pourrait être diminué de moitié, si on se donnait quelques moyens supplémentaires.

Un autre problème se pose aussi aux membres initiaux du projet, les Européens, la Russie et le Japon. C'est l'arrivée de la Chine et surtout des Etats-Unis. On peut s'en féliciter, car les ressources et aussi les délais risquent de bénéficier de ce soutien soudain. Mais il faut y voir également la volonté de l'administration Bush de reprendre la main sur cette filière, qu'ils avaient jusqu'ici stupidement négligée. Reprendre la main sur la filière pour la soutenir ou pour l'étouffer? Reprendre la main pour récupérer le site ITER ou le confier à des pays amis, dont la France ne sera évidemment pas? Les Européens ne devront-ils pas alors rechausser les bottes du Général de Gaulle et construire en ce cas leur propre site chez eux.  (voir ITER http://www.iter.org/ )  20/02/03


Le Sénat est-il le seul à s'inquièter du retard français dans les nanotechnologies?

On trouvera sur le site du Sénat deux documents très importants pour qui veut mieux comprendre les enjeux des nanotechnologies et mesurer le retard français , retard croissant, malgré les affirmations des "autorités compétentes":
- le rapport du sénateur Saunier (PS) L'évolution du secteur des semi-conducteurs et ses liens avec les micro et nanotechnologies http://www.senat.fr/rap/r02-138/r02-138.html
- le compte-rendu d'une nouvelle journée, le 23 janvier 2003, organisée par le Sénat sur le thème "Les nanotechnologies, une chance à saisir" http://www.senat.fr/rap/r02-138/r02-138.html

On peut se demander qui , en France, prend acte de ces mises en garde et définit des politiques adéquates pour faire face aux défis et aux difficultés. Tout laisse penser qu'il s'agit de piqures d'épingle dans l'édredon mou de l'incompétence et de l'égoïsme des décideurs. Leur réelection ou leur carrière n'en souffriront pas, n'est-ce pas? 20/02/03


L'autorité de Régulation des télécommunications n'a pas intégré la loi de Moore

Dans sa lettre n° 228 du 07/02/03 (http://www.tregouet.org/lettres/rtflashtxt.asp?theLettre=257#Lettre), le sénateur Trégouët regrette la timidité de l'Autorité de Régulation des Télécommunications face au développement des besoins en connexion à haut débit dans les 10 prochaines années. (voir rapport www.art-telecom.fr/publications/etudes/jlm/syn-jlmjan03.htm ). L'agence semble se satisfaire des perspectives de connexion à 500 kbits/s offertes par l'ADSL (10 mégabits à 10 ans). Or les prévisions s'appuyant sur les taux de croissance des trafics enregistrés dans le monde occidental tablent sur des besoins de 100 à 200 mégabits par foyer à cette époque. Faire face à de tels besoins supposera le recours à la fibre optique. Ce pourrait être en France (comme en Europe) l'occasion de relancer des plans-câbles avec participation des collectivités locales. Mais qui veut entendre parler de cela dans le monde politique. L'ART, une nouvelle fois, contribue au retard français et au malthusianisme général. 20/02/03


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-7602/index.htm