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La Gazette N° 73 du 20 décembre 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Ce numéro a été distribué aux abonnés le 20 décembre. Le suivant est prévu pour le 15 janvier 2003.

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Voir aussi
Automates intelligents Editorial Un besoin vital et urgent, la modélisation des grandes évolutions climatiques et géophysiques
Automates intelligents Chronique Our Posthuman Future par Francis Fukuyama.

Le blocnet (index)

Le business de la faim dans le monde

Sylvie Brunel, ancienne présidente d'Action contre la faim, dépose une véritable bombe en dénonçant les coalitions d'intérêt qui se conjuguent pour créer artificiellement de la famine et détourner les ressources mobilisées au titre de l'aide alimentaire (Quand la famine fait des heureux, Le Monde, 19 décembre 2002, p.1).

Beaucoup de gens soupçonnaient déjà que les Etats plus ou moins voyous ou les factions " révolutionnaire " en lutte avec eux s'accordaient pour créer artificiellement des famines et détourner à leur profit les aides occidentales. Mais Sylvie Brunel va plus loin, en dénonçant la complicité des nombreuses ONG du Charity Business, appuyées d'ailleurs par les exportateurs de céréales du Nord, qui profitent de la situation pour se faire reconnaître et entretenir par les organisations internationales.

De tous temps, les pauvres ont cherché à apitoyer les possédants en exhibant des enfants misérables, parfois battus et blessés, afin de mieux toucher les bonnes âmes. Mais, en Afrique aujourd'hui, le phénomène concerne plus de 30 millions de personnes, c'est-à-dire qu'il est devenu une véritable industrie, comme le sont les enlèvements pour rançons dans d'autres parties du monde.

Face à cela, que faire ? Laisser les gens mourir, en rejetant sur les gouvernements autochtones la responsabilité des famines…La solution paraît inacceptable - encore que les pays riches laissent les Africains mourir du sida sans s'inquiéter outre-mesure. Distribuer une aide assortie de contrôles stricts ? Mais qui exercera ces contrôles, sinon les ONG précédemment dénoncées. La solution à terme, nous dit Sylvie Brunel, sera de développer la conscience politique des gens, et notamment des femmes, de façon à ce que ces populations ne se laissent plus manipuler par leurs affameurs. Mais ne s'agit-il pas là, pour le moment, d'un vœu pieu. C'est en fait tout l'ordre du monde, reposant sur les inégalités entre Nord et Sud, qu'il faudra changer. On en est loin. 20/12/02


L'énergie mondiale jusqu'à 2050

Le Monde du 18 décembre publie les conclusions d'un rapport établi en 1991 par le Conseil Mondial de l'Energie relatif aux scénarios possibles de consommation et de production d'énergie toutes sources confondues dans le monde, jusqu'à 2050. Le Conseil n'est pas évidemment le porte-parole des écologistes. Il laisse s'exprimer de nombreux intérêts industriels et politiques, souvent contradictoires. Cependant ses travaux semblent équilibrer honnêtement les points de vue des 3 grands partis en présence, les amis des énergies fossiles, les amis du nucléaire et les amis des énergies renouvelables.

Dans le rapport précité, le scénario présenté comme le plus équilibré propose pour 2050 (compte-tenu de la poursuite de politiques d'économies) les répartitions suivantes entre les sources : nucléaire : 1,8 ; renouvelable : 5 ; gaz 3,3 ; pétrole 2,6 et charbon : 1,5. Ceci réserverait une large place aux énergies renouvelables, mais supposerait parallèlement le triplement du parc nucléaire actuel. Cette perspective serait de plus en plus bien acceptée par les gouvernements et les opinions, compte-tenu des solutions progressivement apportées par les industriels du secteur aux problèmes actuellement posés, notamment en matière de retraitement et de sécurité.

On peut penser que le consensus devrait se faire autour de tels objectifs, sous réserve du maintien d'un contrôle effectif assuré par les opinions publiques sur les mises en œuvre pratique, pays par pays, de telles options.

Quoiqu'il en soit, il faut étudier de près les travaux de ce Conseil, dès que l'on souhaite adopter des points de vue raisonnés sur la question difficile de l'énergie en relation avec le développement durable. 20/12/02

- Le Conseil Mondial de l'Energie, World Energy Council http://www.worldenergy.org/wec-geis/
- Le rapport http://www.worldenergy.org/wec-geis/edc/scenario.asp


Le bon amiral John M. Poindexter

Un article du New York Times (accessible seulement sur abonnement http://www.nytimes.com/2002/11/09/politics/09COMP.html) "Pentagon Plans a Computer System That Would Peek at Personal Data of Americans" décrit en détail le projet du Pentagone visant à pourchasser sur les réseaux, y compris aux Etats-Unis, toutes activités suspectes de servir le terrorisme. C'est le Total Information Awareness System, déjà évoqué dans notre revue. Le directeur de ce projet est le vice-amiral John M. Poindexter, ancien National Security Adviser auprès du président Reagan. En bon militaire, l'amiral ne recule devant rien. Il ne s'arrête pas aux résistances nombreuses jusque là manifestées tant par les entreprises que par les défenseurs des libertés publiques à un pouvoir d'investigation étendu conféré aux autorités fédérales. Le nombre des bases de données d'organismes fédéraux qu'il faudra connecter, ou celui des communications qu'il faudra intercepter et analyser, ne l'arrêtent pas davantage.

Il compte pour cela sur les cerveaux artificiels très intelligents que le DOD cherche actuellement à réaliser. Il sait ce dont il parle puisqu'il est en effet responsable de l'Office of Information Awareness à la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA).

Pour déployer ce projet du Total Information Awareness, il sera nécessaire d'amender le Privacy Act de 1974. Mais les procédures en ce sens sont en cours, 11 septembre obligeant.

Certaines voix s'élèvent, non seulement pour protester contre les atteintes possibles (et probables) aux libertés, mais contre le fait que les terroristes, malins comme ils sont, trouveront bien moyen d'échapper aux grandes oreilles qui les guetteront - ou alors le système qui les traquera devra faire preuve d'une intelligence et d'une autonomie encore hors de portée des technologies actuelles.

Inutile de dire qu'aux Etats-Unis, on ne se privera pas des possibilités d'espionnage ainsi ouvertes pour se renseigner, non seulement sur les activités des autres gouvernements souverains du monde, mais sur celles des entreprises économiques concurrentes de celles des Etats-Unis. Airbus et Arianesapce peuvent en effet cacher, nul ne l'ignore, de redoutables actions terroristes.

On doit s'interroger sur l'attitude à adopter face à de tels projets, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. En rire ou au contraire en appeler aux grands principes tout en exigeant un moratoire sur les recherches en intelligence artificielle répartie. Ne faudrait-il pas plutôt, notamment en Europe, se doter d'outils équivalents pour ne pas être cannibalisés ? Il est certain qu'en tous cas, lorsque le système sera en place aux Etats-Unis, il n'arrêtera pas de croître et embellir, augmentant d'ailleurs ce faisant les compétences technologiques des terroristes et criminels qui voudront y échapper. 19/12/02

- Le site de Computerbytesman qui s'intéresse à la défense des libertés publiques sur le web http://www.computerbytesman.com/index.htm
- Informations par le même sur le Total Information Awareness System http://www.computerbytesman.com/tia/index.htm


Politique des dépouilles

C'est intéressant de voir Laurent Fabius, député socialiste, monter au créneau, pour la première fois de la législature, afin de protester contre la nomination par la droite d'un des siens à la tête de la Caisse des Dépôts. Mais Fabius comme les autres éléphants socialistes feraient mieux de réfléchir à ce que devrait ou pourrait être, pour le 21e siècle, une alternative de gauche au libéralisme mondialisateur. On attend toujours le Think Tank qui procéderait à une analyse et à des propositions en profondeur, tenant compte évidemment de ce que peuvent dire les gens qui tentent de déchiffrer l'avenir de la planète. Je vais être forcé de me mettre moi-même à ce travail, si cela continue.

NB : soit dit en passant, je trouve plus inquiétant le fait de voir les recteurs dits de droite remplacer systématiquement, depuis quelques semaines, les recteurs en place. 14 des 30 rectorats viennent de changer de titulaire. On pouvait penser que ces hauts fonctionnaires étaient choisis au mérite. 14 d'entre eux ont-ils donc subitement démérité ? 19/12/00


Une démagogie indigne d'un chef d'Etat

Le Président de la République Française ironise sur les efforts de la commission européenne pour protéger les ressources en poissons, en affirmant (Le Monde du 17/12/02, p. 6) " Si, comme le fait la Commission, on explique qu'il faut supprimer les pêcheurs pour sauver les poissons, vous admettrez qu'il y a là un problème " et de demander une " vraie étude scientifique " (sans doute pour noyer le poisson, et tant pis pour la renommée scientifique de l'Ifremer, qui a fait les études). Ce faisant il ne rend pas service à la cause européenne, qu'il invoque pourtant de plus en plus dans ses discours. Au pire, les diminutions d'effectifs prévues dans les années à venir en conséquence des mesures de réduction préconisées par Bruxelles toucheraient 10% des effectifs. Ce ne serait pas trop cher payer, n'en déplaise à ceux qui devraient se reconvertir, pour éviter que nos mers ne se transforment en déserts. 18/12/02


Criminalité routière

On doit féliciter les Pouvoirs Publics de paraître prendre un peu plus au sérieux les exigences de la lutte contre la criminalité routière. Pourquoi le gouvernement Jospin n'avait-il rien fait de semblable ? Mais que de concessions encore aux lobbies des constructeurs, des alcooliers, des défenseurs de la soi-disant liberté individuelle dans cet espace collectif qu'est la route. On dit que la répression ne sert à rien car les gens, au pire, roulent sans permis. Mais ils ne roulent pas sans voiture. Une mesure radicale les rendrait prudents à vie, ce serait de retirer immédiatement et sans procès à tout contrevenant l'usage de sa voiture. Celle-ci serait ensuite détruite publiquement -sans préjudice des poursuites à l'égard des propriétaires. Je verrais même bien pour ma part que les voitures " coupables " soient condamnés au bûcher en place de grève - de la même façon qu'au Moyen-Age on intentait des procès aux animaux ayant provoqué des accidents mortels.

Je ne plaisante pas. La voiture prend les proportions d'un empoisonnement systémique, une sorte de virus des esprits et des corps. On en se bat pas contre les virus à coups de décrets. 17/12/02


OGM et obstination

Les académies nationales françaises de médecine et de pharmacie, ainsi que l'académie des sciences, après 18 mois d'étude, ont reconnu le 10 décembre 2002 que les recherches sur les OGM ne présentaient pas de danger. Ref : Communiqué adopté le 10 décembre 2002 (séance ordinaire) OGM ET SANTÉ http://www.academie-medecine.fr/actualites/avis.asp. Elles ont recommandé que l'Europe lève dans un délai de 12 mois le moratoire mis sur ces recherches. Ceci confirme le résumé de la question que nous avions fait dans notre article du 09/10/02, "Faut-il avoir peur de la science ?" http://www.automatesintelligents.com/edito/2002/oct/edito2.html"

Cet avis n'a pas empêché M. José Bové d'accuser sur France-Inter (journal de 13h du 13/12/02) le professeur Tubiana, président de l'académie de médecine, et ses confrères, d'être au service des grands laboratoires et industriels du secteur. Je veux bien croire que beaucoup de ces mandarins sont sensibles aux pressions, mais à ce point…

Je m'étonne de voir José Bové prendre le risque de se décrédibiliser, aux yeux des citoyens se voulant objectifs, dans de tels combats et par de tels propos. Mais il faut savoir avec quelle obstination certains de nos concitoyens s'opposent avec une obstination de mule - quand ils sont de bonne foi - aux arguments scientifiques les plus sérieux, persistant à les considérer comme la preuve de conspirations destinées à les perdre.

On a pu en avoir un bel exemple dans une émission de la 6, le 13 décembre (Demain, tous…ils refusent, 00h15) où un père de famille, malgré les avis médicaux, s'entêtait à exclure toute vaccination pour ses deux enfants, avec l'accord bienveillant de la mère. Il est vrai qu'il y a pire : les parents de milieux dits éduqués qui enferment sciemment leurs enfants dans la prison d'une secte, ou ceux qui abusent d'eux sexuellement. 13/12/02


Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)

Le suicide récent et digne de Mme Jospin mère  a rappelé à beaucoup l'existence de l' Association pour le droit de mourir dans la dignité, dont elle était militante. Rappelons pour notre part l'adresse de son site Internet, qui fournit toutes informations utiles sur la façon de militer pour cette cause. ADMD http://perso.club-internet.fr/admd/ 12/12/02


Le scandale des non-émissions scientifiques sur les chaînes publiques.

Suite au rapport de Catherine Clément remis au ministre de la Culture sur ce que devrait être une politique culturelle digne du secteur public de la radio et de la télévision, personne n'a vraiment évoqué l'indigence (l'inexistence) des émissions scientifiques qui permettraient notamment aux enfants et aux gens qui travaillent de mieux connaître les enjeux et les réalisations des sciences et des technologies. Quelques rares émissions, sur France-Culture et Arte-La cinq (en ce dernier cas toutes produites à l'étranger) ne suffisent pas à répondre à l'immense besoin qui se fait sentir. Quand quelque chose est tenté, c'est avec un tel clinquant et manque de sérieux qu'il vaudrait mieux s'abstenir. Je pense notamment aux frères Bogdanoff, dont le ton, sinon la compétence scientifique ont été à juste titre mis en doute. Voilà qui ne détournera pas les spectateurs des films violents. 11/12/02

La nuit et l'été. Rapport complet http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/clement/clement2002.pdf


L'Europe système complexe auto-adaptatif

Les esprits bornés craignent de voir l'Europe à 25 devenir encore plus ingouvernable et inefficace qu'elle n'est actuellement. D'un point de vue inspiré par les sciences de la complexité, on peut au contraire penser que l'auto-concurrence qui s'établira au sein des futures frontières de l'Europe entre 25 pays de cultures et d'intérêts différents sera extrêmement féconde. Les créativités des uns et des autres s'ajouteront au lieu de se neutraliser. On voit venir le moment, dans quelques années, où les Etats-Unis seront ramenés au rang de puissance régionale. 14/12/02


Sollers année zéro

Dans un article intitulé Pensée année zéro (Le Monde du 13/12/02) Philippe Sollers nous invite à " penser ", en évoquant sur cette question de la pensée (qu'est-ce que penser, et pourquoi pense-t-on à ceci plutôt qu'à cela ?) les travaux de Martin Heidegger. Sollers a raison de lancer cette exhortation. Malheureusement, la suite de son article ne nous fournit aucune piste susceptible de nous détacher de la contemplation béate des Star Academy et autres Ruquier. On n'y trouve que les mondanités dont cet auteur chéri des médias est prodigue. N'y cherchez pas notamment de réflexion un peu approfondie sur les grandes découvertes des sciences cognitives contemporaines relatives à la pensée et à l'évolution, qu'elles soient " naturelles " ou " artificielles ". Avec Sollers, on reste bien ne lui en déplaise dans la France moisie des idées, ignorant tous les travaux sérieux qui se font, parfois chez nous mais surtout ailleurs dans le monde, sur ce que seront très vraisemblablement les thèmes principaux de la pensée 14/12/02


L'Europe sur Mars:pourquoi pas ?

Dans la suite de la rubrique précédente, faisons une proposition. L'Europe élargie a besoin d'un symbole. Elle a également besoin d'un moteur technologique puissant. Elle a des ressources à ne savoir qu'en faire, quoi qu'on pense. Nous avons dans le précédent numéro  (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2002/38/mars.htm) proposé le projet d'un robot martien disposant des capacités d'un automate conscient (cognitive system). La France pourrait sans mal entreprendre un tel programme. Mais à la réflexion, pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi l'Europe ne se donnerait-elle pas l'ambition d'aller le plus vite possible avec ses propres moyens sur Mars, à terme avec des équipages humains, mais en attendant avec un robot intelligent - intelligence distribuée qui, dans l'espèce, ne se limiterait pas au seul robot mais à tout son environnement de lancement, d'atterrissage (martien) et de suivi au sol ?

Il n'y aurait aucun mal à ce qu'un tel projet, de la même façon que cela se passe aux Etats-Unis, fasse l'objet d'un groupe de pression industriel européen actif. 13/12/02


Ariane V

Il aurait été très utile que le gouvernement , à un moment où l'opinion, toujours versatile, s'interroge sur l'intérêt d'une politique de lanceurs européens, rappelle que celle-ci est un véritable service public, indispensable à l'autonomie de l'Europe face aux Etats-Unis et à la Russie. Si nous devions mendier des lancements à ces pays, par exemple pour mener à bien le programme Galiléo, nous pourrions toujours attendre. Or qui dit service public dit financements publics. C'est bien de chercher des clients privés, mais il ne faudrait pas dépendre d'eux pour rentabiliser Ariane. Il faut payer nous-mêmes, d'autant plus que les sommes par tête d'habitant sont ridiculement basses.

Un service public doit évidemment chercher à travailler sans gaspiller les deniers de l'Etat (comme il y a quelques années on avait pu reprocher à la Nasa de faire). Mais ce n'est semble-t-il vraiment pas un reproche que l'on puisse faire aux équipes d'Arianespace 13/12/02


Etre à gauche ou être à droite

Il n'est pas toujours facile de dire qui est de gauche et qui est de droite, face à des problèmes concrets de société qui exigeraient en fait d'être traités sur la base du consensus républicain. Ceci dit, chacun devrait sans arrêt, à titre d'exercice mental, se poser la question : est-ce que j'approuve -ou désapprouve - telle ou telle chose ? Est-ce que ce faisant je me situe à gauche ou à droite ?

Le cas Berlusconi, sur lequel Arte a présenté un dossier révélateur le 10 décembre, est révélateur. Posons nous la question de savoir si nous approuvons un chef de gouvernement, qui fait véritablement main basse sur l'appareil d'Etat pour échapper à toutes les lois et mener ses affaires ? Approuvons-nous une majorité d'électeurs qui trouve cela très bien, enfonçant progressivement l'Italie, fleuron de l'Union européenne, dans un état de corruption pire que celui régnant encore dans les Etats qui vont prochainement rejoindre les Quinze ? Accepterions-nous cela pour la France? Puis, en fonction de la réponse à ces deux questions, précisons où nous estimons devoir nous situer sur l'éventail politique ? 10/12/02


Sarkorzy homme de gauche

Après avoir écouté les 100 minutes pour convaincre de Nicolas Sarkozy, je ne vois pas trop ce que la gauche pourra lui reprocher. Il énonce des choses indiscutables et propose des actions qui, si elles étaient menées effectivement, améliorerait beaucoup la sécurité publique. De plus, il donne l'impression très favorable d'être un homme de conviction, non dénué de nuances. Le fait qu'il s'engage personnellement à tout propos est excellent. Les gens ont besoin de dirigeants présents et afficheurs, ne fut-ce que pour s'y opposer. Rien n'est pire que l'édredon de qui n'ose rien faire de peur de fâcher les belles âmes mais n'en pense pas moins. On relira avec intérêt le livre de Jean-Louis Dessalles sur le langage afficheur en politique (Aux origines du langage http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/mai/dessalles.html).

La gauche doit regretter de ne pas avoir eu Nicolas Sarkozy dans ses rangs lorsqu'elle était au pouvoir. La pauvre Mme Guigou a montré par ses interventions sans consistance qu'elle ne savait pas comment s'attaquer à ce roc. Mieux aurait valu qu'elle se taise.

Ceci dit, Sarkozy reste ministre d'un gouvernement libéral et désinterventionniste où il doit , s'il est sincère, se sentir bien isolé. C'est vrai qu'en profondeur, d'énormes investissements devraient être consentis par la collectivité pour traiter le problème de l'intégration. Nous en avons souvent parlé ici même. Le gouvernement Raffarin ne fera rien. C'est vrai aussi que là où la criminalité touche de près les grands intérêts financiers et politiques, le gouvernement fermera les yeux et bridera police et juges.

Le parti socialiste peut-il aujourd'hui dire qu'au-delà des mesures proposées par le ministre de l'Intérieur, tout reste à faire ? On lui répondra : qu'avez vous réalisé vous-même pendant 5 ans ? Cependant mieux vaudrait avouer que pendant 5 ans, on n'avait pas bien compris le problème, et proposer un grand programme ambitieux en cas de retour au pouvoir. Ce type de sincérité mobilisera plus les électeurs qu'attaquer Sarkozy sur la question des Roms dont, je le crains, tout le monde se fiche. 09/12/02


Tombeau de l'Homme de gauche

Dans un article remarquable (mais mal reçu à gauche) publié par Le Monde du 4 décembre 2002, p. 17, Jacques-Alain Miller, psychanalyste, a dressé le "Tombeau de l'Homme de gauche " c'est-à-dire la célébration de ce qu'il fut durant cinquante ans et ne sera jamais plus. L'homme de gauche s'est dissous. Il ne ressuscitera pas, dans son ancienne gloire et tel que voudraient le voir revenir quelques esprits attardés.

Nous voulons bien l'admettre. Plusieurs questions se posent cependant. Qu'en est-il symétriquement de l'Homme de droite, voire de l'Homme d'extrême droite ? Ont-ils existé en pendants obligés de l'Homme de gauche ? N'ont-ils jamais existé, l'Homme de droite et celui d'extrême droite se confondant alors avec l'Homme tout court (ce qui ne grandirait pas ce dernier, sous un certain angle) ? Plus généralement, et pour abandonner les généralités faciles, qu'est-ce aujourd'hui qu'être à gauche et être à droite (laissons l'extrême droite à ses démons) ?

Nous avions évoqué précédemment une question voisine : qu'est-ce qu'être moderne, être progressiste, aujourd'hui ? Nous avions suggéré que les progressistes étaient ceux qui privilégient la démarche scientifique pour comprendre le monde et agir si faire se peut sur son évolution. Les Hommes de gauche - ce qu'il en reste - se reconnaîtront-ils dans cette définition, qu'ils jugeront bien naïve ? Certains peut-être mais ils ne seront pas nombreux. Quant aux Hommes de droite, je pose la question, sans y répondre.

La vérité vraie, dans tout cela, c'est qu'il faudrait complètement dépoussiérer la vision que nous avons du cosmos et de nous-mêmes la-dedans, ainsi bien entendu que celles des valeurs pour lesquelles, pensons-nous, nous accepterons encore de nous battre. Dépoussiérer ne veut pas dire tout mettre à la poubelle. I strongly suspect, comme dit Stephen Wolfram, je soupçonne fortement que quelques valeurs de gauche, après un sérieux lifting, devraient encore tenir la route. 09/12/02


Plan d'exposé sur les enjeux d'une administration en réseau

Ayant été sollicité (ce qui est bien sympathique) par un grand service administratif pour réaliser un exposé sur le thème ci-dessus, j'ai établi le plan ci-dessous que je livre bien volontiers à tous ceux en mal d'imagination. Ils pourront broder dessus tant qu'ils voudront, et tenir la rampe facilement une bonne heure d'affilée.

Plan

Le monde change très vite en ce moment. On ne peut plus traiter un tel sujet comme on l'aurait fait il y a 5 ans : l'informatique administrative, l'Internet dans l'administration, etc.

Il faut se placer à un niveau plus global, celui (le terme n'est pas très bon, mais…) des systèmes complexes. L'administration en est un, parmi beaucoup d'autres.

Il existe une énorme littérature et aussi beaucoup de projets de terrain dans le monde sur ce thème. La France est en retard.

Limitons nous à quatre concepts essentiels :

Le darwinisme

L'univers est évolutif. Cette évolution résulte de la compétition dite darwinienne entre entités multiples, par reproduction, mutation, sélection, expansion. La mutation ne résulte pas seulement de changements internes à l'organisme, mais aussi de symbiose entre organismes différents.

Les super-réseaux

Sur ce mode darwinien se construisent à grande vitesse de nouvelles infrastructures transcendant frontières et cultures.

Il y a les réseaux de transport des biens et des personnes. Mais ceux-ci vont trouver leurs limites. L'essentiel des super-réseaux sera numérique, transportant du symbolique. L'architecture des réseaux numériques est du type neuronal ou mieux cérébral : neurones reliées par des fibres de liaisons.

Dans les réseaux associant les individus humains, ceux-ci devraient pouvoir se comporter comme des neurones, c'est-à-dire comme des agents actifs au sein du réseau l'interconnectant avec les autres. C'est-à-celà, idéalement que pourrait servir Internet.

Les super-organismes

Utilisant ces super-réseaux, se développent de nouveaux organismes réplicatifs sur le mode darwininen qui tendent à s'agréger en super-organismes, très différents les uns des autres.

On trouve les mèmes (idées, images) qui sont des entités à part entière.

A l'opposé on trouve les grandes entreprises et les Etats ou ensembles d'Etats sachant s'adapter à ce nouveau milieu.

Entre les deux vont proliférer des super-organismes nouveaux, sur le mode des webs bactériens (pacifiques ou terroristes) , qui occupent les vides et s'attaquent aux points faibles des grands organismes traditionnels.

Les super-intelligences

La croissance intrinsèque des super-réseaux est de type exponentiel. Dans 10 à 15 ans, on aura dans le volume et au prix d'un PC l'équivalent des 100 milliards de neurones du cerveau humain.

Ces capacités ne resteront pas inutilisées. Les super-organismes en compétition (de tous types) s'en saisiront pour augmenter leur compétitivité.

Les super-organismes de type traditionnel, entreprises et Etats, devraient consacrer une partie de leurs moyens budgétaires et humains à développer des systèmes mixtes hommes+intelligence artificielle leur permettant de mieux comprendre l'évolution globale, et mieux s'y adapter. 07/12/02


Copie privée

Le gouvernement devrait modifier face aux protestations son avant-projet de loi sur le droit d'auteur qui menace l'exception pour copie privée permettant aux consommateurs de dupliquer CD et DVD pour leur propre usage. Mais le Centre français pour l'exploitation du droit de copie (http://www.cfcopies.com) consacre de coûteux et provocants placards publicitaires, en ce moment, à stigmatiser comme des criminels les webmestres publiant des revues de presse sur les intranets (je dis bien intra-nets) des entreprises et des administrations. Cela me parait pousser le bouchon un peu loin. Les journaux et les journalistes, à mon sens, ont davantage intérêt à être cités qu'à être ignorés. Les gens qui parcourent les intranets sont généralement pressés. Ils n'iront jamais acheter 10 à 20 journaux pour se faire une revue de presse personnelle. Donc les journaux ne perdent pas de lecteurs de ce fait.

N'oublions pas en revanche ce que constatent tous les éditeurs de sites webs publics: ils sont effrontément pillés par les journalistes, qui évidemment s'attribuent le mérite d'un simple copier-coller dont ils se gardent bien de mentionner la source. La presse -papier continue manifestement à être en délicatesse avec les TIC. Les internautes vont finir par ne plus acheter de journaux du tout. 06/12/02


Boson2x

Voici un petit site qui s'est signalé à nous et qui nous paraît défendre une conception ouverte et démocratique de l'information:  http://boson2x.org 05/12/02


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-7312/index.htm