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La Gazette N° 72 du 30 novembre 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Voir aussi
28 novembre
Projet de robot autonome intelligent pour l'exploration de la planète Mars

21 novembre
L'Ecologiste, n° 5. Sciences et techniques. Les raisons de la contestation
. Commentaires par Jean-Paul Baquiast

20 novembre
L'intelligence universelle
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Formation médicale continue et édition médicale par Jean-Paul Baquiast

Le blocnet (index)

Smartfutur

Il est intéressant de connaître ce "portail du futur" où se retrouvent beaucoup de sites intéressants - mais pas tous puisque, trois fois hélas, admiroutes et automates-intelligents n'y figurent pas, autant que je sache http://www.smartfutur.org/ 29/11/02


Rencontres d'Autrans 2003
Communiqué

La 7ème édition des journées d'Autrans réunira les acteurs du paysage Internet français sur le plateau du Vercors pour deux jours et demi de tables rondes, d'ateliers, de débats, d'échanges informels et de convivialité les 9, 10 et 11 janvier 2003.

Organisées sous l'égide de l'association RESO avec l'assistance de la Communauté de Communes du Massif du Vercors [CCMV], la Fondation Internet Nouvelle Génération [FING], l'Internet Society Chapitre français [ISOC] et les Autres [Les Autres], groupe informel de militants
du logiciel libre et de pionniers du net, les Rencontres d'Autrans sont la plus ancienne manifestation nationale française sur l'internet.

Cette année, le thème fédérateur est internet, les réseaux de personnes. La programmation des tables rondes et des ateliers s'attachera à aborder les thématiques suivantes :

« Actualités et enjeux de l'internet »

- Préparation du sommet mondial de la société de l'information (WSIS)
- IPv6 et ses enjeux
- Développement des PME et aménagement du territoire
- Médias et contenus dans un monde en réseau

« les réseaux de personnes »

- Les mutations du travail
- Droits d'auteur et brevets contre l'esprit de coopération ?
- Logiciel libre et web public
- Education en réseaux (démarches actives et coopératives)
- Les "réseaux apprenants", (ex. des communautés de développeurs...)
- Réseaux d'échanges de pratiques et de savoirs, réseaux professionnels
- Rencontre des réseaux de personnes
- Les réseaux des familles

"La "démocratie élaborative" : coopération et débat public"

- Gouvernance participative »
- Réseaux communautaires Wi-Fi (intranet résidentiel)
- Outils de coopération : une année florissante (Spip, Wiki...Outils et services en réseau
- Blogs et Weblogs
- Les réseaux du "libre"

Information et inscription/ réservation : www.autrans2003.org


La Fédération des Français à l'étranger du Parti Socialiste

Celle-ci, avec ses 60 sections, fonctionne beaucoup par Internet. Elle comporte des listes de diffusions, des groupes thématiques, des votes, etc. Comme quoi l'Internet remplace lentement le fax ou la bonne vieille circulaire dans l'esprit de nos compatriote. Je n'ai pas l'impression que d'autres partis fassent de même. Voir le site http://www.ffeps.com/ 29/11/02


Le Sida

Le rapport des Drs Sidibe et Diallo médecins-conseils pour ONU-Sida, éveille à juste titre l'attention, à la veille des journées mondiales de lutte contre cette pandémie. (Voir synthèse de l'ONU http://www.unaids.org/worldaidsday/2002/press/update/epiupdate2002_fr.doc ou un bon résumé, par exemple http://www.pvr-zone.com/sida.html )

L'intérêt de ce nouveau rapport, brillamment expliqué sur France-Inter ce jour par le Dr Sidibé, Malien, est d'insister sur le fait qu'au delà de l'Afrique, véritablement en péril mais dont le sort intéresse assez peu, ce sont les centres de l'équilibre mondial actuel et futur, Chine, Inde, Russie, Europe de l'Est qui vont être déstabilisés dans les 20 prochaines années, sinon avant. Des millions d'enfants vont se trouver orphelins, sans secours, et ont toutes les chances d'être recrutés par les terroristes fanatiques, s'ils ne sont pas morts avant.

Voilà qui devrait parler à l'intelligence, sinon au cœur de ceux qui investissent des centaines de milliards dans le soutien des prix agricoles au Nord, la préparation de la guerre en Irak et autres opérations de puissance. Les pays riches peuvent peut-être contenir l'épidémie chez eux par les anti-viraux et la prévention (n'en déplaise au Pape, dont les interdits sont meurtriers), mais ils ne pourront plus échapper aux conséquences indirectes de l'explosion du Sida. Voilà une bonne raison pour mettre la main au porte-feuille. Le monde est global, dans ce domaine comme les autres.

Ajoutons que la nécessité pour l'Occident de s'impliquer fortement dans la lutte mondiale contre le sida ne devrait pas être un argument pour renoncer aux recherches scientifiques fondamentales ou à de grands projets comme l'exploration de Mars. C'est un argument que certains de nos lecteurs se plaisent à nous envoyer, mais ils ont tort. Les deux ne sont pas incompatibles, au contraire. 27/11/02


Les nouveaux progressistes

Le livre de Daniel Lindenberg, Le rappel à l'ordre - Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil) fait beaucoup parler de lui. Joignons-nous au concert. Il ne s'agit pas de défendre le progressisme des Houellebecq, Muray, Finkielkraut, Gauchet et Debray. Par contre on doit poser une question trop rapidement laissée sans réponse par l'auteur et par ses commentateurs : quels sont aujourd'hui les nouveaux modernes, les nouveaux progressistes ?

Pour moi, la réponse ne fait aucun doute. Ce sont les scientifiques, les philosophes et les badauds comme moi qui, dans la ligne de Darwin, défendent toutes les mutations et méta-mutations actuellement en cours : la bio-informatique, la conscience artificielle, la cosmologie évolutionnaire (Lee Smolin). Il ne s'agit pas de revenir à Mai 68, mais, dans l'esprit contestataire d'alors, d'attaquer avec de nouveaux arguments toutes les théologies, tous les fixismes qui pour défendre des intérêts matériels très précis, prêchent les vérités révélées et les dogmes imposant l'idée que rien ne doit bouger et que le futur est dans le passé.

Tant pis pour l'anti-américanisme, mais il faut bien admettre que le cœur de cette nouvelle évolution se trouve non pas en France, mais chez quelques minorités d'intellectuels américains, scientifiques ou philosophes laïcs, ceux à qui nous sommes heureux de donner chaque fois que possible la parole dans notre revue Automates-Intelligents.

Le sujet est trop important pour être traité en trois paragraphes. Nous y reviendrons peut-être. 27/11/02


Systèmes d'aide à la décision en cas de crise

On se souvient que nous avions proposé un dossier décrivant un système  auto-adaptatif d'aide à la décision à base d'Intelligence Artificielle Répartie , permettant aux responsables des secours (notamment les préfets) de disposer d'un minimum d'outils modernes. Le système avait été développé par le Pr Alain Cardon et 3 thésards. Ce dossier n'a évidemment, bien que nous l'ayons présenté à diverses autorités, éveillé le moindre intérêt, non plus d'ailleurs que le concept. Il semble que le téléphone ou le fax soit encore considéré scomme le meilleur moyen de liaison entre intervenants. http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/nov/dossier.html

Heureusement pour eux, les gens du laboratoire Sandia ne nous ont pas attendus et viennent de développer un premier système de commandement permettant de faire face à des attaques terroristes graves et étendues, de type chimique ou biologique. C'est le WMD-DAC (Weapons of Mass Destruction Decision Analysis Center). Encore jugé fruste, il intégre pourtant en temps réel de nombreuses données de toutes sortes, provenant de la zone attaquée ou des gestionnaires de secours et de soins. 26/11/02

- Article de Wired http://www.wired.com/news/technology/0,1282,55932,00.html


Drones robotisés et droit des gens

La revue Robots.Net a posé à ses lecteurs la question de savoir s'il était conforme aux droits des gens ou de la guerre de détruire les terroristes (ou supposés tels) avec des drones plus ou moins intelligents, comme cela s'est fait récemment au Yémen (Missile Hellfire-C tiré d'un Predator RQ-1A UAV). Certains organismes, tels Amnesty International et World Socialist News, émettent des doutes. La plupart des lecteurs au contraire s'en félicitent. Robots.Net estime que la question se posera de plus en plus, au fur et à mesure du développement de robots militaires de plus en plus intelligents. Cela devrait être le cas, notamment, du futur X-45 UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle) développé par la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA).

Nous serions curieux de connaître les positions de nos propres lecteurs. 26/11/02

- L'article de Robots-Net http://www.robots.net/article/638.html
- L'article du Web de World Socialist News http://www.wsws.org/articles/2002/nov2002/yem-n09.shtml
- Le Boeing X-45 UCAV http://www.boeing.com/phantom/ucav.html . Voir aussi la présentation de FAS, Military Analysis Network http://www.fas.org/man/dod-101/sys/ac/ucav.htm  et de la NASA http://www.dfrc.nasa.gov/gallery/photo/X-45A/HTML/EC01-0292-9.html


Camions et navires

Il est difficile de justifier, sous prétexte de liberté d'entreprise et de déplacement, le maintien d'une Europe ouverte aux transports routiers et maritimes ne respectant aucune des réglementations applicables aux opérateurs européens. Il ne s'agirait pas de réserver l'espace européen aux seules entreprises européennes, mais de dire : si vous voulez emprunter nos voies terrestres et maritimes, vous vous conformerez aux normes techniques et sociales que nous établirons, nous-mêmes assumant la charge d'un contrôle extrêmement sévère des véhicules et des navires, non seulement quand ils escaleront dans nos ports et autres lieux de chargement-déchargement, mais aussi quand ils traverseront notre espace sans s'arrêter (transit). De plus, en ce qui concerne le maritime, nous décidons d'appliquer ces normes non dans la zone des 6, 12 ou 20 milles, mais dans celle des 200 milles - ce qui inclus automatiquement tous les détroits (Manche, Méditerranée notamment). C'est ce que font les Etats-Unis sans provoquer apparemment d'émotion dans les pays dits maritimes. Ceci dit, que les pavillons soient de complaisance ou non ne nous importe pas pour le moment, dès qu'ils respecteront les normes ainsi définies "

Ceci imposerait aux pays européens le recrutement de centaines d'inspecteurs qualifiés, y compris, pour ce qui concerne le maritime, de pilotes susceptibles d'être mis à bord des navires en difficulté. Mais ce serait moins coûteux que réparer les dégâts des naufrages et accidents de la route.

Cela mettrait aussi nos entreprises sur un pied d'égalité avec les concurrents étrangers qui, pour le moment se comportent en véritables pirates. Si le coût direct du transport en était augmenté, ce serait une excellente chose. Actuellement, c'est la collectivité qui prend en charges les énormes dépenses indirectes que n'assument ni les transporteurs ni leurs clients - d'où la multiplication des camions et des navires pourris.

Face aux routiers, il ne suffit pas d'envoyer les CRS. Il faut aussi faire montre d'une véritable volonté de régler les problèmes de fond au niveau européen. 26/11/02

PS au 27/11. On apprend qu'un pétrolier aussi hors normes que l'étaient l'Erika et le Prestige, propriété des mêmes affréteurs prétendus insaisissable, va passer devant les côtes françaises, chargé de fuel lourd, la semaine prochaine (le Byzancio, sauf erreur) . Si le Président de la République voulait parfaire son image de grand chef responsable, il enverrait la Royale arraisonner ledit navire et le mener à Antifer, où la cargaison serait vidangée et vendue pour rembourser les Espagnols. Tout le monde applaudirait, même si d'autres pays crient au piratage et menacent de mesures de rétorsion.
2ePS au 30/11. Certaines mesures de contrôle ont été décidées conjointement par la France, l'Espagne et l'Italie. Mais ceci risque de rester superficiel. Rappelons le tableau des mesures à prendre que nous avions établi, en dialogue avec divers collectifs anti-marées noires, lors du naufrage de l'Erika. On verra que 3 ans après on est loin du compte.
http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/tableau.htm


Scénarios de crise.

Dans la lutte contre les risques majeurs, il ne servirait à rien de disposer de matériels et d'informations si la façon de les utiliser n'avait pas été préparée à l'avance. Il s'agit d'une tâche d'Etat-Major, mais elle doit associer les différents acteurs qui joueraient un rôle dans les dispositifs prévus. Dans les paquebots du siècle dernier, suite à différents naufrages retentissants, ce concept de scénario et d'exercices d'évacuation avait été pris très au sérieux par les grandes compagnies. C'est loin d'être le cas malheureusement dans la plupart des sites à risques, où manque généralement le scénario d'ensemble et, tout aussi important, la façon de le faire évoluer en fonction des circonstances.

Les naufrages successifs des pétroliers Erika et Prestige l'illustrent amplement. Rien n'avait été prévu quant à la conduite à tenir à l'égard des navires endommagés : les conduire en haute mer (ce qui est en général une aberration) ou les échouer dans des baies choisies à l'avance, équipées pour cela, et qui, si l'on peut dire, se sacrifieraient momentanément pour éviter la pollution de centaines de kilomètres de côtes. 26/11/02


Propositions pour l'écologie politique

Nous voudrions proposer quelques idées susceptibles d'améliorer l'efficacité du discours et de la pratique écologiste ou environnementaliste.

1. Il ne faut pas être contre tout, tout le temps. Cela lasse et, plus grave, révèle une sénescence de la pensée qui repoussera tous ceux qui veulent construire quelque chose au cours de leur vie. Si l'on est toujours contre tout, que reste-t-il ? La méditation bouddhiste ou conventuelle ? Je refuse, pour ma part, de m'élever a priori, un peu comme le taureau fonce sur la muleta, contre les nanotechnologies, Internet, le transgénique et autres sciences. Il y a là un discours obligé à coups d'anathèmes, un politiquement correct inadmissible.

2. Devant l'évolution effectivement rapide et même, sauf catastrophe, accélérée des sciences et des techniques, il faut évidemment qu'existent des mouvements, sur le modèle des écologistes, qui ne prennent pas tout ce que disent les industriels, les gouvernants et les scientifiques comme argent comptant. Mais il faut proportionner la réaction à la nature des risques.

3. Pour ceci, trois attitudes différentes sont envisageables, selon la gravité des risques.

La première et la plus générale consiste à rester alerte (awareness) et s'informer de tout ce qui se passe. Ceci suppose lire beaucoup, échanger tout autant, et réfléchir un peu. La réflexion ne doit pas être à sens unique. Il est bon de toujours se demander quels sont les intérêts souvent cachés qui veulent freiner ou suspendre les avancées scientifiques. Tous ne sont pas honorables.

La seconde s'impose dès qu'un problème prend de l'ampleur et parait mal cerné : il faut débattre et discuter, si possible avec toutes les parties prenantes, comme le rappelle Bruno Latour. Mais la discussion ne s'improvise pas si facilement. Nous indiquerons ci-dessous que l'écologie politique devrait impérativement aujourd'hui élaborer des approches scientifiques de la complexité, en mettant en place des systèmes d'observation auto-adaptatifs.

La troisième attitude enfin consiste à s'opposer, par toutes les voies que la démocratie tolère, dès qu'il apparaîtra, suite aux travaux précédents, que des irresponsables mettent en danger la planète, l'éco-système et tous les biens que l'on estime devoir préserver. C'est dans cet esprit que nous suggérions qu'il serait utile d'aller faire le siège des autorités en charge de la sécurité maritime pour que soient appliquées les mesures, tout à fait faciles à mettre en œuvre, qui permettront d'éliminer les navires poubelles et les trafics qui se font autour. Rappelons que, quand on veut agir, il vaut mieux s'en prendre à ceux qui ont la décision entre leurs mains qu'à des exécutants.

4. Vient enfin le problème difficile, le Hard Problem. Que suppose une écologie politique rationnelle ? Elle suppose de comprendre la complexité du monde, qu'il s'agisse du monde physique (par exemple les échanges thermiques ou de CO2 entre les océans et l'atmosphère) mais aussi la complexité globale. Celle-ci met en jeu, comme le montre la mondialisation, des hommes multiples et divers, avec des intérêts différents. Ces hommes sont imbriqués étroitement avec d'autres agents évolutionnaires (que Bruno Latour appelle les " non-humains ") et constituent le super-organisme auquel nous faisions allusion précédemment.

De plus, on ne cherche pas à comprendre la complexité pour le plaisir d'élaborer une thèse. On cherche à comprendre pour agir. Or, pour agir, en démocratie, il faut s'appuyer sur les gens. Il faut d'abord les amener à exprimer ce qu'ils ont à dire et tenter d'en saisir le sens. Il faut ensuite ou, en même temps, leur communiquer les informations ou les savoirs dont on dispose. De ce tissu d'échanges, émergeront inévitablement des amorces de solutions aux problèmes, c'est-à-dire des comportements collectifs et individuels qui seront plus proches de répondre aux besoins de survie que la somme des comportements individuels isolés.

Mais alors, comme nous l'indiquions, il faudra que les écologistes, et tous ceux qui s'intéressent aux choix démocratiques plutôt qu'aux diktats imposés par les pouvoirs, investissent dans l'outil révolutionnaire qui s'impose pour cette approche opérationnelle du complexe. Il s'agit de ce que nous avons nommé un système d'observation auto-adaptatif. Un tel système repose sur le principe que le monde n'est pas observable scientifiquement de façon exhaustive et définitive. Il est donc inutile d'élaborer des modèles scientifiques lourds qui seront dépassés dès qu'ils auront vu le jour, car le monde aura changé dans l'intervalle.

Plus généralement, il faut abandonner l'idée qu'il y a des observateurs (les scientifiques, les politiques, tous ceux qui ont des idées sur ce que doit être le monde) et des sujets ou plutôt des objets, les autres hommes, tous les animaux, tous les êtres vivants même, que l'on peut traiter comme des objets matériels, en les disséquant afin de les manipuler ou les contrôler.

.Dès que je me place dans la position de l'observateur ou du discoureur, l'entité vivante que j'observe ou sur laquelle je discoure m'observe à son tour, discoure sur moi de son côté, et je ne peux pas ne pas m'en apercevoir. Elle est immédiatement modifiée par mon observation ou mon discours, mais moi en retour je suis modifié par ses observations et ses discours.

On se trouve donc au sein d'un système multi-agents adaptatif dont le comportement global est le seul intéressant, car c'est lui qui agit effectivement sur le monde. Malheureusement, les méthodes de modélisation de tels systèmes n'existent pas, car ils ne relèvent pas de la description scientifique traditionnelle. Il n'y a plus d'observateur externe neutre. Il n'y a plus que des gens s'influençant les uns les autres en permanence et sans le savoir.

Il faut donc mettre en oeuvre de nouveaux outils adaptés à la représentation de tels systèmes. Le premier est le réseau. On ne modélisera un système multi-agents, pour le plus grand bénéfice de ces agents eux-mêmes, que s'ils sont capables d'échanger des informations interactives en temps presque réel, sur le modèle des neurones du cerveau. Internet ou, ultérieurement, le système des réseaux en grilles (grid) pourra servir à cela.

Mais le deuxième outil relèvera de l'intelligence artificielle. Aucun cerveau humain, tout seul, ne pourra analyser les flux, voir apparaître les émergences, proposer des conclusions globales et réagir à ces conclusions pour les modifier avant même qu'elles aient pris tournure.... C'est là que la conscience artificielle proposée par Alain Cardon , à la promotion de laquelle nous travaillons dans la revue Automates-Intelligents, trouvera son emploi le plus immédiat, le plus démocratique. 21/11/02


José Bové repenti?

Le sujet est glissant. Je ferais mieux de ne pas m'y aventurer. Mais je ne peux m'en empêcher. Pardonnez-moi. Voilà. Si j'étais José Bové, je ne me mettrais pas à quatre pattes pour demander ma grâce au Chef de l'Etat. J'irais dignement en prison. C'est dur, je sais, mais quand on a des convictions, il faut les assumer jusqu'au bout. Giordano Bruno n'a pas supplié le tribunal ecclésiastique de le gracier, car il savait qu'il y aurait perdu la grandeur qui fait encore de lui le symbole de l'esprit dressé contre les tyrans. Les condamnés à mort de la Commune n'ont pas davantage fait le siège de Mr Thiers pour éviter la fusillade. Si José Bové est gracié, on ne pourra plus jamais éviter de le suspecter, dans ses prochaines prises de position, de mettre la pédale douce afin de respecter des engagements implicites à l'égard du pouvoir - ceci même s'il met le feu au CNRS tout entier. 21/11/02

PS au 27/11/02. Voici une suggestion qui m'a été faite par l'un d'entre vous: que le Président de la République profite de la demande qui lui est faite pour renoncer une fois pour toutes au droit de grâce, vestige de l'Ancien Régime qui déresponsabilise les magistrats.


Les nouveaux barbares et les femmes

Les émissions de M6, Zone Interdite et ça me révolte, de Bernard de la Villardière, sont généralement remarquables. On les regarde moins malheureusement que celles des histrions des chaînes publiques. Celle du 19 novembre, dont on pouvait craindre le pire, vu le titre racoleur, Viols et violences entre jeunes, a tout à fait justement insisté sur les dangers de régression qui menacent la condition féminine en France, y compris dans les beaux quartiers. Les gamines d'aujourd'hui semblent avoir oublié les combats de leurs mères et grands-mères pour le féminisme, marqué par l'égalité entre femmes et hommes. Elles ont bien tort. Si elles n'y prennent garde, elles se retrouveront esclaves et victimes de tous les sévices, avec tout juste le droit d'aller se confesser pour se faire pardonner d'avoir manqué de respect aux mâles.

On a montré comment la racaille des banlieues se répandait maintenant en bandes dans les piscines et sur les plages publiques pour faire la chasse aux seins nus, dans l'indifférence générale. Ces nouveaux barbares, il faut bien employer le terme, se permettent de juger notre société en fonction des normes machistes répugnantes ayant encore cours tout autour de la Méditerranée. Une femme est une mère ou une putain. Et les putains, on peut les écraser comme des punaises -ou les brûler vive. C'est faire œuvre pieuse.

Mais les braves jeunes bourgeois ne font pas mieux, puisqu'ils pratiqueraient couramment maintenant la pilule du violeur, la drogue qui prive les jeunes filles de toute résistance et permet d'en disposer à sa guise. Dès que la chimie ou l'industrie mettent une nouvelle arme en circulation, il y a de plus en plus de petits salopards pour s'en saisir afin d'opprimer les femmes, femmes dont ils ont trop peur en leur for intérieur pour essayer d'avoir avec elles des relations égalitaires. 20/11/02


Biologie computationnelle et bio-informatique

The NewScientist du 9/11/02 consacre sous le titre Breaking the code un article à la bioinformatique. Il s'agit d'utiliser, pour éventuellement découvrir des secrets encore cachés de ce qui fait la vie, les innombrables données génétiques qui affluent en permanence suite aux travaux de décryptage des génomes poursuivis actuellement un peu partout dans le monde. Comme on sait, aux Etats-Unis, suite au mouvement d'opinion qui s'était fait pour empêcher l'appropriation privée et commerciale des données du génome humain, le NCBI (National Center for Biotechnology Information) a été chargé de collecter et de mettre à disposition publiquement les séquences d'ADN résultant du travail réalisé dans le cadre du Human Genome Project.C'est l'International Nucleotide Sequence Database INSD). Le NCBI partage cette responsabilité avec l'EBI (European Bioinformatics Institute, EK) et le DNA Databank au Japon. Comme on sait, contrairement au principe selon lequel le secteur privé ne doit pas s'approprier les sources du vivant, ce dispositif public imposant n'interdit pas aux firmes génomiques de conserver des génomes non humains résultant de leurs travaux. Le NCBI, quoiqu'il en soit, et ses homologues stockent actuellement, outre celui de l'homme, plus d'une centaine de génomes complets d'autres espèces, et des séquences génétiques partielles intéressant plus de 100.000 espèces jugées intéressantes à des titres divers. Ce nombre va s'accroître rapidement.

La question posée, outre celle du classement et de la recherche dans ces bases de données, qui nécessite de gros moyens informatiques, concerne ce que la bio-informatique et les réseaux de recherche pourraient en tirer pour mieux comprendre la vie. Les chercheurs soupçonnent qu'à l'aide d'hypothèses révolutionnaires encore à inventer, ainsi que de recherches croisées entre génomes, protéomes et articles déjà publiés, de nombreux laboratoires pourraient mieux coopérer et faire émerger des "secrets de la vie' encore enfouis dans les bases de données. Tant que ce travail d'investigation intelligente, à l'aide de moyens informatiques de plus en plus puissants, ne sera pas entrepris, l'arrivée incessante de nouvelles séquences dans les bases créera plus de désordre que de lumière.

La puissance de calcul ne croît pas assez vite, car la loi de Moore est dépassée par la croissance exponentielle des données génétiques à traiter, ainsi que des données concernant de multiples autres bases intéressant d'autres aspects de la biologie et de la biochimie. Une solution, en attendant, déjà envisagée en physique fondamentale, sera d'utiliser des réseaux répartis sur le mode du Grid. En l'espèce, on parle du @home approach. Mais ceci ne suffira pas. Il faudra mettre en place des super-calculateurs dans un certain nombre de centres, disposant en propre de l'ensemble des bases afin de travailler dessus. Il faudra aussi recruter des centaines de chercheurs joignant les compétences biologiques, informatiques et statistiques. Data mining et Text mining deviennent les clefs du succès pour le rapprochement des connaissances. Il faut également standardiser les références et les formats, comme l'entreprend le Interoperable Informatics Infrastructure Consortium.

Dans le domaine des molécules, le problème est le même, les modéliser en plusieurs dimensions incluant le temps et mettre les recherches en relation. Aux Etats-Unis, les National Institutes of Health ainsi que le National Institute of General Medical Sciences, s'y investissent en coopération avec les généticiens

Il était inévitable que dans ces nouvelles perspectives, les firmes privées s'estiment aussi bien placées que les laboratoires publics. C'est le cas de Craig Venter, ancien patron de Celera, patron du Center for Advancement of Genomics à Rockville, ainsi que d'autres instituts de recherche. Dans la mesure où les résultats obtenus peuvent, outre de nombreuses applications de grande importance, faire apparaître des éléments essentiels de connaissance, cela posera une nouvelle fois la question de savoir si le secret d'entreprise et les brevets peuvent être opposés à la libre publication. 16/11/02

Voir
- National Human Genome Research Institute http://www.genome.gov/
- NCBI http://www.ncbi.nlm.nih.gov/
- EBI http://www.ebi.ac.uk
- Gene Ontology Consortium http://www.genontology.org
- Interoperable Informatics Infrastructure Consortium http://www.i3c.org
- National Institute of General Medical Sciences http://www.nigms.nih.gov/
- Cytoscape http://www.cytoscape.org
- Center for Advancement of Genomics http://www.tcag.com


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-7211/index.htm