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La Gazette N° 68 du 30 septembre 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Voir aussi sur le site

29 septembre
Automates-Intelligents La fouille de données (Data mining), enjeu démocratique. Entretien avec Michèle Sebag du CNRS

24 septembre
Présentation de Politiques de la Nature, comment faire entrer les sciences en démocratie
, de Bruno Latour par Jean-Paul Baquiast

Le blocnet (index)

Burning Man

Il est étonnant de voir qu'une manifestation aussi hors du commun que Burning Man, aux Etats-Unis, n'ait pas été mentionnée plus tôt par les médias européens. Pour le grand public en tous cas, l'article du Monde en date du 30 septembre 2002, p.13, est une petite révélation. Sans entrer dans le détail, il s'agit d'une espèce de fête du type Saturnale organisée par un certain Larry Harvey, tous les ans depuis 10 ans. Des milliers de personnes construisent dans le désert du Névada une ville artificielle, qui dure 8 jours. Tout s'y passe sur le mode gratuit, échangiste et festif. Il y a sûrement là des gens qui y trouvent intérêt, ne soyons pas angéliques. Néanmoins, dans l'Amérique puritaine d'aujourd'hui, cela devrait surprendre. En tous cas, on n'imaginerait pas l'équivalent en France. Pourquoi? Bonne question pour les sociologues. Ces gens-là en tous cas maîtrisent très bien l'Internet. 30/09/02   http://www.burningman.com/  Voir aussi http://www.burningman.com/whatisburningman/people/1_harvey_bio.html


Enseignement scientifique à distance
Source Science and Consciousness Review (Mailing list)

On demande parfois comment se présentent de tels enseignements. En voici un exemple, dans le domaine (assez technique mais traditionnel) des systèmes de contrôle par rétroaction. http://www.shu.ac.uk/schools/eng/teaching/rw/controlframe.htm


Google News

Google vient de lancer son journal en ligne entièrement automatique, Google News. La méthode est la suivante, selon les auteurs du site: "Google News presents information culled from approximately 4,000 news sources worldwide and automatically arranged to present the most relevant news first. Topics are updated continuously throughout the day, so you will see new stories each time you check the page. Google has developed an automated grouping process for Google News that pulls together related headlines and photos from thousands of sources worldwide -- enabling you to see how different news organizations are reporting the same story. You pick the item that interests you, then go directly to the site which published the account you wish to read. Google News is highly unusual in that it offers a news service compiled solely by computer algorithms without human intervention. Google employs no editors, managing editors, or executive editors. While the sources of the news vary in perspective and editorial approach, their selection for inclusion is done without regard to political viewpoint or ideology."

Par ailleurs nous interrogeons Michèle Sebag, spécialiste française du Data Mining, et nous convenons ensemble que la puissance des logiciels permettant l'accès aux bases de données ou de textes peut apporter un gain considérable à la démocratie. Google nous en donne un exemple immédiat. On demandera: où est la démocratie là-dedans? Les gros éditeurs (notamment américains) ne seront-ils pas favorisés par rapport aux petits? Qui nous prouve par ailleurs que les propositions du logiciel ne seront pas remaniées en douce pour éliminer les articles jugés politiquement incorrects? Que deviennent enfin les journalistes et commentateurs?

Toutes les manipulations sont possibles, certes. Cependant, on ne voit pas en quoi le système proposé élimine les libres-opinions et les débats. Prenons mon modeste cas. Au premier niveau, en tant que rédacteur d'un périodique d'opinion, j'apprécierai pouvoir consulter en ligne un très grand nombre d'articles et de news, dont seul je n'aurais même pas connaissance. Si par ailleurs,  je trouve dans ces textes de quoi écrire un article original, qui m'empêchera de le faire? Enfin, si mon article était à son tour repéré par Google News, je ne pourrais que m'en féliciter.

Le seul problème, aujourd'hui, est que seuls sont référencés les textes en anglais. Mais la communauté francophone pourrait peut-être s'organiser pour disposer d'un outil analogue. Sinon, que l'on ne se plaigne pas de la prédominance de l'anglais. Google News http://news.google.com/ 28/09/02


Mondial de l'automobile

On s'étonne d'entendre dire que le Président de la République aurait jeté un froid parmi les constructeurs et le public en court-circuitant les grosses cylindrées et en appelant à un renforcement de la répression, alors qu'il a fait de la baisse de la violence - ou criminalité - routière un grand projet de son quinquennat. Ceux qui veulent l'encourager dans ce choix difficile qu'il continue à afficher (jusqu'à quand?)  doivent le dire haut et fort, face à tous les lobbies du secteur, pour qui les morts et blessés sont le prix à payer pour la joie forte de consommer de l'auto et de la moto au delà du raisonnable.

Ceci dit, on pourra aussi s'intéresser aux nouvelles technologies permettant d'améliorer la sécurité (bien que pour beaucoup celles-ci soient un alibi pour relâcher leurs propres efforts). Il s'est tenu un congrès international " e-Safety " du 16 au 18 septembre à Lyon sur ce thème. Il a été organisé par la Commission européenne et ERTICO, une structure visant à développer les ITS, systèmes de services de transport intelligents. Le plan d´action " e-Safety " se veut une approche intégrée de la sécurité pouvant permettre d´éviter des accidents ou en limiter la gravité grâce à des dispositifs techniques améliorant aussi bien la sécurité des véhicules que celle des infrastructures. A titre d´exemples, on peut citer les équipements offrant la possibilité de mieux contrôler la distance entre les véhicules dans les tunnels ou les alertes localisant un véhicule qui se déclenchent automatiquement en même temps que les coussins gonflables.

Pour l'Association des constructeurs européens, il est nécessaire d´arriver à une standardisation de ces équipements ainsi qu´à une régulation du fonctionnement économique qui leur soit propre dans toute l´Europe. Les pouvoirs publics, à tous les échelons devrainet accompagner ce progrès. Le Commissaire européen en charge du dossier, Erkki Liikanen a, de son côté, affirmé la détermination de la Commission européenne pour avancer dans ce domaine en présentant le calendrier d´un plan d´action. 29/09/02


Retard français
Source @RT Flash Lettre #210 du 28 Septembre au 4 Octobre 2002

"Selon le rapport 2001 de l'ITU (International Telecommunication Union), la France ne fait pas partie des 20 pays les plus avancés sur le plan de la pénétration des NTIC. Le Royaume-Uni, l'Allemagne ou encore le Portugal , respectivement en 8ème, 17ème et 19ème position, devancent ainsi la France. Pour établir ce classement, l'ITU a compilé, pays par pays, 26 paramètres différents allant du taux de pénétration de l'Internet, en passant par le nombre de FAI ou le chiffre d'affaires généré par le marché des télécoms. Ces 26 paramètres ont été agrégés puis rapportés à une échelle de 100. Selon ce savant calcul, la première place du classement revient à Hong-Kong avec une note de 65, 88. Le territoire, désormais sous tutelle chinoise, devance deux pays européens nordiques : le Danemark (65, 61) et la Suède (65, 42). Les Etats-Unis, avec une note de 65, 04, arrivent en cinquième place. L'absence de la France apparaît d'autant plus marquée que douze pays européens sont présents au "top 20" de l'ITU. Cette absence reflète pourtant les retards qui sur les cinq dernières années n'ont pas été comblés. Selon les chiffres collectés en mars dernier par l'ART (Autorité de régulation des télécommunications), la France affiche par exemple le plus faible taux de pénétration en téléphonie mobile européen avec un score de 62 %. Même constat sur le marche de l'accès Internet : la France plafonne avec un taux de pénétration de 19 % alors que le Royaume-Uni ou l'Allemagne voisinent les 25 %. ITU http://www.itu.int/newsroom/press_releases/2002/20-fr.html "

Sans commentaires. On ne s'étonnera pas des mauvais résultats des entreprises françaises du secteur. Apparemment, cette situation ne préoccuppe pas M. Raffarin. 29/09/02


Recherche scientifique: un message calamiteux pour les jeunes français

On pourra donner toutes les explications techniques que l'on voudra, concernant l'existence de crédits non consommés qui seront reportés, le budget 2003 sera perçu comme l'aval donné par les Pouvoirs Publics à ceux qui considèrent que la recherche scientifique publique constitue un luxe (une danseuse) que l'on peut sacrifier face à d'autres urgences. Les étudiants ayant déjà du mal à s'intéresser aux débouchés scientifiques ne seront pas encouragés, non plus que les start-up du secteur qui se battent héroïquement pour trouver 3 sous. La droite se révèle ainsi, diront beaucoup, comme montrant sa vraie nature, qui serait anti-scientifique. C'est dommage que la gauche n'a pas su montrer qu'elle avait fait un effort pour la recherche, et mobiliser les électeurs en ce sens. Il est vrai que cet effort avait été à dose homéopathique. Je ne souviens pas du moindre grand programme qui ait jamais été défendu devant l'opinion par M. Jospin. 27/09/02


Le Web-hydrogène, mythe ou révolution ?

Le salon de l'automobile à Paris qui ouvre le 28 septembre est l'occasion de manœuvres autour de l'automobile à hydrogène, et plus généralement autour de l'hydrogène comme compétiteur prometteur des carburants fossiles dans les prochaines décennies. On sait que les grands industriels mondiaux s'affrontent autour du thème de l'énergie propre et renouvelable, notamment dans les transports. On trouve les pétroliers et constructeurs classiques de la filière automobile, qui proposent seulement d'optimiser le rendement des moteurs à explosion. On trouve à l'opposé ceux qui développent des solutions dites du tout hydrogène, ce dernier étant obtenu à partir soit des combustibles fossiles par " reformage " soit, ce qui est plus intéressant pour l'environnement, à partir du nucléaire et des énergies renouvelables. Il y a enfin, entre les deux, les tenants de la voiture hybride, électrique et thermique, dont de nombreux exemplaires fonctionnent déjà. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les défenseurs de l'hydrogène ne se recrutent pas seulement chez les électriciens ou industries du gaz (par exemple Air Liquide en France) mais aussi chez des pétroliers qui veulent prévoir l'avenir. Les uns et les autres se battent à grands coups d'études, rapports et annonces publicitaires.

Comme toujours, le citoyen que nous sommes est confronté à des arguments d'experts entre lesquels il est difficile de trancher. Ainsi nous trouvons dans la Revue La Recherche d'Octobre ce qui semble être un dossier objectif sur la voiture à hydrogène et plus généralement l'hydrogène comme substitut du pétrole. On remarquera néanmoins, sans mettre en cause l'impartialité des auteurs, que ceux-ci se montrent, pour diverses raisons, assez pessimistes quant aux chances dans un avenir proche du moteur à hydrogène. Ils préfèrent la voiture hybride, qui restera malheureusement, pour des raisons de facilité, grosse consommatrice de pétrole. Ils recommandent aussi, ce dont nous ne pouvons que les féliciter, de ne pas oublier à l'occasion de ces débats l'autre ambition du siècle, indispensable eu plan socio-politique, qui consistera à réduire les déplacements en général et à substituer les transports en commun ou les transports lourds à la voiture et au camion individuels.

A l'inverse, un des sites actifs dans le lobbying en faveur de l'hydrogène est la Foundation on Economic Trends, organisation non directement commerciale créée en 1977, qui réfléchit sur l'évolution à long terme des sociétés au regard des problèmes économiques, sociaux et géo-politiques. Elle est présidée par Jeremy Rifkin, économiste et politologue, connu par de nombreux livres à succès, tels The End of Work, en 1995, concernant l'impact des TIC sur les conditions de travail, The Biotech Century en 1998 analysant les perspectives des bio-technologies, The Age of Access en 2000 qui étudie les transformations de capitalisme vers les productions immatériels et le commerce électronique et, finalement, The Hydrogen Economy: Creating the Worldwide Energy Web and Redistributing Power on Earth (Tarcher/Putnam: Septembre 2002) qui pronostique le remplacement des énergies fossiles par des énergies basées sur l'hydrogène. Le Monde du 24 septembre 2002, p. 1, a publié un article de Jeremy Rifkin s'appuie sur la présentation au Mondial de l'automobile de Paris, par General Motors, de la voiture hybride à hydrogène dite Hy-Wire. Sans doute s'agit-il de la part du constructeur américain d'un coup médiatique habile, mais pour Jeremy Rifkin, la révolution est infiniment plus profonde.

Un point de vue politique

Faut-il rester dans le débat d'experts, ou convoquer à la table, comme le recommande Latour, d'autres acteurs ou agents d'aide à la décision ? La Fondation, et Jeremy Rifkin qui est son principal porte-parole, ont l'avantage à nos yeux de proposer une vision politique de la question, qui ne doit pas être évacuée par des arguments techniques concernant la rentabilité. Ceci particulièrement aujourd'hui. Si pour maintenir de hauts niveaux de consommations de pétrole aux Etats-Unis, sans rien changer aux technologies du transport, le gouvernement américain, soutenu par les lobbys industriels conservateurs, s'engageait - comme tout semble l'indiquer aujourd'hui - dans une guerre contre l'Irak qui coûterait au bas mot 200 mds de dollars, sans compter les catastrophes collatérales et ultérieures, mieux vaudrait dès maintenant basculer vers la filière Hydrogène, ce que Rifkin appelle le HEW, Hydrogen Energy Web. Pour lui en effet, non seulement cette source d'énergie se substituera au pétrole en voie de raréfaction, mais elle pourra à mise à disposition de petits pays et d'utilisateurs très dispersés.

Un autre aspect intéressant dans cette prévision est que le déclenchement de la " révolution technologique " pourrait venir des gouvernements européens, travaillant éventuellement en co-développement avec les Etats du Sud. La suprématie énergétique actuelle des Etats-Unis, génératrice de gaspillage et de pauvreté dans le monde, serait ainsi battue en brèche. On aurait donc là l'exemple d'une solution high-tech allant dans le sens à la fois du développement durable et de la lutte contre l'aggravation de la misère.

On sait que d'autres solutions en réseau, sur le modèle du web, seraient aussi envisageables dans ce double but : les TIC d'abord, mais aussi les bio-technologies dans les domaines de l'agriculture et de la santé notamment, et les nanotechnologies. Dans ces divers cas d'ailleurs le Web-Hydrogène serait le moteur de la décentralisation des recherches et des applications.

Voici pour nous beaucoup d'arguments pour ne pas nous laisser impressionner par les calculs économiques et techniques. Les gouvernements européens n'ont donc pas tort, selon nous, d'étudier sérieusement la filière hydrogène et de subventionner de premières applications, même si la rentabilité comptable n'apparaissait pas tout de suite. Il s'agit, pensons-nous, d'un choix de société, analogue au choix du nucléaire fait par la France dans les années soixante, dont après tout nous n'avons pas trop à nous plaindre. .

Mais pour éviter que les lobbys industriels de l'hydrogène ne se bornent à recueillir des subventions sans rien produire d'utile, ce serait aussi aux citoyens, via notamment les mouvements politiques et les syndicats, de se saisir de la question et de la discuter avec l'opinion, plutôt que se disputer sur l'âge de la retraite. 26/09/02

- Hy-Wire, la "voiture du futur" http://abcnews.go.com/sections/WNN/DailyNews/techtv_car020919.html. Voir aussi http://popularmechanics.com/automotive/auto_technology/2002/8/hy_wire_hybrid/ et http://www.hfcletter.com/letter/September02/
- Le dossier de La Recherche http://www.larecherche.fr/ Le dossier n'était pas encore en ligne au 26/09/02
- Foundation on Economic Trends http://www.foet.org/


Les pirates du génome

Sous ce titre, Le Monde du 18 septembre 2002, p. 14, a publié un article de Yves Eudes décrivant une activité qui se répand aux Etats-Unis, celle de "bio-informaticien rebelle". Il s'agit de chercheurs en informatique génique qui s'essayent eux-mêmes, en dehors de leurs laboratoires, à modifier l'ADN d'insectes ou de plantes. Des produits chimiques simples et un peu de savoir-faire manipulatoire permettraient de réaliser du génie génétique à petite échelle, après avoir décrypté le code génétique des espèces visées. Il semblerait que des modifications ponctuelles de comportement ou de caractères biologiques puissent être obtenues, par exemple des abeilles qui ne piqueraient plus. Les généticiens considèrent généralement que le lien direct entre un gène et un trait phénotypique n'est pas facile à établir, plusieurs gènes concourrant aux comportemnts complexes. Mais apparemment les expériences citées marcheraient.

La démarche est plus ou moins illégale, même aux Etats-Unis, tout au moins si les individus ainsi obtenus sont relâchés dans la nature. Mais les jeunes pirates voient au contraire dans leurs activités un côté politiquement salutaire: lutter contre les interdits posés par les firmes bio-techs visant à se donner des monopoles et à les préserver. Ils ont mis en plece une démarche sur le mode de l'Open Source de Linux, en diffusant les génomes et les résultats qu'ils obtiennent, librement sur Internet. Ils ont constitué à cette fin un groupement d'intérêt  ouvert à tous, intitulé Central Valley Bioinformatics Interest Group (CVBIG) qui dispose d'une liste de diffusion. Ce groupe est relayé par une organisation plus structurée, Bioinformatics.org

Faut-il s'inquiéter de tels pratiques, qui annoncent sans doute un raz de marée pour l'avenir, y compris dans la direction du génome humain. Les pessimistes voudront les interdire ou les réglementer, sans guère de chances de succès d'ailleurs.  Certains y verront peut-être même l'amorce d'activités  terroristes. Mais dans un monde ou l'évolution biologique en compétition darwinienne est la règle, et où la bio-diversité est actuellement menacée par la bétise humaine, ne devrait-on pas au contraire voir là un comportement "mutant", c'est le cas de le dire, qui pourrait avoir un grand intérêt? En tous cas, l'association Linux soutient. 24/09/02.

- CVBIG http://www.cvbig.org/
- Bioinformatics.org http://bioinformatics.org/about/
- L'article du Monde http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3230--290654-,00.html


Sites Seveso: toujours rien

Peu de commentateurs ont noté, à l'occasion de l'anniversaire de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, que ni les Pouvoirs Publics ni les entreprises n'ont engagé la vaste politique de prévention et de réaction aux crises qui s'imposaient après ce désastre. Plusieurs centaines de sites Sévéso, susceptibles parce que souvent très rapprochés de catastrophes en chaîne, existent en France. Les personnels et les populations potentiellement menacés continuent  à vaquer tranquillement à leurs occupations. Les responsables comptent manifestement sur la chance pour que rien ne se produise dans le temps où ils sont en charge. Or il existe, les spécialistes du risque le savent, différentes mesures finalement peu coûteuses qui auraient du être prises d'urgence après Toulouse. Nous avions nous-mêmes présenté un dossier sur cette question, concernant un domaine d'ailleurs limité, les moyens dont devraient disposer les préfets pour mieux gérer les risques (voir http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/nov/dossier.html.) A une échelle plus modeste, cette question des moyens des préfets vient à nouveau d'être évoquée à l'occasion des inondations du sud-ouest. Mais on ne fait toujoours rien en haut lieu. 24/09/02.


La non prise en compte des investissements dans le calcul des critères de Maestricht

Il semblerait que la question, souvent évoquée ici, commence à être considérée sérieusement. Le gouvernement français par la voix de la ministre de la défense, a déjà suggéré de ne pas inclure dans le calcul du déficit les dépenses militaires. Ce serait assez logique. D'autres gouvernements proposeraient d'exclure d'autres dépenses d'investissement. Mais que comptabiliser sous ce terme? Payer des chercheurs constitue-t-il une consommation ou un investissement? Tout cela mériterait évidemment discussion, mais l'importance du sujet le mérite. On pourrait par exemple admettre que les dépenses de fonctionnement liées à un grand programme d'investissement, scientifique ou technologique, puissent être considérées comme des investissements. Ce serait alors l'ensemble du paquet concernant ce programme qui serait exclu du calcul des déficits. La chose serait encore plus facile s'il s'agissait de programmes rassemblant plusieurs pays européens. 24/09/02


Nanocomposants et développement durable

Michael Roco, senior-consultant pour la National Science Foundation des Etats-Unis, estime que d'ici 3 ans, et non plus 10 ans comme initialement prévu, les nanocomposants pourront révolutionner la lutte en faveur du développement durable. Il a cité de nombreux exemples où des outils moléculaires permettront de détecter puis supprimer les impuretés dans l'air, l'eau et les sols. Plus généralement ces composants permettront avec une pollution très atténuée d'obtenir de nombreux produits pharmaceutiques, chimiques et alimentaires, susceptibles de satisfaire à plus de la moitié de la demande mondiale des prochaines décennies. On rappelle que la NSA a lancé la National Nanotechnology Initiative visant à développer les recherches dans les nanosciences et leurs applications. Derrière cette initiative se trouvent de nombreuses firmes espérant bénéficier d'importants chiffres d'affaire dans le domaine du développement durable. Pour beaucoup d'observateurs, pas seulement américains, ce seront ces perspectives qui assureront la lutte contre l'effet de serre et la pauvreté, mieux que des résolutions telles que le protocole de Kyoto.

On peut penser qu'elles sont également nécessaires, les unes appuyant les autres. Tant que le capitalisme libéral n'aura pas été remplacé par d'autres formules économiques, il serait dangereux de ne pas compter sur l'intérêt des firmes technologiques pour les marchés du développement durable. Les collectivités étatiques et locales auront aussi avantage à favoriser de telles implantations. C'est ce que laissait entendre le maire de Toulouse, Philippe Douzte-Blazy, proposant à l'occasion de l'anniversaire de l'accident de l'usine AZF, de remplacer celle-ci, dans l'avenir, par des industries du vivant. Restera cependant le principal. A supposer que ces technologies voient le jour et se révèlent efficaces, qui financera leur déploiement à grande échelle dans le tiers-monde ?

Une autre idée, aussi importante, a été présentée récemment par un certain James R. von Ehr II, President -directeur général de Zyvex Corp. devant le Forum Economique de la Maison Blanche. C'est celle de l'auto-suffisance en énergie. Il s'agirait de lancer un grand programme national pour résoudre définitivement les besoins en énergie par l'appel aux nanotechnologies. La dépense demanderait quelques milliards de dollars par an mais en économiserait beaucoup plus (sans parler des 60 milliards qui sont dépensés tous les ans pour conserver l'accès aux réserves de pétrole du Moyen-Orient). Les nanocomposants permettraient de nombreuses applications prometteuses: économies d'énergie grâce à des matériaux et techniques de chauffage et climatisation moins consommateurs, production d'énergies à partir de sources renouvelables ou moins polluantes, tel le méthane sous-marin, stokage amélioré d'énergie et de comburants tels l'hydrogène, etc.

Ces perspectives (et bien d 'autres) rendent particulièrement inopportunes les appels à un Moratoire des recherches dans le domaine des nanotechnologies, auxquels certains esprits attardés s'accrochent encore.

Ajoutons que le Sénat américain envisage actuellement la possibilité d'une Loi visant à faire de l'U.S. National Nanotechnology Initiative (NNI) un programme gouvernemental en bonne et due forme. A quand la même chose en Europe? 24/09/02


Les insectes contre les infections

Dans Le Monde du 6 septembre, p. 23, une certaine Sylvie Lasserre a indiqué que de nombreux insectes, notamment papillons de Guyane ou de France, espèces rares, sinon en danger (notamment du fait des collectionneurs), pourraient fournir des peptides permettant de lutter contre des germes bactériens ou fongiques résistants aux antibiotiques actuels. A cette fin, il faut "récolter" et "broyer" de grandes quantités de ces insectes. L'article, qui ne fait que traduire l'esprit prédateur des gens qui ne s'intéressent aux espèces non encore "exploitées" que pour des intérêts à courte vue, ne fait aucune allusion aux problèmes de conservation, ni plus généralement à cette forme de pillage qui se développe actuellement, sans contre-partie pour les autochtones, dans un certain nombre de milieux naturels. Il s'agit d'un véritable scandale pour l'esprit, que personne sans doute n'aura relevé. 24/09/02


Demain L'Europe puissance

Sous ce titre prometteur, Noëlle Lenoir, que l'on a fait ministre déléguée aux affaires européennes, a présenté dans Le Monde du 11 septembre, page 1, une suite consternante de banalités. On sent l'exercice imposé à quelqu'un qui n'a aucune idée sur le sujet par un communicateur ayant jugé que cela ferait bien dans le panorama politique actuel d'évoquer ce thème de l'Europe puissance. Aux yeux de ceux qui s'intéressent aux enjeux européens, cet article est plus qu'inutile, il est dangereux. Pour ceux qui veulent des idées simples mais motivantes concernant ce que pourrait devenir l'Europe, nous conseillons les articles du commissaire européen au commerce Pascal Lamy. 16/09/02


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6809/index.htm