logo admiroutes


La Gazette N° 67 du 15 septembre 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


accueil "la gazette"

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à l'adresse ci-dessus
- Lire la présentation

Admiroutes:  http://www.admiroutes.asso.fr/

Voir aussi sur Admiroutes
10 septembre
Profil politico-sociologique des technologies
. Editorial par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

5 septembre
Automates-intelligents Interview du professeur Jean-Claude Heudin
Automates-intelligents L'hypothèse Gaïa
Automates-intelligents Vers l'Intelligence Artificielle Générale (AGI). Editorial Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

3 septembre
Mon portail intranet
(image d'un portail administratif profilé) par Anne Bedel

31 août
Super-intelligences et développement durable. Discussion des propositions de Hans Moravec
, par Jean-Paul Baquiast

Le blocnet (index)

Les cas Mellick et Carignon

On apprend que le PS donne son investiture à Jacques Mellick, Béthune tandis que l'UDF se prépare à ré-accueillir Alain Carignon à Grenoble. Il s'agit de personnages pénalement condamnés, à la réputation sulfureuse (au plan national) mais qui sont censés attirer les voix (au plan local). Faut-il s'en indigner et voir là un argument de plus pour se détourner de la vie politique, ou plutôt de ses formes politiciennes ? On est tenté de le faire. Faut-il se dire que la démocratie ne consiste pas à se mettre à la place des gens en leur imposant des choix moraux ou stratégiques qui ne sont pas les leurs ? Peut-être, mais alors où s'arrêter dans la démagogie? Pourquoi condamner les électeurs de l'extrême-droite.

Dans le domaine de l'écologie politique, Bruno Latour (voir ci-dessous) aborde la même difficulté. Peut-on imposer les loups aux éleveurs du Mercantour, par exemple ? Les solutions qu'il propose sont complexes. Il aurait fallu, dans le cas de Béthune notamment, que, par exemple, les instances nationales du PS organisent avec toutes les parties prenantes de longs débats, non dirigés et non conclus d'avance. Chaque position aurait été analysée en vue de recherche de consensus. Des études complémentaires auraient pu être lancées pour lever les incertitudes. Toute décision momentanément définitive aurait été présentée comme susceptible d'appel ultérieur (ainsi, si Jacques Mellick avait été finalement validé, on aurait pu réfléchir à la mise en place d'un candidat ultérieur porteur d'autres solutions, lequel se serait donné les moyens de recruter un électorat suffisant). Bref, la démocratie aurait du jouer à plein, laquelle démocratie consiste d'abord à donner la parole aux " entités " en présence.

Mais que de temps et d'efforts. Qui veut vraiment transformer le jeu démocratique en vue de formes de gouvernement moins traditionnelles que celles pratiquées depuis toujours ? Les technologies de l'information pourraient jouer un rôle en ce sens, mais nul ne sait encore comment s'en servir. 15/09/02


Le capitalisme libéral et l'étranglement de la concurrence

Il est étonnant de voir que l'ineffable Alain Minc, éternel défenseur du capitalisme libéral, ait besoin de se faire rappeler par Jean-Paul Fitoussi, dans Le Monde du 1309 (toujours Le Monde, seule source d'inspiration direz-vous de cette chronique) que ce qui a toujours démenti le schéma vertueux de la concurrence nourrissant l'innovation n'est pas le manque de moralité des compétiteurs, mais le fait que ceux-ci ne jouent pas le jeu. En effet, dès qu'ils possèdent une avance technologique due à l'innovation   et ont ruiné - légitimement - ceux qui n'avaient pas cette avance, ils profitent de cette position dominante pour racheter ou neutraliser tous ceux qui pourraient par de nouvelles conquêtes technologiques remettre en cause leur rente de situation. C'est ce que fait ou tente de faire en permanence Microsoft. Mais il n'est pas le seul. Quand à cela s'ajoute le fait que les comptables maquillent les comptes des entreprises dominantes, pour cacher leurs difficultés éventuelles et éviter que ne fuient les actionnaires, alors le système devient vraiment pervers.

Mais il ne s'agit pour Alain Minc que de bavures inévitables, ne justifiant en rien les régulations étatiques.

Espérons sur ce point que le gouvernement ne se laissera pas décourager par ces bons conseils et mènera à bien la réforme en cours de la Commission des Opérations de Bourse et du Conseil des Marchés Financiers. Ceux-ci devraient fusionner en une nouvelle Autorités des Marchés Financiers. Dommage que le site des Finances soit encore muet sur ce sujet. Restera à rénover les modalités de la lutte contre les entraves à la concurrence, en liaison avec la Commission Européenne, cela va sans dire. 14/09/02


Le Pentagone et la guerre virtuelle

Le Guardian, repris par Le Monde, signale un évènement assez révélateur. Dans une opération militaire virtuelle, le Millenium Challenge, le général américain retraité Paul Van Riper, en charge des troupes de l'adversaire, un Etat-dit voyou, avait infligé de graves dommages aux troupes américaines en utilsant notamment les mosquées ou autres technologies traditionnelles de l'information pour transmettre des ordres. Le Pentagone a fait interrompre le Jeu, au prétexte que le général Riper ne respectait pas les règles d'un combat moderne. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer: l'admirable pertinence de ces jeux, qui font apparaître des choses jusqu'alors cachées (en l'espèce l'aveuglement du Pentagone) ou l'ingéniosité du général Van Riper, qui a su si bien se mettre dans la peau d'un agresseur aux pieds nus. 13/09/02
http://www.guardian.co.uk/international/story/0,3604,778070,00.html


Islam et Occident

Le Monde dans ses pages Débats du 10 et 13 septembre, a permis à deux thèses de s'opposer. La première, de Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, défend la Charia ou loi islamique, présentée comme pensée islamique en acte. C'est ainsi que celle-ci serait - j'exagère à peine - particulièrement respectueuse de la santé publique et des lois de la nature, en prescrivant la lapidation de la femme adultère, susceptible, si on comprend bien, de pouvoir répandre le sida qui fait mourir des jeunes filles dans une souffrance au moins équivalente. L'autre de Michel Lévy, chercheur au CNRS, démonte l'argumentaire de Hani Ramadan en montrant que celui-ci transforme en lois naturelles devant être respectées par tous les préjugés les plus archaïques et les plus cruels, cachant des pouvoirs religieux féroces refusant de laisser aux individus le droit de prendre en charge leur vie et leurs convictions.

Il faut relire ou lire le livre, malheureusement difficile, de Bruno Latour, Politiques de la Nature, La Découverte, 1999, pour se remettre en mémoire la façon dont les pouvoirs de toutes sortes, hostile à l'appropriation par tous des connaissances scientifiques, ont toujours utilisé l'argument du respect de la nature pour justifier le maintien des dominations (l).

Il a fallu de longues années pour qu'en Occident, et plus particulièrement en Europe (le combat est loin d'être gagné aux Etats-Unis mêmes), les citoyens ou plutôt les citoyennes, apprennent à refuser les interdits que les religions catholiques et protestantes, utilisées par le pouvoir mâle, leur imposaient. C'est-à-dire que des Hani Ramadan, au discours si bien poli, ne devraient convaincre personne chez nous, ni même dans le reste du monde, sauf malheureusement là où des masses démunies de tout (comme à Karachi…on lira à ce sujet le reportage éloquent du Monde en date du même 13 septembre) n'ont guère la possibilité de discuter les messages de guerre que les mollahs leur dispensent.

Quoiqu'il en soit, faudra-t-il rappeler qu'en France, et espérons-le aussi en Europe, beaucoup de combats, souvent difficiles, ont été livrés pour que les Etats et collectivités publiques soient et demeurent laïques, à l'égard de toutes les religions. Ceci concerne aussi les établissements d'enseignements. C'est-à-dire que nous devons combattre avec vigilance toute tentative de quelque confession ou secte que ce soit de se faire reconnaître et légitimer, ne fut-ce que d'une façon infime, par les institutions. Il faut reconnaître aujourd'hui que si risque il y a, il provient de l'islam et de ceux qui, par opportunisme à courte vue, souhaiteraient lui assurer un traitement privilégié, par concession à l'activisme de ses représentants. 14/09/02

(1) Nous commenterons les propositions de Bruno Latour, concernant les rapports de la science et de la politique, dans un prochain numéro de Automates-intelligents.


L'Etat en recul

Ce n'est pas faire de la démagogie politique que constater le recul impressionnant du rôle de l'Etat que consacrerait, si elle était décidée, la réduction drastique des investissements en infrastructures envisagée par l'actuel gouvernement. Le report sine die de grands travaux dans des domaines déterminants, au regard notamment de ce que l'on appelle aujourd'hui le développement durable, comme les TGV, les frets ferroviaires, les canaux à grands gabarits, ne pourrait que se traduire par une nouvelle inflation des dépenses anarchiques liées notamment au transport routier. On dira la même chose du freinage envisagé des dépenses de recherche scientifique.

Si un reproche doit être fait au gouvernement précédent, c'est précisément de n'avoir pas assez mis l'accent sur ses engagements dans ces domaines, et d'avoir encore trop cédé aux pressions des lobbies routiers. Il fallait le faire au nom précisément de l'intérêt général dont la gauche prétend à tous moments s'inspirer. De même Jospin n'a pas su prendre parti résolument contre les agriculteurs pollueurs de Bretagne, les chasseurs irresponsables et bien d'autres, sans doute de peur de perdre des électeurs. On a vu les résultats.

Rappelons pourtant qu'à droite, il y a aussi, dans la tradition gaullienne, des gens soucieux de défendre le rôle de l'Etat. Nous ne pouvons à cet égard que saluer la mise en chantier d'un second porte-avion, et de la sauce qui va avec. On aurait aimé que la gauche n'ait pas également différé ce projet, au prétexte de respecter les critères de Maestricht. 13/09/02


Les Pompiers de New-York le 11 septembre 2001

Le reportage des frères Naudet ayant suivi l'activité d'une caserne de pompiers de New York lors des attentats du 11 septembre 2001 est passionnant à plus d'un titre (France 3, 11/09/02, 20h55). On peut y voit quelque chose qui a été rarement souligné, sans doute par respect pour le courage et le sacrifice de ces hommes. C'est l'incapacité d'un système administratif et technique adapté à un certain niveau de complexité de s'adapter à un niveau d'une complexité bien plus grande. Ces pompiers, ils le disent eux-mêmes, sont d'excellents professionnels quand il s'agit de faire face à un incendie même de grande importance. Ils ont été dépassés par l'attentat qui s'en est pris à un système d'une complexité infiniment plus grande, celui des Tours  en proie à l'impact d'un Boeing. Ces tours étaient déjà un défi au bon sens, compte-tenu de leurs fragilités intrinsèques auxquelles personne semble-t-il n'avait pensé. Mais les procédures de secours n'ayant apparemment rien prévu pour réagir à ce type d'agression, la machine bien huilée des Pompiers a tourné à vide. Il était sidérant de voir les chefs (Pfieffer et autres) se comporter en conjuguant le maximum d'agitation et le minimum d'efficacité au rez de chaussée, sans informations sur ce qui se passait et sans donner d'ordres pertinents. La seule réaction véritablement adaptée , si l'on peut dire, a été celle du chapelain des pompiers, qui est mort sur place d'un infarctus.

On mesure ce qui se passerait en cas d'autres catastrophes de cette ampleur ou plus grande, frappant nos complexités technologiques et organisationnelles. S'imaginer que "les Autorités" auront tout prévu et feront face serait une illusion totale. Il faudrait certainement dorénavant étudier des procédures de sauvegarde plus décentralisées et plus anticipatrices, mais aussi revoir et fractionner la complexité des systèmes. Vaste programme. 12/09/02

- Sur ces sujets on pourra consulter le Multidisciplinary Center for Earthquake Engeneering Research et son importante base de références: http://mceer.buffalo.edu/  et plus particulièrement http://mceer.buffalo.edu/publications/sp_pubs/WTCReports/default.asp


Le Grid Computing

Un article de Mitchell Waldrop, dans la MIT Technology Review de Mai 2002, décrit le projet de Grid Computing soutenu par la National Science Foundation. Il s'agit du Tera-Grid, sorte de superordinateur à l’échelle du pays, constitué dans un premier temps par des ensembles de micro-ordinateurs sophistiqués aménagés sur quatre sites en pointe dans la recherche informatique: le National Center for Supercomputing Applications, University of Illinois de Urbana-Champaign; l'Argonne National Laboratory du ministère de l'énergie à Chicago; le Caltech de Pasadena, CA et le Supercomputer Center at the University of California, San Diego. Ces quatre ensembles seront reliés entre eux de façon à fonctionner comme une seule entité. Ils pourront s'attaquer à des problèmes demandant des puissances de calcul considérable:

"This virtual computer will rip through problems at up to 13.6 trillion floating-point operations per second, or teraflops—eight times faster than the most powerful academic supercomputer available today. Such speed will enable scientists to tackle some of the most computationally intensive tasks on the research docket—from problems in protein folding that will form the basis for new drug designs to climate modeling to deducing the content and behavior of the cosmos from astronomical data."

@RTFlash n° 207 http://www.tregouet.org/lettre/index.html rappelle que "depuis un ou deux ans, des dizaines de projets similaires ont été annoncés en Europe, en Asie et aux Etats-Unis, et ce n’est pas terminé. Les concepteurs de la grille définissent actuellement une nouvelle norme, le Globus Toolkit, qui permettra aux projets encore balbutiants d’appartenir à un réseau mondial à la puissance de calcul inépuisable" "Afin de parvenir à l' universalité pour la grille, la communauté américaine des utilisateurs de cette technologie s’est associée à celles d’Europe et d’Asie pour fonder le Global Grid Forum, une organisation calquée sur le modèle de l’Internet Engineering Task Force (IETF), le comité chargé de la standardisation sur le Net. Ce forum a pour mission de garantir une parfaite interaction de Globus et des autres protocoles de grille comme Legion".

IBM ayant pris au sérieux ces perspectives, certains s'inquiètent du risque de le voir prendre une maîtrise difficilement rattrapable dans le domaine du super-calcul. D'où l'intérêt de pouvoir connecter au réseau des noeuds de moindre puissance, qui seront répartis dans le monde entier.

On suivra avec attention le développement de projets européens et français dans ce domaine. 07/09/02

- L'article de M. Waldrop http://www.technologyreview.com/articles/waldrop0502.asp
- FING. Article. Comprendre le grid computing http://www.fing.org/index.php?num=3108,4
- Globus project http://www.globus.org/
- Globus toolkit Java http://www.globus.org/cog/java/
- Global Grid Forum http://www.gridforum.org/
- Projet Paris de l'INRIA http://www.inria.fr/recherche/equipes/paris.fr.html


UCIP

Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, regrette dans la revue Internet Professionnel de septembre que les PME française soient encore trop timides face à Internet. Elle recommande le programme UCIP 2002 (Utilisation Collective d'Internet pour les PME). Mais il ne semble pas que les applications proposant de simpliifier par des téléprocédures les relations entre PME et administrations aient jusqu'ici beaucoup bénéficié de ce programme, qui en est à sa quatrième année. http://www.industrie.gouv.fr/pratique/aide/appel/f9p_ucip.htm. 06/09/02


Une doctrine de Monroe européenne

On sait que le président américain James Monroe s'étant rendu célèbre en affirmant (1823) une doctrine devenue règle diplomatique, selon laquelle tous les évènements politiques se situant dans l'hémisphère américain ne pouvaient pas faire l'objet d'interventions européennes, mais restait du seul ressort des Etats-Unis. Il serait temps que les Européens reprennent la formule à leur compte, au moins en partie. Il serait insensé qu'ils puissent accepter que le président des Etats-Unis puisse venir mettre à feu et à sang leur propre hémisphère, contre leur avis, en déclenchant de façon unilatéral une guerre contre l'Irak. Après les pays arabes, l'Europe sera la première à se trouver engagée dans un mécanisme incontrôlable. 06/09/02


Bilan du sommet de la terre à Johannesburg

Les commentaires ne manquent pas concernant l'échec, ou le relatif échec de ce sommet. L'absence de résolutions gouvernementales quantifiées et datées laisse les pessimistes sur leur faim. Les optimistes se félicitent de voir les questions relatives au développement durable et à la lutte contre les inégalités avoir mobilisé tant de monde, y compris au niveau des gouvernements. Nous pouvons, pour notre part, nous féliciter, même si le propos reste verbal, d'avoir vu le Président Chirac, accompagné de Nicolas Hulot, prendre des positions fermes dans le bon sens. Il en restera toujours quelque chose. Cela n'avait jamais été fait jusqu'à présent, de la part d'un chef d'Etat français (ou européen).

Ceci étant, peut-on tenter une conclusion plus en profondeur. Je la verrais pour ma part comme ceci :

- le rôle des ONG, associations, militants de toutes sortes contre la mondialisation libérale, les inégalités, la destruction de l'environnement et de la biodiversité, sera plus que jamais essentiel. Un champ illimité d'actions et d'innovations est ouvert aux gens voulant dépasser les égoïsmes divers dans lesquels on a vite fait de s'enfermer. Les interventions de ces organismes finissent à la longue par payer, sur le modèle du battement d'aile du papillon qui finit par provoquer un cyclone. Internet est indispensable pour donner de la cohérence à toutes ces actions.

- de plus en plus d'entreprises privées, multinationales ou non, s'intéresseront aux nouveaux marchés nés de la mise en œuvre d'un certain nombre de politiques ou d'initiatives pour le développement durable. Elles y verront des sources de profit, elles investiront et les coûts diminueront. Ce n'est pas angélique de dire cela. Tant que le monde demeurera capitaliste (on ne l'imagine pas redevenir collectiviste), ce sera là un déclencheur important des investissements scientifiques et techniques indispensables pour que les technologies émergentes viennent au secours de la situation du monde.

- de plus en plus de gouvernements s'intéresseront à ces questions, à titre individuel ou dans le cadre des organisations internationales, ONU, FAO, OMS, etc. Ces gouvernements devront d'une part créer les cadres réglementaires favorables aux investissements privés de recherche-développement et plus généralement aux actions de protection, mais aussi dégager des crédits publics pour financer les R/D non engagées par le secteur privé, car non rentables. L'essentiel de cet argent viendra évidemment des Etats du Nord, et ne pourra provenir que d'économies sur leurs dépenses publiques ou sur le mode de vie des citoyens. Là, les mouvements politiques internes à ces Etats auront un rôle essentiel à jouer, y compris à l'égard des citoyens électeurs. Si en France par exemple, on préfère continuer à investir massivement dans l'automobile et le transport routier, comme dans l'agriculture productiviste (à coup de dizaines de milliards d'euro - sans compter les dégâts collatéraux), les investissements scientifiques nécessaires au développement des technologies douces ou de substitution attendront indéfiniment. Voilà ce qui devrait être, pour l'actuelle majorité comme pour les Verts, PS, PC et alternatifs, une belle occasion de se montrer soucieux de l'avenir.

- Ajoutons qu'au plan théorique, le concept de développement durable se révèle à l'usage bien trop vague pour servir de références aux combats divers qu'il faut mener. On ne peut pas non plus décliner les objectifs en domaines isolés les uns des autres, car tout se tient. La bonne formule mobilisatrice reste à trouver. 05/09/02


La loi du ler août 2001

La réédition de l'émission de France Culture du 02.02.02, Le bien commun "La loi organique relative aux lois de finance : révolution ou réforme de l'Etat ?" nous a permis de ré-entendre les commentaires de Didier Migaud, alors rapporteur général de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, député de l'Isère  et de Yves Cannac, membre du Conseil économique et social. L'émission était consacrée à la loi du ler août 2001 visant à la réforme des finances publiques, à travers les procédures d'adoption et d'exécution du budget. Cette nouvelle procédure budgétaire a été unaniment considérée par les spécialistes comme apportant une réforme extrémement importante aux  modalités d'attribution des moyens budgétaires destinés aux administrations de l'Etat, et contribuant de façon peut-être décisive à la réforme de l'Etat.  L'article 7 du chapitre 2 consacré aux autorisations budgétaires prévoit notamment que:

" Les crédits ouverts par les lois de finances pour couvrir chacune des charges budgétaires de l'Etat sont regroupés par mission relevant d'un ou plusieurs services d'un ou plusieurs ministères. Une mission comprend un ensemble de programmes concourant à une politique publique définie. Seule une disposition de loi de finances d'initiative gouvernementale peut créer une mission." On voit que la notion de mission conduit des départements ministériels différents à travailler ensemble en se partageant une même dotation budgétaire.

Dans le titre V consacré à l'information et au contrôle , le chapitre ler, article 48  prévoit notamment que:

" En vue de l'examen et du vote du projet de loi de finances de l'année suivante par le Parlement, le Gouvernement présente, au cours du dernier trimestre de la session ordinaire, un rapport sur l'évolution de l'économie nationale et sur les orientations des finances publiques comportant :
1° Une analyse des évolutions économiques constatées depuis l'établissement du rapport mentionné à l'article 50 ;
2° Une description des grandes orientations de sa politique économique et budgétaire au regard des engagements européens de la France ;
3° Une évaluation à moyen terme des ressources de l'Etat ainsi que de ses charges ventilées par grandes fonctions ;
4° La liste des missions, des programmes et des indicateurs de performances associés à chacun de ces programmes, envisagés pour le projet de loi de finances de l'année suivante (applicable à partir du 1.1.2005)."

La loi organique comporte de nombreuses autres dispositions, mais les 2 citations que nous en faisons montrent qu'elle introduit la notion de mission et l'évaluation par fonctions, ce qui rompt avec la spécificité et l'annualité traditionnelles des budgets et donc de l'action des administrations. Une vue globale de l'Etat s'inscrivant dans le fonctionnement de la société, y compris au niveau européen, doit en découler. De même, les critères de jugement de l'efficacité des services seront élargis.

Ceci dit, qu'en est-il aujourd'hui? La "révolution" entreprise est-elle en train de se traduire en réalité. L'échéance de 2005, pourtant lointaine, sera-t-elle tenue? Il est difficile, lorsque l'on se trouve à l'extérieur du système budgétaire et comptable, de s'en rendre compte. Un compte-rendu d'avancement de la réforme devrait donc rapidement être présenté par le gouvernement au Parlement ou aux citoyens. Sinon, les bonnes intentions resteront des voeux pieux. 05/09/02

Loi organique 2001-692 du 01 Août 2001 http://www.legifrance.gouv.fr/html/frame_lois_reglt.htm


Choisir entre orthodoxie budgétaire et croissance

Dans Le Monde du 31 août, p. 1/13, Jean-Pauul Fitoussi souligne à nouveau l'absurdité consistant, selon lui, à refuser un léger déficit budgétaire dépassant les sacro-saints critères de Maestricht, même si ce déficit permettait de relancer une croissance qui, dans les Etats Européens, menace de ne guère dépasser 2% dans les années prochaines. On aurait pu penser que la droite revenue au pouvoir se serait affranchie de ces contraintes européennes, quitte à négocier très fort avec nos partenaires. Mais elle n'en fait rien.

Nous avons ici évoqué plusieurs fois cette question. Il semble qu'il faille, à la lumière notamment des réflexions sur le développement durable, la poser à nouveau. Il ne serait pas anormal que l'Occident, grand consommateur, grand gaspilleur et grand pollueur, adopte des taux de croissance-zéro, voire négatifs dans les domaines où sa croissance n'apporte d'avantages qu'à lui-même, en handicapant la croissance du reste du monde. Dans ce cas, même si cela créait en Occident des crises d'ajustement, il faudrait recommander une croissance négative pour des secteurs comme l'automobile, les transports routiers en général et la production en flux tendus qui les justifient, l'agriculture productiviste, etc. Personne ne s'en porterait plus mal chez nous (au contraire, il y aurait moins de morts et moins de pollution). Par contre, les économies ainsi réalisées devraient être portées, selon des mesures d'ailleurs complexes qu'il faudrait étudier au plus vite, vers les investissements à long terme susceptibles d'améliorer, soit le confort et l'efficacité de l'Occident (par exemple le ferroutage), soit les recherches-développement dans les sciences et technologies susceptibles de bénéficier, non seulement à l'Occident, mais au monde entier. Les taux de croissance pourraient alors être fixés à la limite supérieure autorisée par les capacités de réaction des  entreprises et des laboratoires (former des chercheurs, tester des prototypes, etc. )...disons de façon approchée10% par an. Quand on sait par exemple que le soutien - indu et destructeur de l'agriculture du tiers-monde - apporté aux agricultures américaines et europénnes par les interventions publiques s'élève à environ 350 milliards de dollars par an (selon Le Monde du même 31 août), on voit ce qui pourrait être fait en faveur d'une recherche scientifique et de développements technologiques servant le développement durable, y compris dans le domaine des agricultures en zones tropicales ou désertiques, si ces 360 milliards étaient affectés à de telles recherches.

Dans ce cas, il faudrait poser la question des déficits publics en termes économiques et non comptables. Tout ce qui relèverait du fonctionnement courant des organismes publics pourrait être traité à la limite de l'équilibre ou dans le cadre d'un très faible taux de déficit budgétaire. Tout ce qui relèverait de l'investissement à long terme, choisi on peut l'espérer en fonction d'une rentabilité économique ou humaine, intéressant si possible l'équilibre du monde tout entier, devrait être traité comme le font les entreprises pour leurs investissements productifs durables: en empruntant d'abord - ou en consentant des déficits budgétaires inscrits dans des parties spécifiques du bueget - et en remboursant ensuite, directement ou indirectement. Eviter dans les 15 ans qui viennent des conflits entre riches et pauvres devrait alors être considéré comme un retour sur investissement tout à fait honorable.

Je m'étonne qu'un esprit aussi distingué que Jean-Paul Fitoussi n'élève pas la question de la croissance à ces hauteurs.  02/09/02


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6709/index.htm