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La Gazette N° 65 du 31 juillet 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Voir aussi:
22 juillet
Automates-intelligents. Dominique Lestel. Les origines animales de la culture. Notes par Jean-paul Baquiast

21 juillet
Automates-intelligents. Les super-intelligences ou intelligences augmentées. Editorial

Le blocnet (index)

Echec généralisé des projets de Knowledge Management

Selon le Gartner Group, rapporté par Web Partners, 90% des projets de Knowledge Management de par le monde se sont révélés des échecs. Pourquoi, alors que le concept est très intéressant? Web Partners donne la réponse: "En vérité si tous ces projets ont échoué c'est qu'ils ont été mal conçus, mal conduits et mal compris. Et cela est d'ailleurs révélateur de la plupart des projets web actuels." http://www.webpartners-france.com/pages/Editorial.htm

Avant de s'en prendre aux fournisseurs ou au concept lui-même, les utilisateurs, notamment dans l'administration, devraient mettre en place des espaces de réflexion sur leurs intranets pour expliquer d'abord ce qu'est le KM dont ils se sont dotés (quand c'est le cas) et surtout rassembler les idées permettant d'en tirer le meilleur parti. Ce serait simple, mais il faudrait y penser. 29/07/02


Les déchets ultimes

Bien peu de gens savent que les banales usines d'incinération d'ordures ménagères, comme celle dont j'ai l'avantage de partager le voisinage, à l'instar de milliers de gens d'Issy-les-Moulineaux, gèrent des dépôts de ce que les spécialistes appellent les déchets ultimes, liquides infâmes auprès desquels le bain dans l'eau fortement radioactive d'une centrale nucléaire  (pourvu qu'il soit court) serait un bain de jouvence. Dans de telles cuves à déchets ultimes, une vieille chaussure, jetée à titre de démonstration, se dissout en quelques minutes.

Or ces résidus vont dans des décharges connues de leurs seuls utilisateurs, et leur destin ultérieur, vers les nappes phréatiques ou autres remontées, reste incertain, malgré ce qu'en disent les techniciens. Il faudrait peut-être rendre tout cela un peu moins obscur, même si on admet que les déchets en question ne peuvent être supprimés par décret. 29/07/02


Les super-intelligences et les autres

Dans un livre récent (1) Georges Charpak et Henri Broch veulent démystifier les vendeurs d'irrationnel et recommandent l'attitude scientifique face à l'inconnu et au connu de ce monde. Ils rappellent en introduction que l'humanité a été, en tant qu'espèce, optimisée génétiquement pour survivre dans la nature sauvage. On admire en effet l'intelligence implicite des sociétés Pygmées ou Inuits plongées dans des environnements très difficiles. Mais cette même intelligence a engendré les sciences et les technologies, lesquelles, utilisées avec l'esprit tribal et belliqueux hérité de nos ancêtres, se révèlent aujourd'hui menaçantes pour l'avenir même de la vie sur Terre. Peut-on alors parler encore d'intelligence dans les choix collectifs actuels ? Comment faire croire que consommer en 50 ans ce qui reste d'énergie fossile en provoquant des hausses considérables de température et de pollution ne provoquera pas des catastrophes écologiques ? Comment penser que 2 à 3 milliards d'hommes, déjà nés ou encore à naître, accepteront d'être cantonnés dans des poches de misère, alors que le Nord prétendrait bénéficier d'un confort toujours accru ? Face à ces risques, disent-ils, il est urgent d'apprendre à penser scientifiquement, plutôt que fuir les réalités dans les illusions de l'irrationnel. Leur message s'adresse aussi bien à un George Bush qui ne veut pas faire la moindre concession aux nécessités du développement durable, qu'aux populations du tiers-monde refusant, par exemple, le contrôle des naissances et l'émancipation de la femme, sous prétexte de rester fidèle à des prescriptions religieuses vieilles de plus de 2.000 ans.

Cet appel d'un Prix Nobel à l'intelligence collective et individuelle, lesquelles restent d'ailleurs à définir, doit être rapproché ici des prédictions, auxquelles nous donnons une place privilégiée dans ce numéro, relative à l'émergence, dans ces mêmes cinquante prochaines années, de super-intelligences artificielles.

Nous pensons, pour ce qui nous concerne, utile de rappeler qu'il serait politiquement tout à fait dangereux d'évoquer de telles super-intelligences sans tenter de préciser dans quels domaines elles s'exerceront, et au profit de qui elles le feront. Posons d'abord pour acquis que de telles intelligences artificielles verront le jour dans les délais annoncés par les experts, sauf catastrophe écologique ou politique majeure survenant d'ici là. Admettons également qu'il s'agira d'intelligences partagées entre des machines dont le niveau de compétence dépassera largement celui de l'humain ordinaire, et une petite minorité d'hommes promoteurs, utilisateurs et finalement partenaires de ces machines, dont les capacités cognitives et les connaissances se seront à leur contact considérablement étendues (2).

Domaines

Dans quels domaines de telles super-intelligences s'exerceront -elles? S'il est possible - à supposer que cela soit faisable - d'orienter leur développement, le bon sens voudrait qu'elles soient appliquées à prévenir en urgence les catastrophes autrement inévitables au devant desquelles court l'humanité actuelle (3). Ceci voudrait dire d'abord observer et alerter. Multiplier les réseaux d'observation de la Terre et des paramètres vitaux de survie, alerter l'opinion face aux comportements à risque, évaluer l'efficacité des mesures de protection, offrira là matière à beaucoup d'investissements intelligents dont on est loin encore d'avoir pris la mesure. Mais il faudra surtout développer de nouvelles sciences et technologies capables de faire sortir l'humanité des impasses dans lesquelles l'ont conduite certaines des technologies actuelles, aux mains de pouvoirs économiques et politiques globalement " inintelligents ". On pense à court terme aux recherches concernant les énergies renouvelables, les industries non-polluantes et plus généralement ce que la National Science Foundation américaine appelle les 4 NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Infotechnologies etTechnologies Cognitiques) . A plus long terme, il s'agira d'exploiter (sans en abuser) les possibilités de l'Espace proche ou plus profond. L'idée animant de tels projets sera simple : puisqu'il n'est plus possible de revenir sur les effectifs prévisibles de l'humanité, qui globalement aujourd'hui excèdent largement les ressources actuellement disponibles, il faut faire le maximum pour leur procurer les moyens de survivre et le confort minimum qu'ils exigeront de toutes façons, sans conduite la Terre à la catastrophe planétaire. Il faut donc inventer d'urgence, outre évidemment des modes de vie moins polluants et moins gaspilleurs, de nouvelles ressources pour faire face à la poursuite d'un vrai développement durable. Seule les sciences et les technologies les plus révolutionnaires le peuvent vraiment.

Bénéficiaires

Au profit de qui les super-intelligences devraient-elles s'exercer ? Ce que nous venons de proposer relativement à leurs domaines d'exercice répond en partie à la question, mais il faut cependant la formuler en tant que telle. Parler de super-intelligences sous-tend fâcheusement l'idée de sous-intelligences. Il ne faut pas se faire d'illusion en effet. Nous sommes engagés dans une mutation de phase intéressant l'évolution de l'intelligence sur terre, semblable sans doute à celle qui s'est produite quand les hominiens ont divergé d'avec leurs presque homologues d'alors, les autres grands singes, en se dotant de la parole et de l'outil symbolique, père des technologies modernes.

Aujourd'hui sans doute une nouvelle espèce conservant encore un temps le corps des hommes, mais déjà dotée de capacités intellectuelles et physiques considérablement augmentées par les machines intelligentes, est en train d'apparaître. Ceux qui, comme vous et moi, favorisés par l'accès à une information pertinente, nous en rendons compte, nous avons le devoir de poser sans peur du politiquement correct la question de fond. Voulons-nous que quelques centaines de millions d'entités super-intelligentes s'imposent dans la suite de l'évolution à plusieurs milliards d'êtres réduits à la sous-intelligence, qui n'auront même pas pour nous l'infinie patience des animaux lesquels acceptent, jusqu'à présent, leur extermination sans guère se défendre ?

Il ne faut pas se bercer d'illusions. Nous en sommes-là, ou nous en serons très vite là - en supposant d'ailleurs que moi qui vous parle et vous qui me lisez restions du côté des super-intelligences de demain, ce qui n'a rien de garanti vu le peu d'intérêt que portent nos dirigeants à ces questions.

Pour ma part, la réponse, inspirée d'ailleurs par la prudence plus que par la bienveillance, s'impose d'elle-même. Il faudra que les super-intelligences de demain sauvent l'humanité toute entière des risques de sous-intelligence. Peut-être ne faudra-t-il pas le faire par la force. Mais il faudra au moins leur en donner le choix, notamment par l'accès aux ressources minimum qui permettent à la dignité d'un homme de prendre le dessus sur ses instincts hérités du paléolithique, ressources économiques, mais aussi ressources d'éducation et de connaissances.

D'où l'intérêt d'orienter les futures super-intelligences vers le développement des NBIC précédemment évoquées. Pourvu qu'elles se laissent convaincre ! 29/07/02

(1) Georges Charpak et Henri Broch. Devenez sorciers, devenez savants. Odile Jacob 2002
(2) Inutile de rappeler que c'est déjà ce qui se passe. Comment comparer les possibilités d'un individu moderne disposant de toutes les ressources et de toutes les libertés offertes par la société de l'information, et celles d'une jeune fille d'un village du Tiers-monde (pour rappeler un événement récent) violée rituellement par les mâles du village pour la punir du fait que son frère avait osé parlé à une femme d'une caste supérieure ?
(3) A cet égard, on peut mentionner le livre de Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain. Le Seuil 2002. L'auteur y développe une thèse qui n'est pas toujours utilisable, selon nous, mais qui est intéressante. Pour lui, les catastrophes les pires possibles se produiront inexorablement, si on se borne à lutter contre elles par un principe de précaution trop généraliste. Le catastrophisme éclairé consistera à se projeter dans le futur pour considérer la catastrophe réalisée, et apprécier en quoi elle était inévitable. On pourra alors essayer, rétrospectivement si on peut dire, essayer de la prévenir. Cette saine hygiène de démarche n'assurera pas cependant, d'une part que nous pourrons aujourd'hui imaginer toutes les catastrophes possibles (rappelons que le monde est un système chaotique imprédictible dans le détail) et d'autre part que nous pourrons mettre en œuvre toutes les mesures préventives souhaitables. Cependant, en ce qui concerne le pire que nous prévoient les spécialistes de l'environnement, il n'y a aucun doute à avoir. Dans une certaine mesure, il s'est déjà produit, hélas.


L'effondrement des valeurs technologiques signe-t-il la fin de la marche vers les machines intelligentes?

On pourrait penser en constatant le faillite de Woldcom, ainsi que les difficultés grandissantes d'autres grands noms du secteur des TIC aux Etats-Unis, se répercutant dans le reste du monde, que les prévisions des experts relatives à une marche présentées comme inéluctable vers des technologies de plus en plus intelligentes, dont nous nous faisons largement l'écho dans notre Revue Automates-Intelligents, retardent d'une guerre. Nous ne le pensons pas. D'une part, les difficultés de certaines entreprises résultent de maleversations de gestion qui n'ont rien à voir avec le fond de la question. D'autre part et surtout, ce qui apparaît est tout différent. D'abord, même aux Etats-Unis, le haut débit ne dessert encore qu'une faible fraction des consommateurs, et reste très cher relativement. On ne peut donc pas espérer d'eux des comportements très innovants. Mais surtout, c'est le retard général des esprits face aux possibilités des technologies modernes qui constitue le facteur principal de la dépression.

Comme nous l'avons indiqué ci-dessous,  aux Etats-Unis, la National Science Foundation semble l'avoir compris. Malgré la crise, ou à cause d'elle, elle recommande au gouvernement une série de mesures destinées à encourager la R/D dans les technologies qui accroissent les capacités et l'efficacité des humains, en conjuguant les 4 NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Infotechnologies et technologies de la Cognition). Le lancement d'un Human Cognome Project de même ampleur que l'Human Genome Project est souhaité par les experts. Ceci est logique. Un des raisons pouvant expliquer le décalage entre les prévisions et les résultats des industriels des télécommunications et des technologies de l'information tient au fait que l'intelligence des développeurs, comme celle des applications qui ont été proposées aux utilisateurs, n'a pas augmenté au rythme des possibilités techniques. Il faudrait donc pour assurer la reprise et l'expansion à long terme du domaine entreprendre un effort massif en amont, destiné à élever les compétences cognitives de la société dans son ensemble. Ceci passe par d'importants investissements dans les domaines de l'éducation et de la formation, ainsi que par l'encouragement à des projets innovants à base d'intelligence.

Il va de soi que ce qui est vrai pour les Etats-Unis l'est encore plus en Europe ou en France. Il ne faut pas seulement compter sur Loft Story et l'Ile des Tentations pour créer des marchés porteurs. 23/07/02


Un rapport sur la modernisation de l'administration territoriale de l'Etat

L'Association du Corps préfectoral et des hauts-fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, présidée par le préfet Jean-Pierre Duport, avait confié le 23 novembre 1999 à Philippe Piraux, secrétaire général de la préfecture des Alpes-Maritimes, le soin d'établir un rapport sur le thème de la modernisation de l'administration territoriale de l'Etat, sous l'angle de l'informatique, de l'organisation et du management.

Phulippe Piraux était certainement le membre du corps préfectoral le plus apte à établir un tel rapport. Rappelons que dès 1995-1998, il avait expérimenté, comme secrétaire général de préfecture, l'utilisation de l'Internet dans l'amélioration du fonctionnement interne des services des préfectures et dans la simplification des relations avec le public, notamment par le renseignement administratif en ligne et l'amorce des télé-procédures. Il a pu dans la suite de sa carrière mesurer à la fois l'importance des avantages apportés par un usage raisonné des technologies de l'information, mais aussi les difficultés que rencontrent les novateurs quand ils ne sont pas soutenus par une politique d'ensemble définie au niveau de chaque ministère, comme de l'Etat en général.

Une telle politique a été décidée à partir de 1998 par le Programme d'action pour la société de l'information du Premier ministre. Ce programme s'est traduit par la mise en place d'un certain nombre de projets interministériels visant à lutter contre la non-communication entre les services centraux et territoriaux, à laquelle l'Internet peut offrir de nombreux remèdes. Dans le même temps, chaque ministère était invité à définir sa propre politique de passage aux technologies de l'information. Dans un tel dispositif, le ministère de l'intérieur joue nécessairement un rôle important. Non seulement il est responsable de nombreuses procédures (notamment dans le domaine de la gestion des titres) intéressant les citoyens et d'autres administrations centrales et locales. Mais aussi et surtout, le préfet, représentant de l'Etat au plan territorial et dans le même temps chef des services de la préfecture, doit jouer un rôle de pilote et, si besoin est, de coordinateur qui suppose la mise en place d'une politique déterminée en matière de travail coopératif en réseau.

Le rapport de Philippe Piraux, qui vient d'être remis à l'Association du Corps préfectoral, présente en 22 pages le minimum de ce que chaque fonctionnaire devrait savoir pour participer à la politique d'ensemble visant à la modernisation de l'administration territoriale de l'Etat. Comme le titre l'indique, il n'intéresse pas les seuls fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, mais l'ensemble de ceux qui dans les services déconcentrés et les collectivités locales, veulent mettre l'administration au service des usagers et l'impliquer dans la recherche d'un fonctionnement plus efficace et moins coûteux pour la collectivité.

Il présente d'abord le concept de Système d'information territorial (SIT) souvent ressenti à son origine comme traduisant une volonté de main-mise de la préfecture sur les compétences des autres services, alors qu'il s'agit d'un portail de référencement croisé et d'aiguillage où chaque administration doit trouver sa place. Le SIT a été ouvert récemment aux collectivités locales, ce qui est logique.

Mais le rapport ne s'en tient pas au seul SIT. Il montre, en s'appuyant comme il était normal sur l'expérience de la préfecture des Alpes Maritimes, comment les technologies de l'information doivent être mise au service de la déconcentration, dans l'esprit de la charte de la déconcentration découlant de la loi 93-125 du 6 février 1992 relative à l'administration territoriale de la République. Il s'agit notamment de mieux coordonner le niveau régional et le niveau préfectoral, au bénéfice notamment des partenaires extérieurs et du public. Le SGAR (Secrétaire Général à l'Action Régionale) trouve là ses meilleurs outils.

Le rapport ne se limite pas à fournir des références juridiques ou d'usages. Il présente un certain nombre de questions/réponses qui constituent autant d'incitation à la prise en charge par chacun des objectifs généraux de la politique de modernisation. Le rapport se termine par la lite des sites Internet définissant ce que l'on pourrait appeler la Charte de l'administration électronique.

Nous ajouterons pour notre part deux observations. La première est que, l'administration étant diverse, le bon exemple des préfectures ayant joué pleinement la modernisation par les technologies de l'information ne s'est pas encore étendu à toutes. Beaucoup de préfets et de cadres supérieurs n'ont pas encore vu à cet égard le rôle personnel qu'ils doivent jouer, considérant sans doute à tort que l'informatique est une compétence technique qui n'est pas de leur ressort. Or, comme le montre le rapport, il ne s'agit plus dorénavant seulement d'informatique, mais de conception même du service public.

Une deuxième observation porte sur la décentralisation. La politique - salutaire - que le gouvernement envisage actuellement afin de renforcer cette dernière n'enlèvera rien au besoin de travail en réseau et donc au rôle des technologies de l'information, tant dans les collectivités locales que dans les services déconcentrés. Il y aura donc dans les années qui viennent un important effort à poursuivre pour mettre à jour les équipements et les pratiques, ainsi que pour continuer à moderniser les esprits.

Souhaitons pour terminer que le rapport de Philippe Piraux soit rapidement publié sur le site web public du ministère de l'Intérieur, assorti, pourquoi pas, d'un forum de discussion.  23/07/02


Décisions absurdes

On lira sans étonnement une énumération de décisions absurdes proposée par Christian Morel, DRH chez Renault, dans son livre: Décisions absurdes, sociologies des erreurs radicales et persistantes collectives, Gallimard 2002. Cette lecture ne manquera pas de rappeler certaines choses à certaines personnes. Chacun d'entre nous pourrait dresser sa petite liste personnelle. Rappelons que dans un certain nombre de cas, si les commandes avaient été confiées à des systèmes d'intelligence artificielle, l'absurdité aurait pu être évitée. 20/07/02


Le courage de réformer

Sous ce titre, publié par Odile Jacob, un certain nombre d'experts du secteur privé, réunis par Claude Bébéar, dispensent à l'opinion, et plus particulièrement aux Pouvoirs Publics, un certain nombre de conseils destinés à réformer les institutions, les moeurs économiques et politiques et finalement le dialogue social. Sans ces réformes, disent-ils, le retard français, déjà grand, ne fera que s'accroître.

Ils ont certainement raison. On peut lire le livre et en tirer de bonnes résolutions. Avis à l'actuel gouvernement.

Cependant, ce travail, comme beaucoup de ses prédécesseurs (citons l'ineffable Notre Etat, de Roger Fauroux, construit sur la base du " faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais quand j'exerce une quelconque responsabilité ") laisse insatisfait. Il y a certainement un retard français, mais il est sans doute plus dans les esprits que dans les pratiques. Or si on veut changer les esprits, il faut remonter assez haut. Pour nous, le retard tient essentiellement à à l'ignorance des sciences et des technologies, qui entraîne la fuite dans l'incantation. Or ce retard doit être attaqué à la base. Aux Etats-Unis, pays qui pourtant souffre moins de ce défaut que la France, la National Science Foundation vient de remettre au gouvernement un rapport au titre significatif : Converging Technologies for Improving Human Performance: Nanotechnology, Biotechnology, Information Technology and Cognitive Science. Il s'agit d'améliore en profondeur les performances  intellectuelles des citoyens et des institutions, avec l'espoir d'obtenir dans quelques années certaines formes de ce que l'on commence à appeler des "super-intelligences".

La convergence entre les nanotechnologies et les autres sciences et techniques ouvre de nouvelles possibilités pour développer les performances humaines. Pour en tirer parti, les experts recommandent que le gouvernement encourage la R/D dans les technologies qui accroissent les capacités et l'efficacité des humains, en conjuguant les 4 NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Infotechnologies et technologies de la Cognition). Ceci couvrira notamment les domaines des nanosciences et nanotechnologies, de la biotechnologie et de la biomédecine, de l'ingénierie génétique, des technologies avancées de l'information et de la communication, des sciences cognitives et des neurosciences cognitives.

Dans les 10 à 20 prochaines années, il en résultera notamment des réseaux à large bande unissant les machines et les cerveaux humains, avec des capacités considérablement accrues tant pour les hommes que pour les machines, de nombreuses améliorations corporelles en ce qui concerne les performances et la résistance à la fatigue et à l'âge, un accès de chacun à toute l'information pertinente n'importe où dans le monde, des ordinateurs portables utilisables en toutes circonstances, etc.

Le rapport recommande également le lancement par le gouvernement d'un Human Cognome Project, analogue à l'Human Genome Project dont les retombées se sont révélées si prolifiques. Tout ceci devrait faire dans les meilleurs délais l'objet d'une priorité nationale.

On se demande ce que l'Administration fédérale actuelle retiendra de ces propositions clairvoyantes, empêtrée qu'elle est actuellement dans les scandales financiers. En tous cas, on ne peut que regretter de voir de telles perspectives totalement absentes des préoccupations et de la communication des gouvernements européens et de la Commission.

Pour obtenir le rapport, complet (pdf) ou par chapitres. http://wtec.org/ConvergingTechnologies/


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6507/index.htm