logo admiroutes


La Gazette N° 64 du 15 juillet 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


accueil "la gazette"

- Pour s'abonner gratuitement, ou se désabonner,
adresser un mel à l'adresse ci-dessus
- Lire la présentation

Admiroutes http://www.admiroutes.asso.fr/

Le blocnet (index)

Quels grands projets pour le quinquennat ?

Fallait-il attendre du Président de la République qu'il annonce de grands projets pour le quinquennat lors de sa conférence de presse du 14 juillet ? Ceux qui l'espéraient ont été déçus. Hors des domaines certes utiles mais où l'action politique a montré pour diverses raisons son impuissance (cancer, sécurité routière, handicapés), rien ne fut proposé, ni en matière d'investissements durables, ni dans le domaine scientifique, ni pour réformer le fonctionnement du capitalisme (comme la représentation des salariés et des actionnaires aux conseils d'administration des grandes entreprises). L'Europe fut tout simplement passée sous silence. Seul sujet mobilisateur : la baisse de l'impôt sur le revenu et la non-amnistie des abus de biens sociaux. Voici de quoi s'enthousiasmer.

On peut se demander dans ces conditions si le programme précédemment annoncé par le Premier ministre (voir ci-dessous : décentralisation et réforme du fonctionnement des administrations) ) sera soutenu par Jacques Chirac, lorsque les premières difficultés inévitables se présenteront.14/07/02


L'Observatoire de vigilance et d'alerte écologique

Le Monde du 8 juillet nous apprend que Mmes Corinne Lepage (GE) et Michèle Rivasi (PS) viennent de créer un  Observatoire de vigilance et d'alerte écologique (OVALE) dont le titre indique le programme. Que va-t-il faire et comment? Nous le saurons peut-être, mais par quel biais? Je suggère d'urgence la création d'un site Internet très actif, sur lequel tous ceux qui comme nous souhaiteront militer pour cette noble cause pourrons nous connecter. Je n'ai rien trouvé de tel à ce jour dans mon moteur de recherche préféré - en dehors de références au rugby.

Sur le même thème, nous attendrons avec intérêt les études ou propositions qui pourront émaner de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et pour l'Homme, qui, elle au moins, dispose d'un site Internet apparemment bien fait http://www.planete-nature.org/ 14/07/02


Rapport du Sénat sur l'évolution des métiers de la justice

A lire absolument par ceux qui s'intéressent à cette question cruciale - ne fut-ce que pour discuter si besoin certaines propositions des rapporteurs. Quels débats et quelles suites seront-ils donnés à ce volumineux travail? Dans quelle mesure le gouvernement en a-t-il tenu compte dans ses actuelles propositions de réforme de la justice?  http://www.senat.fr/rap/r01-345/r01-345.html 14/07/02


Expositions virtuelles

Il faut chaudement féliciter la Bibliothèque Nationale de France qui s'est engagée brillamment dans la voie des expositions virtuelles (depuis longtemps demandée ici, et pas seulement de la part de la BNF), avec cet argument :

"Prolongement des expositions après leur fermeture ou expositions purement virtuelles, elles proposent une découverte interactive des collections de la Bibliothèque, autour d'un thème, d'un genre littéraire, d'un artiste.. Les expositions d'art contemporain permettent à chacun de découvrir les estampes et photographies qui enrichissent chaque jour les collections par dépôt légal"  http://expositions.bnf.fr/

On verra les liens vers d'autres expositions virtuelles sur le site du ministère de la Culture http://www.culture.fr/culture/exp/exp.htm

Nous ne pouvons pas nous empêcher de comparer la valeur universelle de telles expositions virtuelles à ce que des organisateurs tentent de faire avec des moyens classiques, à grand frais et sans garantie de succès ni de fréquentation, dans le cadre classique. Les malheurs actuels du projet Images 2004 peuvent donner à réfléchir. S'agit-il seulement d'une mauvaise volonyté de l'actuel gouvernement? http://www.nordparisbusiness.com/actu/11.07.02e1.htm  14/07/02


Lutte contre la prostitution

Ce sujet est un peu hors de notre domaine, encore que...Ceci pour dire que si on veut lutter contre les dérives diverses de la prostitution, ce ne sera pas en réouvrant les maisons closes, comme le suggère l'aimable madame de Panafieu. Voudrait-elle y envoyer sa fille, si de telles maisons étaient aussi confortables pour les pensionnaires qu'elle le dit? La seule voie, dont personne ne veut vraiment, serait de poursuivre le client qui, avec son argent, s'arroge le droit de tout imposer à des femmes désarmées. N'est-ce pas cette voie qui s'esquisse pour lutter contre la prostitution des mineurs? On dira que la répression du client ne fera que renforcer les pratiques clandestines et l'exploitation des femmes, sans parler de son caractère pratiquement inapplicable. Mais ce serait pourtant une façon efficace de commencer à s'en prendre à la bonne conscience de nos bons bourgeois incapables de satisfaire leurs humeurs dans des relations égalitaires avec les femmes.  14/07/02


Refonder le Parti socialiste

Michel Rocard nous propose, par un article du Monde en date du 9 juillet, de faire repartir le Parti socialiste, comme il dit, du bon pied gauche. En fait il s'agit d'une véritable proposition de refondation, bien utile par les temps qui courent (on n'entend d'ailleurs guère parler d'autres projets en ce sens actuellement, sinon de problèmes de chefs. Est-ce du aux vacances d'été ?). Le sujet ne peut que nous intéresser.

Si je puis résumer l'article, il s'agit de montrer que le mot socialisme sera désormais vide de sens s'il ne dispose pas de nouveaux contenus, auxquels pourront se rallier non seulement les différents courants du PS, mais aussi ceux de la gauche - lesquels ne gagnent rien à s'éparpiller. La gauche n'a rien compris au monde actuel, nous dit Rocard. Etre à gauche aujourd'hui ne peut plus avoir le sens que le terme avait au milieu du 20e siècle : soit lorgner vers le PC, soit prôner l'étatisme libérateur, soit plus simplement demander une revalorisation, nécessairement fictive à terme, du pouvoir d'achat des masses.

Pour Michel Rocard, un retour aux sources du socialisme doit se faire dans l'ouverture sur le monde contemporain. Le socialisme a toujours été internationaliste. Il est donc légitime pour lui de sortir des revendications étroitement nationales. Par ailleurs le projet socialiste historique visait non seulement à lutter contre la misère ouvrière mais à réformer la société par le renforcement de la dignité humaine et des initiatives militantes. Ceci est plus que jamais nécessaire.

Or dans le monde actuel, le vrai danger est celui, non de la mondialisation proprement dite, mais de l'ultra-libéralisme qui l'accompagne, entraînant la détérioration rapide de l'environnement terrestre et des sociétés humaines traditionnelles. Le phénomène est accentué par le retour à l'instabilité et aux crises propres à une économie non stabilisée, dont profitent essentiellement les activités hors la loi ou criminelles.

Que propose exactement Michel Rocard pour concrétiser ceci vis-à-vis des électeurs de gauche potentiels? D'abord expliquer aux citoyens ce qui se passe dans le monde, afin d'élever le niveau des débats politiques. Personne ne le fait dans le monde politique, ni à droite ni à gauche, ni en France ni en Europe. Défendre ensuite 3 séries de mesures fondamentales : la préservation de services publics et de systèmes de protection sociale de qualité - le renforcement de la solidarité internationale - un retour à une distinction plus nette entre la sphère marchande et le vaste domaine des activités sociales non marchandes. L'Europe lui paraît le champ prioritaire dans lequel il faut mener de tels combats, même si beaucoup de pays européens semblent de plus en plus tentés par le libéralisme.

Confronté aux querelles de clocher actuelles entre éléphants du PS, l'article apporte un peu d'air frais. On ne peut dire cependant qu'il soit totalement satisfaisant.

Une première observation s'impose : Michel Rocard semble découvrir le déphasage du langage et des idées politiques, de gauche (mais ajoutons, aussi de droite) face à l'état du monde. Ce déphasage est bien plus grand qu'il ne le dit. C'est non seulement la mondialisation, sous ses divers aspects, qui est mal étudiée, mais ce sont les méthodes d'études qui sont totalement obsolètes. Tout le monde ignore en France ce que sont les systèmes complexes évolutionnaires et la façon dont l'action humaine, volontaire ou inconsciente, s'y insère. Nous abordons ces sujets depuis deux ans dans notre revue Automates-intelligents, d'une façon d'ailleurs encore bien sommaire. Un premier livre sera sans doute publié dans le cadre de cette revue prochainement. Mais il n'est pas nécessaire d'attendre nos lumières éventuelles pour comprendre de quoi il s'agit. Michel Rocard ne soupçonne malheureusement pas encore l'étendue de son ignorance. C'est dommage.

Ceci retentit forcément sur les objectifs qu'il propose pour redonner à la gauche et au PS en particulier de la crédibilité et des soutiens électoraux. Les objectifs en eux-mêmes sont tout à fait pertinents: tout faire pour éviter la marche à la catastrophe environnementale et humaine qui découle du laissez-faire face aux intérêts aveugles du capitalisme libéral (et de la super-puissance américaine, dont curieusement il ne mentionne pas l'impérialisme unilatéral de plus en plus périlleux pour le monde dans son ensemble). Ces objectifs, notons-le d'ailleurs, sont plus proches de ceux affichés par les Verts ou les anti-mondialisateurs, dans le monde entier, que par la gauche traditionnelle.

Mais Michel Rocard ne nous explique pas comment faire pour intéresser subitement au développement durable et aux misères du tiers-monde des populations électorales françaises encore engluées dans leurs particularismes et leurs problèmes quotidiens (mineurs au regard de ce qui nous attend dans la poursuite des tendances actuelles). Plus immédiatement, comment faire, dans le cadre d'un néo-libéralisme mondialisateur auquel on se refuserait de toucher, pour financer la mise en place de services publics et de systèmes de protection sociale efficaces, ainsi que le développement d'activités non marchandes prenant le relais de la marchandisation du monde.

Il y a sans doute des solutions, faisant appel notamment aux initiatives en réseau, dans le cadre notamment de technologies et de moyens de recherche scientifique mieux répartis, mais le sujet est difficile et mériterait, dès aujourd'hui, des discussions et travaux approfondis. Les vœux pieux de Michel Rocard ne nous incitent guère encore. Mais ne désespérons pas. 14/07/02


Reparlons de censure

Daniel Zagury, psychiatre, médecin-chef au centre neuro-psychiatrique de Bois-de-Bondy, expert auprès des tribunaux, publie dans Le Monde du 4 juillet 2002 sous le titre Le cinéma peut-il tuer ? un article nous invitant à revenir sur le rôle des images et scénarios violents virtuels dans le passage à l'acte assassin qui caractérise périodiquement quelques personnalités troublées. Il ne nie pas que les films ou jeux vidéo violents fournissent par mimétisme un rôle tout prêt, " ready-made ", à ceux qui en crise veulent échapper par l'action à des angoisses insupportables. Mais il ne croît pas à l'efficacité de la censure (sauf en ce qui concerne l'accès des plus jeunes) car, dit-il non sans raison, le puritanisme est " aussi délétère que la violence la plus crue, dont il est l'autre pôle manichéen. La bonne conscience dégoulinante de bons sentiments suscite la fascination pour le mal à l'état pur… "

Le fond du problème se trouve, pense-t-il, bien au delà de la production dite artistique. Il repose dans la recherche narcissique de l'accomplissement individuel " fut-ce au prix de l'écrasement de l'autre " qui est devenu la règle dans des sociétés privilégiant l'ascension individuelle d'un moi s'affirmant de façon primaire, essentiellement par la haine de l'autre, hors la culture, le partage, la compassion. Avant de changer le cinéma, il faudrait changer le monde, ses rapports marchands, l'état de ses mythologies. La violence des adolescents renvoie sur la violence faite aux adolescents.

Nous ne pouvons nier la justesse de ces propos, qui nous ramènent au débat particulièrement actuel sur l'efficacité des politiques de répression dites sécuritaires face à des groupes sociaux déstructurés par des phénomènes qui se sont imposés à eux et qu'ils ne sont pas armés pour affronter seuls. Reste qu'il n'est pas possible de laisser les mauvais exemples se développer librement car ils sont nécessairement contagieux.

On peut s'étonner sur ce point de ne pas voir Daniel Zagury évoquer la problématique de la mémétique, d'ailleurs effleurée mais aussitôt abandonnée par lui au début de son article : certaines idées et images se comportent en " virus de l'esprit ", selon le terme du scientifique américain Richard Brodie (voir pour en savoir plus http://www.memecentral.com/rbrodie.htmBrodie , ainsi que nos articles dans la revue Automates-intelligents). Si pour une raison ou une autre, on estime que ces virus sont pathogènes, il faut chercher à les éliminer ou tout au moins à les contenir. Il fut alors faire comme les épidémiologistes le font dans le domaine de la lutte contre les virus biologiques. On peut tenter d'agir sur les terrains où ces virus prennent naissance, sur les comportements et médiateurs qui favorisent leurs diffusions ou leurs mutations, sur la prophylaxie collective ou individuelle permettant de protéger les individus de leur atteinte. Rien n'oblige pour autant à prendre des attitudes terroristes de répression générale qui seraient inefficaces.

Plus généralement la mémétique nous invite à engager des analyses systémiques approfondies pour replacer le rôle des mèmes dans l'évolution plus générale des super-organismes complexes dont nous sommes tous des agents plus ou moins conscients. C'est beaucoup de travail pour finalement peu de choses, dira-t-on. Mais pas du tout. Nous vivons essentiellement sous l'emprise d'innombrables mèmes qui se disputent nos esprits pour survivre. La moindre des choses serait d'essayer de mieux comprendre en quoi leurs compétitions darwiniennes peuvent nous déterminer. 14/07/02

Pour ens avoir plus, lire de Daniel Zagury Modèles de normalité et psychopathologie, L'Harmattan, 1998


Deux grandes réformes. La droite réussira-t-elle là où la gauche n'a même pas essayé ?

Le gouvernement semble décidé à entreprendre deux grandes réformes que la gauche avait sans doute envisagées, mais qu'elle n'avait pas essayées, au regret de ceux qui la pensaient la mieux placée pour les négocier auprès de l'opinion : approfondir la décentralisation et conduire la réforme, sinon de l'Etat, du moins du fonctionnement des administrations.

Dans les deux cas, les méthodes affichées par le Premier ministre actuel paraissent prudentes et opportunes. Pour ce qui concerne la décentralisation, Jean-Pierre Raffarin, personnellement très motivé, annonce une démarche pragmatique d'ailleurs indispensable, celle de la marche à l'essai et du droit à l'expérimentation. On transfèrerait aux régions des compétences venant des administrations centrales, dans le cadre de deux procédures. Il y aurait les expérimentations-dérogations : une région obtenant l'autorisation de gérer telle activité d'Etat, ou fusionner avec d'autres telle ou telle structure administrative. Il y aurait aussi les expérimentations-généralisations, par lesquelles des blocs entiers de compétences seraient transférés à un groupe de régions avant de l'être le cas échéant à toutes. L'ensemble supposerait une réforme de la constitution, qui ne devrait pas poser, sauf aux jacobins extrêmes, de problèmes métaphysiques graves. Il devrait ensuite suffire de lois ou de simples décrets pour organiser les expériences et les généralisations.

Il est clair qu'un tel cadre ne dit rien encore de l'étendue des mesures qui seront envisagées, ni de la nature exacte des décisions de détail ou de la façon dont elles seront négociées. Mais si le gouvernement ne s'en tient pas à une démarche cosmétique, d'importantes réformes de fond pourraient en découler, à condition que chacun joue le jeu, y compris évidemment les fonctionnaires des différentes administrations concernées, locales ou centrales.

En ce qui concerne la réforme de la gestion des administrations d'Etat, selon les annonces faites notamment par Henri Plagnol, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat (voir Le Monde du 2 juillet 2002, page V) le gouvernement reprendrait une démarche depuis longtemps recommandée, sans aucun succès, par les experts de la gestion publique : le management par objectifs, la responsabilisation des décideurs, la déconcentration de la gestion budgétaire et comptable et finalement l'évaluation des résultats. La démarche avait été prévue par la Loi Organique relative aux lois de finances votée en août 2001, qui devrait entrer en vigueur en 2006 (on aura eu tout le temps de s'y préparer…), Loi dont le gouvernement Jospin (notamment à l'initiative de Didier Migaud, PS) était responsable mais dont il n'avait pourtant guère parlé. Il s'agit d'une démarche pratiquée, non seulement dans la plupart des grandes entreprises, mais dans la plupart des Etats modernes, qui se heurtait jusque là aux inerties conjuguées des budgétaires comme des gestionnaires traditionnels. Des procédures aussi indispensables que celle de la gestion prévisionnelle des emplois publics, ainsi que l'assouplissement de celle-ci, devraient en résulter - procédures dont l'absence n'a, notamment, pas permis de prévoir la crise de l'emploi dans la fonction publique hospitalière.

Là encore, ira-t-on au fond de la logique réformatrice impliquée par de telles innovations, ou se bornera-t-on à quelques tentatives cosmétiques vite avortées ? On pourra en septembre prochain consulter sur ces questions le livre à paraître de Henri Guillaume et Alain Lambert : Gestion publique, l'Etat et la performance, Dalloz.

Ajoutons qu'aussi bien en matière de décentralisation qu'en matière de management par objectifs, il faudra faire un large usage de l'informatique en réseau et de l'Internet : d'abord pour faciliter la mise en place de procédures améliorées, ensuite et tout autant pour organiser les débats avec les intérêts concernés et l'opinion publique. Pour le moment, je ne vois pas mention de ce thème dans les discours officiels. Ce volet de l'action devrait être organisé avec des moyens renouvelés, confié à des fonctionnaires et décideurs convaincus de l'intérêt des technologies modernes pour la réforme en profondeur. Mais de telles personnes existent-elles dans nos administrations, cinq ans pourtant après l'arrivée de l'Internet ? 14/07/02


L'opinion publique est-elle un contre-pouvoir ?

Dans une chronique publiée par le Nouvel Observateur du 20/26 juin 2002, Jacques Julliard prévient la majorité que, malgré l'omnipotence de ses pouvoirs juridiques, elle devra compter sur l'opinion publique, non seulement pour mener à bien les réformes qu'elle se propose de faire, mais plus généralement pour l'empêcher d'abuser de sa force apparente. Il n'a pas tort, en principe. L'opinion, qu'elle soit ou non relayée par les médias, représente une force qui peut (éventuellement) freiner les abus de position dominante. Mais on s'étonne de ne pas voir un observateur aussi fin que Jacques Julliard ne pas mentionner le fait que le pouvoir, même en démocratie, dispose encore d'innombrables moyens pour dissimuler les faits ou même tromper l'opinion. Celle-ci ne se saisira que des problèmes dont on aura bien voulu l'informer, directement ou indirectement. Il suffit de voir aujourd'hui en France la persistance de la confusion, autour de questions aussi simples que celles de l'état des finances publiques ou de l'intérêt de la télévision numérique terrestre, pour douter du rôle que pourrait jouer une opinion publique indépendante des tentatives faites en permanence pour ne pas l'informer clairement.

Par ailleurs, on regrettera aussi que Jacques Julliard ne mentionne pas le fait qu'une opinion publique indépendante de l'action anesthésiante des pouvoirs politiques et économiques doit se construire en permanence, en utilisant notamment toutes les ressources de la communication citoyenne par l'Internet. Ce n'est pas en premier lieu sur la presse, et moins encore sur les grands médias télévisuels, toujours " achetables ", qu'il faut compter, mais sur les intervenants obscurs, plus ou moins bien intentionnés au demeurant, mais diversifiés, qui s'efforceront d'éclairer les questions en débat par les multiples prises de paroles et enquêtes que permet Internet dans une démocratie.

Dans le même esprit, notpns qu'Alexandre Jardin, fort de l'expérience de son association envoyant des retraités faire la lecture à des élèves en difficulté, veut créer une "Agence des pratiques" regroupant une cinquantaine de journalistes-enquêteurs relevant "ce qui ne va pas dans le pays" et les solutions mises éventuellement en oeuvre. Il compte sur ce média d'un genre nouveau pour faire bouger de l'extérieur des ministres et administrations enfermés dans leurs routines. Pourquoi pas, mais qui paiera? S'agira-t-il seulement de bénévolat? J'ajouterai, fidèle à mon idée fixe: pourquoi pas aussi créer un site Internet? Mais notre vaillant jeune homme y a peut-être pensé.  14/07/02


La santé n'a pas de prix?

Il est tout à fait démagogique d'affirmer que la santé n'a pas de prix, comme le fait Jean-François Mattei, ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées. Même ses confrères médecins les plus hostiles à toute maîtrise comptable des dépenses de santé ne le croiront pas, et penseront qu'il en fait trop, au détriment de l'ensemble de la profession transformée aux yeux de l'opinion en affairistes irresponsables. Comment imaginer que l'on puisse laisser, au gré de la volonté des patients ou des praticiens, prescrire n'importe quoi, en un monde où d'une part l'augmentation de l'espérance de vie et celle des comportements à risques multiplient les demandes potentielles, et où d'autre part des thérapeutiques de plus en plus coûteuses, sinon utiles, sont mises sur le marché*. Comment par ailleurs affirmer sans honte quez la santé des Occidentaux ultra-favorisés que nous sommes n'a pas de prix, alors que celle de centaines de millions d'êtres humains dans le tiers-monde ne peut être garantie faute des quelques dizaines de milliards de dollars que nous refusons de prélever sur nos dépenses somptuaires.

Beaucoup de gens déjà âgés, chez nous, sont moins irresponsables que le ministre. Ils ont déjà accepté, pour eux-mêmes, de ne pas faire appel à des soins de fin de vie inutilement luxueux, et regrettent d'ailleurs de ne pas disposer de plus de facilités légales pour bénéficier de l'euthanasie. Mais faudra-t-il que le désintéressement des uns soit en permanence privé d'effet par l'irresponsabilité des autres, face à un Etat qui refuserait de jouer son rôle de régulation, en ce domaine comme ailleurs.

* Comment croire par ailleurs que Mr Mattei, sous prétexte de politique de prévention, va se transformer en gendarme impitoyable, face aux fous du volant, aux alcooliques, tabagiques et drogués devant lesquels notre société a depuis longtemps capitulé ? 14/07/02


 G8 virtuels

Les organisateurs des G8, ayant épuisé la liste des forteresses naturelles, et reculant devant le prix de plus en plus grand de réunions aux multiples collaborateurs, envisageraient de tenir des réunions par réseau, sur le mode des télé-conférences. Que voilà une bonne idée, qui pourrait être reprise à grande échelle par tous ceux qui se réunissent physiquement avec le seul résultat de dépenser leurs budgets de fonctionnement. L'idée serait encore meilleure si les travaux préparatoires, débats, conclusions et documents annexes étaient délivrées sur Internet, pour l'éducation des foules mondiales. 14/07/02


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6407/index.htm