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La Gazette N° 62 du 15 juin 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Démocratie des actionnaires

L'excellente émission de France Inter, La Rue des Entrepreneurs, s'est intéressée le 15 juin au marasme de la Bourse et plus généralement aux droits des petits actionnaires face aux entreprises. Trois désastres récents, a rappelé Dominique Dambert, ont illustré trois formes différentes de perte de contrôle par les actionnaires: Enron (cas loin d'être unique, comme on le découvre maintenant) qui est exemplaire de malfaçons tant de la direction (corporate government) que des auditeurs externes - Swissair, principalement sous le contrôle des banques, lesquelles se sont montrées étrangement défaillantes -le Crédit Lyonnais, qui a mis en évidence l'insuffisance de la tutelle publique à la française. A ce panorama des désastres et des malversations, on ajoutera, bien que tout y soit particulièrement mystérieux, les errements de nombreuses entreprises du monde asiatique, au Japon, en Corée et en Chine notamment.

On pourrait penser que dans tous ces cas, seule se pose, en termes de démocratie, la question des petits actionnaires, de plus en plus nombreux à confier leur épargne à des organismes dont ils ne savent rien et sur lesquels ils ne peuvent rien. C'est triste pour eux, mais s'agit-il d'un véritable problème politique ? Beaucoup de gens diront que cela ne les concerne pas car ils ne placent pas leurs économies, quand ils en ont, à la Bourse.

En y réfléchissant, on peut voir cependant qu'il s'agit d'un véritable problème politique. Celui-ci dépasse largement la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir capitaliste. Si on considère en effet que les entreprises de taille suffisante pour faire appel à l'épargne publique ou privée sont en fait les maîtresses du monde et de son développement, le fait que leur direction soit dans la main de quelques minorités appartenant à des castes fermées échappant à tous contrôles :patrons, cadres supérieurs et dans certains cas hauts fonctionnaires et politiciens, pose des problèmes majeurs de démocratie générale.

Ces entreprises en effet, et leurs autorités de tutelle, quand elles existent, décident de ce que sera notre avenir à tous, au plan scientifique et technique, économique, géostratégique…Par ailleurs, les choix qu'elles font en matière éthique s'imposent à tous : relations avec les salariés, délocalisation, travail des enfants, fraudes multiples, quand ce n'est pas collusion avec les organisations criminelles. Il ne faut pas dire qu'elles obéissent aux désirs des consommateurs, c'est-à-dire de nous tous. Personne ne le croît plus. Elles ont les consommateurs que leurs campagnes publicitaires leur donnent.

Or si les actionnaires eux-mêmes n'y comprennent et n'y peuvent rien, mis à chaque fois devant le fait accompli, qu'en est-il des citoyens et électeurs que nous sommes ? Le débat sur la mondialisation libérale a déjà démontré que les gouvernement que nous élisons sont désarmées face au monde économique. Mais l'observation du capitalisme d'Etat et des autorités publiques dites régulatrices, quand elles demeurent capables de faire quelque chose, montre que l'imbrication de leurs intérêts politiciens avec les intérêts économiques ne les rend pas particulièrement dignes de confiance. Faut-il donc renoncer à tout pouvoir effectif sur la marche du monde ? Ou doit on se limiter à des pressions externes, campagnes d'opinion ou actions directes symboliques, comme les anti-mondialisateurs savent le faire ?

A qui notamment, au sein des entreprises, se fier pour, d'une part être informé, et d'autre part pouvoir exercer un minimum de contrôle et de participation aux décisions ? Il y a des solutions techniques, comme celles qu'étudie actuellement le New York Stock Exchange. On redéfinira le rôle des conseils d'administrations, des actionnaires et actionnaires minoritaires, des auditeurs, des commissions de surveillance, etc.. Mais dans tous les cas, on restera au sein du pouvoir d'entreprise et du monde boursier. Qui assurera que les firmes, globalement, ne poursuivrons pas des politiques désastreuses pour notre avenir à tous, en matière de pollution, de destruction des organisations sociales du Sud, de fuite devant les réglementations protectrices… ? Peut-on espérer que les petits actionnaires d'une firme donnée, à supposer qu'ils soient dotés d'une meilleure visibilité et d'un meilleur contrôle concernant cette firme, adopteront pour autant des conduites empreintes du souci du développement durable et autres objectifs " altruistes " imposant des sacrifices vis-à-vis des intérêts immédiats ?

En théorie, on pourrait penser que si le nombre et le rôle des " petits " actionnaires augmentaient au même rythme que celui des militants du développement durable, les deux courants d'influence pourraient peut-être se recouper et se renforcer, dans la mesure ou chacun se persuaderait qu'il a tout à gagner à long terme dans un dialogue au plan mondial. Les tribunes de discussions de toutes sortes, notamment internationales, notamment sur Internet, pourraient jouer un rôle en ce sens.

Une conclusion de ceci, évidemment très utopique quand on considère la misère générale des populations mondiales, serait qu'il pourrait être politiquement utile pour les militants d' "un autre monde possible " d'entrer dans le capital des entreprises afin d'y porter leurs messages. Certains activistes alternatifs aux Etats-Unis ont proposé cette voie, pourtant grande consommatrice en temps et compétences. Mais qui s'y intéressera vraiment, ne fut-ce que par peur d'être très vite manipulé par les maîtres du monde ? 15/06/02


Un grand projet fédérateur

Un lecteur de Télérama, journal au demeurant qui surprend parfois par sa liberté de ton, se demande quelle grande ambition les politiques pourraient proposer au peuple, pour le remobiliser. Ce lecteur considère que le combat pour l'Europe n'a plus ce pouvoir (pourquoi, au fait ?) et propose la mondialisation. Il entend évidemment par mondialisation le fait de considérer que le monde est un et que l'espèce humaine toute entière doit s'unir dorénavant pour le sauver - et se sauver elle-même ce faisant.

L'idée est généreuse. La concrétiser supposerait cependant d'innombrables changements dans nos pratiques et nos institutions, ainsi d'ailleurs que dans celles des autres, qu'il faudra persuader de coopérer avec nous.

Mais plus généralement, ce lecteur pose une question qui, me semble-t-il, n'est pas près de recevoir une réponse. On va généralement répétant que les politiques devraient proposer de grands projets au bon peuple pour remobiliser les électeurs et militants. Les plus pro-actifs se disent qu'ils devraient eux-mêmes se donner de tels projets. Mais lesquels ? Ou plutôt quels projets susceptibles d'engager dès maintenant l'énergie et l'imagination de ceux qui aujourd'hui ne voient guère d'avenir ni pour eux ni pour la collectivité à laquelle ils appartiennent ?

Il peut y avoir beaucoup de petits projets, adaptés à tel ou tel groupe social ou individu. Mais quel Grand Projet Fédérateur sinon unique ? S'agit-il là d'un mythe dangereux ou peut-on le concrétiser ? Je verrais bien pour ma part la généralisation à tous des études et pratiques scientifiques. D'autres proposerait la même chose pour l'Art, le tout passant évidemment par la connexion à Internet pour tous. Mais j'entend déjà crier à l'élitisme. Avez-vous des idées ? 15/06/02


Evaluer l'action gouvernementale

Les citoyens, dans la ligne de ce qui est indiqué ci-dessous concernant la politique de la ville, peuvent jouer un rôle essentiel, avec Internet, pour prendre au mot le gouvernement ou le Président de la République sur ses engagements. Il suffit en effet de dresser des listes des mesures s'imposant pour concrétiser leurs promesses, et noter les décisions prises, ainsi que les effets en ayant découlé pratiquement.

Certes, ce n'est pas si simple que cela, car des politiques générales comme la réforme de l'Etat pourraient selon les ambitions collectives se traduire par des mesures très différentes, tant en nombre qu'en nature. Mais avec un peu de discussion collective, on pourrait s'entendre sur un tronc commun de décisions sans lesquelles la politique annoncée ne serait que du vent.

Les adhérents d'Admiroutes se souviennent que certains d'entre nous avaient établi concrètement des listes de domaines à réformer, avec possibilité de noter les décisions effectivement prises, du temps où ils croyaient encore à la volonté de rénovation du gouvernement Jospin. Nous avions retenu deux domaines de politiques publiques, l'une concernant précisément la réforme de l'Etat, et l'autre la lutte contre la dérégulation du transport maritime. On peut toujours consulter les listes que nous avions établi, où tout ou presque reste à faire. Pourquoi ne pas recommencer ce genre de travail ? 14/06/02
Réforme de l'Etat. Thèmes http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/reforme/synthese.htm
Transport maritime  http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/tableau.htm


Prendre au mot Jean-Louis Borloo

Sur France Inter ce matin, le ministre délégué à la Ville Jean-Louis Borloo a déclaré qu'une " mesure très forte sur l'activité" économique des quartiers en difficulté serait annoncée à l'automne…Ce n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de méthode. On peut révolutionner ces quartiers-là…Il va falloir mettre le paquet parce que cette France qui a décroché n'est plus acceptable pour le pays ".

On ne peut que souhaiter le succès d'une telle détermination, que le gouvernement Jospin, engourdi par la peur de telle ou telle réaction de l'opinion, n'a jamais osé afficher, malgré ce qu'en disaient de nombreux militants. La cohabitation a cela de bon que les successeurs, condamnés à réussir pour se maintenir, ne s'embarrassent plus des hésitations des prédécesseurs.

Ceci dit, il y a beaucoup d'espace entre les promesses et les réalités. Nous suggérons quelque chose de simple. Selon Jean-Louis Borloo, il y a en France quelques 1500 quartiers à casser et reconstruire, ré-administrer, bref remettre dans la citoyenneté républicaine. En 4 ans, cela fait quelques 400 quartiers par an, en commençant dès la rentrée (vaste programme au demeurant, comme aurait dit de Gaulle, mais qui en vaut la peine). Que le gouvernement en fasse la liste et nous nous ferons un plaisir de cocher ceux où les promesses du ministre de la ville auront été appliquées. On ne pourra pas nous raconter d'histoires. Il suffira de se promener dans ces quartiers pour vérifier si le gouvernement a ou non tenu ses engagements. Je veux bien pour ma part tenir à jour le site web qui constituera le thermomètre de l'affaire. 14/06/02


SOS Racisme

Le Monde a consacré une page entière à Malek Boutih, successeur de Fodé Sylla à la présidence de SOS-Racisme (Le Monde, 13 juin 2002 p.15). Comme l'auteur de l'article, Patrice Claude, je pense que les propos tenu par cet homme peuvent marquer un changement radical et dans le bon sens en faveur de l'intégration sans réserves des " jeunes des cités ", dits aussi issus de l'immigration, dans la communauté française. Jusqu'ici en effet, pour des raisons d'ailleurs compréhensibles (ne pas en rajouter dans le rejet) les militants de l'anti-racisme n'osaient pas dire clairement que la criminalité issue d'une petite minorité noire et maghrébine était devenue insupportable et devait être éliminée. Malek Boutih, qu'en principe on ne peut soupçonner de s'être laisser corrompre par le discours ségrégationniste de la France conservatrice, ose le dire, très fortement. " Ou on reprend le contrôle des cités, ou on verse dans la grande délinquance ".

Malek Boutih trouve que la machine à intégrer, en France, ne marche pas trop mal, contrairement aux pays voisins, mais que tout est pourri par quelques caïds à qui on tolère tout, du tribalisme violent au grand banditisme, en passant par une haine et un mépris insoutenable des femmes. Supprimez-les, dit-il, et vous pourrez engager sans arrière-pensée les mesures qui par ailleurs s'imposent, celles dont Jean-Louis Borloo se fait maintenant le champion, profitant de l'espace laissé vide par la gauche : casser les HLM hors d'âge, organiser un Plan Marshall des banlieues, créer des établissements d'enseignements en internat pour ceux qui veulent travailler, etc.

Eliminer les caïds et les réseaux maffieux issus de l'immigration, qui s'abritent derrière une couverture islamiste, ne sera pas une mince affaire. C'est un peu ce qu'a du faire, sans y réussir complètement, la société américaine dans les années trente, face aux maffias issues de l'immigration italienne. On peut craindre que Malek Boutih se fasse beaucoup d'ennemis, y compris des ennemis mortels. Mais nous devrions tous le soutenir, sans pour autant le compromettre aux yeux de ses mandants en cherchant à le récupérer au service de politiques sécuritaires démagogiques.

Les diverses gauches citoyennes, en laison avec les mouvements démocratiques et féministes issus des quartiers, ont un rôle essentiel à jouer dans cette partie. Plutôt que faire la fine bouche, elles doivent se mouiller dans son sens. Ne pas hésiter à encourager la mise hors jeu, par la police et la justice, des voyous que dénonce en connaissance de cause Malik Boutih. Il faut libérer la parole, et ne pas tout excuser (de la même façon qu'on a osé dire qu'Israël, dans certains cas, ternissait l'image des Juifs dans l'histoire).

Encore une fois, mais peut-être je me trompe, je pense que si nous soutenons Malek Boutih et ceux qui pensent comme lui, tout pourrait changer en France dans le domaine de l'intégration. Il semble que la grande presse, à commencer par Elle, commence à s'en rendre compte.13/06/02


Services déconcentrés ou services ignorés

Certains se sont moqués de l'activité de ludion manifestée par Nicolas Sarkozy, sautant de commissariats en gendarmeries. Ils ont eu tort. De telles visites, il reste bien quelque chose de positif, une meilleure connaissance réciproque, dans l'esprit des fonctionnaires comme dans celui du ministre. Souhaitons que le rythme se poursuive après les élections.

Si nous pouvions nous permettre un conseil au ministre des Finances, Francis Mer, ce serait de faire de même dans ses propres services, en évitant si possible d'être chaperonné par l'Inspection Générale du ministère. Que devient notamment le grand projet de gestion budgétaire et comptable Accord, qui a coûté un nombre respectable de dizaines de millions? On expliquera qu'il vaut mieux éviter de soulever le couvercle de la marmite, ce qu'en termes plus élégants on dit " quieta non movere ". Mais une telle politique finit par faire perdre les élections. 12/06/02


La machine à perdre

Ceux qui s'intéressent à l'approche organiciste des groupes sociaux (i.e. étudier dans le groupe ce qui le rapproche d'un organisme vivant individuel) auront ample matière avec le cas exemplaire de l'équipe de France de football. Comment une entité que tout semblait promettre au succès s'est-elle retrouvée en quelques jours avec le pire des sorts : être éliminée dès le premier tour sans avoir marqué un but. On pourra évoquer la fatigue de nombreux matches, l'âge peut-être trop grand de certains joueurs, les délices de Capoue ayant amolli les énergies. Mais le corps collectif qu'était l'équipe n'a-t-il pas obscurément préféré le suicide à l'affrontement d'une épreuve qu'elle avait franchi une fois un peu par chance et qui lui paraissait trop élevée pour elle ? N'a-t-elle pas été tentée par l'amer jouissance de la défaite absolue, de l'opprobre total plutôt que la marche pénible vers un podium qui se serait dérobé au dernier moment. * N'a-t-elle pas aussi voulu punir ceux, du Président de la République aux sponsors, qui attendaient son succès pour s'en faire de nouveaux tremplins ?

On pourra s'interroger parallèlement sur la véritable allégresse que ressentent, j'en suis persuadé, d'innombrables Français à voir capoter dans la boue ceux qui pendant des mois les avaient humiliés avec leur argent trop facilement gagné, leurs belles femmes, leur présence permanente dans les médias. Pourquoi, moi qui vaut mille fois mieux, n'ai-je pas les mêmes marques de reconnaissance, les mêmes honneurs ? Plutôt périssent l'honneur national, le drapeau et la Marseillaise que les voir menés au triomphe par ceux qui n'ont aucun de mes mérites.

Je n'ai sans doute moi-même pas l'âme aussi noire, mais j'avoue n'être pas mécontent de voir TF1 prendre un petit bouillon à la Bourse, ce mardi noir. 11/06/02

* en me relisant, je m'aperçois que j'aurais presque pu me demander la même chose à propos de l'échec de la gauche plurielle et de ses chefs. Curieuse coïncidence.


Les abstentions

J'avais pour le compte d'Admiroutes, avant le 2e tour des présidentielles, proposé à nos sympathiques lecteurs ce qui nous semblait pouvoir constituer une plate-forme politique capable de mobiliser l'électeur, en le faisant même un peu rêver. Dans notre esprit naïf, cette plate-forme aurait été aussi utile à la droite qu'à la gauche. Disons même qu'à quelques transpositions près, elle pourrait intéresser aussi la plupart des pays européens. On constate en effet dans beaucoup d'entre eux la montée, non seulement des populismes sans envergures, mais de l'abstention. Ceci est la preuve que l'électeur s'intéresse de moins en moins à des horizons programmatiques qui ne se renouvellent pas. http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6005/index.htm#apr

Un mois après, il faut reconnaître que ni la droite ni la gauche n'ont beaucoup mobilisé l'électorat. Le Pen a reculé, c'est une bonne chose, mais cela ne suffit pas. Si la droite, qui a maintenant du temps devant elle, nous propose à nouveau des objectifs ressassés depuis 20 ans, assaisonnés d'un discours "près des gens" qui ne trompera pas longtemps le bon peuple - et si la gauche fait de même, ce qu'elle est bien partie pour faire faute d'hommes et de projets d'envergure, on peut craindre que le désintérêt pour la politique politicienne ne s'aggrave encore, avec les bénéfices qu'en tireront les extrêmes.

Rappelons quand même aux citoyens et militants qui voudraient que des réformes et des objectifs en profondeur soient mis en œuvre qu'ils ne doivent pas tout attendre du personnel politique ni même des Pouvoirs Publics empêtrés dans leurs difficultés quotidiennes. Dans la société de l'information ou nous nous trouvons, avec Internet et bien d 'autres moyens d'expression et d'action, il y a des choses à faire. Soit par des initiatives de terrain, dans le style associatif, mettant en relation ceux qui ont des projets ou des idées et ceux qui n'ont pas encore. Soit par des études théoriques, dont on a bien besoin, essayant de comprendre le monde et d'en tirer des modèles d'action. 10/06/02


Nos bons amis américains

Je citais dans la dernière Gazette la proposition de Bernard Lavarini visant à partager avec les Américains le développement d'un bouclier anti-missile. L'auteur y voyait la possibilité, entre autres, d'apporter des contrats à nos industries de défense. On peut douter cette semaine du réalisme d'une telle perspective, quand on voit la façon dont nos bons amis américains conçoivent le projet JSF (Joint Strike Fighter), sur le mode " tout pour nous, rien pour les autres, sauf s'ils viennent aux ordres ". Dassault et le Rafale français peuvent aller se rhabiller. Mais également l'idée d'un pôle européen indépendant de la défense. L'Europe-puissance est encore un rêve lointain.

On aura remarqué que dans le même temps, sous la pression américaine, après différentes gesticulations, le gouvernement de Corée du Sud a renoncé à faire appel à ce même Dassault 09/06/02


Scream

Le nouveau meurtre provoqué (à Saint Sébastien sur Loire) par le mème de la violence gratuite contre une fille désarmée, qui vient de se produire ce mardi 4, devrait montrer à tous l'actualité de la mémétique. Certes, le mème ne sévit pas chez tout le monde (au moins de cette façon) mais quand il trouve un terrain favorable, il s'exprime. Le psychiatre de service, un certain Serge Tisseron, appelé en consultation sur Fr 2 et Fr 3, n'a dit que des banalités sur ce sujet. Il ignorait évidemment tout de la mémétique et n'a fait que répéter des lieux communs sur les prédispositions de terrain qui rendent certains individus sensibles à certaines scènes.

Le problème n'est pas qu'il existe des faibles d'esprits, violents potentiels. Ceux-ci sont plus nombreux qu'on ne le croît sans doute. Il faut les réprimer s'ils se manifestent. Mais avant cela il faut éviter qu'ils ne se contaminent. Si on se bornait à expliquer, face à une épidémie de grippe, que le virus grippal profite des faiblesses des personnes âgées ou affaiblies, on ne ferait pas grand chose en matière de prévention. Les autorités sanitaires du monde entier s'attaquent directement au virus, en asséchant ses sources ou en luttant contre ses vecteurs.

Or les mèmes, pour reprendre une expression de Brodie, sont bien des virus de l'esprit. S'ils se révèlent nuisibles, incitant à des passages à l'acte meurtriers, il faut s'en prendre à leurs canaux de diffusion d'abord, à leurs sources ensuite. C'est se condamner à l'impuissance, sinon à la complicité, que ne pas vouloir toucher, sous prétexte de liberté de la création et de la diffusion, aux faiseurs et vendeurs de films et vidéos violents qui sont, on le sait bien, seulement motivés par l'esprit de lucre.

Jusqu'où aller dans les interdictions, dira-t-on ? Faut-il condamner aussi, comme commencent à le faire certains Etats rigoristes américains, les scènes de sexe ? Je dirait oui certainement quand il s'agit, sous prétexte de sexe, là encore, d'exalter la violence sexuelle faite aux femmes non consentantes, dans des scènes de viol et de torture. Il y a là des mèmes puissants qui se répandent dans les espaces complaisants de nos consciences et de nos mœurs, où la femme reste un objet, quoiqu'on dise. Que l'on ne s'étonne donc pas des tournantes, des violences conjugales et, plus banalement encore, des violences contre les prostituées y compris mineures pratiquées avec une excellente bonne conscience d'acheteur par les braves bourgeois s'adonnant à cette forme de consommation avant de rentrer chez eux ramener le sida à leurs femmes.

Sans être partisan de la censure à tout-va, je pense que la seule façon d'empêcher que de tels mèmes violents se propagent serait d'interdire la production et la commercialisation des produits où ils se trouvent. On dira qu'avec la mondialisation, ce serait bien inutile. A voir. On interdit bien non sans succès l'apologie du nazisme et de la shoah. On ne concevrait pas non plus, du moins en Occident, d'encourager par des films apologétiques  le mème de l'attentat-suicide. 05/06/02

Sur la mémétique, on relira notre critique du livre de Susan Blackmore, The meme machine. http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/avr/blackmore.html

PS. Pour être objectif, je vous joins une réaction de Cathexie, sur la liste memes-fr où ces questons se discutent

"Pour en venir à la proposition de Jean-Paul (c'est moi), le problème est le suivant : sur 100 ados qui verront un film violent, une dizaine seulement répercuteront cette violence dans leur existence (chiffres aléatoires). Si l'on en tire argument pour légitimer la censure, on peut hélas étendre le raisonnement à beaucoup de choses. Par exemple, sur 100 personnes qui achètent une voiture, il y aura 10 chauffards dangereux ; sur 100 chasseurs, 10 canardeurs alcooliques ; sur 100 adeptes de la boxe thaï, 10 voyous ; sur 100 religieux pieux, 10 intégristes haineux, etc. (De plus, les sociétés sans télévision ne sont pas les moins violentes, tant s'en faut : la violence est inscrite dans la nature humaine, pas seulement dans la culture dominante)

Plutôt que d'interdire les mèmes de la violence gratuite, je suis pour ma part favorable à des contre-mèmes faisant l'éloge de conduites plus nobles, plus intelligentes, etc. Et aussi au renforcement du cadre familial, par responsabilisation des parents : après tout, on peut parfaitement censurer sa propre télévision afin d'interdire certains programmes. C'est aussi à chacun de construire l'environnement mémétique favorable à l'épanouissement mental."


L'accord CNAM-médecins

C'était sûrement nécessaire de relever les honoraires des médecins de ville, comme il sera nécessaire d'ajuster les rémunérations des personnels soignants publics (eh oui). Mais les négociateurs et le gouvernement lui-même se moquent du monde en prétendant que cela pourra être compensé par une modération des prescriptions et l'appel au générique. Quand tout pousse sans aucun mécanisme correctif à l'abus de la consommation médicale et pharmaceutique, l'abus continuera. Nous continuerons à avoir le budget de santé le plus élevé du monde (que les fédérations de médecins ont le toupet de présenter comme le meilleur niveau de soin au monde). Pendant ce temps, on laissera passer tous les trains de la recherche scientifique d'avenir, y compris dans le domaine médical.

Le remède, nous l'avons dit plusieurs fois, serait d'imposer un minimum de contrôle, y compris assisté par l'informatique, aux actes des médecins. Mais ces messieurs affirment et réaffirment haut et fort qu'ils n'en veulent pas - comme s'ils avaient le droit de vouloir ou ne pas vouloir quelque chose qui relève de l'intérêt général public, et non de l'exercice de leur " art ". 04/06/02


Le forum des droits sur l'Internet

Je vous retransmet ce message de Matthieu Lerondeau, chargé de mission au Forum des droits sur Internet:

"Le ministre de la Fonction publique et à la réforme de l'Etat avait confié au Forum des droits sur l'Internet d'organiser le débat public sur le livre blanc remis par la mission présidée par Pierre Truche : "Administration électronique et données personnelles" (http://www.foruminternet.org/activites_evenements/lire.phtml?id=17).
Le forum public ouvert sur ce thème sur le site du Forum (http://www.foruminternet.org/forums/descr.php?f=7) en février est à présent clos, mais le débat continue : le Forum organise en effet une série de rencontres-débats en régions, auxquels participera notamment le sociologue Patrice Flichy, membre de la mission Truche.
Le premier de ces évènements se tiendra le 12 juin à Strasbourg, dans les locaux de l'ENA. Le Forum souhaite en prévenir tous les amis d'Admiroutes de la région, de même que toutes personnes susceptibles d'être intéressées et de vouloir participer à ce débat. Les participants devront à partir de la présente invitation s'inscrire auprès de s.ouzeau@foruminternet.org. " 01/06/02

PS au 15/06: le dossier reste important à suivre, même si la date du I2 juin est dépassée.


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6206/index.htm