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La Gazette N° 60 du 15 mai 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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13 mai
Indépendance de l'Europe et technologies de puissance
, par Jean-Claude Empereur

Le blocnet (index)

Crainte d'un coup d'Etat de l'extrême-droite.

Certains d'entre-nous, à la veille du 2e tour des présidentielles, ont reçu des messages venant de personnes se disant bien-informées, mettant en garde contre la possibilité d'un coup d'Etat émanant des milieux favorables au Front national. Les responsables auraient pu s'appuyer sur les forces de protection et d'intervention du FN, organisées sur le mode para-militaire. Ils auraient pu bénéficier de complicités au sein de l'armée et de la police, comme de l'appui de certains milieux économiques. Le risque pourrait réapparaître lors des législatives.

Cette perspective paraît hautement iréaliste. Nous ne sommes pas dans la situation de la 4e République en mai 1958, quand de Gaulle est revenu au pouvoir en faisant jouer la menace d'une intervention militaire, laquelle était imminente, préparée d'ailleurs avec son accord. L'expérience montre cependant que les démocraties sont toujours fragiles et que rien ne peut les garantir indéfiniment, si elles perdent progressivement le contact avec les citoyens dont elles dépendent. Des évènements jugés absolument peu probables peuvent se produire subitement. On ne doit jamais baisser la garde. 15/05/02


Le libre-arbitre au regard de certaines recherches scientifiques actuelles

La vie politique est essentiellement faite d'injonctions sur le mode de "il faut faire ceci, il faut faire cela". Beaucoup de gens croient encore à l'efficacité d'un tel volontarisme. D'autres en ricanent, persuadés en leur for intérieur que tout est déterminé, et que l'homme n'a aucune marge d'action. On imagine que ce serait une révolution philosophique et politique de première grandeur si la science pouvait nous montrer que le libre-arbitre, ou si l'on préfère, la volonté consciente, indiiividuelle ou collective, correspond à une réalité dans l'organisation des systèmes vivants - le tout évidemment sans faire appel à une quelconque explication divine. Pour discuter de cette perspective, il faut faire un certain effort car le sujet est technique. Mais cela vaut la peine. Vous trouverez un article sur ce sujet, ainsi que d'autres documents, à http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2002/31/conscience.htm 12/05/01


Changer les institutions républicaines. La Convention pour la 6e République

Beaucoup de gens  estiment que la crise politique actuelle en France (si crise il y a) tient à l'inadéquation des institutions politiques. D'où la tentation de changer  de Constitution. Mais changer pour quoi faire? On  pense généralement à renforcer le rôle de l'Assemblée Nationale, au détriment de celui du Président de la République, dont la légitimité démocratique, même dans des conditions normales d'élection, parait moindre. Mais on peut aussi s'interroger sur les représentations locales. Quand on entend dire que, en vue des législatives, la droite retiendrait M. Tibéri et la gauche Mr Mellick, on se tapote le menton, comme dirait le Canard Enchaîné. Par ailleurs, toute réforme de la constitution devrait prendre en priorité en charge le problème de la décentralisation et celui des liens avec une Europe plus ou moins fédérale. Jusqu'où aller dans ces deux directions?

Personnellement, je crois qu'il ne se trouvera jamais de majorité pour décider le moindre changement substantiel. La peur de perdre les avantages acquis et de s'engager dans des aventures incontrôlables l'emportera toujours. On peut cependant discuter d'améliorations.  Ce ne sera pas du temps perdu. A cet égard, le site de la Convention pour la 6e République, inspiré par Arnaud Montebourg, peut donner quelques bonnes idées. http://www.c6r-fr.org/ 12/05/02


Les espaces de débat public citoyen

L'article précédant, L'Internet pour la démocratisation de l'expression politique, concerne essentiellement la mise à disposition des informations  nécessaires aux citoyens et militants politiques pour prendre des décisions ou faire des propositions. Mais nous avons plusieurs fois indiqué qu'il faut en parallèle organiser des débats publics, que ce soit sur des questions d'ordre national ou local. Ces débats, même s'ils paraissent parfois pauvres du fait du manque d'informations à la disposition des personnes qui s'expriment, sont indispensables. On connaît les classiques forums, mais l'expérience montre que les gens ne s'y expriment que de façon sommaire, souvent agressive et raremant en tenant compte des opinions des autres participants.

Il faut donc signaler l'expérience de débats publics organisés, menée à l'initiative de Michel Briand, maire-adjoint de Brest et co-fondateur des réseaux Créatifs (http://www.mairie-brest.fr/cnt/creatif.htm), qui demeurent exemplaires (mais malheureusement encore trop rares en  France) dans le domaine de l'Internet-citoyen. Un article sur le site des Verts de Brest en donne une description, avec de nombreux liens qui méritent d'être étudiés: http://www.verts-brest.infini.fr/Brest-ouVert/article.php?id_article=74

Dans un esprit un peu différent, rappelons l'initiative de Erik Brucker concernant les débats démocratiques déroulants déjà présentée sur le site d'Admiroutes. http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/democratie/ddd.htm Un débat consacré au ferroutage se poursuit actuellement sur le site DDD. Il est intéressant à étudier. Le débat paraîtra à certains trop organisé, mais vu la confusion fréquente des arguments, cette organisation ne parait pas excessive http://dddebate.com/  12/05/02


L'Internet pour la démocratisation de l'expression politique

Suite aux présidentielles, la réflexion sur les disfonctionnements de la vie politique en France montre que les citoyens sont encore très mal informés de la complexité des problèmes à résoudre ou des objectifs et stratégies à poursuivre. Ils sont également privés en général de la possibilité de faire valoir leur opinion sous la forme de critiques ou de propositions. Les rares qui le font ont l'impression de n'être pas entendus par les politiques, faute de pouvoir les atteindre. D'où une coupure certaine entre la France du haut, celle des élus et décideurs, et celle du bas, celle de ceux qui se sont désintéressés de la politique comme celle des électeurs et militants plus engagés, mais qui se sentent impuissants. Il ne faut pas s'étonner dans ces conditions que l'abstention ou le vote protestataire soient si importants.

Or il est évident également que l'Internet, qui pourrait en théorie servir de lieu d'échange et de travail en commun, n'est pas encore utilisé de cette façon en France. Cela tient à deux raisons bien connues. La première est l'ignorance aujourd'hui inexcusable des responsables et partis politiques vis-à-vis des possibilités de ce nouvel outil. Cette ignorance révèle souvent un refus implicite, devant des méthodes qui obligeront à remettre en cause bien des habitudes et privilèges dont bénéficient les détenteurs de la parole " officielle ". La deuxième raison, découlant d'ailleurs de la première, est que les citoyens français ne disposent toujours pas des facilités et de l'expérience leur permettant d'utiliser l'Internet comme moyen d'expression politique quotidienne. En fait, ils en ont été privés par des décisions visant directement ou indirectement à restreindre la connectivité et le déploiement du haut débit à des coûts abordables.

Ceux qui sont convaincus du rôle important que pourrait jouer dorénavant l'Internet dans la vie politique ont le devoir de réagir. Dans l'immédiat, c'est-à-dire avant les élections législatives, il a été proposé de sensibiliser les candidats députés à l'utilisation de la messagerie dans la communication avec leurs électeurs. Ces candidats devraient également faire valoir, dans les " promesses électorales " qu'ils feront, l'engagement de développer ce que l'on appelle " l'Internet-citoyen ". Dans certaines circonscriptions, des militants internautes vont essayer d'en convaincre leurs candidats députés.

Mais il faudrait aller bien au-delà. Qu'ils soient dans la future majorité ou dans la future opposition, les militants internautes devront aider les citoyens à mieux comprendre et mieux utiliser les possibilités de l'Internet-citoyen. Ils peuvent le faire sans attendre, dans l'esprit même de l'Internet.

Il faut pour cela étudier les expériences faites, malheureusement hors de France, autour du concept de cerveau réparti ou global (cf. ci-dessous le Global Brain Project). L'idée en fait est simple et peut être implémentée sans attendre. Il s'agirait de réunir un petit groupe de bénévoles qui prendraient en charge la mise en réseau sur le modèle de l'hypertexte généralisé d'un certain nombre de sites, de documents ou d'outils en accès ouvert, jugés utiles à la prise de conscience et à la prise de parole des citoyens. On y trouverait des choses simples mais pas toujours accessibles, relatives à la vie en société, à la démocratie, à la citoyenneté. Le réseau offrirait aussi une information facilement utilisable sur les grands problèmes de la société actuelle : mondialisation, écologie, tiers-monde, etc. Des boites à outils et outils de prise en mains seraient offerts. Enfin la discussion des décisions à prendre, la réaction aux décisions prises, devraient être organisées.

Beaucoup de tels contenus existent déjà. Il suffirait souvent de faire des liens dessus, sur le mode du portail explicatif. Mais d'autres seraient à organiser, compléter ou traduire de façon à les rendre intelligible. D'où un travail non négligeable, supposant un nombre suffisant de volontaires vraiment motivés.

Par ailleurs la gestion de l'interactivité : accueillir les interventions du public et tenter de leur faire donner une suite utile, recruter de nouveaux animateurs afin de décentraliser de plus en plus et élargir le réseau, constituerait une tâche encore plus difficile.

D'où l'intérêt de s'appuyer sur des groupes de militants politiques convaincus de l'intérêt vital de la démarche face à la montée de l'intolérance et du refus.

Indiquons qu'à terme, des outils plus techniques, du type des agents intelligents de recherche, tels que ceux étudiés dans le cadre du Sémantic web, pourraient être envisagés pour faciliter l'accès des citoyens au réseau. 08/05/02

Notes
Principia cybernetica project
présentation dans Automates Intelligents http://www.automatesintelligents.com/visites/2002/jan/principia.html (en français)
Philosophie http://pespmc1.vub.ac.be/INTRO.html (en anglais)
Présentation générale http://pespmc1.vub.ac.be/NUTSHELL.html (en anglais)
Global Brain Group
présentation dans Automates intelligents http://www.automatesintelligents.com/visites/2002/jan/ulb.html (en français)
Philosophie http://pespmc1.vub.ac.be/GBRAIN-L.html (en anglais)
Le Semantic web http://www.w3.org/2001/sw/ (très technique, en anglais)


Après les présidentielles, autour de quels thèmes renouveler les programmes politiques ?

Il fallait le 5 mai écarter en urgence la menace de l'extrême droite. Les électeurs l'ont fait. Mais les chiffres montrent que cette menace subsiste, prête à reprendre force lors des prochaines consultations électorales. La situation est la même dans de nombreux pays européens. Il faut donc que les partis politiques démocratiques s'attaquent clairement aux causes qui conduisent à cette renaissance incroyable d'idées que l'on pouvait croire définitivement enterrées, dans des pays qui sont dans l'ensemble loin de la détresse économique et politique ayant provoqué la montée du fascisme et du nazisme dans les années 1930.

Mais les ambitions politiques aujourd'hui ne peuvent se limiter à contrer les Le Pen et leurs successeurs. Si l'Europe éprouve des difficultés, celles-ci ne sont rien par rapport à celles du reste du monde, dont nous ne pourrons pas nous désolidariser. Plus globalement, c'est la situation de la planète toute entière qui paraît devenir de plus en plus dangereuse. Les Européens ne peuvent espérer échapper à ces dangers, car la Terre est une. Le modèle libéral de la course au profit et à la consommation-gaspillage menace directement l'environnement terrestre. Il menace aussi la paix mondiale, car les milliards de gens qui en sont exclus ne supporteront pas indéfiniment de le rester. Les partis politiques européens, notamment en France, proche du tiers-monde par de nombreuses raisons historiques, doivent en tenir compte et inscrire dans leurs programmes les mesures permettant aux citoyens de participer à ce que l'on appelle dorénavant le développement durable.

Concrètement, ceci voudrait dire que les programmes politiques des partis républicains devraient, dès aujourd'hui et notamment en vue des élections législatives, marquer une rupture profonde avec ce que furent les thèmes de campagne des présidentielles, attristants par leur manque de hauteur et d'ambition. Les solutions de détail pourraient être un peu différentes selon la droite et la gauche, mais on ne voit pas pourquoi les grands sujets, et l'inspiration générale des propositions, le seraient. En fait, bien que cela paraisse utopique, on peut penser qu'il y aurait là matière à un véritable front républicain, rassemblant les Français contre le nihilisme des extrêmes. A défaut de front républicain, et d'alliances de désistement réciproque, il faudrait que ces sujets deviennent un noyau consensuel pour au moins 4 électeurs sur 5. La cohésion du pays serait à ce prix.

Voici quelques propositions allant dans ce sens. Je tiendrai compte, pour la mise à jour de ce document, comme je le fais chaque fois, de vos objections et propositions, si vous m'en adressez.

Insécurité, intégration, chômage

On admettra volontiers qu'il faut renforcer les mesures de protection des personnes et des biens contre les comportements délictueux, dont beaucoup d'ailleurs ne sont pas à imputer aux " jeunes des banlieues " mais à une criminalité et une violence bien de chez nous. Il existe un accord général sur ce qu'il faudrait faire, y compris évidemment en termes répressifs. Inutile d'y revenir ici.

Mais le cœur du problème est évidemment ailleurs, et beaucoup plus difficile à traiter car il met en cause les réflexes quasi-génétiquement programmés de refus de l'autre. Par ailleurs, les remèdes exigent des mesures de discrimination positive (en faveur de l'intégration) qui ne sont pas dans la tradition de prétendue égalité de tous devant les services publics et la loi.

Il faut accepter l'idée que l'intégration ne se fait pas bien en France (nous n'évoquons pas la situation en Europe, qui ne doit guère être différente). Les maghrébins et les noirs, pour parler clairement, même citoyens français, restent rejetés par une bonne partie de chacun d'entre nous, dans la vie sociale et professionnelle. Leurs enfants sont marginalisés par le système scolaire et universitaire. Ils sont les victimes privilégiées du chômage ou de l'emploi non qualifié. Ils sont repoussés dans les quartiers urbains périphériques. Ils sont victimes d'une violence symbolique permanente. Il ne faut pas s'étonner dans ces conditions qu'une petite minorité d'entre eux soient atteints de comportements déviants compensatoires : fuite dans la drogue, trafics délictueux, retour au tribalisme et à des réflexes de groupes agressifs, incivilités et violences.

Comment faire pour changer cela ? Il faudra admettre qu'une immigration raisonnable, assortie de mesures très fortes d'intégration, constitue une exigence de survie pour le pays, d'abord en termes économiques vu la diminution prévisible du nombre des actifs, mais aussi pour la nécessaire diversité culturelle, afin d'éviter l'enfermement sur soi-même et sur un vieux fonds d'égoïsme qui serait suicidaire. Ceux qui ont participé aux immenses manifestations du Ier mai ont concrètement ressentie la fraternité qui soudait ces foules, au delà de la couleur de la peau. Ce sont des expériences qui restent.

Mais l'intégration des exclus d'aujourd'hui, comme des futurs immigrés, suppose des investissements considérables, à la mesure d'ailleurs des bénéfices qu'elle apportera à la nation. La première urgence concerne l'emploi. Il faut créer artificiellement des emplois en s'affranchissant momentanément du libéralisme économique, avec d'importantes contributions des fonds publics. Ces emplois seront réservés en priorité aux personnes à intégrer, en commençant par les femmes. Les activités correspondantes viseront des domaines rentables à terme : la réhabilitation de l'habitat, le développement des énergies nouvelles, les technologies de l'information, l'animation sociale et finalement l'éducation et la formation professionnelle.

Parallèlement tous les exclus actuels de l'éducation nationale et de la formation professionnelle, ainsi le plus souvent possible que leurs parents, se verront donner de nouvelles chances dans des établissements d'enseignements à statut spécial travaillant au sein même des quartiers en difficulté, en liaison avec les autres administrations étatiques et locales. Ces établissements et leurs personnels bénéficieront de facilités hors normes par rapport à ceux n'affrontant pas les mêmes contraintes.

Des actions de co-développement utilisant notamment les réseaux de télé-formation et de télé-santé seront en contrepartie mis en place au bénéfice des pays d'immigration, pour aider à y fixer les populations.

Il faut préciser que la lutte pour l'intégration (et contre la désintégration) doit viser aussi les nombreuses victimes de la fracture culturelle et numérique, qui se rencontreront de plus en plus dans la France profonde traditionnelle : ceux que l'on appelle parfois les petits-blancs, et qui ont donné à Le Pen semble-t-il l'essentiel de son soutien récent. Là encore des actions devront être entreprises, car de ces milieux viendront dans quelques temps les oppositions les plus virulentes à la démocratie et à l'intelligence commune (comme on le voit aux Etats-Unis).

Mondialisation. Développement durable

La gauche a en partie perdu les élections présidentielles parce qu'elle a donné l'impression de flotter entre les anti-mondialisateurs et ceux acceptant la mondialisation néo-libérale sous domination américaine, avec les dégâts humains et environnementaux que celle-ci produira de plus en plus. L'opposition n'a guère fait mieux, au contraire.

Il fallait réaliser un effort considérable de pédagogie, montrant les aspects multiples et complexes du phénomène de la mondialisation, dont d'indéniables aspects positifs. Mais il fallait aussi engager des actions concrètes pour offrir aux victimes de la mondialisation libérale des perspectives leur donnant la possibilité de se reconvertir au service d'une réorientation humaniste de la mondialisation, remettant en cause notamment le modèle consommation-gaspillage destructeur de l'environnement appliqué par l'Occident, évoqué ci-dessus. Par ailleurs, sans tomber dans l'anti-américanisme systématique, il fallait admettre que la plupart des effets négatifs de la mondialisation résultent de la domination qu'y exerce à son profit la super-puissance économique et politique américaine, à l'encontre de laquelle seule l'Union Européenne est en mesure d'offrir des alternatives.

Le rééquilibrage suppose d'abord le renforcement de cette Union européenne, notamment au plan politique (Europe-puissance). Ceci permettra d'utiliser le marché unique et l'euro à des actions trans-européennes d'investissements structurels à long terme contribuant à la protection de l'environnement, à l'emploi et à la coopération avec le tiers monde. Rien n'empêche d'engager au plan national les premiers chantiers de cette future Europe.

On citera en particulier la généralisation du ferroutage et d'un transport maritime sécurisé, le développement systématique des énergies renouvelables, une meilleure maîtrise du nucléaire, la reconversion de l'agriculture vers des techniques moins productivistes et polluantes, etc.

On mettra aussi dans cette rubrique l'immense domaine actuellement en jachère des sciences et des techniques, aussi bien au plan de la recherche fondamentale que des développements et des applications : technologies de l'information et intelligence artificielle, bio-technologies, espace notamment. On y ajoutera sans hésiter les technologies duales d'application militaire et civile, sans lesquelles il n'est pas de puissance face aux autres grands de ce monde.

La coopération avec le tiers-monde, sur le mode ouvert et en réseau de l'Open-source, sera pratiquée dans ceux de ces domaines pouvant se traduire sans risques par des transferts de compétences et de technologies. Il s'agira d'arrimer à l'Europe une part croissante de l'Europe de l'Est, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique Latine.

La construction Européenne

Les représentants de l'exécutif (Président de la République et gouvernement) ont commis l'immense faute (je pèse mes mots) au regard de l'histoire de n'avoir pas fait valoir les grands avantages déjà acquis de la participation à l'Union Européenne. Plus grave encore, ils n'ont pas su proposer d'amplifier encore ces avantages par de nouvelles conquêtes économiques, sociales et politiques de l'Union, supposant un engagement de tous les instants des forces vives de la nation. Au contraire le thème de l'Europe a été systématiquement évité, comme s'il était honteux ou, plus exactement, comme si la France était seule au monde. Cette dernière illusion ne pouvait qu'accentuer les dérives des souverainistes, sans parler de ce véritable attentat à l'intelligence qu'est l'europhobie d'un Le Pen.

Comment rassembler les citoyens pour les législatives ? Il faudra situer les programmes de relance économique et sociale évoqués ci-dessus en les plaçant systématiquement dans la perspective d'une France forte au sein d'une Europe-puissance. Pour cela, la France ne doit pas attendre les consensus de tous les Etats européens. Elle doit donner l'exemple par ses propres investissements, ses propres sacrifices, ses propres enthousiasmes. Il est certain alors qu'elle sera suivie par les autres, ne fut-ce que parce que ceux-ci ne voudront pas nous laisser le monopole du courage et de l'audace.

Parallèlement, dès le début, la France devra multiplier les actions diplomatiques auprès de l'Union Européenne, de la Commission Giscard et des autres gouvernements, ainsi que les initiatives politiques, dans le sens général d'une marche vers un fédéralisme adapté aux spécificités européennes.

On ajoutera aux actions évoquées ci-dessus les nombreuses initiatives à prendre dans le champ de la culture, avec les représentants de la société civile, dans la perspective de ce que l'on pourrait appeler une exception culturelle européenne favorisant le multiculturalisme de chacun des Etats et des grandes régions européennes, en dialogue avec les cultures non-européennes.

Réforme de l'Etat

Il est certain que la gauche n'a pas osé entreprendre la réforme de l'Etat, et ce faisant lutter contre les groupes de pression et corporatismes qui s'appuient sur l'Etat pour empêcher toute évolution. Il n'est pas sûr que cette défaillance grave à ce qui était un devoir national ait été ressentie par les électeurs, dont peu il faut le craindre en voyaient l'intérêt. Elle a retiré cependant à M. Jospin l'estime de ceux qui mettent le courage politique au premier rang des vertus d'un homme d'Etat.

La réforme de l'Etat peut s'entendre de différentes façons : réforme des institutions politiques, accroissement de la décentralisation, réforme des administrations. C'est indéniablement dans ce dernier domaine qu'étaient les plus grandes urgences. Il ne s'agissait pas de remettre en cause les fondements du service public à la française, qui a beaucoup de mérite, mais de faire évoluer des pesanteurs et blocages devenus insupportables.

Il faudra demain, là encore, un grand effort de pédagogie, en expliquant aux citoyens comme aux fonctionnaires que la modernisation des administrations et du service public sera gagnant-gagnant. Les objectifs et les modalités des réformes ont été étudiés depuis longtemps. Le passage à l'acte ne demande que du courage politique. On travaillera globalement à effectifs constants. Les technologies de l'information et le travail en réseau, la déconcentration, la coopération et l'initiative locale, la coopération avec le secteur associatif citoyen apporteront les moyens et la souplesse nécessaire. Tous les secteurs administratifs devront être abordés, y compris l'éducation nationale et l'administration de la justice, ainsi que l'hôpital. On pourrait envisager de lancer dans les meilleurs délais, à titre pédagogique, des Etats-Généraux de la réforme administrative permettant de préciser les besoins et les ressources, les modalités pratiques de simplification des procédures et d'amélioration des services rendus, les nouvelles relations avec les entreprises et les personnes.

On notera qu'une partie importante des nouvelles tâches proposées précédemment supposeront la participation d'administrations efficaces et démocratiques, coopérant avec le secteur associatif et les citoyens. Rien ne serait possible sans les réformes administratives qui viennent d'être évoquées.

Ressources économiques et budgétaires

Terminons par un sujet difficile, supposant là encore d'aller à l'encontre de la pensée unique réunie de la gauche et de la droite. Nous sommes en fait un peu dans la situation de l'Europe et des Etats-Unis suite à la crise de 1929, qui s'enfonçaient dans le chômage avant d'avoir découvert la pensée keynésienne. Nous vivons encore dans l'idée que le risque majeur est l'inflation, alors que les ressources humaines et matérielles inemployées abondent en Europe et en France - alors aussi et surtout que le niveau de ces ressources dépend beaucoup de l'enthousiasme des individus et des PME à participer à de grands projets. La politique des 35 heures obligatoires a été psychologiquement néfaste à cet égard, comme le refus de permettre l'allongement à la carte de la durée du travail, y compris jusqu'à 70 ans pour les volontaires.

Il est certain que le cadre du Traité de Maëstricht limite actuellement les initiatives nationales. Mais il fallait, dès le succès du passage à l'euro assuré, mener campagne pour desserrer ces contraintes - non pas en sortant de l'Europe, mais en convainquant nos partenaires d'accepter de nouvelles modalités de gestion financière, proches si l'on peut dire de ce que serait une économie de guerre : faire financer par l'emprunt et par une inflation limitée les dépenses d'investissements à long terme, rentables elles-aussi sur le long terme. C'est d'ailleurs ce que font, sous des formes un peu différentes, et avec le succès que l'on sait, les Etats-Unis pour assurer leur croissance technologique et leurs dépenses militaires.

Il faudra, là encore, au nouveau gouvernement beaucoup d'audace assortie d'un grand effort de pédagogie. On proposera aussi bien au plan français qu'au plan européen et international, des programmes pluriannuels décennaux voire trentenaires définissant les équilibres entre dépenses et retours sur investissements dans les différents domaines indiqués ci-dessus. Il ne s'agira pas de rechercher des équilibres strictement monétaires, mais d'équilibrer à tous moments les consommations et les ressources, en termes humains, énergétiques et plus généralement physiques. C'est cet équilibre et lui seul qui permet d'éviter les dégâts d'une inflation véritable, l'euro nous garantissant en grande partie contre la spéculation des détenteurs de dollars et de yens.

A partir de ces bases prévisionnelles, et si un consensus politique minimum s'ensuit, on engagera dans les meilleurs délais la collecte des épargnes disponibles, notamment par de grands emprunts garantis par l'Etat. Certaines mesures d'indexation, par exemple des pensions et retraites, permettront si besoin de rassurer les retraités et épargnants. 05/05/02

Oui, mais

Reste à voir qui pourra décider, ou seulement débattre de tout cela. Pour le moment, ni la gauche ni la droite, ne semblent en train d'en prendre le chemin.13/05/02

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-6005/index.htm