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La Gazette N° 59 du 1er mai 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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. Mobilisation pour le vote Chirac au 2e tour et pour préparer les législatives

Bonjour à tous. Cette lettre a beaucoup d'abonnés. Je ne sais évidemment pas quelles sont leurs opinions politiques. Jusqu'ici, par respect pour la diversité, je m'étais tenu à la marge des engagements marqués. Depuis le 21 avril et le risque d'une France basculant dans l'extrême droite, avec un Le Pen président, je pense qu'il n'est plus temps de le faire. Voici donc mon point de vue sans nuances.

Dans l'immédiat, c'est-à-dire pour le 2e tour du 5 mai, je voterai évidemment Chirac. Ce n'était pas mon candidat, mais le temps n'est plus aux subtilités. Si Jacques Chirac l'emporte avec une très large majorité, ce sera compris comme un référendum pour la démocratie, qui en a bien besoin.

Or contrairement aux prévisions à nouveau trompeuses des instituts de sondage, rien ne garantit que Le Pen ne l'emporte pas. C'est un processus que la France a bien connu (et pas seulement l'Italie ou l'Allemagne de l'entre-deux guerres). Adolescent dans les années cinquante, j'en ressentais encore la honte d'être français, par comparaison avec la vaillance britannique pendant la guerre. On commence à soutenir Pétain, puis l'armistice puis la collaboration avec l'Allemagne nazie, et la très grande partie du pays se retrouve dans l'ignominie. En 1943 les résistants et gaullistes n'étaient qu'une petite minorité, les autres, élites et peuple réunis, avaient basculé avec de très bons arguments démocratiques et une excellente bonne conscience du côté de Vichy, c'est-à-dire de Hitler.

Aujourd'hui on voit déjà se profiler clairement ceux qui dans quelques jours - y compris et surtout chez les " élites ", rallieront la dictature, toujours avec de bons arguments démocratiques. On ne doit pas dire qu'il ne faut pas diaboliser les électeurs de Le Pen. Il faut le faire au contraire. Ces gens représentent la France de tous les abandons, de toutes les lâchetés mais bientôt aussi de toutes les dénonciations entre voisins, de tous les sadismes acceptés. C'est plus que la France moisie, c'est la France cruelle et impitoyable de tous les égoïsmes. Nous en faisons tous partie, si nous laissons parler en nous le côté le plus bas.

La seule France dont on puisse être encore fier, aujourd'hui, c'est celle de ces filles et garçons, même pas encore électeurs, qui descendent dans la rue avec un bandeau sur le front affichant leur honte d'être français. Ils ont l'âge des trop rares lycéens et étudiants qui prenaient les maquis en 42/43, et qui pour beaucoup y sont morts. Merci à eux.

Il faut donc que Le Pen, ses sbires et ses idées fassent un score ridicule le 5 mai, et que le diable rentre dans sa boite pour n'en plus sortir. Mais c'est, répétons-le, loin d'être joué.

Ceci dit, il faut aussi préparer les législatives, autrement qu'avec des arguments à la petite semaine.

Nous l'avons dit plusieurs fois dans cette Gazette, comme dans Automates-Intelligents, il faut présenter aux électeurs de grandes ambitions, qui puissent faire rêver et mobiliser. Il faut se placer pour cela dans la perspective européenne, alors d'ailleurs que menacent chez nos voisins les mêmes risques d'extrême droite. Il faut dire : " Votez pour nous, et nous utiliserons cette grande idée qu'est l'Europe et cette autre qu'est l'euro pour défendre au sein de la construction européenne de grands projets européens. Nous ferons changer les institutions monétaires si celles-ci nous privent de toutes possibilités d'initiative, avec le respect imbécile de la limite à 3% du déficit budgétaire. En attendant, commençons chez nous à engager de grands projets qui supposent des investissements à long terme garantis par les Etats, remboursables sur 20 ans, le temps qu'ils deviennent rentables".

Les domaines ne manquent pas : généralisation du ferroutage transeuropéen, développement des énergies renouvelables et des économies d'énergie, réhabilitation des quartiers urbains à l'abandon avec la participation de leurs habitants, généralisation de l'enseignement et de la formation professionnelle en réseau, relance de la politique spatiale et surtout relance généralisée de la recherche scientifique fondamentale et appliquée. Cette dernière doit impliquer de plus en plus de PME et individus, chez nous mais aussi dans les pays du tiers-monde, sur le mode du co-développement. Personnellement j'ajouterais relance aussi d'une politique de défense européenne commune dotée des moyens technologiques les plus efficaces.

On peut ajouter que pour tout ceci, Internet doit devenir un réseau ne servant pas seulement à échanger des informations et des opinions, mais à rassembler ceux qui voudront travailler en Open source (sur le modèle non commercial du Linux des origines) à développer des projets ouverts à tous les citoyens du monde.

Il n'y a pas de raisons que, menacés d'ignominie, les démocrates ne puissent en quelques semaines s'entendre pour présenter aux électeurs de telles ambitions, et toutes autres qu'il leur plaira d'ajouter. Alors là la France pourra reprendre sa place en Europe et dans le monde, place qu'elle vient, moralement, de perdre.

Jean-Paul Baquiast
24/04/02

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-5905/index.htm