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La Gazette N° 52 du 15 janvier 2002

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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10 janvier
Elections. Pour une vision politique de l'Internet et des STIC par Jean-Paul Baquiast

Le blocnet (index)

cette quinzaine:

Autrans

On trouvera sur le site de l'Internet société France (ISOC france) les comptes-rendus des travaux d'Autrans 2002, ce haut lieu de l'Internet national et européen. http://www.isocfrance.org/ et http://hautdebit.isocfrance.org/ 13/01/02


Contre les monopoles technologiques

Source AFP: ( 10 janvier 2002 ) "Quatre experts reconnus du Web ont annoncé officiellement jeudi, lors des Rencontres d'Internet d'Autrans, la création en France d'un Comité d'étude des monopoles informatiques avec en ligne de mire Microsoft mais aussi France Télécom ou AOL-Time Warner.

Baptisé «Comité d'étude sur les impacts économiques et sociétaux des monopoles sur les standards», cette organisation entend «apporter aux responsables politiques les éléments réunis par des experts indépendants», a expliqué l'avocat Olivier Iteanu, l'un de ses ses membres fondateurs.

Les trois autres sont Eric Brousseau, professeur d'économie à l'université Paris X, Paul Soriano, président de l'Institut de recherches et prospective postales (IREPP), et Bernard Lang, directeur de recherche à l'Institut national de recherche en informatique et automatique (INRIA).

«On nous avait promis, lors de l'avènement d'Internet, des «start-up» et des petites structures et l'on voit émerger une économie d'oligopoles», a souligné Olivier Iteanu, également président de l'Internet Society France (ISOC France), lors d'un point de presse.

«Ces questions ont dépassé le stade juridique pour atteindre une dimension politique et gouvernementale comme le montre parfaitement l'enlisement du procès Microsoft aux États-Unis», a-t-il enchaîné, dénonçant «une régulation invisible de la société de l'information au travers de l'appropriation de standards informatiques par des organisations privées».

Olivier Iteanu a précisé avoir été «alerté par un grand nombre d'éditeurs de logiciels» qui souffrent du poids de Microsoft mais aussi par les grandes entreprises utilisatrices.

Le champ d'action du Comité, qui a «vocation à s'internationaliser», dépasse «largement celui des organisations de défense des logiciels libres», a-t-il encore expliqué. "

Il est intéressant de constater qu'un (trop) obscur film américain, Antitrust, de Peter Howitt (disponible en cassette) a mis en scène de façon réaliste une société du type de Microsoft, avec un sosie de Bill Gates plus vrai que nature, qui n'hésite pas à assassiner pour étrangler la concurrence. Il y a des assassinats plus soft qui n'en sont pas moins redoutables, dans la vie réelle. Synopsis: ": Milo is an idealistic young computer genius with an artist girlfriend and a golden future. He's about to launch a start-up company with his friend Teddy, when he's recruited by NURV, a multi-billion dollar corporation, run by his professional hero, Gary Winston. When Winston takes a personal interest in Milo, he soon caught up in the exciting challenge of realizing Winston's vision. Winston is an inspired mentor and no problem remains unsolved for long, but new developments are brought to Milo with such speed and frequency, he begins to doubt their source. Tragedy strikes and Milo's doubts become suspicions. It looks as if the company will stop at nothing to win. He investigates and the consequences become more and more unnerving, until there is no one left to trust and this twenty-first century David stands alone against Goliath." Intéressant, non? 13/01/02


Les coûts de la santé

Il est certain que la consultation des médecins de ville conventionnée est ridiculement peu payée. Mais comme augmenter le tarif supposerait de prendre de l'argent ailleurs, dans un budget social jugé déjà trop lourd, au regard des prestations qu'il offre, la vaste réforme consistant à évaluer de façon systématique et comparable l'ensemble des coûts et des prestations semble plus que jamais indispensable. Malheureusement, personne n'en veut, car évaluer serait inévitablement, et heureusement, un premier pas vers l'imposition d'arbitrages. Pour prendre un exemple simple, si personne ne sait qu'un médecin prescrit des médicaments inutilement coûteux, ou qu'un malade va voir trois praticiens de suite pour la même affection, nul ne pourra jamais colmater les fuites.

L'informatique permettrait tout cela, sans imposer une charge bureaucratique excessive aux professionnels de santé. Mais ils prétendent le contraire. On comprend pourquoi. Quand est-ce qu'un gouvernement abordera enfin ces questions sérieusement? Après les élections? 13/01/02


Livres politiques

Signalons la petite librairie politique de nos amis d'Adminet, où on trouvera bien chaussure à son pied en ces temps rpéélectoraux http://www.scrutin.org/librairie.html 13/01/02


Les tribus

Certains sociologues américains prétendent que les prisons de ce pays ont un effet catastrophiques pour la réactivation des phénomènes de tribalisme avec constitution de bandes dures sous des chefs tyranniques. Par imitation, les jeunes, ayant ou non fréquenté ces établissement, exportent de telles pratiques dans les banlieues. Chacun sait que le phénomène de la bande est presque inhérent aux sociétés humaines. Il est hérité de la vie animale. Si l'individu est seul, il meurt. Mais faut-il dans les sociétés se prétendant évoluées que les bandes soient hyper-violentes et s'alimentent de guerres interminables entre rivales ?

Les éducateurs sociaux avaient rêvé de sublimer le phénomène en transportant les affrontements sur le terrain sportif. Certains pensent maintenant à la compétition sur le plan de la création et de la production de biens artistiques et économiques. Les TIC pourraient évidemment jouer un rôle utile dans cette perspective. Il faut partir de l'idée que les comportements tribaux et de soumission à des chefs sont d'origine génétique c'est-à-dire profondément ancrés. Ils sont aussi constamment réactivés par le chômage et la non-insertion. Il devrait quand même être possible, en y mettant l'intelligence et les moyens nécessaires, de désactiver de tels réflexes, en les ramenant aux normes d'une honnête camaraderie. Voir aussi ci-dessous  13/01/02


Internet au travail

Télérama du 11 janvier 2002 présente Jean-Emmanuel Ray, auteur d'un ouvrage intitulé "Le droit du travail à l'épreuve des NTIC" , Editions Liaisons. Ce livre étudie les différents aspects, juridiques mais aussi sociologiques, découlant de la généralisation des relations par Internet entre l'entreprise, ses salariés et les tiers. Il s'agit manifestement d'une lame de fond qui bouleverse déjà beaucoup de certitudes et de protections. Dans l'interview, l'auteur insiste sur l'interpénétration de la vie privée et de la vie professionnelle dans les entreprises soumises (laquelle ne l'est pas?) à la pression de la concurrence. Les personnels sont irrésistiblement entraînés à rester branchés avec l'entreprise, par le téléphone portable ou le micro portable, quasiment 24h/24. Certaines administrations commencent à connaître aussi ce phénomène. On peut vouloir réagir, mais le problème est qu'en fait les intéressés ne tiennent pas véritablement à être "protégés" par des textes qui ne seront pas applicables et dont ils ne veulent peut-être même pas dans leur for intérieur.

On peut se demander si, plutôt que vouloir lutter contre une évolution qui parait irrésistible, il ne vaudrait pas mieux reconfigurer totalement sa vie publique et privée autour du concept de multi-traitement. Après tout, qui a dit qu'une personne normalement constituée ne pouvait pas se partager entre plusieurs activités simultanées? 12/01/02

Voir aussi le n° spécial de Droit social Janvier 2002 http://www.editecom.com/pages/droit-social.html
Dans un tout autre esprit, on pourra visiter Teleworks 2001, 8e congrès européen sur le télétravail http://www.telework2001.fi/


Wi-FI

Extrait d'un communiqué de Hervé Rannou:

"Connu également sous sa nomenclature standard 802.11b (www.ieee802.org ), le Wi-Fi (Wireless Fidelity) est un standard de communication hertzienne à 2,4Ghz, qui permet d'échanger à 11Mbps sur 200 mètres (nettement moins avec des obstacles) entre une antenne émettrice et un terminal (Micro, PDA) équipé d'une antenne réceptrice. L'antenne émettrice est branchée en amont sur une liaison Internet d'un débit suffisant, et permet ainsi à tous les terminaux d'accéder au Web. Normalement, ne peuvent communiquer avec l'antenne émettrice, que les terminaux ayant déclaré un identifiant commun. Très utile dans les bureaux ou de plus en plus chez soi, l'antenne émettrice pourra aussi bénéficier à tout terminal récepteur, lorsqu'il se trouvera dans la cellule de couverture pour autant qu'il dispose de l'identifiant.

Des communautés "free" se sont emparées de cette technologie. Il leur a suffit alors de déclarer que chaque membre de la communauté allait installer des antennes avec l'identifiant "ANY" pour que n'importe quel utilisateur jouisse avec son portable d'un accès "gratuit" à Internet. Ces communautés se sont multipliées ( www.personaltelco.net/index.cgi/WirelessCommunities ). Mais d'autres ont pris la main. Ce qu'on appelle les Hot Spots sont apparus un peu partout : campus universitaires (ex http://www.columbia.edu/acis/networks/wireless/ ; … , aéroports (http://www.sita.int/industries/airport/infrastructure/airportconnectwireless.asp ), librairies …

On peut donc imaginer que les HotSpots vont être à terme suffisamment nombreux pour qu'un utilisateur nomade trouve toujours un endroit d'où il pourra se connecter. Des sites internet donnent sur les villes les endroits où Wi-Fi est accessible. On voit naturellement le danger pour l'UMTS. La cible de clientèle visée est la même et l'usage multimédia qu'on imagine normalement dans le cas de l'UMTS devrait nécessiter dans la plupart des cas, de s'arrêter physiquement quelque-part. Les licences UMTS qui étaient déjà mal en point se voient encore attaquées par une technologie nouvelle et dont l'avènement n'avait été prévu par quiconque. Comme l'affirme le Gartner Goup, Wi-Fi pourrait bien être à plus d'un titre la "Killer application" (http://www4.gartner.com/DisplayDocument?doc_cd=97856 ).

C'est parce que Bluetooth utilise la même fréquence que celle-ci a été ouverte en France pour une puissance limitée. Celle-ci permet normalement de couvrir seulement une dizaine de mètres environ et le nombre de canaux est limité. Ce faisant, les industriels qui avaient développé leur système Wi-Fi sur la même bande de fréquence se sont engouffrés dans la brèche pour commercialiser leurs systèmes. A vrai dire, ils ne préoccupent pas réellement de savoir si leurs systèmes respectent la limitation de puissance. Un équipement complet avec routeur intégré (pour partager une connexion ADSL à plusieurs terminaux) peut être acheté € 700 (carte PC comprise, la carte seule étant à € 200). Sur le routeur, il est marqué "Tested to comply with FCC standards". Autrement dit, ils ne sont pas adaptés à la réglementation française.

L'ART a décidé de faire une consultation publique sur le sujet (http://www.art-telecom.fr/publications/index-rlan.htm ). Mais tout va très vite. De nouvelles normes apparaissent comme c'est le cas avec le 802.11a à 5Ghz avec un débit de 54Mbps. Les équipements se multiplient et les problèmes rencontrés (Qualité de service, sécurité, …) trouvent peu à peu des réponses . On peut s'interroger d'ailleurs sur la légitimité d'un consultation sur un type de modulation de fréquence qui est justement prévu pour être non réglementé. Peu importe, il n'est pas du tout certain qu'il soit simple pour le régulateur de résister à une généralisation mondiale de ce type de système.

Il reste qu'effectivement, de nombreux problèmes se posent. Si la modulation de fréquence utilisée n'est pas réglementée, c'est parce que justement, on ne sait pas gérer de qualité de service. La qualité se dégrade très vite en fonction des obstacles (cloisons) … Enfin, si on voit l'intérêt de tout cela pour des communautés ou des points publics ou semi-publics, on ne sait pas encore construire un modèle économique viable de tout cela. On compte qu'il faut environ € 100 millions pour lancer une réelle activité nationale. Ce n'est peut-être pas très cher si on compare cela avec des budgets de réseaux d'opérateurs. C'en est même ridicule par rapport à l'investissement nécessaire à un réseau UMTS qui vaut € 5 milliards. Pourtant, on ne sait pas très bien rentabiliser ces € 100 millions. Alors que faire ? Les opérateurs ne pourront pas rester absents de ce nouveau champ d'activité et se trouvent d'ores et déjà confrontés à la nécessité de trouver au niveau technologique et économique, la manière la plus intelligente de regrouper tout cela.

Pour les collectivités, cela pourrait constituer une nouvelle ouverture. La aussi les initiatives se multiplient. En Caroline du Nord, le gouverneur a été jusqu'à lancer le "Governor’s Rural Internet Access Authority" (http://www.ncruralcenter.org/internet/ ). Une petite ville de Catalogne (env 3000 hab) est reliée en mode Hertzien à une ville plus grande qui est à un dizaine de kilomètres. Une fibre d'un kilomètre est ensuite installée dans la ville et il est prévu d'installer de petites antennes Wi-Fi le long de cette fibre. La ville de Kista en banlieue de Stockholm est associé avec l'Université dans un projet de ce type. La Nouvelle Zelande semblent également très en point sur ce même sujet (http://www.wi-fi.net.nz/rural_wi-fi.htm ).

Le Wi-Fi n'est certainement pas la nouvelle réponse miracle au raccordement au Haut Débit. Mais ce qui se passe porte en germe au niveau technologique ou à celui du modèle économique, quelque chose de délibérément nouveau."12/01/02

Wireless.org: http://www.wireless-fr.org/index.htm


Glands

Notre confrère VSD vient d'annoncer l'attribution de ses Glands, lesquels résultent, si nous avons bien compris, de la consultation des lecteurs. Dans le domaine politique, retenons le palmares suivant: : Gland d'or, Alain Lipietz ; Gland d'argent, Philippe Séguin ; Gland de bronze, François Bayrou. Pourquoi sont-ils si méchants? http://www.vsd.fr/contenu_editorial/pages/site_web/rub_actu/glandsdor/glands.php 05/01/02


Zéro morts militaires, combien de morts civils ?

Lors d'un débat concernant la défense, sur France Culture (05/01) il a été justement rappelé que plus une armée devient inaccessible, par la sophistication de ses armements, plus ses adversaires sont tentés de s'en prendre aux civils, par l'action terroriste. La leçon est à méditer, par les Américains comme par les Israéliens, mais aussi par nous tous. Il y aurait une espèce de vases communicants à l'œuvre dans les affrontements, qu'ils soient armés ou économiques. Jamais les dominants ne s'en tireront uniquement par la force. 05/01/02


Exclusion et insertion

Les incendies de voitures et autres "incivilités" du Nouvel An continuent à juste titre d'occuper les esprits. Des débats indispensables mais pas toujours neufs sur l'exclusion et l'insertion en découlent dans les médias.

Dans le même temps, certains journalistes, dont Jean-François Kahn, attirent notre attention sur le fait que l'apparent triomphe américain sur Ben Laden n'enlève rien, au contraire, à la haine du tiers-monde à l'égard d'un Occident qui continue à ne rien partager des richesses du monde.

Est-ce faire montre d'angélisme que rapprocher les deux problèmes, pour leur suggérer une réponse commune ? Si les " possédants " ou " favorisés " ne comprennent pas qu'il est vital pour eux d'offrir de vraies perspectives de croissance et de rapprochement (sinon d'intégration) aux exclus de ce monde, il est probable que le système dont ils bénéficient s'effondrera, que ce soit sous les coups du terrorisme ou autrement (on n'a pas fait encore l'inventaire, à cet égard, de la façon dont les exclus peuvent détruire le système excluant).

Pour ce qui concerne les "ghettos urbains ", problème européen et pas seulement français, il semble indiscutable que, tant que les collectivités publiques, Etat en tête, n'engageront pas des solutions de grande ampleur, le mal ne fera que s'accroître. En simplifiant beaucoup, on devrait admettre que l'objectif principal devrait être de fournir des emplois durables à tous les jeunes sans emploi et qui se jugent sans avenir. Pour cela, il faudrait les charger de deux vastes chantiers de reconstruction, celui de l'environnement urbain (abattre les tours et les remplacer par autre chose) et celui du milieu culturel (alphabétiser et instruire les adultes y compris avec les TIC). Les emplois ainsi créés, vu l'ampleur du problème, pourraient devenir de véritables métiers. Par ailleurs, ils devraient vite déboucher sur des qualifications trouvant usage dans l'ensemble de la société, qui en a bien besoin, même chez les " non-démunis ".

Belle affaire, direz-vous, mais qui paiera ? Réponse : nous tous. C'est par l'impôt et d'autres types de prélèvement sur les favorisés que de tels investissements doivent être amorcés. Il en résultera une certaine diminution des possibilités de consommation desdits favorisés, mais si c'est là une condition indispensable pour éviter l'effondrement à terme du système actuel, on peut penser que les gens raisonnables accepteront un tel sacrifice, d'ailleurs léger.

Mais l'affaire ne peut être décidée que dans le cadre européen, puisqu'elle imposera une révision des critères dits de Maastricht qui limitent à 3% du budget le déficit autorisé. Il s'agira d'un investissement public à long terme, qui devra être amorti dans le cadre d'une politique commune, qui serait d'ailleurs un complément intéressant à la mise en place de la monnaie unique dans l'Euroland.

Quant au tiers-monde, il faudrait que, dans le cadre des institutions internationales, des mesures de même nature soient envisagées par les pays riches, ceux dits du G8. La question est infiniment plus complexe, mais ne peut être séparée de celle de nos banlieues. Si l'Europe améliore le statut de ses propres exclus, elle ne pourrait pas faire face en effet à l'afflux des émigrés ne trouvant pas chez eux la possibilité de s'investir au profit de leur propre développement. 05/01.02*

* sur un thème voisin, on a pu lire dans Le Monde du 23 novembre, p. 17 : La victoire d'Oussama ben Laden, de Farhad Khosrokhavar


Mise en place de l'euro et absence de la France

Les partisans de l'Europe ne peuvent que se réjouir des bonnes conditions dans lesquelles l'euro a été mis en place. Il semble qu'un véritable sentiment d'appartenance et de fierté collective ait été partagé par des millions de citoyens de l'euroland. Chose intéressante à étudier au demeurant, qui va bien au-delà de la commodité monétaire. On ne peut que regretter l'absence totale de nos dirigeants, comme de la diplomatie française, à cette occasion - sauf Laurent Fabius, un peu présent, mais fonctions obligeaient sans doute.

L'euro a quand même été largement voulu par la France. Au moment de son succès, sans en faire une occasion d'affirmer notre arrogance nationale, nous aurions pu être un peu plus présents, au plan gouvernemental et politique. Mais nos dirigeants ne sont pas européens au fond du cœur, et n'ont utilisé l'évènement que pour se faire photographier chez la fleuriste du coin, se disant que cela ne pourrait pas leur nuire aux yeux des électeurs.

On constatera que les diplomaties italienne et espagnole voient plus loin. Pour elle, l'euro est aussi une façon de se rapprocher dans un pôle européen latin, bienvenu pour nous au demeurant. Ce pôle a l'intention de s'affirmer, notamment en Amérique du Sud. Mais ce sera sans nous.

A ce propos, j'ai reçu de nombreux encouragements à l'idée farfelue que j'avais émise dans une gazette précédente : proposer l'entrée de l'Argentine et plus généralement du marché commun sud-américain dans l'Europe. Il faudra décidément que nous en parlions à Giscard, via son site Internet. 03/01/02


Psychanalyse des fanatiques

Il fallait étudier le dossier proposé par Catherine David dans le Nouvel Observateur du 20 décembre 2001 sous ce titre. L'objet en est d'étudier les conditions sociales qui généreraient le terroriste kamikaze moderne, tel que les attentats du 11 septembre 2001 en ont banalisé le modèle. Au-delà de ce cas extrême, les auteurs s'interrogent sur les fondamentalismes radicaux qui semblent actuellement en plein développement, contredisant les idéaux de la science et de la démocratie. Comment de tels comportements suicidaires peuvent-ils émerger dans des sociétés supposées modernes ? En quoi favoriseront-ils ou non l'adaptation de ces sociétés à la compétition évolutive ?

La réponse la plus courante est que ces terroristes sont le produit d'un désespoir généré par les excès du capitalisme libéral occidental...Si les détenteurs d'un pouvoir économique et politique excessivement concentré poussent les gens à bout, en leur enlevant toutes perspectives de développement, ils en font des terroristes qui se mettent volontairement hors du système qui les oppresse.

Cette hypothèse est évidemment la première à prendre en considération. Il faudra bien que le pouvoir de plus en plus absolu exercé par ceux qui disposent de la suprématie technologique et économique soit mieux partagé, si on ne veut pas voir se multiplier des affrontements pouvant éventuellement produire la ruine de la civilisation occidentale. Mais l'explication n'est pas suffisante.

Pour Catherine David, ce sont l'ignorance et la peur des femmes qui font les fanatiques de toutes sortes, en Orient comme en Occident. En Orient, le phénomène a pris une ampleur quasi institutionnelle, avec des rites comme l'exclusion du hammam, la circoncision et le mariage communautaire, qui empêchent le jeune mâle d'accéder à une maîtrise apaisée de sa virilité, et transforment en autant d'épreuves et d'échecs les contacts qu'il peut avoir ensuite avec les femmes. D'où la tentation d'affirmer autrement sa virilité, en pratiquant la violence, à l'égard des femmes comme dans la vie sociale.

Mais il n'y a pas qu'en Orient que les hommes sont empêchés par les institutions d'avoir des relations égalitaires et apaisées avec les femmes, ce qui condamne les femmes à l'assujettissement et les hommes à l'intégrisme. La chose est encore très répandue en Occident, partout où l'égalité du statut sexuel de l'homme et de la femme n'est pas reconnu. Ce qui est intéressant dans ces hypothèses, c'est qu'il faudrait pour éliminer le fanatisme et la violence comprendre en détail les différents déterminismes génétiques et culturels qui déterminent les relations sexuelles entre hommes et femmes, en éliminant les survivances empêchant l'épanouissement des personnes. Nous sommes là assez loin des problématiques purement économiques relatives aux relations du Nord avec le Sud. C'est l'exemple, particulièrement significatif, d'une situation où, face à un des problèmes majeurs de notre temps (comment lutter contre le fanatisme qui peut mener l'humanité à sa perte?) il faudrait conjuguer différentes approches scientifiques, celles de la psychanalyse (psychanalyse qui d'ailleurs n'a rien de freudien, car Freud était aux antipodes d'une vision apaisée et égalitaire de la relation avec les femmes), de l'économie, de la géopolitique, de la mémétique ...le tout en visant, comme le recommande le Professeur Gilbert Chauvet pour ce qui concerne l'individu, la réalisation d'un modèle descriptif de l'organisme social intégrant l'ensemble des connaissances et études partielles qui ont pu être réalisées sur lui.

Ajoutons que la thèse de Catherine David a le mérite de ne pas tomber dans la facilité du politiquement correct féministe, disant qu'il faudrait donner le pouvoir aux femmes pour supprimer les guerres. On retrouverait plutôt là l'idéal de la libération sexuelle des années soixante, au profit des deux sexes, dont découlerait davantage d'harmonie sociale. 01/01/02


Obsèques de Senghor

Répétons-le, après de nombreux autres : il est lamentable que le chef du gouvernement français et mieux encore le Président de la République, qui en font bien d 'autres, n'aient pas jugé bon se de déplacer pour assister aux obsèques de Léopold Sédar Senghor. C'était le moment où jamais de réaffirmer notre solidarité avec l'Afrique, lorsque la constitution de la zone euro, notamment, pourrait laisser craindre une prise de recul. Que nos lecteurs africains sachent que de nombreux Français comptent toujours sur le maintien de la solidarité et de l'amitié entre leur grand Continent et l'Europe. 01/01/02

Léopold Sédar Senghor : biographie et bibliographie http://www.ac-reims.fr/datice/lettres/lycee/senghor/senghor.htm


Christian Blanc et la réforme de l'Etat

Christian Blanc, non-candidat encore déclaré à la présidence de la République française, affine ses propositions relativement à la réforme de l'Etat. On en trouvera une synthèse sur son site L'Ami Public : http://www.amipublic.com/propositions/etat/view.html?n=73

En gros : réhabiliter le statut de l'élu, en ouvrant notamment plus largement les fonctions représentatives aux non-fonctionnaires, rendre la vie politique plus lisible au plan des options stratégiques et plus proche des citoyens (on régionaliserait notamment l'éducation nationale et la vie économique), réintégrer le droit de la fonction publique dans le droit général du travail (sauf en ce qui concerne les magistrats, les militaires, les policiers et les diplomates). Sur tout cela, il souhaiterait consulter les Français dans le cadre d'un grand référendum.

J'avoue que ce dernier point me paraît le plus obscur. Comment organiser un tel référendum ? Il y a un peu de Berlusconi dans cette idée-là. 25/12/01


La corruption au quotidien

La Revue Politique Africaine, dans son numéro 83, a le courage de présenter les résultats d'une enquête menée par quatre chercheurs, deux européens et deux africains, sur les différentes formes de corruption qui, comme ils disent joliment, institutionnalisent l'informel comme mode de gestion des Etats. On le savait plus ou moins, mais il n'est pas mauvais de le voir écrit noir sur blanc. Que l'Occident ne pavoise pas, ses administrations et services publics ne sont pas toujours indemnes. Devant cela, certains sont tentés de dire qu'il est vain de lutter contre quelque chose qui est dans les moeurs depuis des siècles. Le problème est qu'aujourd'hui, beaucoup de citoyens voudraient être débarassés de ce fléau, au lieu de s'en accomoder  plus ou moins tranquillement. Le contrôle de la corruption publique devrait être l'article premier de tout programme de réforme de l'Etat. 25/12/01

Politique Africaine. Sommaire des numéros 64 à 80 http://www.cean.u-bordeaux.fr/pubcean/polaf.html

Sites signalés

Le 15 janvier

De defensa  http://www.dedefensa.org/

Signalons une revue, belge je crois, dont on pourra penser ce que l'on veut, mais qui n'est pas inintéressante. C'est une revue par abonnement, mais qui publie  sur le web de nombreux articles ou extraits d'articles qui mériteraient une lecture attentive. En voici un exemple concernant l'état d'esprit sidérant d'un représentant de l'Etat-major américain, sûrement pas isolé dans son genre http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=148

Quand on rapproche cela avec ce que l'on sait plus ou moins des moyens technologiques au service de la guerre de l'information aux Etats-Unis, on ne peut que se dire que nous allons en Europe droit à la servitude (Vous avez regardé je suppose le documentaire consacré à Echelon (Echelon, le pouvoir secret)  signé de David Korn-Brzoza, publié par France 2 le dimanche 13 janvier (à 23h, ce qui est un horaire aberrant pour un tel sujet).

Nous reviendrons sur ces diverses questions dans un prochain numéro.

Le 12 janvier

Tracfin http://www.finances.gouv.fr/pole_ecofin/politique_financiere/tracfin/fiche_presentation.htm

On sait que les banques françaises s'insurgent aujourd'hui contre les déclarations qui leur sont demandées dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de l'argent sale. Elles ont d'autant plus tort que les TIC pourraient notablement faciliter leur tâche, si elles acceptaient et faisaient accepter un peu plus de transparence. Mais sans doute se sentent-elles plus proches du commerçant que du contrôleur. Quoiqu'il en soit, on trouvera tous renseignements utiles sur l'un de ceux-ci, le Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) à partir du site référencé ci-dessus du ministère de l'économie et des finances.

NB: que les détails nombreux fournis par ce texte ne vous fassent pas penser que le Tracfin est une énorme machine à (comme son nom  paraîtrait l'indiquer) traquer les trafiquants. Les moyens notamment en informatique de ces honorables fonctionnaires sont comme ceux des gendarmes, notoirement insuffisants.

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/02-5201/index.htm