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La Gazette N° 50 du 15 novembre 2001

Par Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr


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Le prochain numéro paraitra fin décembre 2001

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7 novembre

L'esprit du terrorisme selon Baudrillard. Editorial par Jean-Paul Baquiast
Automates intelligents. Critique du livre de James Bamford, sur la NSA: Body of secrets
Automates intelligents. Mise à jour du dossier Gestion des risques majeurs et IAD

Le blocnet (index)

cette quinzaine:

Un courrier d'Henri Prévot
henri.prevot@industrie.gouv.fr

"Cher ami, après avoir lu la présentation que vous avez faite du rapport sur la gestion des déchets, je voulais vous dire combien je me réjouis de voir que vous lui trouvez de l'intérêt.

J'espère comme vous que les observations que j'ai faites feront l'objet d'un débat, notamment avec des organisations qui se disent tout autant soucieuses de démocratie citoyenne que de préservation de la nature. On ne peut pas avoir de bonne démocratie qui ignore la réalité et qui suive des indications inexactes.

Les attentats de New-york, l'explosion de Toulouse, la chute de l'Airbus rappellent le rôle indispensable de l'Etat. Par intérêt personnel et dans le cadre de l'amicale du Corps des mines, je me remets sur ce chantier sur lequel, vous le savez, j'ai beaucoup travaillé au SGDN (secrétariat général de la défense nationale), puisque j'y ai rédigé un livre sur le sujet : "la France : économie, sécurité - économie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne".

Ce livre, qui avait reçu le prix de ministères, a fait un flop en librairie ; aujourd'hui, il aurait eu plus de succès. Pour une grande part, il a trouvé l'acualité qu'il avait précédé. Je l'ai mis sur internet à l'adresse suivante http://ensmp.net/pdf/2001/Fransec.htm La conclusion me paraît toujours valable et je suis heureux à l'idée qu'elle ait pu être pour quelque chose dans la nouvelle voie que s'estdonnée l'Union européenne avec les coopérations renforcées - que je décrivais dans le dernier paragraphe, écrit en 1992.

Il reste maintenant à "officialiser" la notion d'entreprise européenne pour prendre la place des "champions nationaux". J'avais esquissé cela dans le livre. Cette notion jugée complètement farfelue n'est-elle pas la même que celle d'entreprises "patriotes" de M. Bush ? Et ne verra-t-on pas bientôt (ne voit-on pas déjà) de puissantes entreprises islamiques ? Il est vain de vouloir ignorer nos différences de culture, de valeurs, de repères fondamentaux. Ces différences structureront le monde, ce qui ne veut pas dire bien sûr qu'elles le mettront à feu et à sang." 15/11/01


Télévision ou Internet dans le monde arabe

Nos médias remarquent tous le rôle unificateur, presque fondateur, de la chaîne qatari Al Djazira dans le monde arabe. Les populations découvriraient qu'au delà de leurs émetteurs nationaux sous contrôle politique, et indépendamment des chaînes occidentales, il existe une possibilité d'expression commune et ouverte pour des centaines de millions de personnes jusqu'ici sans espace culturel moderne commun. C'est une excellente chose, tant du moins que Al Djazira restera pluraliste et modérée. Nous pouvons pour notre part remarquer que la télévision, dans ce cas exemplaire, fait le travail que les promoteurs de l'Internet espéraient voir réaliser par ce dernier. Il est indéniable que la télévision, qui fait du broadcast sur le mode "un vers tous", couvre beaucoup plus large que l'Internet, qui pratique le point à point. Le monolithisme relatif de la TV la rend également beaucoup plus lisible que l'extrême diversité, pour ne pas dire la cacophonie de l'Internet. Enfin et surtout, Internet n'est pas encore accessible aux populations pauvres. Ceci étant, les divers médias sont complémentaires et Internet joue déjà un rôle important, mais illisible pour nous, dans le monde arabe. Rappelons pour finir que cette notion de lisibilité, pour l'Occident, va devenir essentielle. Si nous voulons apprendre à voir le monde autrement que dans les cadres de la culture CNN, et sans pour autant nous convertir aux points de vue islamiques ou arabes, nous devrions tous apprendre à parler arabe. Il y aurait là en France un bel avenir pour la tradition maghrébine et pied noir, que nous ne savons pas exploiter. 12/11/01


La lutte contre le diabète et le rôle de l'Etat

Lors de la journée du diabète, un diabétologue éminent a félicité le ministre de la santé, Bernard Kouchner, d'avoir mis en place des mesures de prévention du diabète qui ne pourront pas produire d'effets favorables avant une dizaine d'années. "Admirable, nous a dit ce médecin dans un interview sur France Inter. Pensez-donc, dans 10 ans, le ministre ne sera plus là pour tirer profit des bonnes retombées de sa décision". On croît rêver. Faut-il que l'image des hommes politiques soit dégradée, même auprès de gens sérieux, pour que l'on félicite un représentant de l'Etat de veiller aux intérêts à long terme de la nation, ce qui pourtant devrait être sa mission essentielle! 10/11/01


L'OMC et l'anti-mondialisation

Périodiquement se pose la question du jugement à porter sur l'OMC http://www.wto.org/ . Entre les critiques de l'anti-mondialisation (le mouvement ATTAC http://www.attac.org/ par exemple), les panégyriques des libéraux (Alain Minc et Guy Sorman, entre autres) et les positions qui se veulent de compromis des négociateurs européens (représentés par le commissaire européen au commerce Pascal Lamy), il n'est pas facile de se faire une opinion.

Essayons de simplifier, en caricaturant un peu :

que veulent les sociétés transnationales : transformer le monde entier en un espace commercial sans frontières ni réglementations. Leur objectif est de gagner le plus d'argent possible. Quand elles se trouvent soumises à la concurrence, entre elles ou avec des producteurs traditionnels, leur méthode consiste à vendre le plus possible en abaissant au maximum les coûts de production (acheter les matières premières au prix le plus bas, payer le moins cher possible les salariés, fabriquer en grande série, etc.). Les producteurs traditionnels ne peuvent plus suivre et disparaissent. Mais si les transnationales réussissent en éliminant leurs concurrents à bénéficier d'une situation monopolistique, elles ajustent leurs productions et leurs prix (en produisant peu et cher) pour optimiser leurs profits. Les transnationales s'appuient sur leurs gouvernements pour se faire ouvrir les frontières des pays protectionnistes. Mais elles n'hésitent pas, si elles sont elles-mêmes attaquées par des concurrences extérieures, à réclamer la protection de leurs gouvernements. Quand dans un ppays l'hégémonie économique des transnationales originaires de ce pays se conjuguent avec l'hégémonie politique du gouvernement de ce même pays, on obtient  une situation de type "super-puissance" qui tend à bloquer le développement du reste du monde et exacerbe les oppoitions. C'est ce qui se passe actuellement dans le cas des Etats-Unis (voir notre éditorial)

que veulent les producteurs traditionnels : continuer à bénéficier le plus longtemps possible d'espaces protégés leur permettant de ne pas changer leurs habitudes. Celles-ci consistent en général à produire avec beaucoup de main d'œuvre, n'excluant pas d'importants profits patronaux. Il n'y a pas de chômage, mais les salaires sont bas. L'économie pérennise des modes de production et de consommation hérités du passé. Dans certains cas, ceci est mieux adapté aux besoins locaux que ce que proposent les transnationales. Ainsi en est-il de l'agriculture endogène des pays du Sud. Dans d'autres cas, les producteurs traditionnels indument protégés imposent aux consommateurs de véritables stagnations, au moins au regard des possibilités offertes par les transnationales à leurs clients. C'est ce qui s'est produit pendant des années dans les pays communistes. Les producteurs traditionnels s'appuient, eux-aussi, sur leurs gouvernements, pour bénéficier le plus longtemps possible des garanties d'un protectionnisme historique. Il faut noter aussi que, dans des pays émergents de plus en plus nombreux, les entreprises traditionelles "modernisées" veulent se voir ouvrir les marchés des pays développés. C'est ce qu'attend notamment la Chine de son entrée dans l'OMC.

 la mondialisation libérale revendiquée par les transnationales provoque dans un premier temps de fortes croissances de la demande et de l'offre, accompagnées de coûts sociaux élevés. Mais elle se heurtera à terme à plusieurs obstacles difficilement surmontables. Le premier obstacle tient à la disparition progressive des clients, si ceux-ci sont transformés en chômeurs par la concentration et la mécanisation, et ne peuvent plus être assistés indéfiniment par des gouvernements eux-mêmes de plus en plus appauvris. Par ailleurs et surtout le monde n'aura pas suffisamment de ressources à terme pour que le modèle consommation-gaspillage visant la recherche du profit immédiat, imposé par les transnationales, puisse être généralisé, ni dans les pays pauvres, ni même dans les pays riches. Ce modèle exclut en effet tout investissement public de long terme destiné à renouveler les ressources et protéger l'environnement, puisque les gouvernements, ruinés par la mondialisation libérale, n'ont plus d'argent pour investir. Les frustrations et les révoltes se multiplieront partout, générant probablement de plus en plus de réactions de type terroriste.

le maintien du protectionnisme, de son côté, n'est plus possible en général. Les populations censées en bénéficier sont de plus en plus désireuses d'accéder au modèle consommation-gaspillage présenté comme un idéal par la mondialisation libérale, modèle dont ces populations ne perçoivent pas qu'il mène sont souvent à des voies sans issues, comme indiqué ci-dessus. Le protectionnisme est donc associé dans les esprits à la régression économique et sociale. Par ailleurs, le protectionnisme ne peut être maintenu que par des mesures gouvernementales autoritaires, de moins en moins bien vues. - même dans les pays non démocratiques où la population n'est pas consultée systématiquement. Les opposants à la mondialisation libérale qui oublient les aspects négatifs du protectionnisme ne sont pas crédibles. Pour que la mise en place de procédures publiques de régulation puisse être acceptée (par exemple en vue de l'exception dite culturelle à la française ou de la protection des agricultures traditionnelles en Afrique...), il faudra organiser de vastes débats démocratiques que les transnationales n'encouragent évidemment pas.

Dans ces conditions, que pourrait devenir l'OMC et, plus généralement, toute organisation politique internationale visant à organiser le commerce internationale sur une base aussi démocratique et viable que possible ? Actuellement, l'OMC est principalement l'outil des transnationales pour, avec l'appui des gouvernements des pays riches qui la soutiennent, assurer l'élargissement du secteur marchand en supprimant les protections encore assurées par les gouvernements des pays moins riches ou pauvres (Episodiquement, il est vrai, l'OMC donne raison aux opérateurs de ces derniers pays quand ils se plaignent de protections imposées, au mépris des principes affichés de la mondialisation libérale, par les gouvernements des pays riches à la demande d'entreprises appartenant à ces mêmes pays riches).

La " machine OMC " est donc à juste titre perçue par les " anti-mondialisation-libérale "comme faisant pratiquement le jeu des transnationales, avec les inconvénients évoqués ci-dessus. Il faudrait en fait lui substituer une organisation internationale permettant de sauvegarder les avantages de la mondialisation libérale dans les domaines où ils sont incontestables, tout en mettant en place là où nécessaire de nouveaux domaines pour l'intervention publique, dépourvus des inconvénients du protectionnisme unilatéral à l'ancienne.

En bref, il paraît indispensable que l'OMC, sous l'égide de l'ONU, devienne l'endroit où seraient discutées, entre pays riches et pays pauvres, de nouvelles modalités pour un développement durable. Cette réforme reposerait sur l'abandon progressif du modèle consommation gaspillage inégalitaire pour un modèle d'investissements publics/privés pour le moyen et long terme, s'accompagnant de politiques publiques volontaristes de partage des ressources naturelles et des produits de la croissance. Il faudrait pour cela que les multinationales soient dépossédées du pouvoir de décider du développement mondial, et que ce pouvoir soit récupéré par les gouvernements ou par de grands ensembles géopolitiques (par exemple une association Union-européenne élargie et Afrique), dont les structures et les procédures seraient réhabilitées et réarmées pour ce faire. Comme les inégalités entre pays riches et pays pauvres ne disparaîtront pas suffisamment vite, il faudrait parallèlement que l'OMC ou l'ONU acceptent d'organiser les confrontations et les négociations dures entre gouvernements, soutenues par la société civile, en vue d'accords internationaux permettant à des coalitions de pays pauvres de se faire entendre des pays riches. C'est un peu la situation qui s'esquisse actuellement avec les accords dits de Kyoto pour la lutte contre l'effet de serre (qui suscite les résistances que l'on sait du pays dominant, les Etats-Unis).

Dans cette perspective, le spectre de la mondialisation libérale pourrait disparaître. Il serait remplacé par une mondialisation ou plutôt une internationalisation des enjeux, des produits de la croissance mais aussi une instrumentation diplomatique des conflits, dans la mesure où tous les affrontements ne disparaîtraient pas. On peut penser par ailleurs que des prophètes de la sous-consommation raisonnable, comme l'était en son temps Ivan Illitch, injustement oublié, pourraient retrouver une pleine audience.

Mais ne sommes nous pas là en pleine utopie? Le monde ne va-t-il pas continuer à se structurer entre grandes multinationales échappant à tous contrôles, maffias criminelles et Etats-voyous, les Etats démocratiques tels que nous les comprenons en Occident disparaissant progressivement? Ceci d'ailleurs ne signifierait pas nécessairement la fin de l'Occident, puisque multinationales et maffias y puiseraient l'essentiel de leurs énergies. Dans ce cas l'OMC ne servirait qu'à entériner les armistices locaux et temporaires que les chefs de clans jugeraient bon de décider pour éviter de s'entredéchirer inutilement? 10/11/01


Le discours gouvernemental afficheur

Interrogé sur France-Inter le 8 novembre, le ministre des affaires étrangères s'est  fait reprocher par les journalistes l'incapacité des Pouvoirs Publics a proposer un éclairage et des perspectives fortes dans la crise actuelle. Contrairement à G.W.Bush et surtout à Tony Blair, ni le président de la République, ni le chef du gouvernement n'essayent d'afficher des directions et des stratégies compréhensibles par le grand public. Cette défaillance est grave. A quoi servent les hommes politiques si, face à la complexité, ils ne fournissent pas des clefs. Ceci ne veut pas dire que ces clefs seront nécessairement les bonnes. Mais au moins pourra-t-on discuter à partir d'elles, plutôt qu'errer dans l'incompréhension ou écouter avec bienveillance les sirènes des autres. C'est là toute la question du rôle du langage afficheur-discuté fondant la cohésion sociale.

Hubert Védrines (dont le langage est d'ailleurs beaucoup plus clair que celui de ses collègues) a répondu que le Premier ministre s'expliquait souvent devant les parlementaires. Mais ce n'était pas du tout la bonne réponse. Moi qui  pense être tant soit peu un spécialiste de ces questions, j'ai déjà le plus grand mal à me retrouver dans le salmigondis des opinions et des jugements. Comment espérer que quelqu'un soumis à touytes les contraintes de la vie quotidienne, sans généralement avoir même le temps de lire le journal, pourra-t-il être éclairé par ce que pourront ou non dire les membres du gouvernement aux parlementaires? Le problème de la communication politique est entièrement à revoir, tant dans la forme que dans les méthodes. Ceci concerne tous les politiques, et pas seulement ceux en charge de l'Etat. Voir par exemple le plouf actuel de François Bayrou. 09/11/01


Gendarmes et policiers en colère

Nous avons appris par la presse que certains gendarmes avaient ouvert un site où ils expriment les raisons de leur colère. Pour une raison qui m'échappe, je n'arrive pas à le trouver. Ce n'est pas une raison pour ne pas soutenir ici la démarche de ces militaires. Tout ce que l'on sait ou que l'on entend dire concernant les contraintes de leur métier et l'insuffisance des moyens dont ils disposent ne peut qu'indigner. Il est inadmissible que, pour des raisons de gestion budgétaire, une société qui compte sur des agents publics jusqu'à leur demander de mettre constamment en cause leur vie n'acceptent pas de leur donner les meilleurs conditions possibles pour exercer leur mission. Enverrait-on des forces dites spéciales se battre avec l'armement des fantassins de 1914?

La même raison nous oblige à soutenir les revendications actuelles de la police nationale. Si les policiers n'ont même pas les gilets pare-balles ou les armes modernes leur permettant d'affronter sans systématiquement mettre leur vie en danger des adversaires de mieux en mieux armés, que peut-on attendre d'eux? Ce n'est pas me semble-t-il parler comme l'extrème droite que dire cela. C'est seulement constater que les normes de gestion des moyens de l'Etat doivent impérativement être adaptées aux nouvelles contraintes. Le gouvernement est coupable de ne pas le voir ou de ne pas le dire aux électeurs. Voir sur ce point notre article Renforcer la sécurité tout en relançant l'économie 08/11/01


Le fonctionnement de la justice

Une affaire dont il ne faudrait pas généraliser la portée conduit cependant à s'interroger sur la façon dont fonctionne parfois un service public dont les représentants, à juste titre, se plaignent de l'encombrement. Un magistrat aurait pris plus d'un millier de photos, y compris paraît-il dans l'enceinte même du Palais de justice, photos consacrées à de nombreuses jeunes femmes du département posant nues en ces augustes lieux. Un libertin de la grande époque appréciera sans doute l'audace du geste, tant de la part du photographe que de ses modèles. Mais le citoyen s'inquiétant de la façon dont fonctionnent les administrations ne comprendra pas comment le magistrat en question, si les faits sont exacts, a pu trouver le temps de recruter ses sujets et d'organiser les poses, tout en menant ses affaires professionnelles. Il comprendra encore moins comment personne, ni dans la juridiction, ni ailleurs, n'ait eu vent de ces opérations, ou n'ait jugé bon d'en faire état à qui de droit.

Ceux qui ont encadré des personnels administratifs savent qu'il est très difficile aux hiérarchies, à supposer qu'elles le veuillent, de faire tomber le taux des fautes professionnelles graves (par exemple la corruption) au dessous de 5% des effectifs. Il est possible par contre de faire en sorte que ces fautes soient détectées et réprimées au plus vite, avec des dispositifs adéquats de contrôle. Pourquoi certains ministres ne se préoccupent-ils pas davantage de s'organiser dans ce but, quitte à en discuter au Parlement si de grands principes juridiques ou constitutionnels empêchaient la transparence? 07/11/01


Michel Charasse et la décentralisation

Le sénateur Michel Charasse dit beaucoup de choses à la fois, quand il prend la parole, sans laisser à l'auditeur le temps de comprendre et réagir. Cependant, à France-Inter, le 7 novembre, il a eu raison en rappelant que si les citoyens se désintéressent de la politique et subséquemment des élections, c'est parce qu'ils ont l'impression que leurs votes ne servent à rien. Toutes les compétences de l'Etat central, selon le pétulant sénateur, seraient aux mains d'autorités indépendantes (CSA, CNIL, etc.) ou d'administrations pratiquement autonomes. Au plan local de la décentralisation, il en est de même. Les débats ne concernent qu'un petit groupe d'initiés, quand ce n'est pas de traficoteurs divers.

Il est pourtant regrettable que Michel Charasse n'ait pas proposé plus clairement ce qui devrait être un remède à ce vice fondamental de la démocratie : que les hommes politiques, et plus particulièrement les gouvernements, proposent de grandes orientations, à partir de grandes idées prenant en compte notamment le long terme et l'intérêt général. Dans ces orientations, les mesures de détail, toutes d'application, pourraient s'inscrire et trouver leur sens. En fait, les hommes politiques ne font pas le métier qui devrait être principalement le leur, celui de veilleurs d'avenir.


Le contrôle des marchés publics passés par les Conseils Généraux

On entend des choses qui étonnent quand on s'intéresse à un procès comme celui du Conseil Général des Yvelines, où plus de 74 prévenus décrivent un vaste système de favoritisme et de corruption. Les responsables des services du département, de même que le président du Conseil Général, plaident des défaillances dans la chaîne de contrôle des marchés, sans admettre que ce contrôle leur incombait en premier lieu. " 500 marchés, plus de 145.000 factures, comment vérifier tout cela ? " Il n'y avait, cher M. Borotra, qu'à s'organiser en ce sens, y compris en utilisant Internet d'une façon bestiale : publier sur un site web, au jour le jour, les marchés et les factures, de façon à ce que chaque citoyen puisse éventuellement y jeter un œil. Mais bien sûr, personne ne voulait perdre le bénéfice des enveloppes détournées.

Tout ceci est grave, car c'est la décentralisation toute entière qui se trouve discréditée. Qui dit que les autres conseils généraux, les régions, les communes ne procèdent pas comme leurs collègues des Yvelines (par ailleurs un département si honnête et bien pensant à tous égards) ? Il est curieux que personne ne se pose la question. 07/11/01


Julien Dray et la sécurité

L'enfant terrible du PS, Julien Dray, plutôt connu par un relatif gauchisme, a été chargé par le PS d'un rapport sur la sécurité, qui est en cours d'examen actuellement. Selon la presse, ce rapport proposerait toute une série de mesures, relatives à la prévention comme à la répression, dont on ne fera pas la liste ici, mais qui semble frappées au coin du bon sens. Elles apporteraient, semble-t-il beaucoup de solutions aux questions que se posent élus et électeurs relativement à ces domaines sensibles. Qu'attend le PS pour mettre de telles propositions en débat public, tous partis réunis ? Pour commencer, Internet serait un bon endroit pour en connaître. 06/11/01


La Télévision vue par un des siens

Il paraitrait qu'une notabilité de la Télévision (ou des firmes gravitant autour d'elle) affirmerait à qui veut l'entendre que les émissions - service dit public inclus - auraient pour objectif de maintenir l'audience entre ce qui compte vraiment, les écrans publicitaires. C'est bien vu, mais n'y a-t-il pas quand même là quelque chose propre à nous faire perdre nos dernières illusions sur le rôle du service public dans le domaine de l'audio-visuel? 06/11/01


La Cour de Cassation au secours des chauffards

On ne peut que s'indigner en apprenant ce soir le dernier haut fait de la Cour de Cassation. Elle vient de juger qu'un automobiliste flashé en train de franchir un feu rouge par une caméra automatique ne peut être poursuivi - au motif parait-il des quelques erreurs de fonctionnement de ces appareils. Il faut selon la heute juridiction qu'un officier de police judiciaire soit présent pour confirmer le délit. Malgré Vigie Pirate,  les dits officiers n'ont sans doute pas mieux à faire. Les personnes blessées ou tuées par des chauffards ne respectant pas la signalisation (elles ou leurs descendants) apprécieront. Juridisme angélique de magistrats bien à l'abri derrière leurs privilèges bourgeois ou complicité morale avec les assassins? 06/11/01


Conférence sur la sécurité à l'Université de Haute Alsace

L'équipe du Cerdacc nous informe de la conférence organisée par le Laboratoire Gestion des Risques et Environnement sur le thème :
"La vulnérabilité de notre société du point de vue de la science de la sécurité",

Elle sera donnée par le Professeur Dr. S. HARTWIG de la Bergische Universität Gesamthochschule Wuppertal et aura lieu le jeudi 15 novembre 2001 à 10 heures, à la Maison de l'Université de Haute Alsace (Salle du Conseil) 2 rue des Frères Lumière à Mulhouse.06/11/01

Renseignements et inscription auprès de M. Pierre EHRBURGER
TEL. 03 89 32 76 55
E-MAIL : p.ehrburger@uha.fr

Le Centre Européen de Recherche sur le Droit des Accidents Collectifs et des Catastrophes : http://www.iutcolmar.uha.fr/cerdacc/
Bergische Universität Gesamthochschule Wuppertal : http://www.uni-wuppertal.de/index-js.shtml


La vue trop courte de Régis Debray

Le "médiologue" Régis Debray propose une étude anthropologique et sociologique de la divinité dans l'histoire des hommes: Dieu, un itinéraire, Editions Odile Jacob, 2001. Ce livre ne manque pas de constatations ou propositions intéressantes, notamment aujourd'hui où l'on peut légitimement s'interroger sur le rôle de l'idée de dieu comme moteur des comportements - y compris les plus dangereux et suicidaires d'entre eux. Mais à notre avis il passe à côté des vraies questions, ou plutôt des approches permettant de faire avancer un peu la question sans répéter ad indefinitum des considérations philosophico-religieuses rebattues sur les religions. Ceci, selon nous, parce que l'auteur n'a pas fait l'effort de - ou n'a pas su - traiter le problème d'une façon suffisamment évolutionniste et osons le mot - génético-mémétique -

Rappelons que pour les défenseurs d'une telle hypothèse, un certain nombre de comportements, prenant la forme de mèmes (nous ne reviendrons pas sur ce concept ici) se sont co-développés dès l'aube de l'hominisation en liaison avec les évolutions génétiques ayant permis leur naissance, leur conservation et leur complexification au niveau des organismes biologiques des hominiens. Le co-développement symbiotique entre des contenus cognitifs et les structures sociales en découlant d'une part, et l'organisation anatomique et physiologique des individus d'autre part, ont donné naissance à d'innombrables phénomènes historiques sur l'origine et l'intérêt desquels on risque de s'interroger indéfiniment en termes métaphysiques, dès que l'on oublie d'étudier leurs origines évolutionnaires. C'est vrai de l'idée de Dieu, mais c'est vrai aussi par exemple de l'étrange affinité qu'ont les hommes pour les hallucinogènes et excitants, comme d'ailleurs pour des formes ritualisées de violence et de territorialité qui paraissent a priori (peut-être à tort) comme de véritables handicaps dans la construction d'une civilisation humaine plus harmonieuse. Si tout ceci a persisté jusqu'à ce jour, c'est que l'humanité y a trouvé un bénéfice adaptatif. En sera-t-il toujours ainsi? Nul ne peut le prévoir.

A quoi bon, diront les lecteurs de Régis Debray, associer les gènes et les mèmes pour comprendre l'idée de Dieu, et son rôle dans l'évolution des sociétés? Parce que cela nous paraît la seule approche suffisamment scientifique aujourd'hui pour être crédible de cette infime partie de l'humanité qui s'inscrit dans la rationalité du siècle des lumières. Mais il ne s'agit pas de dénier à ceux qui, au delà de cette perspective rationnelle, ou par dessus elle, veulent aussi croire en quelque chose dont ils ressentent l'immanente nécessité. Ce n'est pas notre cas en ce qui nous concerne, de même que nous n'éprouvons pas le besoin de nous hallucinogéner sans modération, mais chacun choisit sa vie comme il peut.  06/11/01

Voir aussi dans Automates Intelligents notre billet: Génétique, mémétique et SMA


Sites signalés

Le 12 novembre 

Ouest-Afrique Economie http://ouestafriqueeconomie.com/

         

Voici un nouveau magazine économique et politique pour l'Afrique de l'Ouest, qui m'a paru assez complet et indépendant. De nombreux articles bien documentés et de présentation agréable couvrent un large horizon de questions. Les auteurs semblent en très grande majorité africains. Compte tenu de l'intérêt qui s'attache à ce que l'Europe, et plus particulièrement la France, soit mieux informées de ce que se passe en Afrique, notamment francophone, nous devrions être nombreux à suivre l'évolution de ce magazine. Si on estime devoir n'être pas d'accord avec certains articles, il est possible de le faire savoir à la rédaction  grâce à un forum et divers points de contact. Bravo donc et bonne continuation. Baquiast

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/01-5011/index.htm