Ouverture du Colloque « Vers ladministration électronique », le 4 décembre 1998Allocution de M. Laurent FABIUS, Président de lAssemblée nationale |
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le 4-12-98 |
Messieurs les Sénateurs, Mes chers collègues,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Cest avec plaisir que je vous accueille aujourdhui à lAssemblée nationale pour ce colloque sur lAdministration électronique. Léconomie du XIXème siècle était fondée surtout sur les biens, celle du XXème sur les services, linformation sera la principale richesse de léconomie du XXIème siècle. Les nouvelles technologies de linformation et de la communication poussent notre société vers une ère nouvelle, lère du numérique, et cest à nous tous quil appartient de favoriser les mesures nécessaires pour que la France y réussisse sa pleine intégration. Je tiens à saluer la présence de Denis Mac Shane, parlementaire Britannique, qui démontre que cette prise de conscience collective est aussi européenne et internationale.
Je voudrais revenir brièvement sur les 3 thèmes que vous avez inscrits à votre programme de travail, en soulignant que loutil électronique nest pas un objectif en soi mais vise à favoriser une administration mieux et davantage au service des usagers et des clients.
1. Ladministration électronique
Les NTIC sont un outil privilégié pour moderniser le fonctionnement de lEtat, améliorer le service rendu aux usagers et les relations entre ladministration et le citoyen, tout en rationalisant les dépenses budgétaires. Mieux informer, faciliter laccès à ladministration, simplifier les formalités : voilà les directions qui simposent.
Mieux informer les entreprises car ladministration dispose dune richesse dinformation qui peut contribuer à améliorer la compétitivité de notre économie. Données économiques, informations scientifiques et technologiques, appels doffres internationaux, législation et réglementation relatives au commerce international, autant de données quil faut mettre à la disposition de nos entreprises. Mieux informer les citoyens car si nul nest théoriquement censé ignorer la loi, en réalité nul nest aisément en situation de la connaître. Les lois sont trop nombreuses, trop compliquées et trop difficilement accessibles. Nous devons être plus ambitieux dans lapplication du principe de gratuité de laccès aux données publiques.
Faciliter laccès à ladministration en développant les télé-services est également nécessaire. Il faut non seulement dématérialiser lensemble des formulaires administratifs, ce devrait être bientôt chose faite, mais surtout permettre leur télétransmission. Si je peux télécharger le formulaire mais que je dois ensuite limprimer et le renvoyer par la Poste, jaurais le sentiment dêtre resté au milieu du gué. Il faut également que chaque service administratif en relation avec le public soit doté dune boîte aux lettres électronique, et bien évidemment quil réponde à celles et ceux qui sadresseront à lui par cette voie.
Simplifier les formalités car la complexité administrative est un frein à lemploi, un obstacle à la création dentreprises, une charge qui pèse sur la compétitivité. Les obligations déclaratives ont été réduites et simplifiées ; bravo, mais il faut aller plus loin ; nous devons maintenant donner aux entreprises la possibilité de transmettre leurs déclarations, et le cas échéant deffectuer les paiements correspondants, par le réseau Internet.
Je ne développerai pas ici le rôle des pouvoirs publics en matière de réglementation, régulation, autorisation, contrôle mais je veux réaffirmer que si Internet est un espace de liberté, il ne doit pas être pour autant un espace de non-droit. Il y a quelques jours lAssemblée nationale a adopté en première lecture un amendement au projet de loi de finances pour 1999 qui permettra aux services fiscaux dutiliser le numéro didentification de sécurité sociale, le NIR. Lobjectif est déviter toute confusion entre contribuables homonymes, ce qui arrive parfois et est particulièrement gênant, notamment dans le cas de fraude fiscale. Plusieurs voix se sont élevées pour dire que cette disposition représente un risque potentiel pour les libertés publiques, et que le même objectif pourrait être atteint par dautres mesures. Je souhaite que rapidement une concertation entre le Gouvernement, le Parlement et la CNIL ait lieu, afin que nous puissions décider en toute connaissance de cause sil convient de maintenir cette disposition. Le politique ne doit pas oublier quune de ses missions essentielles consiste à protéger les droits des personnes, lintégrité de leur vie privée et lensemble de leurs libertés.
2. Les collectivités locales
Internet demain sera essentiel aux élus pour mener à bien leurs projets politiques. Les enjeux sont économiques, sociaux, culturels, et les objectifs sont nombreux : aménagement du territoire, désenclavement des communes rurales, développement de lemploi, participation à la vie de la cité.
Comme lEtat, les collectivités locales ont un rôle en matière daccès aux NTIC. Il faut développer les points daccès publics à Internet. La Poste aura bientôt équipé 1.000 de ses bureaux de terminaux daccès à Internet. Cest bien mais il y a 36.000 communes. Les collectivités locales doivent amplifier laction de lEtat.
De nombreux élus sinterrogent, à juste titre, sur le rôle et limplication de leur collectivité dans le développement des infrastructures. Or la loi de réglementation des télécommunications et le code général des collectivités territoriales imposent des restrictions en matière dinstallation et dexploitation des réseaux de télécommunications. Ne devons-nous pas faire évoluer la législation afin de faciliter linvestissement des collectivités territoriales dans ce domaine ?
Au-delà de la question des points daccès publics, je souhaiterais souligner un sujet qui fait souvent lobjet de discussions passionnées : le coût daccès à Internet, ou plus exactement le coût des communications téléphoniques locales. On connaît le cas des Etats-Unis où les communications locales sont gratuites, et il nest pas douteux que cela a contribué au formidable développement dInternet dans ce pays. En Italie, le Parlement vient de voter un amendement demandant à lautorité de régulation des télécommunications de fixer un tarif forfaitaire qui ramène le coût horaire de la connexion à Internet à environ 60 centimes. Faîtes le calcul. Cela représente, en tenant compte de la modulation horaire, de 15 à 30 fois moins quen France. Nous devrions nous inspirer de cet exemple, réduire le tarif horaire de la connexion si nous voulons éviter que laccès à Internet soit réservé aux ménages les plus aisés.
3. Préparer les citoyens
L école doit être notre première priorité et éduquer, notre principale mission. Evitons de créer une nouvelle fracture entre « inforiches » et « infopauvres ». Cest dabord à lécole et avec les enseignants que la société de linformation pourra être maîtrisée. Cest tout au long de sa vie que lindividu doit pouvoir se former à lutilisation de ces technologies qui évoluent très vite. Cette éducation continuelle demandera la participation dautres acteurs : entreprises, collectivités locales, institutions scientifiques et culturelles, associations Là aussi lélectronique est une nouvelle langue nécessaire. Je plaide pour des citoyens trilingues : français, anglais, informatique.
Pour conclure, jaimerais vous dire en quelques mots comment lAssemblée nationale utilise les nouvelles technologies de linformation et de la communication. Nous avons lancé en juin 1997 un programme de modernisation, intitulé PRATIC (Programme pour lAssemblée des Technologies de lInformation et de la Communication), afin que les députés puissent accomplir au mieux leur mission et que la représentation nationale soit plus proche des citoyens.
Notre site Web a fait lobjet dune refonte complète, tant sur le fond que sur la forme, et tous les documents parlementaires sont désormais disponibles en ligne. Il est devenu le premier site institutionnel et il a accueilli en novembre dernier 60.000 visiteurs qui ont consulté 4 millions de pages. Des séances de formation à Internet sont organisées pour les parlementaires et leurs collaborateurs, et plus de 300 dentre eux les ont déjà suivies. Chaque député disposera avant la fin de ce mois dune boîte aux lettres électroniques. La dématérialisation de la procédure législative a été entamée et depuis la fin du mois doctobre les amendements peuvent être déposés par la messagerie électronique
PRATIC entre maintenant dans une deuxième phase et plusieurs projets viennent dêtre lancés : le développement dune carte multifonctions qui servira notamment de porte-monnaie électronique ; la réalisation dun CD-ROM consacré à notre institution ; la création dun INTRANET donnant accès aux bases de données de référence susceptibles de faciliter le travail des parlementaires ; la diffusion publique sur CD-ROM des rapports dinformation et des dossiers dactualité.
Vous laurez compris, je souhaite que lAssemblée nationale ait un rôle exemplaire dans lutilisation raisonnée des nouvelles technologies de linformation et de la communication.
http://www.admiroutes.asso.fr/journee/assnat/fabius.htm