Voir aussi nos nouveaux objectifs (septembre 2000)
Le monde de l'administration paraît aux antipodes de celui de l'INTERNET.Par ses traditions, l'administration est hiérarchisée, compartimentée, peu ouverte sur le secteur privé et le citoyen, moins encore sur l'international.
Les technologies de l'information en réseau, symbolisées aujourd'hui par l'INTERNET, sont une invitation permanente aux initiatives provenant de la base, traversant les frontières entre services, impliquant des correspondants dans le monde de l'entreprise et des individus, tant au plan national qu'international.
L'administration est le monde de la consigne venue du haut, de l'auto-censure face aux possibilités de création. Les hauts fonctionnaires, pour ce qui les concerne, ont tendance à penser qu'ils n'ont rien à apprendre de personne.
L'Internet est le monde des initiatives venues du bas, du « faites-le vous même », du bricolage intelligent. Pour en tirer profit, il faut être convaincu que l'on sait peu de choses et que les autres peuvent vous apprendre beaucoup. Les détracteurs de l'Internet le présentent comme permettant un zapping permanent, démobilisateur de tout projet, de toute création. Sans doute n'ont ils pas compris la valeur ajoutée que le travail en réseau peut apporter à un projet, fut-il bien défini au départ. Ils ne savent réagir qu'en forteresse assiégée.
On fait valoir les risques pouvant découler de la superposition du monde de l'administration et de celui de l'Internet, notamment en ce qui concernerait l'introduction du désordre, voire de l'anarchie, dans les politiques publiques.
Ne serait-il pas plus utile de montrer les avantages qu'apporterait une plus grande utilisation des réseaux par l'administration, étant entendu que les services et les fonctionnaires sauront respecter et faire respecter les règles minimum indispensables en matière de compétence, de confidentialité ou de réserve.
Ce serait alors une véritable nouvelle pratique du service public qui pourrait se construire, assortie de la définition de nouvelles règles déontologiques et professionnelles.
Pour ce faire, ceux qui en sont convaincus doivent-ils attendre des injonctions gouvernementales ou institutionnelles détaillées? Certainement pas, dans la mesure où l'administration, en tant que corps, ne peut que réagir avec une trop grande lenteur dans un domaine aussi évolutif.
Il convient que les citoyens, en premier lieu, et les fonctionnaires eux-mêmes, de tous grades et métiers, apportent leur pierre à la définition de la nouvelle pratique administrative. A cette fin, les voies traditionnelles de l'association, pouvant aujourd'hui prendre une forme virtuelle en utilisant les outils de communication offerts par l'INTERNET, sont particulièrement bien adaptées.
C'est ce à quoi souhaite contribuer, sans idée préconçue sur les méthodes et les résultats, l'association Admiroutes. Bien qu'initialisée par quelques agents publics français, elle se veut ouverte à tous ceux acceptant d'y apporter une contribution, quel que soit leur statut, leur secteur professionnel, leur langue et leur nationalité.
Quel est le problème à résoudre?
Il tient au retard qu'ont pris les administrations européennes, notamment en France, qu'il s'agisse de celles de l'Etat ou des autres collectivités, face à la révolution numérique. Au début de 1997, l'on se félicite, à juste titre, d'avoir vu s'ouvrir de nombreux sites Web administratifs. Mais ceci ne suffit pas. Par rapport au reste du monde, notamment à ce qui se fait dans le secteur privé, avec le concept de "commerce électronique", ceci ne suffit pas.
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'information devient disponible en masse, à tout instant, en tous lieux, grâce aux réseaux hertziens et cablés reliant entre eux les ordinateurs du monde entier. Chaque objet, chaque produit, mais aussi chaque acte administratif aura désormais son double numérique, qui en multipliera l'influence et l'utilité potentielle.
Ceux qui négligeront, ou ne saisiront pas en temps utile ces nouvelles opportunités, perdront vite toute possibilité d'action sur le monde extérieur.
C'est le cas des administrations. Si notre société continue à considérer que celles-ci répondent à un besoin, même dans le monde de la privatisation, de la concurrence et de la globalisation, elles devront se doter d'outils et de méthodes leur permettant de dialoguer d'égal à égal avec des entités, entreprises, citoyens dont une partie de l'activité sera diluée dans le dématérialisé et l'international des grands réseaux.
Or en France, les administrations, à l'instar d'ailleurs de beaucoup de citoyens, font davantage confiance, quand il s'agit de s'adapter, à l'action réglementaire, sinon à l'influence personnelle, qu'à l'investissement technologique et organisationnel, plus modeste, mais qui seul agit en profondeur et méthodiquement..
Peu de gens, qu'ils appartiennent ou non aux sphères du service public, ont une idée claire de ce que devraient être le nouveau rôle des Etats et des grandes collectivités administrative, dans le monde de la révolution numérique: réglementer, certes, pour protéger les intérêts qui méritent de l'être, mais surtout utiliser massivement les nouvelles technologies, au profit des fonctions qui continuent à relever du service public.
Généraliser les téléprocédures d'abord, afin d'alléger et simplifier les formalités - tirer partie en interne (par l'Intranet) comme au profit du public (par l'Internet) des trésors d'informations dont disposent les administrations, indispensables à une connaissance plus scientifique et plus démocratiquement partagée de la société, comme à l'élaboration de stratégies plus pertinentes - rendre enfin avec des outils plus appropriés les services que tous réclament, en matière d'éducation, de lutte contre l'exclusion, d'accès aux richesses intellectuelles et culturelles.
Les Français ne percoivent pas non plus clairement quel rôle ils pourraient jouer en faveur de tels objectifs, dès lors qu'ils en admettent la nécessité. L'Etat parait si lointain et si rigide, les obstacles si nombreux, que le découragement les saisit au regard de tout ce qui serait nécessaire d'entreprendre pour adapter les administrations à la révolution numérique. C'est le cas non seulement des simples citoyens ou usagers , c'est le cas des associations s'intéressant au développement de la vie publique, mais c'est aussi celui des fonctionnaires eux-mêmes, trop habitués à se tourner vers les hiérarchies quand il s'agit de faire face à des problèmes nouveaux.
Le réflexe est alors généralement d'en appeler à des autorités ou à des compétences extérieures, plutôt que s'attaquer soi-même à la résolution des problèmes: le gouvernement, dit-on, devrait mettre en place telle ambitieuse réforme de ceci ou de celà ... les industriels, les opérateurs de télécommunications devraient offrir tel ou tel nouveau service...les intellectuels devraient sortir de leur tour d'ivoire pour penser de façon pratique à notre place...
Sans nier le besoin de politiques ou stratégies globalisantes, chacun d'entre nous devrait au contraire se persuader qu'une partie de la solution est entre ses mains. Dès qu'il est possible, directement ou indirectement, d'accéder à un micro-ordinateur connecté par un modem à l'ensemble du monde, via l'Internet, dès qu'il est possible d'organiser sa propre documentation, sur son propre micro-ordinateur, sur le mode de l'Intranet, il devient possible de commencer à innover, commencer à agir, pour améliorer l'efficacité de son propre travail ou du travail de son unité, aussi petite soit-elle.
Cette perspective intéresse tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, sont professionnellement en relation avec les administrations. Mais elle intéresse aussi la plupart des agents publics, qui, avec la baisse continuelle du coût des solutions informatiques, pourraient se doter sans trop de difficulté, si leur service tardait à le faire, des équipements communs ou individuels minimum dont ils ont tous besoin désormais. D'ores et déjà, les quelques passionnés qui se sont investis sans compter pour comprendre et utiliser les nouveaux outils sont là pour nous montrer la voie.
L'association Admiroutes voudrait pour sa part contribuer à illustrer concrétement, par des exemples et conseils émanant de praticiens de terrain, comment le « faîtes-le vous-même », au service d'une modernisation administrative en profondeur, pourrait devenir en Europe, grâce aux ressources des réseaux, une réalité de tous les jours. Elle fait appel à vous pour enrichir cette démarche.
Voir nos nouveaux objectifs (septembre 2000)
http://www.admiroutes.asso.fr/gestion/manifest.htm