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et technologique

Europe as a scientific and technological power
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Plaquette : Programme et inscription au colloque
Colloque Indépendance de l'Europe
et souveraineté technologique
Sous le haut Parrainage de M. Jacques Chirac,
président de la République


28 et 29 avril 2004, Paris, Centre des Conférences Internationales

Consulter les autres tables rondes et interventions


Table ronde UNE STRATÉGIE
Résumé des interventions
(par ordre alphabétique)


voir aussi : biographie des intervenants


Introduction par Jean-Claude EMPEREUR (animateur)

Il arrive que la théorie économique soit particulièrement utile pour analyser la réalité. C'est précisément le cas lorsque l'on observe les conséquences de la mondialisation/globalisation sur la compétition économique internationale dans le domaine des nouvelles technologies, et plus spécialement, celles affectant la souveraineté.

1. Emergence d'un monde multipolaire et ouverture de nouveaux "fronts technologiques"

Jusqu'à maintenant, le jeu combiné, dans les relations économiques internationales de la théorie des " avantages comparatifs " (David RICARDO) et celle des " trois secteurs " (Colin CLARK) pouvait être considéré comme permettant une répartition relativement satisfaisante, équitable et dynamique des activités économiques dans le monde.

Selon ces théories, les économies industrielles évoluées se spécialisent de plus en plus dans les activités tertiaires (services et nouvelles technologies), tandis que les pays émergents sont censés progresser harmonieusement du secteur primaire (agriculture et matières premières) vers le secteur secondaire (industrie), évolution que les pays développés leur concèdent progressivement en vertu de la théorie des " avantages comparatifs ", au prix, il est vrai, de délocalisations industrielles souvent douloureuses.

Cette situation est en train de changer. Des pays comme l'Inde et la Chine maîtrisent de mieux et mieux, et surtout de plus en plus rapidement, les activités du secteur tertiaire, en particulier, celles concernant les nouvelles technologies. Cette maîtrise est souvent le résultat de notre aide directe (joint ventures ou délocalisations) ou indirecte (formation).

Dans ces conditions, le sanctuaire économique que représente, dans notre esprit, le domaine des services et des nouvelles technologies se trouve sérieusement menacé. Il est clair que si nous voulons éviter d'être piégés par notre philosophie des échanges internationaux fondée sur un libéralisme de plus en plus étendu et difficile à réguler, il nous faut, pour maintenir indépendance technologique et niveau de vie, investir de plus en plus et de manière accélérée dans les secteurs à très haute valeur ajoutée.

Il est donc indispensable d'innover sans cesse, de trouver des moyens de financement toujours plus sophistiqués, d'accroître l'étendue et la profondeur des marchés financiers dédiés aux nouvelles technologies. Il faut, pour ce faire, combiner toujours plus politiques publiques et initiatives privées, recherche militaire et recherche civile.

Cette évolution naturelle mais néanmoins préoccupante en particulier pour l'Europe, encore insuffisamment perçue tant au niveau des responsables politiques que de l'opinion, justifie pleinement la fixation de manière urgente et prioritaire d'objectifs politiques ambitieux en faveur de la R&T.

Dans cette perspective, lors du sommet de Lisbonne, les dirigeants de l'Union Européenne se sont engagés solennellement à faire de l'Europe " l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale ". Pour que cette affirmation de principe ne reste pas purement incantatoire, mais surtout, pour reprendre les très récentes déclarations du Commissaire européen à la recherche, afin que la " survie " économique de l'Europe soit assurée, il est urgent de concevoir et de mettre en place, par analogie avec ce que les militaires appellent une " Base Technologique et Industrielle de Défense ", une " Base Technologique et Industrielle de Souveraineté ". La mise en œuvre d'une politique de souveraineté technologique qui va bien au-delà des traditionnelles politiques industrielle ou de recherche, parce qu'elle prend en considération les aspects sociétaux et géopolitiques du problème, devient, dans ces conditions, pour l'Europe, un impératif absolu.

2. Vers la création d'une Base Technologique et Industrielle de Souveraineté en Europe

Lors du sommet de Lisbonne, il a été décidé que l'Union Européenne consacrerait en 2010, 3% de son PIB à la recherche (1,9 % aujourd'hui). Cet objectif ne pourra être atteint, compte tenu du contexte économique général ainsi que des grandes disparités existant dans ce domaine entre les Etats membres, qu'à la condition que s'exprime une très forte détermination politique.

Dans le même temps, les Etats-Unis consacrent près de 3 % de leur PIB à la recherche. Les Japonais sont aujourd'hui à 3,2% et atteindront, au terme de leur deuxième plan quinquennal 4% en 2005. La situation de l'Europe est donc " hyper critique ", c'est-à-dire à la limite du " décrochage ". (A titre indicatif, pour 2003 les taux de croissance économique globaux sont les suivants : pays émergents : 5 %, USA : 4%, Japon : 3 %, Union Européenne …. 0%).

Au-delà de cet aspect quantitatif des choses, c'est l'ensemble du tissu économique européen de la R. et T. qui doit être restructuré, transformé et dynamisé. De ce point de vue, le système américain, combinant politiques publiques et initiatives privées, avec ses agences et des moyens, ses grands programmes et ses fonds d'investissement, développe, sur le moyen et le long terme, une stratégie très volontariste et très cohérente, mettant en œuvre à la fois innovation, intelligence économique et influence (cf. sur ce sujet tableau joint au dossier, Nouvel Ouest, mars 2004). Il est grand temps de s'inspirer de celle-ci en Europe.

Il ne sert à rien de dépenser plus si ne sont pas créées, au niveau européen, de nouvelles institutions, inventés de nouveaux mécanismes financiers et fiscaux, suscités de nouveaux comportements collectifs capables de mobiliser de manière efficace et plus coordonnée les moyens financiers nécessaires à la reconquête de la souveraineté technologique. A cet égard, les possibilités offertes par une stratégie d'expansion de l'euro sont insuffisamment exploitées.

Cette reconquête passe également par l'abandon de l'angélisme qui règne trop souvent en Europe face à la compétition internationale acharnée qui se développe sur tous les fronts. Elle passe par la mise en réseau de l'ensemble des potentiels disponibles pour mener à bien une politique ambitieuse offensive et défensive d'intelligence économique.

Ces différents points de vue seront abordés et confrontés au cours de la table ronde.


Intervention de François de la BAUME

Marché européen de la gestion d'actifs

Le sujet, qui ne peut être que " survolé ", est celui de la création d'un véritable marché intérieur européen de la gestion d'actifs financiers.

Il s'agit, en abolissant les barrières juridiques, techniques mais aussi en dissipant les obstacles psychologiques, politiques et nationaux, de faire en sorte que le considérable marché de la gestion collective et individuelle européen (considérable par les enjeux financiers qu'il représente et par ses enjeux économiques et humains) devienne un marché unique pour le plus grand avantage des investisseurs et en particulier ceux engagés dans les nouvelles technologies.

Ceci passe notamment par un ensemble d'aménagements tendant à l'uniformisation des exigences des autorités de tutelle et de régulation dans les pays de l'Union et probablement à terme par la création d'un régulateur unique, outil essentiel de souveraineté


Intervention de Jean-Jacques BONNAUD

Une stratégie européenne d'indépendance technologique

Une option ferme au départ : donner à l'Europe les moyens de préserver une autonomie technologique sur toutes les filières correspondant aux exigences de sa souveraineté et plus largement de sa sécurité. Trois éléments doivent être réunis et régulièrement validés :

1. Une prospective technologique et une analyse stratégique coordonnées au niveau européen débouchant sur :

  • l'examen des vulnérabilités en termes d'accès à la connaissance et à la sécurité d'approvisionnement
  • l'analyse du potentiel global de Recherche et Développement au niveau européen de sa masse critique,
  • l'identification des troncs communs civil-militaire

2. Une articulation des programmes Europe-Etats ou groupes d'Etats (dans le cadre de coopérations renforcées) avec une politique industrielle coordonnée pour les industries de pointe, les industries d'armement et la sécurité d'approvisionnement (énergie, métaux rares, matériaux….).

3. Des moyens propres à l'Europe, budgétaires et extrabudgétaires :

  • Affectation de crédits R et D, Fondations de recherche, partenariats public/privé, appels d'offre et sous-traitance à l'instar des programmes nationaux
  • Dans ce cadre, il faudrait pouvoir canaliser une partie de l'épargne européenne vers des utilisations combinées avec des fonds publics soit à travers des emprunts de la BEI (capital risque ou couverture d'une partie du risque en fonds propres), soit à travers l'affectation du produit d'un livret d'épargne européen sécurisé au profit de financements en PPP d'infrastructures liées à la défense européenne (Centres d'essais et d'expérimentation, formation, développements dans des troncs communs civil-militaires).

Intervention de Jean-François COURT
Le photovoltaïque

1. Techniques juridiques et souveraineté

Deux domaines, le politique et l'économique

a) Le politique

  • Techniques constitutionnelles et politiques : constitution, systèmes électoraux, systèmes légaux, systèmes judiciaires.
  • Moyen d'influencer durablement les pays émergents et d'exercer une domination intellectuelle (formation des élites, philosophie et fonctionnement des systèmes , etc…). Cf le Japon ou l'Allemagne après guerre, l'Irak aujourd'hui, l'Iran ou la Lybie demain.
  • Comment transposer au niveau européen ce qui a été fait dans le passé au niveau français (assistance constitutionnelle ou juridique, IIAP, etc…) ? Stratégie d'entrisme et d'utilisation des organismes internationaux ?

b) L'économique

  • Domination des principes anglo-saxons dans la régulation, les contrats et le business en général qui a entraîné la domination des firmes juridiques anglo-saxonnes, d'où cercle vicieux à notre détriment : on est " dominé " puisqu' amené à vouloir le label de ces firmes ce qui les renforce et on est en retard dans l'adaptation, l'innovation puisqu'elles créent les nouvelles règles. (cf les règles OCDE, imposées par les EU, les lois Sarbannes-Oxley, etc…, et ceci même lorsque l'Europe est plutôt en avance).
  • Il faut être présent et offensif dans les organisations professionnelles (avocats, etc…) internationales, développer l'influence communautaire dans la fixation des normes, discuter les évolutions de régulation, etc… Problème de notre (France et Europe continentale) trop grande déférence au modèle régalien et à la position des administrations (fiscalité).

2. Techniques financières et souveraineté

a) Monnaie et techniques financières

  • Un rapport direct des anglo-saxons à l'argent, avec un marché financier très ouvert : ils dictent les règles et normes.
  • Le dollar (ou la livre) est utilisé comme une arme au service de l'intérêt national, beaucoup plus que l'euro. Pourquoi ne pas aller vers l'euroisation rapide de l'Europe de l'est, voire de pays émergents ?
  • Les US soutiennent leur " industrie juridique et financière " : exemple des rames de TGV SNCF, subventionnées par le fisc US pour privilégier les firmes juridiques et financières US ! Ne pas laisser une conjonction des pressions US sur les sujets de blanchiment et autres se combiner à celle des administrations notamment fiscales européennes pour étouffer plus que les autres les banques et organismes financiers européens : cf l'affaire Société générale, cf l'application de la convention OCDE.
  • Les marchés : comment ne pas être à la remorque des marchés US ? Comment être au niveau européen dans la régulation (on peut dire qu'elle est au moins aussi bonne en Europe qu'aux US, mais dispersée). Accepter les fonds de pension, mais refuser les hedge funds ? Concevoir les règles en termes de liberté et non en termes d'incitation totalement encadrées ?

b) Règles comptables et notation

  • Normes et principes sont d'origine américaine dans les grandes techniques : Comptabilité : normes GAAP, IAS, etc. ; Finance : développement des instruments et techniques ; fiscalité :flexibilité et créativité.
  • La présence européenne est insuffisante (clair dans la bataille sur les règles comptables, où les principes américains -discutables sur certains points- vont désormais dominer). Pour la première fois, un Président est intervenu officiellement (Chirac à la CE) sur les règles bancaires.
  • La notation (Fitch seul européen détenu par Fimalac, les agences américaines faisant la loi) : la notation " européenne " n'est-elle pas aussi importante qu'un laboratoire pharmaceutique " européen "? Quid des critères ?

Intervention de Jean JACQUIN

Pour faire au plus court, trois sujets de préoccupation, concernant les nouvelles entreprises technologiques :

1. Absence d'argent à long terme

La France est un des très rares pays à ne pas avoir de capitaux patients disponibles pour le financement des jeunes entreprises technologiques, du fait de l'absence de Fonds de Pension qui, aux Etats-Unis par exemple, allouent une petite portion de leurs fonds à des investissements " alternatifs " et en particulier au capital Risque. La seule possibilité me semble être de permettre aux assurances vie de jouer ce rôle en allouant une très petite partie de leurs ressources à ces investissements alternatifs, de l'ordre de 0.5à 1 %, non 5% comme cela a été proposé récemment dont personne n'aurait l'emploi.

2. Absence de marché public efficace

La bourse est un instrument indispensable aux jeunes entreprises technologiques qui visent un marché mondial et ont donc besoin de ressources considérables. Elles interviennent après le financement initial par le capital risque, au moment où les besoins sont les plus importants pour passer à la phase d'industrialisation et de commercialisation et avant que ces entreprises ne soient suffisamment assises pour attirer les grands investisseurs traditionnels. De plus ces bourses facilitent souvent une sortie des investisseurs de la première heure, ce qui leur permet de continuer à faire leur indispensable métier. Aux Etats-Unis la très grande majorité des entreprises technologiques devenues des leaders mondiaux aussi bien en Technologies de l'Information qu'en Sciences de la Vie n'aurait pas survécu sans le Nasdaq.

Il s'agit bien entendu d'un compartiment spécial de la bourse, s'adressant à des investisseurs avertis capables d'assumer des risques, obéissant à des règles différentes de celles des marchés usuels, mais soumis cependant à des règles très strictes.

En Europe et sous la pression de l'industrie du Capital Risque des marchés de ce type (Easdaq, Nouveau Marché…) ont vu le jour au milieu des années 90. Ces marchés n'ont pas donné satisfaction sans doute parce qu'insuffisamment contrôlés. Aujourd'hui on jette le bébé avec l'eau du bain en imposant des règles totalement inadaptées aux jeunes entreprises dont nous parlons. Ceci est catastrophique. Même s'il reste encore les bourses de Londres, Zurich ou Stockholm, il est à craindre que la seule sortie raisonnable, comme il y a quinze ans, soit le Nasdaq américain, avec toutes les difficultés que cela implique.

3. Le financement de la recherche

Il est logique que les entreprises technologiques proviennent de la recherche fondamentale. Sans répéter ce dont tout le monde parle, je dirai simplement qu'à notre corps défendant, les quatre derniers investissements d'AURIGA ont été faits dans des entreprises issues respectivement du Karolinska Institut et des universités de Montréal, Southampton et Lausanne…En 20 ans de métier, nous avons vu la situation relative se dégrader, en particulier récemment, au point qu'on peut commencer à se demander s'il est raisonnable de continuer ce métier en France


Intervention d'Alain JUILLET

Le niveau de vie, le produit intérieur brut, ou la capacité exportatrice ne garantissent plus l'indépendance et la souveraineté d'un Etat. Pour pouvoir exister dans un marché ultra concurrentiel, devenu mondial ou global, il doit posséder et développer une excellence technologique permanente dans certains domaines cruciaux et sécuriser ses approvisionnements.

Cette capacité à maîtriser les filières clés et les nouvelles technologies va donc bien au-delà de la défense et de la sécurité. Il faut y inclure les technologies de l'information, de la transmission du savoir, la robotique, les énergies du futur, les nanotechnologies, le génie génétique, l'environnement, et bien d'autres activités. De plus, le développement de ces secteurs très porteurs nourrit un puissant courant de création d'emplois à très haute valeur ajoutée et génère un accroissement de productivité.

Dans un monde en évolution de plus en plus rapide, il faut donc dépasser le niveau du développement de la recherche, de la politique industrielle ou du libéralisme absolu, et prendre conscience que les enjeux sont culturels et sociétaux.

Depuis plus de 15 ans les Américains ont une stratégie claire et parfaitement identifiée. Ils investissent sans relâche dans les technologies de l'information, et le développement de la connaissance et du savoir, qui sont au cœur de la puissance et de l'indépendance modernes. Encouragés par leur Etat, les industriels n'hésitent pas à bâtir des alliances et racheter des sociétés, dans le monde entier, quand ils veulent acquérir une technologie, compléter leur expertise, ou neutraliser un concurrent.

Comme le disait Joseph Nye, l'ancien président du National Intelligence Council, dans un article de Foreign Affairs en 1996, la connaissance donnant le pouvoir stratégique, le pays qui est le leader de la révolution de l'information sera le plus puissant de tous. Il ajoutait comme une évidence : " il est maintenant clair pour tous que pour un horizon raisonnable, ce sera les Etats-Unis.

Force est de constater que l'Europe n'a pas su identifier ces domaines technologiques clés dont la maîtrise intégrale est indispensable et appelle des politiques cohérentes, coordonnées et ambitieuses, tant au niveau de l'union qu'à celui des Etats. Dans le domaine de l'information et de la connaissance, l'Europe n'a pas su se donner à temps l'indépendance qu'elle avait su préserver jadis dans le nucléaire, l'aéronautique et le spatial.

La France, qui avait pris du retard, a décidé par la vois de son Premier ministre, de lancer une politique publique visant à mobiliser les énergies pour mettre en œuvre le concept d'intelligence économique. Cette action volontariste va permettre, après une phase de sensibilisation et la définition de nos domaines essentiels, de lancer des programmes de formation et d'optimiser la veille technologique, industrielle et concurrentielle. Il s'agit de mobiliser les administrations pour aider les entreprises françaises à se battre à armes égales avec leurs concurrents. Ceci suppose la maîtrise et la protection de l'information stratégique avec utilisation de moyens sécurisés dont il faut encourager la réalisation et le développement.

Mais une nouvelle mutation technologique s'annonce. Les années à venir verront la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des technologies de l'information et des sciences cognitives. L'interpénétration des ces filières en multipliera l'impact. L'expertise scientifique requise pour y travailler et les montants d'investissements nécessaires rendront impossible à la plupart des pays de rester dans la course.

En dépit de la maîtrise reconnue des français dans certaines de ces technologies, nous ne pourrons pas rester tout seul. Le lancement de programmes communs au niveau européen est donc indispensable. Il faut être conscient que si l'Europe n'investit pas massivement, et d'une manière volontariste, dans la maîtrise de ces processus indispensables à sa croissance, son indépendance sera mise en cause et sa souveraineté compromise.

Le problème est de convaincre nos partenaires que la souveraineté technologique est un impératif absolu pour l'Europe si elle veut obtenir la puissance et la crédibilité qui lui manque. La préservation de l'indépendance européenne exige une stratégie autonome, bien que généreuse et non hégémonique, lui permettant de disposer des moyens de sa sécurité.

Dans ce cadre, l'Europe doit avoir parmi ses objectifs celui d'assurer une protection des entreprises européennes sensibles contre les prises de contrôle étrangères lorsqu'elles entraînent des dépendances technologiques rédhibitoires ayant pour but ou pour effet de lui retirer ses capacités de décision. L'Europe doit agir en la matière comme le font les Etats-Unis et prendre les mesures législatives et réglementaires correspondantes.

Pour conclure, je crois pouvoir dire que les mesures récentes comme Galileo, l'A 4000 M, les prises de position sur ITER, ou le projet d'Agence Européenne de Défense témoignent que la naissance d'un véritable intérêt général communautaire. Il doit viser au maintien d'une base industrielle européenne forte et compétitive à travers notamment le développement de la recherche, l'évaluation et la préservation des savoir faire qui peuvent seuls garantir l'indépendance technologique, base d'une réelle indépendance politique.
C'est ce qui permettra à l'Europe de se comporter avec les Etats-Unis en partenaire solidaire, respecté et autonome, tout en étant prêt à la compétition multipolaire avec d'autres puissances dans le respect d'un équilibre multilatéral et d'une éthique pacifique.


Intervention de Joseph LE BIHAN

L'affirmation de l'Europe comme grand acteur des techno-sciences doit absolument inclure le dynamisme des pôles technologiques de l'Europe des territoires de plus en plus autonomes.
Les technologies post 1970-1980 et la construction européenne conduisent à la détaylorisation entre territoires dits de conception et territoires dits d'exécution. La proximité acceptée et aussi confiante que possible de la Recherche de la formation, et de la création de valeur nous semble être un facteur décisif de réussite de la renaissance des Territoires. Par proximité il serait erroné de voir exclusivement des présences physiques sur un même lieu. C'est une solution mais il en existe d'autres qui seront aussi performantes surtout lorsqu'il s'agit de contourner des résistances d'institutions pratiquement fossilisées et entretenant la taylorisation territoriale.

L'essentiel est la confiance partagée autour de préoccupations communes : l'innovation réussie et les emplois qualifiés correspondent.

La performance devra beaucoup au dynamisme d'un " nœud de réseau " incontesté intégrant à la fois les cultures régionales, les cultures internationales des espaces hautement innovateurs, la culture de l'innovation avec les spécificités des PME ; et évidemment une finalité stratégique correspondant à des priorités retenues par les autorités Régionales.

L'accélération nécessaire de la vitesse d'acquisition et de dissémination des connaissances autour du nœud de réseau évoqué nécessite :

  • un système autonome de veille complète (j'insiste sur l'autonomie en raison des concurrences inter-régionales qui ne manqueront pas d'être sévères, toute tentative de centralisation me semble à priori contre-productive car chaque Région a ses intérêts propres).
  • un système de micro-universités virtuelles avec un hub chez chaque membre associé au réseau.

L'ensemble de ces mesures doit être accompagné de la diffusion de la Culture entrepreneuriale (initiative, prise de risque, innovation perpétuelle) dans le corps social Régional.


Intervention de Joseph LEDDET

L'euro, devise de souveraineté

Officiellement mis en œuvre début janvier 1999, matérialisé en billet et en pièce le 1er janvier 2002, l'euro constitue de fait un atout considérable pour l'Europe, une véritable " arme nucléaire financière ". Qu'en est-il réellement aujourd'hui, et comment la monnaie unique peut-elle renforcer les " technologies de souveraineté " ?

1. L'euro, un succès mondial

Peu de gens savent que dès 1999, année de sa création comme monnaie scripturale (et non fiduciaire), les émissions obligataires en euro ont égalé celles en dollar.

Aujourd'hui, la masse monétaire en euro est équivalente à celle en dollar, et elle la dépassera bientôt avec l'arrivée des " nouveaux entrants " ; aujourd'hui, lorsque l'on va en Russie ou même en Israël, on constate que l'euro-billet fait partie de la vie courante.

Ainsi, petit à petit, la devise européenne - une excellente devise - va s'étendre à bien d'autres pays, en Europe de l'Est, voire peut-être en Afrique.

Et même si elle gêne nos exportateurs, la remontée actuelle de l'euro face au dollar prouve bien qu'il ne s'agit pas d'une " devise bidon ", mais d'un membre à part entière du tiercé de tête des grandes monnaies (dollar, euro, yen).

2. L'euro, une arme de souveraineté financière

La devise constitue le terreau financier du pays qui l'utilise, conditionnant toutes ses activités économiques et financières. Mentalement, psychologiquement, elle marque les habitants et elle s'insère dans leur vie quotidienne.

A cet égard, plutôt que d'étendre l'euro d'une manière excessivement prudente à de nouveaux pays, en attendant des années que les " critères de convergence " soient remplis, nous préconisons l'approche radicalement inverse : donner immédiatement l'euro à tous les pays qui le voudraient (notamment Europe de l'Est, Russie comprise, et Afrique du Nord ou Afrique Noire) ; en pratique, ces pays rempliraient d'emblée les cinq critères, dont trois (stabilité monétaire, taux d'intérêt bas et inflation contenue) seraient automatiquement apportés par l'euro, et deux (déficit public limité et dette publique plafonnée) sont la plupart du temps déjà satisfaits (car ces pays ne peuvent pas trop s'endetter).

Par cette démarche audacieuse, l'Europe unie imprimerait vite et durablement sa marque sur l'ensemble du Continent, ainsi que sur l'Afrique, avec qui elle entretient depuis des siècles (France en tête) des relations privilégiées.

Remarquons enfin qu'en termes quantitatifs, cette extension ne risquerait pas de déstabiliser l'euro, car l'ensemble de l'Afrique ne représente que 1% de la masse monétaire mondiale, de même que l'Europe de l'Est, Russie incluse.

3. L'euro, un soutien essentiel pour les technologies de souveraineté

Il est de plus en plus question que l'euro soit utilisé pour les contrats pétroliers (la Russie le préconise ouvertement). De même, les grands contrats industriels (avions, paquebots, centrales nucléaires…) sont aujourd'hui couramment libellés en euro. Et plus cette tendance s'accentuera, plus le " langage financier " de l'industrie et de la technologie, à savoir la devise de facturation se rééquilibrera de l'américain (dollar) vers l'européen (euro).
Par ce processus, les industries de haute technologie européennes seront à l'abri des fluctuations du dollar, parfois meurtrières si l'on ne s'en protège pas efficacement (cf. contexte actuel de baisse du billet vert, défavorable à nos industriels).

Cette orientation sera sans doute soutenue voire accentuée par l'attitude de certains grands Etats " capitalistiques ", principalement asiatiques, dont les banques centrales regorgent de réserves en dollar (Japon, Chine, Taïwan…), et qui envisagent sérieusement, à l'instar de la Russie, de rééquilibrer leurs portefeuilles monétaires (actuellement à 85% en dollar) en faveur de la monnaie européenne.

Conclusion

L'euro est déjà le terreau financier du cœur de l'Europe ; il est appelé à s'étendre rapidement aux nations voisines, tout en solidifiant le tissu industriel européen, spécialement celui des hautes technologies.

Soulignons enfin que, par rapport au dollar, l'euro présente un avantage décisif : ce n'est pas, comme le billet vert, la monnaie d'un seul Etat - aussi puissant soit-il - mais c'est la devise d'une communauté de nations, d'une communauté ouverte.


Intervention de Bernard ZIMMERN

La puissance d'une nation dépend d'abord du plein emploi : avec 24 millions de personnes au travail dans le secteur marchand contre 17 en France, la Grande Bretagne dispose de marges de manœuvre financières infiniment plus grandes. Le secret des anglo-saxons et particulièrement des USA est d'avoir maîtrisé le processus pour faire naître des entreprises et des emplois et remplacer les activités traditionnelles qui meurent de vieillesse ou de délocalisation par des milliers d'entreprises nouvelles, les graines des grandes entreprises de demain. La clé est dans leur financement.

L'Etat comme le capital-risque sont impuissants, seuls des individus, les " Business angels " sont capables de financer les innovateurs, porteurs de projets de façon économiquement efficace. Ces innovateurs reçoivent 10 milliards d'euros en Grande-Bretagne, 100 milliards de dollars aux USA, 1,5 milliards d'euros en France. Cependant, nous hésitons encore à appliquer les incitations fiscales qui expliquent la réussite anglo-saxonne alors qu'elles rapportent au Trésor Public.


Intervention de Philippe GRASSET

Les technologies de souveraineté, une relation dialectique

La première partie constate (exemple de l'avion de combat américain F/A-22) une crise inquiétante dans le processus d’intégration des technologies avancées.

Ce constat conduit à une définition des technologies avancées et du processus d'intégration. Pour compléter cette partie, on développe également une définition du concept de souveraineté.

A partir de ces définitions, on constate que les deux termes de l'expression "technologies de souveraineté" sont contradictoires : l'un est déstructurant et progressiste (technologies), l'autre est structurant et conservateur (souveraineté). Ce paradoxe peut, dans certains cas, donner une grande souplesse. C'est le cas aujourd'hui : l'orientation des technologies devenant incertaines, les "technologies de souveraineté" peuvent d'autant mieux servir à affirmer la souveraineté. C'est une opportunité pour la France, très avancée dans les technologies et qui soutient fortement le principe de souveraineté : elle peut à la fois orienter l'Europe vers une affirmation de souveraineté et affirmer le principe de souveraineté à l'extérieur, grâce aux technologies de souveraineté.

 

 

 

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