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Europe puissance scientifique
et technologique

Europe as a scientific and technological power
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Plaquette : Programme et inscription au colloque
Colloque Indépendance de l'Europe
et souveraineté technologique
Sous le haut Parrainage de M. Jacques Chirac,
président de la République


28 et 29 avril 2004, Paris, Centre des Conférences Internationales

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Tale-ronde  INTELLIGENCETable ronde L'INTELLIGENCE
Résumé des interventions


voir aussi : biographie des intervenants

Introduction par Jean-Paul BAQUIAST, animateur de la table ronde

Sciences et technologies de l'intelligence en Europe. Un désastre ?

Un rapide survol du domaine des sciences et technologies de l'intelligence dans le monde montre l'absence presque absolue de l'Europe autour de ces enjeux. C'est un désastre en terme de compétitivité et de souveraineté, tant pour le présent que pour l'avenir. Un pourcentage de plus en plus important des coûts de production hors salaires et hors immobilier dans les secteurs tertiaire et quaternaire sont consacrés à l'acquisition et à l'utilisation des produits de ces sciences et technologies, sans doute 60 à 70% dans la recherche scientifique. Or à qui s'adresse-t-on déjà, et continuera-t-on à s'adresser pour obtenir les ressources nécessaires (hors téléphone) : aux firmes sous contrôle des Etats-Unis pour 90 à 95% et au Japon pour le reste.

En résumant beaucoup, quels sont les principaux domaines entrant dans cette vaste catégorie des sciences et technologies de l'intelligence, d'où l'Europe est pratiquement absente :

§  Les super-ordinateurs. Ils sont indispensables partout, notamment dans les grands programmes civils et militaires. Les super-ordinateurs utilisent encore ce que l'on appelle les technologies du silicium (dont les performances - en application de la loi de Moore - devraient doubler tous les 18 mois jusque vers 2015) C’est ce que l’on appelle la course au pétaflop. Ils utiliseront très certainement demain les technologies du bit quantique et de l'ADN. Les super-ordinateurs sont mis en œuvre par des logiciels de plus en plus sophistiqués destinés à optimiser l'accès à leurs ressources, permettant notamment la synchronisation de calculs parallèles très distribués.

§   Les systèmes d'exploitation et logiciels associés. Ceux-ci sont principalement fournis par Microsoft. Cette firme en retire non seulement des profits considérables, mais une puissance d'intrusion dans la gestion de ses clients jamais vue jusqu'alors. Accessoirement, il faut savoir que les hackers font des logiciels Microsoft leur terrain favori d'attaque, ce dont les clients sont les premiers à souffrir. La Chine, associée au Japon et à la Corée du sud, est en train de mettre en place un système d'exploitation dédié, utilisable sur tous types de produits notamment portables,  reprenant  les sources du logiciel libre Linux (Joint Open Source Project). Le travail sera important, mais les programmeurs ne manquent pas en Asie. Il n'y a pas de raison que l'Europe ne fasse pas de même. Actuellement, le soutien donné à Linux par ses utilisateurs européens s'accroît, mais n'atteint pas encore à la taille critique.

§  Les robots autonomes. Ceux-ci sont de plus en plus présents dans les applications industrielles, militaires, d'exploration et… domestiques. Avec l'apparition dans 5 ans environ de la conscience artificielle (cognitive system), les robots accompagneront partout l'homme. Ils se substitueront progressivement à lui dans de nombreuses tâches où leurs performances les rendront sans rivaux

§  Les nanotechnologies. Celles-ci consistent à manipuler directement les atomes pour réaliser la synthèse de nouvelles molécules, nouveaux matériaux et nouveaux outils (nanorobots).

La prochaine génération de nano-objets sera constituée de réplicants moléculaires capables de se reproduire (en principe sous contrôle !) dans des milieux très différents. Les nanotechnologies vont coopérer très étroitement avec les bio-technologies, notamment dans les applications thérapeutiques. Dans le domaine des nanosciences, l'Europe n'a pas perdu pied, comme dans les domaines précédents. Mais ses investissements et recherches sont très inférieurs à ce que font les Etats-Unis et ce que feront bientôt d'autres pays, notamment asiatiques.

§  Les sciences et réseaux de la cognition. Il s'agit d'abord de l'archivage et de la mise en réseau de toutes les connaissances humaines, lesquelles sont redistribuées selon des protocoles d'accès allant du classifié défense à l'accès ouvert (open source) en passant par le confidentiel d'entreprise. Il s'agit ensuite des méthodologies permettant d'améliorer les capacités d'apprentissage, d'innovation et d'adaptation des individus et des organisations (smart organizations). Il s'agit enfin des multiples réseaux d'espionnage militaire, politique et économique, bientôt complétés par les réseaux surveillant en temps réel les individus réputés dangereux pour la sécurité publique. Le tout est entièrement anglophone.

Il est clair que l'Europe, ayant abandonné depuis trente ans pratiquement toute ambition industrielle et de recherche dans ces différents domaines, dépend entièrement des industriels non européens d'abord, du pouvoir politique des Etats-Unis le cas échéant ensuite, pour accéder aux ressources indispensables. En période d'échanges économiques ouverts, elle obtient les outils dont elle a besoin, le plus souvent cependant ceux dits de seconde main. La pénétration des constructeurs et concepteurs de logiciels américains, aussi déontologiquement correcte soit-elle, n'est cependant pas sans poser de nombreux problèmes, que l'on préfère en général ne pas voir.

De plus, s'adresser à des fournisseurs étrangers se traduit par des coûts d'achat, de location et d'accès considérables (payés en dollars) auxquels on consent car on ne peut pas faire autrement.

En période de tension, l'Europe peut devenir devient vulnérable à tous les chantages

Que faire ?

Les Européens n'aiment pas se l'entendre dire, mais ils sont confrontés à la situation qu'avait rencontré le président de Gaulle vers 1965 quand le State Department lui avait refusé l'accès aux calculateurs de l'époque, afin de se réserver l'arme nucléaire. Il dut se résoudre à faire concevoir et fabriquer sur place les matériels nécessaires. L'opération dite Plan Calcul, abondamment critiquée, avait cependant abouti vers 1972-73 à la mise en place d'une entreprise européenne, Unidata qui, si elle n'avait pas été abandonnée par le gouvernement français, serait certainement aujourd'hui de la taille et de la compétence de Airbus et Ariane Espace.

Si les gouvernements européens, associés dans l'Union européenne, veulent reprendre
la maîtrise stratégique des secteurs énumérés ci-dessus, essentiels à la survie de l'Europe, les solutions sont simples, en termes politiques tout au moins :

§  Dresser l'inventaire de toutes les ressources déjà disponibles ou potentielles dont les laboratoires et les entreprises européennes disposent dans les domaines concernés. L'exemple du physicien Albert Fert, médaille d'or du CNRS remise en janvier 2004, découvreur de la magnétorésistance géante (GMR) et contributeur du développement de l'électronique de spin, est typique. Ces découvertes n'ayant pas vraiment suscité l'intérêt des industries européennes, elles-mêmes ne disposant pas de commandes en ce sens, ont été exploitées par l'industrie électronique américaine. En France, le CEA comme de nombreux autres laboratoires, disposent encore, dans leurs cartons ou parmi leurs équipes, des ressources permettant de reprendre la course aux super-technologies de demain. Il est certain que le savoir-faire industriel acquis outre-atlantique par des années d'exercice ne se réinventera pas d'un seul coup. Mais il peut très vite être retrouvé, voire repensé par des équipes motivées. C'est de cette façon que les Chinois ont envoyé un homme dans l'espace. C'est de cette façon aussi, ne l'oublions pas, que les Airbus et les lanceurs Ariane ont été mis en production

§  Financer sur budgets principalement publics, hors des contraintes de l'OMC, par exemple dans le cadre de crédits consacrés à la R/D militaire ou à la recherche fondamentale civile, plusieurs grands projets s'inscrivant dans les filières énumérées ci-dessous. Les entreprises privées seront évidemment appelées à y participer, mais sans que les maîtres d’ouvrages publics ne leur cèdent la main.

A ce titre, nous proposerons en priorité les super-calculateurs "classiques" de nouvelle génération (viser le pétaflop), l'ordinateur quantique, un système d'exploitation européen basé sur Linux,  les robots ou systèmes conscients, ainsi que des plates-formes ambitieuses en matière de nanotechnologies associées aux biotechnologies.


Intervention du Professeur Alain CARDON

La robotique autonome

Il y a déjà dans le monde plus de un million de robots dotés d' intelligence plus ou moins développées. On les trouve dans l'industrie, dans  l'exploration des milieux interdits à l'homme, sur terre et dans l'espace, en médecine opératoire et réparatrice, dans les réseaux informatiques, dans   les foyers, dans la création artistique et, bien entendu, dans les systèmes d'armes. Dans 10 ans ce nombre atteindra peut-être, selon les prévisionnistes, la centaine de millions. Il s'agira alors pour la plupart de véritables robots autonomes, dotés de facultés certes artificielles mais   proches de celles permises par la conscience humaine. Les grandes agences de  recherche américaines DARPA, NASA, NSA., multiplient les appels d'offre  visant à la réalisation de systèmes dits cognitifs, c'est-à-dire intelligents. Les grands industriels japonais, pour leur part, s'investissent dans les robots sensibles et conscients susceptibles de se substituer aux animaux et aux humains dans l'assistance et la distraction des individus. La Chine et bien d'autres pays s'y intéressent aussi. Des milliards de dollars de chiffre d'affaire sont attendus pour les prochaines années.

En France, certaines réalisations existent, mais elles manquent de moyens, car le sujet  n'intéresse pas les organismes de financement publics non plus que les entreprises. Les thésards qui se sont intéressés à la question ont dû partir travailler au Japon. Dans quelques mois l'industriel bénéficiant de ces apports présentera un agent pré-conscient  de conception presque entièrement française, mais personne ne le saura.

Je soulignrai aussi, dans un autre ordre d'idées, l'importance qu'il y aurait à ouvrir des Ecoles doctorales en Afrique francophone, en utilisant les liaisons par Internet. Mais là encore, les crédits manquent.


Intervention du Professeur Alain Costes

La convergence des technologies

Aujourd'hui toutes les analyses internationales - scientifiques, industrielles, économiques et politiques- concluent sur le fait que la convergence des Biotechnologies, des Infotechnologies et des Nanotechnologies sera le moteur des innovations technologiques, du développement économique et de la qualité de vie de notre société pour la première moitié du 21ème siècle. La quasi totalité des secteurs industriels est touchée par cette convergence qu'ils soient high tech ou traditionnels : nouveaux médicaments, systèmes embarqués, bio-informatique, génomique, biochips…

L'objet de l'intervention est d'analyser les potentialités de cette convergence et de ses retombées en prenant pour exemples les actions déjà menées :  les USA avec la Californie, le Japon sur Tokyo et la France à Toulouse-Midi-Pyrénées.

En conclusion des propositions seront faites sur les actions qui pourraient être décidées en France et en Europe pour faire de ces territoires des pôles de compétences et de compétitivité au niveau international.


Intervention de Ben SEIFERT

Non communiquée (figurera dans les actes du colloque)


Intervention de Christophe JACQUEMIN

La robotique de nouvelle génération : un marché d'avenir

Tandis que les progrès technologiques ne cessent de tirer vers le bas le prix des composants électroniques, les fonds alloués à la recherche universitaire en robotique aux Etats-Unis enregistrent une hausse marquée. Ceci est en grande partie liée à l’intérêt que porte l’armée américaine au développement de véhicules robotiques autonomes (terre, mer, air).

Premier producteur de robots industriels (marché aujourd'hui en stagnation) et fort de son savoir-faire, le Japon porte toutes ses forces sur la robotique de nouvelle génération, celle du robot autonome doté d'un comportement, apprenant et communiquant. Objectif : en faire d’ici 2020 l’une des industrie-clés du pays, au même niveau que l'industrie automobile. 

Se concentrer sur la robotique revient ici à favoriser la cristallisation technologique des nombreux secteurs qui y travaillent : électronique, matériau, industrie du logiciel, des ordinateurs, de l'information et de la communication, téléphonie, nano/micro technologies, industrie mécanique, intelligence artificielle... Les entreprises nipponnes ne s'y trompent pas, considérant ici moins la concurrence entre-elles que l'idée que tout ce qui est (et sera) développé pourra être intégré dans de nombreux domaines. On parle déjà de standardisation, pour une meilleure maintenance et un développement plus rapide.

On évoquera les forces et les faiblesses de l’Europe face au domaine.

Plus généralement, on abordera auss ila nécessité constante d’un renforcementde l’interdisciplinarité (pluridisciplinarité) en matière de recherche, imposant une traduction forte dans l’enseignement.


Intervention du Professeur Pierre RABISCHONG

L'intelligence

L’intelligence fait partie de la fonction nerveuse de communication qui est le lien information/action. Elle est la capacité de résoudre des problèmes conceptuels ou pratiques en exprimant une solution, soit par le langage écrit ou parlé, soit par des mimiques, soit par des comportements.

Si sa définition n’est pas univoque, son absence est cependant facilement perceptible.Cette fonction est directement liée à l’organisation de système nerveux qui, par ses possibilités de stockage mnésique à partir d’entrées sensorielles et son vaste réseau associatif cérébral, permet des supputations mentales dont la complexité est précisément liée au degré d’intelligence du sujet.

Elle peut être « mimée » dans des systèmes artificiels comme neuroprothèses dites intelligentes qui sont capables d’adapter leur réponse en fonction des caractéristiques de l’environnement biologique détectées par des capteurs appropriés. Nous avons, dans ce domaine en Europe, une certaine avance et il est hautement souhaitable de la maintenir.

Pour ce faire, nous avons suggéré de créer en Europe un Fonds Social d’Aide pour la Haute Technologie pour les Patients. Ce fond serait alimenté par du sponsoring public et privé européen. Il serait susceptible d’acquérir, pour les hôpitaux et les patients au budget limité, des aides techniques de haut niveau produites par une industrie biomédicale européenne, ainsi encouragée.



 

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