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et technologique

Europe as a scientific and technological power
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Plaquette : Programme et inscription au colloque
Colloque Indépendance de l'Europe
et souveraineté technologique
Sous le haut Parrainage de M. Jacques Chirac,
président de la République


28 et 29 avril 2004, Paris, Centre des Conférences Internationales

Consulter les autres tables rondes et interventions


Table ronde ENERGIETable ronde L'ÉNERGIE
Résumé des interventions


voir aussi : biographie des intervenants


Présentation par Maurice ALLÈGRE (animateur)

L'énergie est devenue la composante indispensable d'un monde en développement permanent. Tellement indispensable, tellement " naturelle " qu'on ne s'en rend même plus compte jusqu'au moment où, à la surprise générale, elle vient à connaître un raté, que ce soit pour cause de panne électrique généralisée comme en Italie ou à New York, de tempête comme à Noël 99 ou de crise pétrolière mondiale comme en 1973. Sans énergie, point de confort, point d'industrie ni de services, point de développement possible.

Malgré les chocs pétroliers dont le souvenir est bien estompé, malgré un baril de pétrole qui se maintient obstinément au-dessus de 30 $, nous sommes tellement habitués à une énergie abondante et relativement bon marché que nous n'imaginons pas qu'il puisse un jour en être autrement. Pourtant, reprenant ici une citation de Paul Valéry relevée par Anne Lauvergeon, "l'ère du monde fini commence" et cela est tout spécialement vrai dans le domaine énergétique.

Au cours des prochaines décennies, la poursuite de la croissance mondiale ne pourra qu'entraîner une forte augmentation de la demande en énergie primaire, notamment dans les PVD. Cette augmentation se produira même si l'intensité énergétique diminue, c'est à dire même si l'on arrive à utiliser de mieux en mieux l'énergie. Elle se traduira par un recours encore accru aux hydrocarbures liquides et gazeux alors que ceux ci seront pris en tenaille entre deux limitations fondamentales dont l'importance ne fera que grandir au fil des années :

La première limitation est celle de la ressource en hydrocarbures :

Depuis 300 millions d'années, la nature fabrique et piège dans des gisements qu'il appartient à l'homme de découvrir les hydrocarbures que ce dernier aura totalement consommés en 300 ans. Bel exemple s'il en est de développement non durable ! Le pétrole est une ressource finie et cette idée commence à être admise. Les querelles vont bon train pour savoir quand se produira le pic de la production mondiale mais, peu importe la date exacte, celle ci est proche.

Malgré la poursuite d'un remarquable progrès technologique, la production totale de pétrole, y compris les ultra lourds, devrait connaître un maximum assez plat avant d'amorcer son déclin quelque part entre 2015 et 2030. Quelques années avant son maximum, des crises plus ou moins prononcées d'instabilité feront progressivement prendre conscience à l'opinion de l'imminence de la pénurie. Les prix du pétrole monteront. Le gaz subira le même sort avec un décalage de l'ordre de 25 ans. Par contagion, la montée des prix du gaz suivra de peu celle des prix du pétrole.

La deuxième limitation est due à l'importance croissante attribuée au changement climatique :

Peu importe que le début de réchauffement planétaire auquel on assiste soit du en totalité ou seulement en partie au CO2 produit par les activités énergétiques humaines. L'opinion publique est de plus en plus convaincue que ce réchauffement est nocif et causé par l'homme. Dès lors, la lutte contre l'effet de serre devient une contrainte de plus en plus pesante pour les combustibles fossiles.

Dans ce contexte, des bouleversements considérables sont inévitables dans le " mix énergétique " mondial dès avant le milieu de ce siècle. Comment pourrons-nous y faire face ? Quelle sera en particulier la réponse de l'Europe devant un défi qui apparaît tout autant politique que technique ? Notre table ronde essayera d'esquisser des réponses à la deuxième partie de cette interrogation fondamentale, celle concernant les aspects techniques.

A l'horizon 2050, les additions concernant la fourniture d'énergie primaire mondiale ne " bouclent " pas à cause de la décroissance des hydrocarbures et des limitations intrinsèques du charbon. Plus du quart de la consommation de 2050, soit 5 Gtep au moins seront à trouver en dehors des combustibles fossiles et de la grande hydraulique. Ce vide devra être comblé de diverses manières :

  • Une meilleure maîtrise de la manière de consommer l'énergie : l'Europe, déjà beaucoup plus performante que les USA dans ce domaine, saura-t-elle encore progresser et diminuer son intensité énergétique ?

  • Le recours aux renouvelables pour lesquels l'Europe est aujourd'hui bien placée mais ceux ci ne parviendront pas et de loin à occuper seuls le créneau,

  • Le nucléaire rendu très compétitif par un prix du gaz plus élevé et une prime CO2 devenue importante. Encore devra-t-il être devenu écologiquement acceptable en ayant maintenu un haut niveau de sécurité et résolu le problème des déchets. L'Europe, et notamment la France, est aujourd'hui un acteur important sur la scène nucléaire mondiale. Parviendrons-nous à maintenir, voire à renforcer cette position ?

  • Une percée technologique dans le solaire ?

  • Des progrès importants sur la fusion nucléaire ? Leur aboutissement industriel ne pourrait de toute manière intervenir que dans la deuxième moitié du siècle.

L'avenir énergétique du monde représente un défi technologique beaucoup plus important et urgent qu'on ne l'imagine généralement aujourd'hui. L'Europe, qui ne brille pas par ses réserves en combustibles fossiles, est bien placée dans le concert technologique mondial, qu'il s'agisse d'exploration pétrolière, de nucléaire, de renouvelables ou de maîtrise de l'énergie. La compétition technologique et économique va s'exacerber dans un monde de plus en plus conscient de la gravité de sa situation énergétique. L'Europe, qui n'a pas de pétrole, saura-t-elle continuer à avoir des idées et surtout à les mettre en application ?


Intervention de Georges BOUCHARD
L'énergie

Le thème de l'indépendance de l'Europe et de la souveraineté technologique concerne Gaz de France à deux niveaux : d'une part, celui de la sécurité des approvisionnements en gaz naturel, d'autre part, celui de la politique de R&D appliquée à l'énergie. La sécurisation des approvisionnements est en effet un préalable à toute politique de souveraineté technologique en matière énergétique, dans un contexte où l'Union Européenne est en situation de déficit énergétique structurel.

Dans cette perspective, Gaz de France a fait le choix de la diversification des sources d'approvisionnement, de l'intégration tout au long de la chaîne gazière et du long terme pour conforter son statut de leader énergétique à dominante gazière en France et en Europe. La diversité des sources d'approvisionnement (sept, sans qu'aucune n'atteigne 30 % du total), la présence dans les activités d'infrastructures et de commercialisation, et l'optimisation des contrats de long terme par des transactions de court terme et par des ressources propres, sont en effet des gages d'équilibre et d'autonomie pour le Groupe, tant vis-à-vis de ses concurrents européens que de ses fournisseurs non-européens.

Dans la même logique industrielle, Gaz de France a souhaité intégrer pleinement ses efforts de recherche à son projet industriel, en nouant des coopérations scientifiques et techniques avec de nombreux partenaires européens (universités et entreprises), notamment au sein des Programmes Cadre de Recherche et Développement de la Communauté Européenne.
Les progrès de la recherche permettent en effet d'améliorer le rendement d'utilisation des ressources naturelles, de développer de nouveaux couplages ou solutions énergétiques, mais aussi de réduire sensiblement les émissions de résidus par unité de production grâce à des technologies moins polluantes. Gaz de France travaille notamment à des solutions d'avenir comme la pile à combustible, l'utilisation de l'hydrogène ou, pour lutter contre l'effet de serre, la capture du CO2. L'intérêt économique et industriel se confond ici avec l'intérêt général.


Intervention d'Édouard FREUND

En dépit (ou peut-être à cause) d'une dépendance énergétique importante, et probablement croissante par suite du plafonnement ou du déclin des ressources locales, l'Europe a su conquérir une position forte dans le domaine des technologies énergétiques, que ce soit au niveau de l'accès aux ressources (notamment pétrole et gaz), de l'offre de technologies énergétiques, et de l'utilisation de l'énergie, notamment dans les divers domaines du transport. Pour conserver ce positionnement somme toute enviable, que faut-il faire ?


Intervention d'Ionel SOLOMON
Le photovoltaïque

L'énergie solaire est une énergie réellement abondante et inépuisable. Le principal obstacle à l'utilisation à court terme des dispositifs photovoltaïques n'est pas de nature technique ou scientifique, mais d'origine économique: le prix du kWh est pour le moment de 5 à 10 fois plus élevé que celui produit par les sources d'énergie conventionnelles.

Il faut toutefois distinguer deux types d'utilisation de nature et d'horizons temporels très différents.

  • 1. Zones rurales et isolées : les pays en développement (PED).

L'alimentation en électricité des PED ne représente pas, même à l'échelle de la planète, une quantité d'énergie considérable, encore que l'on estime à 2 milliards le nombre d'habitants qui ne sont pas (et ne seront sans doute jamais) reliés à un réseau de distribution électrique. Mais, le bénéfice humanitaire et politique est tellement conséquent, que c'est l'intérêt bien compris des pays industrialisés de participer, par leur capitaux mais aussi par leur potentiel de recherche, à ces opérations.

  • 2. Production centralisée d'électricité : les centrales solaires

La production d'énergie solaire au niveau de puissance de plusieurs dizaines de mégawatts (MW) est d'une toute autre nature et fait l'objet de polémiques parfois passionnées. C'est un défi à relever dès maintenant si nous voulons que nos enfants puissent bénéficier de l'énergie inépuisable qui nous tombe du ciel.


Intervention de Christian STOFFAES

Intervention non communiquée (figurera dans les actes du colloque)


Intervention de Jean-Paul Karsenty

Quelles que soient les représentations que l'on se fait de l'Europe, en fait, elles correspondent toutes à des modèles de "l'Europe-puissance" : la puissance par la défense, la puissance par l'économie ou encore la puissance par le droit.
On pourrait aisément démontrer que la fécondité de chacun de ces modèles, certes différents, suppose que l'Europe dispose d'une certaine capacité d'autonomie technologique par rapport au reste du monde, une autonomie qui correspondrait au strict reflet de son choix de pouvoir "peser" sur le monde si elle le désire.

Dans le domaine de l'énergie, cette capacité dépend principalement de 2 dynamiques que je vais rapidement exposer :
- une dynamique qui oriente la recherche et l'innovation en matière énergétique vers un cap ;
- une dynamique qui, simultanément, repense l'univers technologique énergétique dans sa complexité.

Orienter la recherche et l'innovation dans le domaine de l'énergie vers le cap de la solidarité écologique internationale

Le cap d'une solidarité écologique internationale devrait constituer un message fort. Il servirait autant l'économie européenne que la sécurité mondiale et justifierait donc que nous consentions, en Europe, les efforts qui sont à la portée de nos savoirs et de nos savoirs-faire, et que nous fassions donc les choix que nous, nous pouvons faire, et que d'autres ne sont pas toujours en situation de pouvoir faire.

Cette solidarité-là, elle passe par la maîtrise de l'effet de serre qui va impliquer de minimiser les émissions de CO2 lorsqu'elles ne sont pas issues d'un cycle naturel. Aussi, un effort technologique, accompagné de recherches amont, doit-il être consenti pour que soient développés les procédés de capture et de séquestration sûre et à très long terme de CO2.

Cet effort concernera plusieurs axes, à propos desquels je serai, faute de temps, forcément très schématique [Voir le rapport "L'énergie au 21è siècle, une réflexion prospective" de la Mission scientifique, technique et pédagogique du Ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologies - Janvier 2004].

Il concernera le développement d'une filière hydrogène et les trois verrous majeurs que la recherche doit lever ; celui
- de la production d'hydrogène à partir d'eau par des procédés thermochimiques ;
- du stockage de l'hydrogène qui pose le problème de la nature des matériaux utilisés en tenue en haute pression, et d'éventuelles solutions techniques à imaginer et à valider ;
- enfin, de son utilisation, soit en combustion directe dans les moteurs, soit pour alimentation dans les piles à combustible.

Il concernera précisément la propulsion des véhicules non guidés, laquelle devra évoluer sensiblement avec l'amélioration indispensable des moteurs thermiques, le passage par des systèmes hybrides pour arriver à moyen terme au combustible hydrogène, vraisemblablement.

Bien entendu, un effort de recherche diversifié sur l'exploitation et l'utilisation de toutes les énergies renouvelables doit être engagé impérativement, en particulier pour le solaire thermique dans l'habitat.

Enfin, et ce n'est pas le moindre des efforts, un investissement considérable à la fois en recherche de base et en développement doit être consenti sur les voies nucléaires du futur pour la production d'électricité, d'hydrogène ou de chaleur : à moyen-long terme avec des réacteurs à rendement thermodynamique amélioré, le recyclage des combustibles et la mise en œuvre de réactions nucléaires produisant moins de déchets à durée de vie intermédiaire et, à très long terme, avec la maîtrise de la fusion nucléaire (en assurant le succès du projet ITER). De fait, ces recherches concernent pratiquement tous les domaines (génie nucléaire, thermique et énergétique, sciences des matériaux, génie des procédés, mécanique des fluides, génie civil, génie électrique,…).

Mais ces potentiels offerts par la recherche et l'innovation, il faut les incarner plus efficacement qu'aujourd'hui ce qui, me semble t-il, conduit à envisager les problèmes de façon nouvelle.

Repenser l'univers technologique énergétique dans sa complexité

D'un point de vue stratégique, il faut accélérer notre prise de conscience que la dimension européenne devient une dimension domestique

Ne faut-il pas, dans certains cas, donner à la dimension européenne les attributs d'un espace souverain ? Et commencer par l'espace franco-allemand ? Je rappelle que nos Gouvernements respectifs ont instauré le principe d'un conseil des Ministres commun deux fois par an. Certaines dépendances stratégiques ne doivent-elles pas être considérées du point de vue de notre espace commun ? Un exemple : le choix fait par l'Allemagne d'abandonner progressivement le nucléaire aura des conséquences sur sa gestion des technologies et des services stratégiques associés à ce domaine, et, bien entendu, sur la formation et la maintenance des compétences. Aussi, peut-être faut-il, d'ores et déjà, introduire le concept de "dépendance stratégique commune" comme préfiguration de l'idée récemment avancée d'une citoyenneté commune à long terme…

D'un point de vue cognitif, il convient de préciser et d'enrichir nos définitions de la technologie ou du service

Nos représentations évoluent. La métaphore de la technologie "verrou" ou de la technologie "clé", qui permet ou qui empêche, sans laquelle aucun "possible" n'est envisageable, reste valide, certes, mais elle laisse de plus en plus la place à celle de la "technologie-carrefour", celle qui ouvre vers de nombreux "possibles", souvent sous l'effet structurant des technologies de l'information et de la communication. Sans doute est-ce là davantage qu'un effet de mode !
Parmi les enseignements à tirer de cette mutation, celui-ci : certains savoirs et savoirs-faire, dont le secteur de l'énergie est riche, ne doivent pas souffrir, à l'échelle européenne, d'une dépendance excessive vis-à-vis de l'extérieur. Je pense aux sciences et aux technologies métrologiques dans lesquelles notre pays s'est si souvent distingué et a su acquérir par leur maîtrise un avantage comparatif. Je pense aussi à l'instrumentation scientifique. Je pense à nos bases de données, à leur architecture,… Je pense, également, last but not least, à la puissance de calcul et à la simulation, ou encore aux méthodes de détection des risques de défaillance des grands systèmes complexes. Il faut être conscient que l'efficacité énergétique européenne dépend aussi de leur maîtrise.

D'un point de vue pratique, enfin, il est nécessaire que nos regards et nos outils soient renouvelés.

A titre d'exemples, l'efficacité européenne devra compter sur notre capacité imaginative
- à déployer une démarche-système qui sache coupler les technologies, leur acceptabilité sociale et leur accompagnement, leur encadrement (qu'il soit juridique, réglementaire, incitatif, fiscal,…) ;
- à considérer des objets, des supports d'action qui permettent l'intégration des politiques publiques relatives à l'énergie : la ville, en tant que telle, doit appeler à une approche intersectorielle (80% de la population mondiale va vivre dans les villes qui sont le lieu principal et universel de la consommation de l'énergie) ; le véhicule de transport (celui qui, pour l'essentiel, contribue plus que tout à la disparition des réserves d'hydrocarbures et à l'accroissement de l'effet de serre) doit appeler à des coopérations public-privé et intra-européennes qui donnent à la notion d'intérêt général européen toute sa force, en dépassant donc l'intérêt spécifique des acteurs ;
- à réfléchir à quoi doit ressembler la gouvernance future des systèmes énergétiques, son équilibre et sa stabilité, lesquels dépendent des techniques mais aussi des lieux principaux de leur pilotage, de leur régulation : plus ou moins individuels ou locaux, plus ou moins collectifs et centraux,…

Bref, et pour terminer, quel que soit le modèle "d'Europe-puissance" que nous choisirons explicitement ou non, l'Europe appelle des efforts de recherche et d'innovation dans le domaine de l'énergie, lesquels devront épouser la parole qu'elle souhaitera délivrer : nous proposons celle d'une solidarité écologique internationale. Ces efforts seront d'autant plus efficaces qu'ils sauront repenser l'univers technologique énergétique dans sa complexité.

 

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