Grands
projets européens
Un
ordinateur quantique en 2020 ?
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
29/01/04
Le
département de la défense américain (DOD)
dispose au Los Alamos National Laboratory du 2e ordinateur le
plus puissant du monde, nommé ASCI Q (avec à terme
30-teraflops). Celui-ci complète les ressources du précédent,
Blue Mountain (3-teraflops). Le DOD a demandé récemment
au Laboratoire de concevoir pour 2008 une machine capable d'effecteur
1 million de milliards d'opération par seconde, soit
1 petaflop. Ces machines servent à la simulation des
essais nucléaires. Mais des machines de même puissance
ont dans le civil de nombreux autres usages tels que la simulation
des molécules biologiques en bio-informatique, ou celles
de la Terre en écologie (Earth simulator japonais [voir
notre éditorial du 7 janvier 2003]). Elles coûtent
extrêmement cher, sont très encombrantes et, finalement,
de très mauvais rendement car elles ne peuvent utiliser
qu'environ 10% de la puissance informatique totale, le reste
servant essentiellement à faire coopérer les processeurs.
La course à la puissance des ordinateurs classiques n'a
cependant pas atteint son terme. En application de la loi de
Moore, les matériels vont encore accroître leurs
performances dans les 15 prochaines années. En matière
de logiciels, on pourra faire appel à l'intelligence
artificielle distribuée pour améliorer les traitements.
Mais la limite approche. Notamment parce que les composants
commencent à travailler au niveau de l'atome, ce qui
représente une barrière infranchissable si l'on
veut détecter les signaux. Au-delà, on passe dans
la physique subatomique ou quantique.
Conscients de cette barrière technologique inéluctable,
et déjà depuis une vingtaine d'années,
des chercheurs en informatique se sont demandé comment
utiliser les propriétés de la matière au
niveau quantique. Le premier qui en eut l'idée a été
Richard Feynman. Il le suggéra pour solutionner les problèmes
dits "NP-hard" (le nombre des calculs nécessaires
pour résoudre un de ces problèmes croît
exponentiellement avec le nombre des variables en cause, si
bien que le problème est insoluble sur un ordinateur
ordinaire). L'idée a été reprise quelques
années plus tard par David Deutsch (voir notre analyse
de son livre L'étoffe
de la réalité ). Ces réflexions
ont donné naissance à de nombreux projets dans
le monde visant à définir puis expérimenter
un ordinateur quantique.
Propriétés
du bit quantique ou qbit
On
ne décrira pas ici un ordinateur quantique possible.
Disons seulement qu'il utilisera les propriétés
des bits quantiques ou qbits. Un qbit est un système
quantique monté en laboratoire. Il peut s'agir d'un atome
ou d'une particule, entouré d'un champ magnétique
intense et subissant des impulsions radio de haute fréquence
qui modifient sa rotation (son spin). On attribuera la valeur
1 à une rotation dans le sens des aiguilles d'une montre
et la valeur 0 à la rotation en sens inverse, c'est-à-dire
les deux valeurs utilisées dans le langage binaire des
informaticiens. Compte tenu de la difficulté que l'on
rencontre pour manipuler de tels atomes, le nombre maximum des
qbits qui ont pu être mis en uvre dans les prototypes
les plus récents d'ordinateur quantique ne dépasse
pas 7 - ce qui paraît risible au regard des dizaines de
millions d'unité composant le processeur d'un simple
micro-ordinateur.
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"Ordinateur quantique", oui mais liquide, physique
ou gazeux ?
Comment
se présentera l'ordinateur quantique dont certains
prévoient des applications industrielles dès
les années 2020 ? Sera-t-il solide, liquide ou
gazeux ? Aura-t-il la taille d'un immeuble ou tiendra-t-il
dans la main ? Bien malin qui aujourd'hui pourrait le
dire...
L'un
des résultats ayant le plus défrayé
la chronique est celui de la factorisation du nombre
15 par l'équipe d'Isaac Chuang (centre de recherche
Almaden d'IBM) à l'aide d'un ordinateur quantique
à 7 qbits [notre
actualité du 19 décembre 2001] faisant
ainsi la première démonstration de l'algorithme
de Shor (voir plus bas, corps de l'article).
Ici,
l'approche prend en compte la Résonance Magnétique
Nucléaire (RMN) appliquée sur des molécules
dans un milieu liquide : molécule à 7
spins conçue et fabriquée par les chimistes
(noyau de 5 atomes de fluor et 2 atomes de carbone)
pouvant interagir avec les autres comme des bits quantiques,
et programmés par des pulsations d'ondes radio.
Identifier la factorisation grâce à l'algorithme
de Shor est revenu à contrôler un milliard
de milliard de ces molécules.
Rappelons
qu'Isaac Chuang avait déjà réalisé
en 1998 un premier ordinateur quantique à 2
qbits, dans un dé à coudre de chloroforme,
pour rechercher les diverses périodicités
d'une fonction. Avec 2qbits, il a pu aussi mettre
en oeuvre l'algorithme de Lov Grover (voir plus
bas, corps de l'article) et retrouver une donnée
parmi quatre en une seule étape. L'année
suivante, il passe à l'ordinateur à
3 qbits, dans une base à 8 éléments.
Enfin, en 2000, c'est la réalisation d'un ordinateur
à 5 qbits en utilisant les 5 atomes de fluor
d'une molécule complexe spécialement
conçue. Le système permet en une seule
étape de trouver la bonne combinaison parmi
deux éléments, alors qu'il en faut jusqu'à
4 dans une approche traditionnelle
(2 des 5 qbits servant dans la recherche de la solution,
les trois autres au calcul du résultat).
La
lecture par utilisation de la résonance magnétique
est une des méthodes. Il existe d'autres approches,
par exemple celle des "pièges à ions",
faisant également appel à un milieu fluide
(notamment étudiée aux Etats-Unis et en
Autriche).
Cela dit, certains chercheurs pensent qu'il sera désormais
très difficile de développer et de synthétiser
des molécules dotées d'un nombre de qbits
supérieur à sept. Chuang lui-même,
pourtant optimiste, n'imagine pas pouvoir aller beaucoup
plus loin que 10 à 20 qbits avec son système
parce que les signaux magnétiques qui mesurent
l'orientation des spins et déterminent sa valeur
(1, 0 ou les deux), deviennent de plus en plus faibles
au fur et à mesure que le nombre de qbits augmentent.
C'est pour cela que d'autres scientifiques - tel Colin
Williams du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa - préconise
de se concentrer sur les voies dites "solid state"
en tablant sur des qbits fixés sur des substrats
solides ou sur des photons prisonniers dans des cavités
optiques. Les systèmes étudiés
(y compris par IBM) vont des spins d'électrons
confinés dans des nanostructures semi-conductrices,
aux spins de noyaux associés avec des impuretés
mono-atomiques dans un semi-conducteur, en passant par
les flux électroniques ou magnétiques
à travers des super-conducteurs.
Alors, un premier prototype d'ordinateur quantique "solid
state" d'ici 10 ans ?
NB
: A côté de l'ordinateur quantique, mentionnons
aussi
un nouveau paradigme qui pourrait s'imposer à
terme comme une véritable révolution :
l'avènement du
calcul biomoléculaire via l'ordinateur à
ADN.
Depuis 2004, date de la rédaction de cette page,
on pourra mesurer l'importance des progrès parcourus
en lisant l'article de Christophe Jacquemin du 3 mars
2007 :
Un ordinateur quantique commercilaisé
dès 2008 ?
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Mais la particule isolée peut, comme l'enseigne la mécanique
quantique, se trouver dans deux états à la fois.
C'est ce que l'on appelle l'état de superposition cohérente.
Si on veut s'en servir comme unité de représentation
de l'information (bit) elle peut donc présenter simultanément
l'état 1 et l'état 0. L'ordinateur quantique calcule
ainsi en manipulant des bits pouvant prendre soit la valeur
1, soit la valeur 0, soit la superposition 1 et 0. Avec deux
bits, un ordinateur classique peut représenter un des
4 nombres traduits en binaire par 00, 11, 01 ou 10. L'ordinateur
quantique, lui, peut représenter simultanément
ces 4 nombres. Trois qbits, de même, pourront représenter
simultanément 8 nombres, au lieu de 1 nombre à
la fois. La suite en proportion, chaque nouveau qbit ajouté
aux autres doublant la quantité de nombres représentés
par la séquence: quatre qbits représentent 16
nombres, cinq qbits 32 nombres
dix qbits 1.024 nombres
(au lieu de 1, répétons-le, dans un calculateur
classique). N qbits peuvent mémoriser 2 puissance N nombres.
Il en résulte que si on utilise trois qbits comme donnée
d'entrée en vue d'un calcul (diviser par 2 ou extraire
la racine carrée), comme ils représentent 8 nombres,
ils feront 8 calculs à la fois chaque fois que l'on changera
l'état d'un des bits. L'ordinateur quantique est donc
d'abord un calculateur massivement parallèle. Avec 13
atomes (ce qui n'est pas envisageable pour le moment), il atteindrait
la puissance de calcul en parallèle de l'ordinateur Blue
Mountain évoqué ci-dessus.
Un
ordinateur quantique peut utiliser n'importe quelle particule
susceptible d'avoir deux états en superposition. Des
ordinateurs quantiques peuvent être construits à
partir d'atomes qui sont à la fois excités et
non excités au même moment. Ils peuvent être
construits à partir de photons de lumière qui
sont à deux endroits au même moment. Ils peuvent
être construits à partir de protons et de neutrons
ayant un spin soit positif soit négatif ou les deux en
même temps. Une molécule peut contenir plusieurs
millions de protons et de neutrons. Elle peut donc, théoriquement,
être utilisée comme ordinateur quantique doté
de plusieurs millions de qbits. Les capacités potentielles
de calcul correspondraient, avec un ordinateur classique, à
des durées de plusieurs fois l'âge de l'univers.
On imagine ainsi le gain de temps calcul et d'utilisation mémoire
à laquelle peut conduire cette nouvelle technologie.
Mais elle promet aussi beaucoup plus : les vrais progrès
viendront aussi de nouveaux algorithmes qui vont permettre de
résoudre des problèmes jusqu'alors inaccessibles
pour l'informatique classique
La
course à la conservation de l'état de superposition
Il y a donc un intérêt stratégique majeur
à maîtriser cette puissance, sachant que les nombres
et les calculs sont aujourd'hui à la source de toute
connaissance et de toute action sur le monde. De nombreux laboratoires
se sont donc mis en piste. Mais une énorme difficulté
a jusqu'ici arrêté les chercheurs : la difficulté
de maintenir en état de superposition un ensemble de
plus de 1 particule. La localisation ou l'impulsion d'une particule
quantique en état de superposition ne peuvent être
définies que par une probabilité statistique découlant
elle-même de la fonction d'onde de la particule. Pour
connaître exactement ces valeurs, il faut faire interférer
la particule avec un instrument, comportant par définition
une grande quantité d'atomes. Mais alors, la fonction
d'onde s'effondre et l'observateur n'obtient qu'une seule des
deux valeurs, l'autre étant définitivement perdue,
en application du principe d'indétermination. C'est ce
que l'on appelle aussi le phénomène de la décohérence.
Pour qu'un ou plusieurs qbits conservent leur caractère
quantique, et puissent donc travailler en état de superposition,
il faut les isoler de toute matière ou énergie
avec lesquels ils interféreraient - ce qui paraissait
impossible ou très difficile dès que le nombre
de qbits dépassait deux ou trois. Aujourd'hui cependant,
en utilisant diverses techniques, un certain nombre de laboratoires
ont annoncé (comme un grand succès célébré
unanimement par la communauté des physiciens) avoir maintenu
à l'état quantique de courtes séquences
de bits (4 à 7) et pour des durées de temps suffisantes
à la réalisation de quelques opérations.
L'avenir
de l'ordinateur quantique repose donc sur les technologies qui
seront utilisées pour générer et maintenir
en état de superposition cohérente des chaînes
de bits de plus en plus longues. La démarche consiste
à réaliser d'abord une porte logique quantique
(ou système microscopique), généralement
de 2 qbits, capable de réaliser une opération
quantique élémentaire dans une longueur de temps
donnée. Les physiciens ont depuis longtemps réussi
à maintenir en état de superposition un atome
ou un photon isolé. Mais si on veut créer des
circuits avec ces portes, en les ajoutant les unes aux autres,
les risques de décohérence augmentent rapidement,
du fait de l'interaction avec les atomes de l'environnement.
L'information utile se trouve donc dissipée. Il faut
donc réaliser des systèmes microscopiques ou les
qbits interagissent avec eux-mêmes et non avec ceux de
l'environnement. C'est là l'enjeu essentiel de la course
à l'ordinateur quantique, engagée depuis une dizaine
d'années dans les principaux pays du monde. Différents
substrats et différentes méthodes de détection
(par exemple la résonance magnétique nucléaire)
sont actuellement expérimentés.
Il paraît possible aujourd'hui que la solution au problème
du maintien de l'état cohérent d'un qbit apparaisse
plus vite que prévu. Elle viendrait d'une des théories
les plus abstraites de la physique contemporaine, la théorie
des cordes (strings) On a montré qu'il était possible
d'entremêler les trajectoires dans le temps de particules
quantiques pour former des tresses appelées braids comportant
des nuds. Ceux-ci peuvent encoder de l'information et
procéder à des calculs tout en résistant
à la décohérence. Pour observer ces braids,
on fait appel à des particules spéciales appelées
non-Abelian anyons (dont on soupçonne l'existence sans
avoir pu la mettre en évidence). Bornons-nous ici à
signaler ces nouveaux concepts, qui seront à la base
du fonctionnement des futurs ordinateurs quantiques dits topologiques,
si ceux-ci voient le jour. Les recherches évoquées
ici sont conduites dans différents laboratoires américains
et surtout chez Microsoft, ce qui est significatif (cf l'article
de NewScientist cité en note).
Mais
une autre difficulté devra être résolue.
Il s'agit des modalités de la programmation d'un ordinateur
quantique. On comprend bien que l'on ne puisse utiliser une
programmation classique pas à pas. Il faut définir
de nouveaux algorithmes qui exploitent un état de superposition
pouvant contenir un nombre exponentiel de termes différents.
Ainsi une instruction pourra être de la forme suivante
: "prendre la superposition de tous les nombres résultant
de l'opération précédente". De telles
instructions permettent de programmer la résolution d'un
problème de factorisation (écrire une somme sous
forme d'un produits de facteurs), qui est encore actuellement
considéré comme le domaine d'excellence de l'ordinateur
quantique. Différents langages de programmation ont été
réalisés avant même que des ordinateurs
quantiques opérationnels aient été réalisés.
Citons par exemple l'algorithme de Shor, proposé en 1994
par le chercheur d'ATT Peter Shor, qui met à profit les
propriétés des qbits pour factoriser de très
grands nombres dans un temps "polynomial"(1)
(c'est sur cet algorithme que s'est appuyé Isaac Chuang
d'IBM pour factoriser le nombre 15 dans un véritable
ordinateur quantique à 7 qbits [voir encadré ci-dessus
ainsi que notre
actualité du 19/12/2001]).
Citons aussi, Lov Grover (chercheur au Bell Labs), qui dans
un autre domaine a publié en 1996 un algorithme quantique
permettant la recherche d'un élément dans un ensemble
de n objets beaucoup plus rapidement que par les méthodes
classiques (application potentielle riche de promesses en ce
qui concerne la recherche dans les bases de données).
Isaac Chuang (encore lui) l'a d'ailleurs démontré
pratiquement en 1999 dans son ordinateur quantique à
2 qbits.
Toujours
dans le cadre des difficultés, insistons sur le fait
qu'avec l'ordinateur quantique, le résultat final d'un
calcul n'étant déterminé que par des lois
de probabilités, un calcul peut a priori donner n'importe
quel résultat. Il faut donc disposer d'algorithmes qui
permettent d'augmenter la probabilité que le système
"décohère" dans l'état correspondant
à la bonne réponse, sachant que lorsqu'on regarde
un résultat dans un registre quantique (réseaux
de qbits), tous les autres états disparaissent... Un
vrai défi pour les théoriciens.
Qui
a besoin de l'ordinateur quantique ?
Les scientifiques reconnaissent qu'on est encore bien loin du
but : produire un ordinateur quantique de grande puissance et
manipulable comme un micro-ordinateur. D'autres Ils comparent
la situation actuelle de la recherche à celle ou se trouvait
la connaissance de l'atome quand Marie Curie étudiait
la désintégration du radium. Cependant, comme
dans tous les domaines, les progrès seront d'autant plus
rapides que les recherches disposeront d'autant plus de moyens.
Pour cela, il faut que les décideurs institutionnels
se persuadent de l'intérêt d'un tel ordinateur.
On
retrouve dans ce domaine le même phénomène
qui a marqué la prise en considération de la fusion
nucléaire destinée à produire de l'énergie
industrielle. Pendant des années, les réacteurs
expérimentaux ont vécu dans une certaine indifférence
générale. Puis subitement, à la suite de
l'intérêt manifesté par les Etats-Unis dans
une ambiance de compétition avec l'Europe et le reste
du monde pour la maîtrise de cette énergie du futur,
le programme ITER semble devoir s'emballer.
Une question d'ordre stratégique est désormais
posée non pas aux chercheurs mais aux autorités
gouvernementales qui financent les recherches fondamentales
en matière de physique quantique: convient-il de laisser
les recherches sur l'ordinateur quantique se poursuivre dans
un grand nombre de laboratoires, au rythme nécessairement
lent que suppose l'expérimentation de techniques difficiles
et souvent différentes, alors que les hommes et les crédits
y affectés sont rares ? Faut-il au contraire changer
de vitesse ? Si oui, comment ?
On ne s'étonnera pas de nous voir recommander ce dernier
choix. Il faut bien voir que les industriels de l'informatique
qui les premiers mettront sur le marché un ordinateur
quantique performant prendront sur leurs concurrents une avance
industrielle et commerciale considérable. C'est pourquoi
chez IBM, les recherches sur le sujet bénéficient
de moyens importants (voir les publications du centre de recherche
IBM d'Almaden consacrées à la computation quantique
http://www.almaden.ibm.com/st/quantum_information/index.shtml).
Il en est de même concernant les moyens importants dédiés
par Microsoft aux recherches concernant l'ordinateur topologique.
Mais
les industriels informatiques ne sont pas seuls en cause. Dans
un monde ou les technologies sont aussi et surtout de souveraineté,
les pays qui disposeront en premier d'une industrie du calcul
quantique compétitive en bénéficieront
pour maintenir ou accroître leur influence sur le reste
du monde. C'est ce qui, depuis 50 ans, s'est produit avec l'informatique
classique, puis avec l'Internet. Les Etats-Unis ayant perçu
l'enjeu de ces outils ont encouragé leurs laboratoires
de recherche et leurs entreprises à s'en donner la maîtrise
technologique et à en généraliser l'usage
à leur profit, bien avant les concurrents. Chacun sait
aujourd'hui que la capacité de la science et de l'industrie
américaine à s'appuyer sur des réseaux
de très grands calculateurs constitue l'un des principaux
moyens leur permettant d'assurer leur suprématie.
L'histoire
risque de se répéter dans le domaine des calculateurs
quantiques, comme sans doute dans celui des calculateurs à
ADN (non étudiés ici) si ces derniers voient le
jour avant ceux-là. D'ores et déjà les
perspectives offertes par les calculateurs quantiques sont très
attrayantes, dans les domaines de la cryptographie, de la recherche
en base de données avec multiples entrées et,
bien évidemment aussi en matière de calcul numérique,
calcul dont les applications seront de plus en plus importantes.
Plus généralement, toutes les modélisations
supposant des calculs massivement parallèles, dans le
domaine militaire, en bio-informatique, en économie et
surtout en physique quantique elle-même (gravitation quantique),
comme en cosmologie, pourront enregistrer des progrès
d'efficacité considérable avec ces ordinateurs
révolutionnaires. On peut imaginer aussi qu'implanter
de petits calculateurs quantiques dans des robots autonomes
devrait accroître sensiblement leurs capacités
d'auto-adaptation (des chercheurs en intelligence artificielle
distribuée, tel Alain Cardon, voudraient par exemple
étudier le comportement de systèmes multi-agents
adaptatifs constitués de qbits).
Ajoutons qu'apprendre à manipuler couramment les particules
en état de superposition cohérente constitue le
sine qua non de toutes les applications possibles de la physique
quantique.
Nous
avons examiné dans d'autres articles les perspectives
offertes par la fusion thermonucléaire, la réalisation
de systèmes artificiels conscients ou l'envoi de missions
habitées sur la Lune et Mars. Dans tous ces cas, les
recherches concernent le long terme de 10 à 30 ans. Mais
les gains en retour seront, dès maintenant et bien entendu
plus tard, considérables. Financer ces projets ne peut
être laissé aux entreprises. Les Etats doivent
s'y engager de façon importante, continue et croissante.
L'Europe
doit s'inscrire dans la bataille pour l'ordinateur quantique
En
Europe, les laboratoires travaillant sur l'ordinateur quantique
sont relativement nombreux, comme le montre la carte établie
par le Centre for Quantum Computation britannique(2)
http://www.qubit.org/phpscripts/places.php?cat=areaname&value=europe.
Mais ils sont dispersés, abordent souvent des domaines
très spécialisés qu'il sera difficile de
mettre en synergie dans un produit final. De façon plus
grave, ils ne sont certainement pas considérés
comme prioritaires dans l'allocation des ressources budgétaires.
L'Europe va-t-elle perdre la bataille de l'ordinateur quantique
comme elle a perdu celle de l'ordinateur classique ?
Vu
l'état actuel des connaissances, il serait contre-productif
de vouloir regrouper plusieurs laboratoires dans un programme
unitaire. Mais ceci ne veut pas dire que les Pouvoirs Publics
ne devraient pas s'intéresser au sujet. Il faudrait que
des projets précis soient encouragés au sein des
programmes cadres de l'Union européenne ou dans des projets
conjoints entre plusieurs pays, avec des méthodes d'évaluation
et de diffusion des résultats communes. Pour cela s'affirme
constamment le besoin d'engager un grand travail de sensibilisation(3).
Notes
(1) Façon
mathématiques de dire que l'accroissement de la taille
des clefs de cryptage n'est plus un obstacle insurmontable,
sachant que la factorisation des grands nombres est l'un des
principes de base du décryptage. En d'autres termes,
ce qui prendrait plusieurs milliards d'années de calcul
à l'ordinateur classique actuel le plus puissant au monde
pour trouver les diviseurs d'un nombre de 300 chiffres en les
essayant laborieusement les uns après les autres, ne
nécessiterait que 30 heures de calcul avec un ordinateur
quantique.
(2)
Il est significatif que l'équivalent d'un tel Centre
n'existe pas en France, ce qui montre bien le manque d'intérêt
des décideurs et de l'opinion pour cette question. Les
chercheurs existant sont bien isolés et bien peu mis
en valeur. Pour rédiger cet article, nous avons cherché
sur les sites officiels une présentation d'ensemble de
ce qui se fait dans le domaine, sans succès. 
(3) Pour ce qui
concerne Automates Intelligents, nous avons déjà
fait un certain travail en ce sens:
25/01/2001 Piège à lumière, ou les premiers
pas vers les ordinateurs quantiques du futur ?
http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/jan/lumiere.html
19/06/01
Un petit pas vers l'ordinateur quantique
http://www.automatesintelligents.com/actu/010628_actu.html#actu10
15/08/01 : 2,5 millions de dollars consacrés par Hewlett-Packard
et le MIT aux recherches sur l'ordinateur quantique et l'électronique
moléculaire
http://www.automatesintelligents.com/actu/010906_actu.html#actu10
27/09/2001 Un pas vers la téléportation (domaine
connexe de l'ordinateur quantique)
http://www.automatesintelligents.com/actu/011004_actu.html#actu9
04/10/2001 Traitement de l'information quantique ou comment
faire interférer la lumière émise par un
atome avec son image dans un miroir
http://www.automatesintelligents.com/actu/011025_actu2.html#actu20
19/12/01 : Factorisation du nombre 15 par ordinateur quantique
http://www.automatesintelligents.com/actu/011227_actu.html#actu5
21/07/02 Un calculateur quantique dans une seule molécule
http://www.automatesintelligents.com/actu/020814_actu.html#actu13
04/01/03 Q-Bits
http://www.automatesintelligents.com/actu/030129_actu.html#actu12
12/12/03 La lumière sous contrôle
http://www.automatesintelligents.com/actu/031231_actu.html#actu9
3
mars 2007 Un ordinateur quantique commercilaisé dès
2008 ?
http://www.automatesintelligents.com/labo/2007/mar/ordinateurquantique.html
Pour en savoir plus
Center
for Quantum Computation : http://www.qubit.org/
Groupe
de recherche 2285 "Information et communication quantique"
:
http://www-lsp.ujf-grenoble.fr/vie_scientifique/gdr/info_quantique/labosGDR.html
Programme
européen "Quantum Information Processing & Communication"
: http://www.cordis.lu/ist/fet/qipc.htm
voir aussi le réseau d'excellence Quiprocone
: http://www.quiprocone.org/quipmain.htm
Article : Quantum
Knots, the awesome power at our fingertips, par Paul Parsons
NewScientist, 24 January 2004
Cea-Technologies. Nov. 2002
Le quantronium, premier pas vers un processeur quantique
http://www.cea-technologies.com/ceahtml/infocom/63-401.html
A
shortcut through through time, the path to the quantum computer,
par George Johnson, Alfred Knopf, 2003
QuBitNews (News and informations from the
quantum community) : http://quantum.fis.ucm.es/
Concernant
les anyons et l'ordinateur topologique, il existe de nombreux
articles sur le web. Voir par exemple Topological quantum Computation,
article de Quantum Physics, 2001 http://arxiv.org/abs/quant-ph/0101025