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et technologique

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Plaquette : Programme et inscription au colloque
Colloque Indépendance de l'Europe
et souveraineté technologique
Sous le haut Parrainage de M. Jacques Chirac,
président de la République


28 et 29 avril 2004, Paris, Centre des Conférences Internationales



François d'Aubert, ministre délégué à la recherche Discours d'ouverture du colloque

François d'Aubert,
ministre délégué à la Recherche


Messieurs les Présidents,
Messieurs les Députés et Sénateurs,
Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d'avoir l'honneur d'introduire cet important colloque organisé par le Comité français pour l'Union paneuropéenne. A quelques semaines des élections européennes, un tel débat sur l'avenir de l'Europe tombe tout à propos.

Cette courte introduction va être pour moi l'occasion de définir auprès de vous ce que j'attends de l'Europe de la Recherche, à la fois pour l'Europe et pour la Recherche.

J'estime à leur juste part les institutions européennes, la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, car je sais ce qu'elles représentent dans l'histoire de notre continent.

La liberté, la démocratie, le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'état de droit sont des valeurs auxquelles j'attache la plus grande importance. Ce socle de valeurs communes sont les principes fondateurs de l'Europe et lui ont permis, durant ces 50 dernières années, de se construire comme communauté et d'émerger comme puissance.

Mais quelle Europe voulons-nous aujourd'hui construire alors qu'elle s'élargit désormais à 25? Je souhaite, personnellement une Europe forte, audacieuse et indépendante. Une Europe qui s'affirme aussi grâce à une dynamique nouvelle.

Je crois que cette dynamique de la prospérité, de l'indépendance et de la tolérance , trois valeurs fondamentales pour l'Europe du futur, peut être et doit être portée par une action commune, fédératrice, visible et tournée vers le futur.

Je crois qu'elle peut l'être par la recherche européenne, en tout cas par une certaine conception de la recherche européenne que je souhaite promouvoir. C'est sur ce pilier qu'il faut nous appuyer pour construire l'Europe de demain. Je crois même que ce pilier est le plus à même de donner à l'Europe l'ambition politique, économique et culturelle qui doit être la sienne.

L'Europe que j'appelle de mes vœux doit être d'abord une Europe qui misera sur la connaissance. Quelles en sont les conséquences pour la stratégie européenne de recherche ? Mais j'y reviendrai plus loin.

L'Europe que j'appelle de mes vœux doit être aussi une Europe décidée à mener tout son rôle d'influence et de leadership sur la scène internationale. Pour cela une politique de recherche décomplexée me semble être aussi le meilleur des atouts.

Enfin, l'Europe que j'appelle de mes vœux doit être une Europe tournée vers la diffusion des connaissances, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'espace européen. Forte de nos traditions d'ouverture et de multilatéralisme, l'Europe indépendante ne doit pas être non plus une Europe dominatrice. Comment la recherche européenne doit-elle servir ces intérêts ?

Je vais donc maintenant tenter de définir cette certaine idée de la recherche européenne qui semble pouvoir porter l'avenir de l'Europe.

L'Europe que j'appelle de mes vœux doit être d'abord une Europe qui misera sur la connaissance. Ce pari de la connaissance, l'Europe de la Recherche peut le réussir. A condition d'atteindre des objectifs concrets.

D'abord, l'Europe doit atteindre les 3% du PIB consacrés à la Recherche.
L'Europe a développé depuis le Conseil européen de Lisbonne, au printemps 2002, une stratégie globale destinée à renforcer la compétitivité économique de l'Union en développant ses capacités scientifiques et technologiques.

Cette stratégie d'investir 3 % du PIB dans la R&D à l'horizon 2010, dont les 2/3 sur financements privés, constitue une première étape visant à apporter une base solide au concept d'espace européen de la recherche. Cet objectif a été maintes fois rappelé avec force par le Président de la République. Je crois malgré tout qu'il faut viser au delà de ces 3% !

Ensuite, l'Europe doit structurer sa recherche autour de grands projets fédérateurs. Notamment des projets de recherche fondamentale.
Je souhaite que l'Europe accroisse son effort dans ce secteur : ce sont en effet par les avancées issues de la recherche fondamentale que de nouvelles entreprises innovantes pourront se développer. Ces infrastructures de recherche, comme il faut les appeler provoquent un effet d'entraînement technologique, industriel et économique pour l'ensemble de la société. La recherche fondamentale est ainsi un facteur d'attractivité important.

Cette évolution est nécessaire : la France n'a plus les moyens de promouvoir, seule, ces grands projets de recherche. La comparaison entre le budget français de Recherche et Développement et le budget américain montre bien cette nécessaire adaptation de la recherche française. En effet, la dépense intérieure de recherche et développement française représente 33 milliards d'euros (en 2002). Par rapport à celle des Etats-Unis, qui est de 282 milliards de dollars (en 2001), il y a donc un rapport de moyens de un à neuf ou un écart annuel de 240 milliards de dollars.

Pour aller dans le concret, en matière de recherche fondamentale, la France soutient l'idée de créer une Agence européenne de la recherche (ERC), qui puisse coordonner avec efficacité une effort communautaire significatif dans ce domaine.

Enfin, l'Europe doit tout faire pour attirer les talents et les investissements dans la recherche.
L'économie du futur est avant tout celle de la matière grise. Comme l'ont bien compris les Etats-Unis, la ressource rare, dans l'environnement international, est avant tout celle des hommes.

L'action en faveur de l'attractivité du territoire menée par le Premier Ministre donne la mesure de ces enjeux. Il est temps que l'Europe mène une politique unifiée et déterminée dans ce domaine.

Par exemple il faut promouvoir les mesures favorisant l'installation des jeunes post-docs dans les laboratoires de recherche, qu'ils soient publics ou privés. Ces post-docs sont parmi ceux qui apportent le plus à la recherche.

Les grands groupes industriels et de service doivent être incités à effectuer leur recherche en France et en Europe. L'attractivité du territoire est aussi un élément essentiel de ce pari sur la connaissance.

J'attacherai de l'importance à la mise en place de structures d'investissements capables de recueillir et de transformer en essais réussis tous les projets qui émergent. La constitution de filières complètes doit aussi être facilitée afin d'assurer le relais entre les projets innovants et les partenaires ultérieurs (financiers et industriels) du développement d'une entreprise de croissance.

L'Europe que j'appelle de mes vœux sera aussi une Europe décidée à mener tout son rôle d'influence et de leadership sur la scène internationale. Les objectifs pour la recherche en seront les suivants :

L'Europe doit travailler sur un certain nombre de technologies clefs
Ainsi l'Europe doit-elle notamment bénéficier d'une véritable capacité de R&D pour les technologies critiques touchant à sa défense et à sa sécurité. Dans cette perspective, à l'initiative notamment de la France, la création de l'Agence européenne de l'armement, décidée au printemps 2003 lors du Conseil européen de Thessalonique, est en cours.

Dans le domaine de la recherche spatiale, je citerai trois exemples de programmes européens qui assure notre souveraineté: Galileo, GMES (Global Monitoring of Environment and Security) et les lanceurs. Ces programmes doivent être poursuivis et amplifiés.

Dans le domaine de l'énergie, la question de la sécurité d'approvisionnement énergétique est une question fondamentale. L'Europe dispose des bases nécessaires à sa souveraineté, dont la maîtrise de la filière nucléaire. Dans ce secteur, des défis s'offrent à elle, parmi lesquels la nécessité d'une meilleure connaissance et acceptation de cette technologie, ainsi que la préparation de la crise énergétique programmée pour l'après 2030. Dans ce cadre, je tiens ici à souligner l'importance du projet ITER, porté par l'Europe et par la France avec une détermination sans faille.

Il existe bien d'autres domaines dans lesquels l'Europe se doit de maîtriser la technologie. Je ne citerai comme exemples supplémentaire que les domaines des Sciences de la Vie où la recherche est aujourd'hui porteuse de révolutions essentielles avec en particulier des conséquences majeures pour la santé et celui des technologies de la communication et de l'information, tout aussi essentiel.

L'Europe doit chercher à maîtriser l'ensemble de la filière stratégique
Pour les technologies clefs il ne suffit pas, bien souvent, de maîtriser l'aval de la filière. Encore faut-il pouvoir être autonome dans son approvisionnement en composants. Si cette politique apparaît difficile à l'échelle française, elle est certainement une voie nécessaire pour construire une grande Europe de la Recherche.
De même, le dynamisme des différents pôles mondiaux s'évalue de plus en plus non seulement en termes de maîtrise des technologies de pointe, mais aussi en termes de capacité d'innovation. Il faut pouvoir en permanence être dans une dynamique de l'innovation.

L'Europe doit aussi savoir garder ses technologies
Je désire une politique plus volontariste pour la défense de nos " trésors nationaux ". A l'instar de ce qui existe dans le domaine de la culture pour la préservation des œuvres exceptionnelles, la France et l'Europe doivent avoir les moyens de garder leurs technologies clefs.

Les Etats-Unis l'ont bien compris, même s'ils ont tendance à ne pas se conformer aux règles du commerce international (amendement Hunter). Pourquoi ne pas promouvoir à l'échelle européenne une politique qui permette de contrôler les prises de participations étrangères lorsqu'elles menacent le développement de nos industries européennes stratégiques ?

L’Europe que j’appelle de mes vœux sera enfin une Europe fidèle à ses traditions d’ouverture et de multilatéralisme. Pour cela la Recherche doit favoriser la diffusion des connaissances, à l’intérieur et à l’extérieur de l’espace européen.

L’Europe de la Recherche doit d’abord être celle des partenariats de recherches publiques nationales travaillant de concert
Les programmes-cadre de recherche et de développement technologique (PCRD), doivent être rendus plus lisibles pour l’ensemble de la communauté des chercheurs européens. A ce prix l’Union européenne renforcera sa légitimité en matière de R&D.

Aujourd’hui la Commission européenne prépare un projet dans le cadre des futures perspective financières de l’Union, qui donne à la Recherche et au Développement technologique une place centrale au sein des politiques de l’Union.

Ce projet doit inciter les recherches nationales à travailler de concert pour créer les conditions favorables à la consolidation de la compétitivité de l’Europe.

L’Europe doit promouvoir les liens entre recherche publique et recherche privée
L’articulation entre la recherche privée et la recherche publique doit être un élément capital de l’Europe de la Recherche. En effet, ces deux formes de recherche sont plus que complémentaires : dans bien des cas, l’une sert de catalyseur à l’autre.

Plus de mobilité pour les chercheurs entre le public et le privé facilite l’émergence de projets ou d’applications concrètes. Par exemple, dans les domaines des sciences de la vie, l’articulation entre recherche fondamentale publique et recherche privée est bien souvent constatée. Nombreux sont les chercheurs qui partent d’un laboratoire public pour fonder leur entreprise. Nombreuses sont aussi les unités de recherche qui travaillent en partenariat avec des laboratoires pharmaceutiques.

De manière générale, il faut promouvoir les Partenariats Publics-Privés en matière de recherche appliquée. La promotion de ces PPP est indépendante de toute doctrine économique et représente un enjeu économique majeur pour notre société. Ces PPP sont bien souvent porteurs d’externalités positives pour l’ensemble des partenaires.

L’Europe doit savoir, enfin, promouvoir mais aussi diffuser ses technologies
Il ne suffit pas d’être à l’origine des technologies. Encore faut-il les promouvoir mais aussi les diffuser.

Le domaine des technologies de la communication et de l’information illustre bien cette amélioration nécessaire de savoirs-faire à l’échelle européenne. La maîtrise des logiciels grand public les plus stratégiques et, surtout, celle de l’Internet, ont largement échappé à l’industrie européenne. Cette situation est d’autant plus regrettable que ce sont bien souvent des chercheurs européens qui ont été à la source des percées fondamentales ayant permis de développer nombre de ces technologies.

Enfin, à la différence de la politique américaine, l’Europe de demain devrait aussi savoir où s’arrête son désir de prépondérance économique et où commence son devoir de diffusion à l’égard de son savoir scientifique. Je ne crois pas qu’elle doive poursuivre vis à vis de ses voisins une politique jusqu’au-boutiste de protection de son intelligence et de ses connaissances. La contrepartie d’une protection efficace de nos technologies suppose aussi de savoir généreusement les partager.

C’est sur cette démarche d’optimisme que je souhaite conclure mon intervention.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

 

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