Événements
et ressources documentaires
7mai
2004. Structure de la recherche scientifique pubilque
Dans
un rapport consacré à la recherche, publié
le 7 mai (rapport approuvé le 6 avril, dirigé
par Jean-François Bach, président de la commission
Structure de la recherche et du Comité Science et société),
l'Académie des Sciences demande solennellement "un
effort central d'une ampleur considérable" afin
de parvenir à l'objectif fixé de 3% du PIB en
2010 et de financer des "mesures attractives en faveur
des meilleurs chercheurs"...
Dans une partie consacrée à "La question
de l'Europe", le rapport souligne que "force est de
reconnaître que la situation actuelle de la collaboration
scientifique européenne est loin d'être satisfaisante
(...) Aux éléments positifs, il convient malheureusement
d'opposer le poids d'une bureaucratie envahissante et pointilleuse,
une évaluation insuffisamment compétente voire
partisane, une orientation beaucoup trop marquée vers
la recherche finalisée et industrielle et une absence
d'ambition par rapport à la compétition internationale,
notamment américaine (...). La situation de la France
est particulièrement critique car les chercheurs français
connaissent mal le fonctionnement de la Commission, ne savent
souvent pas présenter leurs projets de façon compétitive,
et ne participent pas suffisamment aux instances d'évaluations
soit en tant qu'experts de haut niveau, soit par leur présence
dans les cercles d'influence".
Sur
cette question européenne, le rapport appelle notamment
à la "création d'un Conseil européen
de la recherche auquel un budget important serait confié,
financé sur une ligne additionnelle du budget européen
de la recherche. Comme l'Europe ne peut pas, dans l'état
actuel de sa réglementation, financer des projets de
longue durée, ceux-ci pourraient être pris en charge
par cet organe."
Télécharger
le rapport (format pdf, 24 pages)
6
Avril 2004. Un emprunt de 150 milliards d'euros pour dynamiser
la R&D européenne ? Une idée du sénateur
Laffitte qui fait son chemin
Lancer
un grand emprunt de 150 milliards d'euros auprès de la
banque européenne d'investissement pour donner un nouvel
élan à la recherche européenne : cette
idée formulée depuis 2003 par Pierre Laffite (sénateur
des Alpes-Maritimes) commence à faire son chemin, puisque
désormais connue d'un grand nombre de décideurs
politiques et économiques à travers l'Europe.
Pour pousser plus avant dans ce projet, Pierre Laffitte s'efforce
maintenant de définir les priorités de recherche
et d'innovation qui pourraient bénéficier de cet
emprunt. Pour cela, il compte mener ce travail directement avec
les responsables de laboratoires de recherche et les industriels
en organisant des colloques, filière par filière.
Le premier, dédié à la filière électronique
est d'ores et déjà prévu le 25 juin 2004
à Sophia-Antipolis (France). Deux autres doivent rapidement
suivre : l'un à Varsovie (Pologne), dédié
à la filière énergétique, et l'autre
à Malmö (Suède) sur le thème des technologies
de l'information civiles et militaires, avec un volet important
consacré à la sécurité.
5
Avril 2004. Le budget européen en question
Le nouveau
gouvernement Raffarin, par la voix du ministre des finances
Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer à Dublin, le 3 avril,
qu'il s'opposerait à la hausse du budget de l'Union européenne
proposé par le président Romano Prodi. Il rejoint
en cela 5 autres Etats, dont l'Allemagne et la Grande-Bretagne.
L'objectif était, d'ici 2013, de hisser ce budget jusqu'au
plafond de 1,15% du PIB européen prévu par les
traités. Il est actuellement de 1%. Ceci pourrait paraître
une mauvaise nouvelle pour les partisans du renforcement des
actions communautaires, notamment dans le domaine des investissements
d'infrastructure et de recherche. Mais il faut bien voir que
le budget actuel finance pour 46% la politique agricole commune
et pour 32% les politiques régionales. Le moins que l'on
puisse dire est que ces dépenses n'aident en rien ni
les investissements d'infrastructure et de recherche (7%) ni
d'autres actions tout aussi prioritaires: action extérieure
(9%), justice et sécurité (1%). De plus, il apparaît
que les dépenses effectives restent de quelques % en
dessous du plafond autorisé, pour diverses raisons tenant
à la lourdeur administrative.
La volonté
des 6 grands contributeurs, dont la France, de bloquer la hausse
du budget européen va-t-elle provoquer une crise salutaire,
c'est-à-dire la remise à plat complète
des priorités budgétaires pour l'Europe? Si cela
était le cas, il s'agirait d'une très bonne chose.
On pourrait considérablement diminuer les crédits
de la PAC, sensiblement ceux des fonds structurels, et considérablement
renforcer ceux destinés à la recherche, à
l'action extérieure et la sécurité. Le
visage de l'Europe en serait changé, dans le bon sens,
puisqu'ainsi seraient dopées les actions véritablement
urgentes et porteuses d'avenir.
Mais il
n'en sera sans doute rien. La France refusera de toucher à
la PAC, aucun Etat ne voudra modifier les taux d'aides structurelles
et personne ne s'intéressera à la recherche et
aux infrastructures. Il s'agit d'un très grave problème,
qui devrait être porté beaucoup plus qu'il ne l'est
devant les opinions. Les chercheurs européens, curieusement,
sont muets sur ces questions, qui les intéressent pourtant
au premier chef.
4
avril 2004. La revue scientifique espagnole Tendencias cientificas
relaie notre Manifeste
La revue
scientifique espagnole Tendencias cientificas relaie notre Manifeste
et s'associe à notre mouvement. Cette revue sur Internet
est très lue en Espagne. Son appui est précieux.
Il peut s'agir d'un premier pas important pour l'élargissement
de notre action à d'autres pays européens. http://www.tendencias21.net/index.php3?action=page&id_art=75099
10
mars 2004 Le Japon investit massivement dans la recherche/développement
Selon une
communication de Michel Israël, conseiller scientifique
à l'Ambassade de France au Japon, en date de ce jour:
" Les autorités japonaises sont engagées,
en partenariat avec le secteur privé, dans une course
de longue haleine pour faire de l'Archipel une grande puissance
de recherche et développement".
L'accent est mis sur les nanotechnologies, les sciences de la
vie et de l'environnement et les technologies de l'information.
Le premier plan-cadre (1995-2000) prévoyait des crédits
de 17.000 milliards de yens (environ 148 milliards d'euros)
pour la recherche publique, deux fois supérieurs à
leur niveau de 1992. Le deuxième plan quinquennal, inauguré
en 2001, y consacre 24.000 milliards de yens (209 milliards
d'euro) et l'objectif avoué du Japon est de porter les
investissements publics et privés à 3,4% de son
produit intérieur brut (PIB) en valeur à l'horizon
de 2006.
L'an dernier, les sommes engagées ont atteint le seuil
de 3,18% du PIB (le PIB du Japon était de 3.835 milliards
d'euros), contre 2,12% en France et 2,79% aux Etats-Unis.
Les chercheurs japonais n'ont pas de raison d'être inquiets
sur leur avenir parce que l'engagement de l'Etat est très
marqué dans le domaine de la recherche. Non seulement,
les budgets sont élevés mais, en plus, ils sont
en augmentation. Par conséquent, pas de fuite des cerveaux
du pays du Soleil Levant à attendre.
Qui plus est, le dynamisme des entreprises japonaises, autant
dans les travaux appliqués que dans la recherche fondamentale,
n'a pas d'équivalent. Leur contribution approche aujourd'hui
80% de l'effort d'ensemble, quand elle n'est que de 54% en France
et 66% en Allemagne et aux Etats-Unis.
Enfin un important programme de modernisation et de renforcement
des universités est en cours."
2
mars 2004 Succès du lancement de la sonde Rosetta
Nous ne
voudrions pas être les derniers à saluer le succès,
ce matin 2 mars à 10h30 de l'injection sur son orbite
définitive de la sonde Rosetta. Celle-ci, lancée
par une Ariane 5 "générique" pour le
compte de l'Agence spatiale européenne (ESA), entreprend
son long voyage de dix ans vers la comète Churyumov-Gerasimenko.
Outre son intérêt scientifique, ce lancement confirme
l'"excellence" de l'Europe, selon les termes de la
ministre de la recherche, dès lors (c'est nous qui ajoutons)
qu'elle dispose d'objectifs ambitieux et des moyens en conséquence.
Pour Arianespace,
il s'agissait aussi d'un rendez-vous important, dans la concurrence
sauvage qui oppose aujourd'hui les lanceurs. La prochaine échéance
sera le lancement d'une Ariane super-lourde, dans les prochains
mois.
Lire: Communiqué
de l'ESA http://www.esa.int/export/esaCP/SEML2J2PGQD_France_0.html
29
février 2004. Les grands équipements en Europe
Sur le site
de France-Culture consacré à un forum (très
bien conduit) concernant l'avenir de la recherche scientifique
en France, on trouve ce message très significatif: "Une
politique européenne des Très Grands Equipements,
nous la réclamons vigoureusement dans notre installation
! L'unique source nationale de neutrons, Orphée/LLB,
à Saclay, est gérée conjointement par le
CNRS et le CEA, et à la disposition de tous les scientifiques
français et européens. A la suite des gels de
crédits de 2003, le CNRS s'est désengagé,
et faute d'entente entre les 2 organismes, nous risquons la
fermeture fin 2005. Or une telle décision ne devrait
être prise qu'au niveau national au moins, et dans une
perspective européenne. Nos collègues étrangers
sont stupéfaits de ce choix de la France de fermer un
réacteur récent, qui est parmi les meilleurs mondiaux
dans sa catégorie, à un moment où tous
les pays industrialisés investissent largement dans cette
technique (Allemagne, GB, USA, Japon), montrant à l'évidence
une appréciation très différente de ces
pays sur le devenir de la diffusion neutronique."
- Le réacteur
Orphée au Laboratoire Léon Brillouin:
http://www-llb.cea.fr/
23
février 2004. La France puissance industrielle (rapport
de la Délégation française à l'aménagement
du territoire)
La
lutte contre la désindustrialisation ou, si l'on préfère,
le renforcement de la puissance industrielle, redevient un thème
politique en Europe, au moins en France et en Allemagne. Le
Président de la République consulte, la Délégation
à l'aménagement du territoire conseille. On trouve
sur son site web l'intégrale d'un rapport remis sous
le titre "La France, puissance industrielle. Une nouvelle
politique industrielle par les territoires. Réseaux d'entreprises,
vallées technologiques, pôles de compétitivité
".
Qu'en penser ? C'est très bien de rappeler l'importance
de l'industrie. Le temps n'est pas très loin en effet
où les gourous prétendaient que la prospérité
reposait exclusivement sur les services financiers. C'est très
bien aussi de rappeler que la France ne se désindustrialise
pas à proprement parler (encore que récemment,
des fermetures importantes, non prises en compte par la Datar,
ont été enregistrées). Mais il y a industries
et industries. On ne peut que se féliciter de voir exister
en France de puissants pôles dans l'industrie alimentaire.
Mais on ne peut que s'indigner de voir l'abandon sans réagir
de secteurs stratégiques essentiels. La prise de contrôle
d'Alcan sur Péchiney sera lourde de conséquences,
craignent à juste titre les syndicats, en matière
de délocalisation et pertes de compétences concernant
des activités de recherches et de production fondamentale,
tant pour la défense que pour les industries civiles
de pointe (l'Aérospatial notamment). De même la
prise de contrôle des fonds de pensions américains
sur les industries travaillant notamment pour la défense
place notre pays sous la dépendance directe de nos compétiteurs
d'outre-atlantique.
Quant
aux solutions proposées, elles sont certes tout à
fait estimables. En voici le résumé qu'en fait
la Datar : "Identifier et mettre
en valeur les pôles de compétitivité, encourager
les réseaux d'entreprises, investir dans les ressources
humaines, mieux assurer l'articulation industrie-recherche,
favoriser la création et le développement des
entreprises innovantes au sein des pôles de compétitivité,
accompagner par des infrastructures de communication le développement
des pôles de compétitivité, inscrire cette
stratégie dans le cadre européen, établir
un partenariat fort avec les régions".
Nous pensons cependant que la logomachie actuelle visant à
mettre en relief le rôle des régions, des réseaux
d'entreprises, des plates-formes recherche-industrie, bien que
très fondée, dissimule un besoin essentiel que
ni la Datar ni personne dans l'Etat n'évoque actuellement
: celui de grands programmes publics de recherche développement
dotés de moyens budgétaires nouveaux très
importants, à l'image de ce que font les Etats-Unis,
tant dans les domaines civils que militaires. Sans de tels programmes,
menés au niveau européen, les initiatives locales
risquent de ne pas atteindre le seuil d'efficacité minimum.
C'est bien d'encourager la verrerie d'une région à
exporter des vases décorés, mais ce serait mieux
d'amener nos pôles de R/D et d'enseignement à s'investir
dans un grand programme spatial européen.
- Consulter
le rapport :
http://www.datar.gouv.fr/Datar_Site/DATAR_Actu.nsf/Frame/Actus?opendocument&ID=CLAP-5WBDG6&
18
février 2004 Le "sommet de Berlin" et la recherche
en Europe
Durant
le " sommet de Berlin " tenu le 18 février
2004 entre les chefs d'Etat Schroeder, Blair et Chirac, ceux-ci
ont confirmé la nécessité de faire de la
recherche scientifique européenne une des clefs de la
croissance et de la prospérité. Très bien.
C'est bon d'entendre dire à ce niveau ce que l'on s'échine
à répéter tous les jours. Mais on ne doit
pas oublier que cet objectif avait été annoncé
précédemment par les deux Communications de la
Commission, approuvées par tous les Etats-Membres, "Investir
dans la recherche : un plan d'action pour l'Europe" du
30 avril 2003, suivant la communication "Plus de recherche
pour l'Europe. Vers 3% du PIB" adopté en 2002. (voir
http://europa.eu.int/eur-lex/en/com/cnc/2003/com2003_0226en02.pdf)
Et que s'en est-il suivi ? La décision conjointe allemande
et française de limiter le budget européen à
1% de ce même PIB. En Europe, on se croit face à
un théâtre d'ombres : les gouvernements discourent
et rien ne se passe. C'est le contraire aux Etats-Unis. Quand
le gouvernement fédéral décide, tout le
monde exécute, du moins quand la souveraineté
nationale est en cause.
(Sur le budget européen de la recherche, voir ci-dessous
et notre article La recherche communautaire
européenne).
10
février 2004. Propositions
pour le budget européen de la recherche
La commission européenne a présenté le
10 février 2004 ses propositions budgétaires pour
lEurope élargie, sur la période 2007-2013.
Lobjectif est daugmenter dun tiers le budget
communautaire, qui passerait de 115 mds deuros en 2006
à 153 mds en 2013 (soit de 1,11% du PIB européen
à 1,25 % qui correspond au plafond fixé par les
traités).
Rien ne garantit que les Etats suivent la Commission dans ces
propositions, compte tenu de laversion systématique
des budgétaires nationaux à toute idée
daugmenter les ressources européennes. Néanmoins
il est intéressant de noter la part du budget que la
Commission propose de consacrer à la recherche scientifique,
jugée prioritaire tant par Romano Prodi que par Philippe
Busquin. Il devrait tripler, passant de 7,7 mds deuros
en 2006 à 24 mds en 2003, soit 15% du budget total. Mais
cette somme correspondra à des investissements très
variés destinés à doper la croissance :
éducation, transports, communications et recherche proprement
dite. Ce montant doit être comparé aux 57 mds deuros
de la politique agricole commune en 2013 (en légère
réduction) et aux 50 mds deuros en 2013 (en forte
hausse) consacrés à la politique de solidarité
régionale, dont les nouveaux entrants seront les plus
importants bénéficiaires.
Nous avons nous-mêmes calculé grossièrement
que si lEurope voulait rattraper son retard face aux Etats-Unis
dans le seul domaine de la recherche scientifique, elle devrait
consacrer à cette activité environ 100 mds deuros
par an de plus dès les prochaines années. Nous
avions inclus dans cette somme la hausse des budgets des agences
européennes de recherche, notamment lAgence spatiale
européenne et lAgence européenne des armements.
Les prévisions de la Commission sont loin du compte.
Pour arriver aux 100 mds de notre estimation, il faudrait que
lEurope accepte un vériable changement culturel,
dans la perspective dune quasi-guerre pour la survie qui
est malheureusement la sienne aujourdhui.
Observons que la solidarité régionale pourrait
aussi bien sexprimer par de grands programmes déquipements
scientifiques et de recherche dans lesquels les nouveaux entrants
joueraient un rôle à part entière. Cela
serait préférable au financement dopérations
immobilières et daménagement parfois détournées
par des intérêts maffieux....
25
janvier 2004. Le programme WebFountain d'IBM
Le
web mondial se compose de milliards de textes de toutes
formes, toutes origines et tous contenus. Depuis longtemps,
les chercheurs s'efforcent de donner à ceux qui souhaitent
retrouver une information des outils efficaces pour ce faire.
Mais la tâche semblait impossible. Les meilleurs outils
connus, c'est-à-dire les moteurs de recherche, se
bornent à orienter la requête vers une petite
sélection de documents contenant les mots objets
de la recherche tels que précisés par le demandeur.
Le moteur peut analyser, pour chaque requête, des
millions de documents en quelques secondes. Mais il n'en
restitue que quelques dizaines. C'est souvent déjà
trop pour celui qui a posé la question, notamment
parce que le moteur ne sait pas faire la différence
entre les mots pertinents et ceux qui ne le sont pas. Si
vous vous intéressez à hot-dog, vous ne vous
intéressez ni à hot ni a dog. Les opérateurs
booléens facilitent la sélection, mais le
résultat reste très approximatif.
Aujourd'hui,
IBM propose une solution permettant à des ordinateurs
d'entrer dans le contenu des informations en ligne et de
restituer avec, paraît-il, une grande sûreté,
tous les documents susceptibles de concerner une recherche
donnée : analystes économiques et financiers,
observateurs politiques, vendeurs de données et,
bien évidemment ; encore que cela ne soit pas dit,
services de renseignement et de police. Les services seront
vendus (voir ci-dessous), ce qui veut dire que seules les
entreprises ou les administrations riches pourront en bénéficier.
Avec IBM, les solutions ne sont jamais simples ni réparties.
La firme a mis en place un énorme complexe de processeurs,
routeurs, disques et logiciels, occupant la superficie d'un
demi-terrain de football. Le système est appelé
WebFountain. Il sera mis en service en coopération
avec l'entreprise Factiva de New-York, dont le métier
est de vendre des informations économiques. Le projet
emploie 120 personnes et coûte plus de100 millions
de dollars. Il est localisé à l'IBM Almaden
Research Center de San Jose. On peut se poser la question
de savoir si des réseaux d'analyse plus légers
fonctionnant en Grid sur le mode des systèmes multi-agents
adaptatifs pourraient rendre les mêmes services. Mais
se poser la question n'est pas y apporter une réponse
opérationnelle.
Comment les documents sont-ils analysés ? Ceux-ci
n'étant dans leur écrasante majorité
pas composés de données préalablement
structurées, telles que résultant de l'emploi
de XML, le système doit convertir tout ce qu'il reçoit
en un format qui permette leur analyse automatique. Pour
cela des programmes dits "spider" ou "crawler"
parcourent le web et archivent les pages qu'ils rencontrent
dans des bases de données, qui occupent 160 terabits
d'espace disque. Le web tout entier est parcouru en 1 semaine,
mais les échanges plus épisodiques, tels que
ceux hébergés sur des blogs ou produits dans
des Chats, le sont quotidiennement. Les données sont
ensuite transférées dans le cluster des processeurs
centraux de WebFountain où ils sont soumis à
l'analyse de 40 programmes appelés "annotators".
Chacun des annotateurs recherche dans le document analysé
les mots ou phrases qu'il peut reconnaître, qu'il
identifie en cas de succès par un tag XML. Les annotateurs
sont spécialisés par type de recherche.
Les documents une fois labellisés (ce qui peut multiplier
leur longueur par 10) sont stockées dans des bases
de données où ils sont soumis automatiquement
à des procédures de data mining ou fouille
de données, en fonction des informations recherchées.
Certains annotateurs sont suffisamment complexes pour inférer
le sens ou la signification des documents qu'ils analysent,
si bien que ces derniers sont mémorisés dans
des bases de connaissances (Knowledge bases) lesquelles
peuvent ou non être mises à la disposition
du public ou des clients payants. D'autres restent la propriété
d'IBM et de ses partenaires privilégiés -
par exemple ceux qui concernent la pétrochimie ou
l'industrie pharmaceutique. Bien d'autres procédures
utilisant l'intelligence artificielle permettent de faire
la chasse aux ambiguïtés, rechercher les liens
qu'un document ou un site entretient avec les autres et
plus généralement fournir à la demande
des diagnostics fins. On comprendra mieux le processus d'ensemble
en grossissant l'image ci-dessus (source IEEE).
Le matériel informatique constituant le cur
de WebFountain voit sa puissance augmentée tous les
9 mois. Les promoteurs du système veulent en effet
faire face à l'augmentation de la demande venant
des grandes entreprises, cherchant à analyser leur
image, connaître les activités et produits
de la concurrence, réaliser rapidement des études
de marché. Le service sera fourni par abonnement,
dans un premier temps par Factiva, pour un coût variant
entre 150 000 et 300 000 dollars par an. Tout ceci laisse
espérer que WebFountain deviendra très rapidement
incontournable dans le monde économique et, plus
généralement, permettra à ses heureux
utilisateurs de trouver dans l'univers du web l'intelligence
que celui-ci, laissé à lui-même, ne
peut fournir.
Le lecteur concluera de lui-même cette courte présentation.
Les entreprises bénéficiant des services de
WebFountain prendront sur les autres des avances qui risquent
d'être définitives. Cela ne pourra que favoriser
les firmes déjà riches et dominantes. Mais
il faudrait être bien naïf pour penser qu'un
tel système fonctionnera en toute transparence. La
guerre économique étant ce qu'elle est, les
entreprises américaines seront certainement "mieux
servies" que leurs concurrentes du reste du monde.
Quant aux usages qui seront faits du système en vue
du renseignement (sous prétexte de lutte contre le
terrorisme), il n'est pas nécessaire de faire un
dessin. Il faut bien se persuader que tout document, y compris
celui-ci qui vient d'être écrit, entrera dans
le système, sera analysé, classé, utilisé
et possiblement détourné sans évidemment
que les auteurs n'en sachent rien.
Comme
toujours, les optimistes diront que rien dans la démarche
d'IBM et de ses soutiens n'est nouveau, que le web sera de plus
en plus touffu et in-analysable, que les firmes européennes,
de toutes façons, doivent s'en méfier. C'est possible,
mais ce qui nous apparaît, peut-être à tort,
c'est l'importance et la concentration des moyens rassemblés
par le projet WebFountain. Nous ne connaissons pas les technologies
déjà mises en oeuvre par les Etats-Unis dans le
cadre de la guerre économique et la lutte contre le terrorisme,
mais ce projet, de toutes façons, leur apportera un plus
qu'il ne faut pas négliger.
Pour
en savoir plus
Lire l'article
de IEEE dont nous nous sommes inspirés pour rédiger
cette note : http://www.spectrum.ieee.org/WEBONLY/publicfeature/jan04/0104comp1.html
Factiva :
http://www.factiva.com/
14
janvier 2004. Confirmation du programme spatial américain
visant la Lune et Mars
Comme
prévu, le Président Bush a présenté,
du siège de la Nasa, le 14 janvier 2004, le nouveau programme
spatial qu'il propose à la nation. Celui-ci comporte
deux grandes phases : une réoccupation plus ou moins
permanente de la Lune à partir de 2015, précédée
de l'envoi de missions robotiques d'ici 2008 - l'envoi d'une
mission habitée sur Mars une dizaine d'années
après, elle-aussi précédée d'explorations
robotisées dont le succès récent de Spirit
ne constitue qu'un modeste précurseur.
A cette fin, dans l'immédiat, la Nasa devra développer
un vaisseau sur le modèle de l'ex-capsule Apollo (Crew
Exploration Vehicle) . Elle aura plusieurs usages : servir de
capsule de sauvetage, envoyer des hommes dans l'espace proche,
permettre l'exploration de l'espace profond. Les navettes seraient
retirées du service d'ici 2010, et la Station Spatiale
Internationale verrait son rôle réduit.
Ce programme devrait coûter sur 5 ans $12 mds, dont 11
mds proviendraient d'économies réalisées
par la Nasa sur ses programmes actuels, ou permis par une amélioration
de la gestion de l'Agence. Le coût total d'un programme
Mars est évalué, très approximativement,
à $60 mds, qui répartis sur 30 ans, entreraient
sans difficultés dans le budget de la Nasa, qui est actuellement
de $15,5 mds, augmenté de $1 md dans les 5 prochaines
années.
Une Commission sera créée, présidée
par l'ancien secrétaire à l'Air Pete Aldrich,
pour établir un rapport précisant la mise en uvre
de cette nouvelle "vision".
Voir Communiqué
de la Nasa http://www.nasa.gov/missions/solarsystem/bush_vision.html
et tableau budgétaire http://www.nasa.gov/pdf/54873main_budget_chart_14jan04.pdf
Voici rapidement
quelques commentaires :
- Beaucoup d'observateurs européens doutent de la sincérité
de l'annonce, présidentielle, qui serait motivée
uniquement par les échéances électorales
: George W. Bush s'insèrerait ainsi, pour l'opinion,
dans la lignée glorieuse de John Kennedy, ouvrirait des
perspectives technologiques qui ne peuvent que plaire à
l'industrie et finalement, ferait oublier les difficultés
de la " démocratisation " de l'Irak. Mais il
ne s'agirait que de promesses qui seront vite oubliées.
Ils en concluent qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter,
le rapport de force entre la suprématie technologique
et scientifique américaine et le reste du monde n'en
sera pas modifié. Ces observateurs avisés oublient
une chose, c'est que le projet Mars, comme beaucoup d'autres
grands programmes américains, a été délibérément
conçu par des stratèges qui voient loin et font
tout ce qu'ils peuvent pour maintenir et renforcer cette suprématie
technologique et scientifique, dans tous les domaines. Le projet
Mars sera pour ce faire une excellente locomotive. Au plan purement
spatial, l'opération, telle qu'elle est identifiée
dans le jargon politique américaine est sans ambiguïté
: Renewed U.S. space dominance. Il s'agit donc bien de domination.
Elle montre clairement au monde que la voie du spatial, maintenant
et pour tout le siècle, sinon plus tard, sera explorée
par les américains qui se seront unilatéralement
attribué le titre d'ambassadeurs de l'humanité
toute entière.
- D'autres
observateurs, ou les mêmes, font observer que si, éventuellement,
il s'agissait de renforcer la suprématie américaine,
ce serait en vue d'une future confrontation USA-Chine, et non
dans l'objectif de rabaisser l'Europe. Peut-être, mais
tout le monde sait que ce que les Etats-Unis supporteraient
le plus mal en ce moment, serait de voir l'industrie aéro-spatiale
européenne, qui les agace profondément, renforcée
par un projet Mars européen. Il doivent donc occuper
le terrain martien, si l'on peut dire.
- Plus prosaïquement, le projet Mars ne sera possible que
si la Nasa réforme profondément ses méthodes
industrielles et de gestion. Il s'agit d'un objectif essentiel
qui serait difficilement envisageable si l'administration ne
mettait pas une forte pression sur l'Agence.
- Dans le cadre de cette réforme, l'abandon ou la mise
en sommeil des ruineux programmes hérités de la
décennie dernière, navettes et l'ISS (coût
estimé 100 mds de dollars), pourrait se faire sans choc
dans l'opinion, un programme plus grandiose prenant le relais.
Tant pis pour les japonais et européens qui avaient investi
dans la réalisation de modules scientifiques devant s'intégrer
à l'ISS. Ils pourront toujours faire appel aux Soyouz
(rires).
- Cependant, dans la perspective d'une action politique visant
à soutenir l'indépendance de l'Europe en renforçant
ses ambitions technologiques et scientifiques, l'annonce de
George W. Bush peut avoir du bon. Un programme Mars européen
indépendant de celui des Etats-Unis apparaîtra
de plus en plus justifié. Les budgets réévalués
par la Nasa deviennent abordables pour l'Esa, d'autant plus
que celle-ci est réputée bénéficier
d'une gestion bien plus rigoureuse. Par ailleurs, les acquits
de nos industries européennes de l'aéronautique
et de l'espace, comme ceux d'autres industries (nucléaire
par exemple pour la fourniture de moteurs atomiques destinés
aux fusées, ou robotique pour la réalisations
de robots autonomes), sans avoir l'importance de ceux immédiatement
disponibles pour la Nasa, sont loin d'être négligeables.
Enfin, l'effet d'entraînement d'un tel programme Mars
européen sur l'ensemble des sciences et technologies
concernées serait considérable, à une époque
où la croissance européenne se languit.
Il est bien
évident que plusieurs projets Mars, d'ici 2030, pourraient
et devraient coopérer, tant du moins que ce serait utile
à l'efficacité d'ensemble. Mais pour coopérer
utilement, il faut que les partenaires/concurrents soient sur
un pied d'égalité. C'est en général
ce qui se fait dans le domaine des grands observatoires astronomiques
terrestres. Les enjeux il est vrai y sont surtout scientifiques.
Dans l'espace, comme dans bien d'autres domaines scientifico-technologiques,
il faut d'abord s'y installer, et coopérer ensuite, le
cas échéant.
Pour en
savoir plus
- Le projet Aurora de l'ESA : http://www.esa.int/export/esaMI/Aurora/
Voir aussi More about Aurora :http://www.esa.int/export/SPECIALS/Aurora/SEMZOS39ZAD_0.html
- On consultera également le site très intéressant
de nos amis de la National Space Society France, qui est très
riche en données sur les programmes et outils spatiaux
européens : www.nssfrance.fr.st
- Voir aussi notre article "Doper
l'ESA. L'Europe doit aller sur Mars indépendamment
des Etats-Unis"
13
janvier 2004. Le budget de recherche de l'Union européenne
La commission veut doubler le budget de l'Union européenne
consacré à la recherche. Elle demandera fin janvier
2004 aux Etats-Membres (EM) de faire passer ce budget de 3 mds
d'euros à plus de 10 mds d'euros d'ici 2010. Ceci représenterait
10% de la recherche publique en Europe. Mais beaucoup de conditions
pèsent sur cette perspective, notamment l'accord des
EM relativement au budget global de l'Europe élargie
à cette date: 1,24% du PIB en 2011 (ce qui donnerait
en matière de recherche environ 13 mds d'euros), ou seulement
1% du PIB (soit 9 mds d'euros pour la recherche). Affaire à
suivre donc.
Ces
présentations par pourcentage du PIB (produit intérieur
brut) des EM font confusion. La plupart des EM, notamment la
France, ont décidé au Conseil européen
de Barcelone (2000) que leurs budgets recherche devraient atteindre
en 2010 3% du PIB global des Etats de l'Union, alors qu'il est
actuellement à 1,9. Mais dans ces 3%, on inclut la recherche
publique (1%) et la recherche privée (2%), selon des
évaluations qui diffèrent selon les EM. Ainsi
la France inclut dans sa recherche publique le nucléaire
et l'espace (fort utiles mais qui ne suffisent pas à
répondre aux exigences des autres secteurs). Par ailleurs,
elle n'a que très peu de recherches privées. Son
bon rang apparent (5e en 2003) est donc relativement trompeur.
Il est par ailleurs difficile de la comparer à l'Allemagne
ou aux pays scandinaves, pour ne pas parler des Etats-Unis ou
du Japon.
De
plus, comme nous venons de le dire, le budget européen
de la recherche n'atteint pas 10% de ces totaux, ce qui montre
son caractère relativement cosmétique. Le Commissaire
Busquin a raison de dire qu'avec de tels budgets, l'Union Européenne
ne peut pas assurer d'actions de grande ampleur et continues,
contrairement à ce que font les Etats-Unis (voir
son interview dans Le Monde du 13/01/04).
Sur
la recherche communautaire en général, voir notre
article La
recherche communautaire européenne.
12
Janvier 2004. EADS face à la baisse continue du dollar
Si
on voulait mettre EADS à genoux, on ne s'y prendrait
pas autrement. Dans Le Monde du 12 janvier (p. 12), Philippe
Camus, président exécutif du groupe aéronautique
et spatial européen EADS, indique que la dépréciation
continue du dollar est en train de menacer la rentabilité
des produits fabriqués en Europe. Pourrait être
ainsi compromis la commercialisation par sa filiale Airbus de
l'A380. EADS a fait de grands efforts de réduction de
coûts (1,5 milliards d'euros) mais la dépréciation
du dollar de 30% en un an lui coûte quelques 3 milliards
d'euros. EADS ne manquerait pas de parades, notamment en délocalisant
certaines de ses productions dans la zone dollar.
Note
au 16 janvier: Noël Forgeard, président d'Airbus,
dont nul n'ignore les quelques différents qui le séparent
de Philippe Camus, fait montre, pour ce qui le concerne (Le
Monde du 16/01) d'un solide oprimisme concernant l'avenir d'Airbus
et plus particulièrement de l'A-380, malgré la
chute du dollar. Il s'est couvert des variations à court
terme des taux de change euro/dollar. Mais surtout, il compte
sur la compétitivité de l'outil industriel qu'est
Airbus pour continuer à s'imposer - non sans efforts
à poursuivre, il est vrai - face notamment à Boeing.
Noël Forgeard tient un langage de véritable industriel,
plus soucieux de l'outil et des hommes que des perspectives
offertes par les marchés financiers ou les actrivités
de service. Il n'envisage pour sa part aucune délocalisation
hors d'Europe. On peut dire que malheureusement il y a peu de
chefs d'entreprise en France de son gabarit.
EADS n'est pas seule à protester contre l'inertie des
autorités monétaires européennes face à
l'appréciation de l'euro. Ce sont les fleurons de l'industrie
de la zone euro qui sont menacées. Mais la Banque Centrale
Européenne explique que la baisse du dollar n'a pas que
des inconvénients. Evidemment, tout ce qui achète
et consomme du pétrole en profite. Mais s'agit-il des
secteurs les plus porteurs pour l'Europe industrielle de demain
? Les Etats aussi sont responsables. La France et l'Allemagne
n'hésitent pas à affronter la commission européenne
en ne respectant pas le pacte de stabilité, mais apparemment
leurs gouvernements se désintéressent des pertes
et risques de disparition menaçant l'appareil industriel
du Continent. Quant aux américains, si la réserve
fédérale fait l'innocente, en disant qu'il faut
laisser jouer les forces du marché, il est plus que probable
que l'Administration et les grands du secteur industriel poussent
en sous-main à la baisse du dollar, voyant qu'ils peuvent
ainsi atteindre, peut-être durablement, la puissance industrielle
européenne.
11
janvier 2004. Mars
sera une planète américaine
Le
président Bush va annoncer clairement son intention de
faire du débarquement d'un américain sur Mars
la nouvelle frontière que le pays doit se fixer pour
les prochaines années. Il s'agit non seulement de fédérer
et augmenter les moyens de recherche civils et militaires, mais
de créer une vague d'enthousiasme dans le pays, analogue
à celle ayant accompagné les premières
missions lunaires. Les européens commencent à
dire, selon certains articles, qu'il vaudra mieux jouer le rôle
de second (ou troisième, ou quatrième...) sous
les ordres des américains plutôt que développer
un projet martien européen, ce qui serait tout à
fait possible [voir notre article].
Rappelons
que si l'Esa a obtenu un succès notable avec la mise
en orbite de sa sonde Mars Express, l'échec du petit
atterrisseur Beagle 2 a été pratiquement le seul
thème évoqué par la presse. Pendant ce
temps, le succès du débarquement du robot Spirit
de la Nasa a retenu l'attention du monde entier. Nul ne mentionne
cependant le fait que, pour cette expédition, la Nasa
disposait d'au moins 12 fois les crédits de l'Esa.
9 janvier 2004. Iter (suite)
Le
secrétaire d'Etat américain à l'énergie
affiche hautement sa préférence pour le site Japonais.
Les réactions européenne et française restent
confuses, au moins à en croire les dépêches.
8
Janvier 2004. Pétition
des chercheurs français
Plus
de 3500 chercheurs ont mis sur le web une pétition intitulée
"La recherche publique est sinistrée. Organisons-nous
pour la sauver". Des patrons de laboratoires (dont Axel
Kahn) ont annoncé qu'ils démissionneraient d'ici
quelques semaines si leur pétition n'est pas suivie d'effet.
Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/
La liste des signataires est complétée de nombreuses
contributions en ligne, toutes intéressantes à
lire, sous forme de forum [Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=147].
La pétition aurait recueilli plusieurs milliers de signatures.
NB: Il
existait à l'automne une autre pétition, dans
les mêmes termes, qui n'a pas eu le même écho.
Voir http://abi.marseille.inserm.fr/cgi-bin/appel_emploi.pl
On
a beaucoup apprécié le soutien véhément
de Claude Allègre sur France-Inter. Celui-ci est prêt
à déménager aux Etats-Unis. Rappelons cependant
que des projections sur l'état des effectifs et des crédits
avaient été réalisées il y a 10
ans, notamment à l'instigation de Pierre Potier (voir
http://www.automatesintelligents.com/interviews/2003/nov/potier.html).
Une catastrophe avait été pronostiquée.
Nul ne s'était ému, notamment pas Claude Allègre,
devenu ministre de l'éducation et de la recherche, qui
aurait eu l'occasion de réagir alors qu'il était
aux commandes.
Cette
pétition nous conduit à préciser que le
Manifeste dont nous vous proposons la signature ne traite pas
exactement la même question. La pétition des chercheurs
concerne principalement la France, et met en exergue le retard
de la recherche française, non seulement à l'égard
des Etats-Unis, mais aussi des autres pays européens,
notamment l'Allemagne et la Grande Bretagne. Nous nous plaçons
en ce qui nous concerne au palier supérieur, si l'on
peut dire: le retard que prend l'Europe tout entière
(y compris ses champions) vis-à-vis des Etats-Unis. De
plus nous ne traitons pas particulièrement la question
des postes budgétaires et carrières de chercheurs,
mais celle des moyens globaux, publics et industriels, affectés
en Europe à ce que nous appelons les sciences et technologies
de souveraineté. En fait, il va de soi que ces deux approches
sont complémentaires, et que nous devrons lire attentivement
les contributions des chercheurs publiées sur le forum
du site Recherche en danger.
20
décembre 2003. Iter
La
décision relative à l'implantation définitive
du Réacteur thermonucléaire expérimental
ITER est ajournée à fin janvier 2004, devant l'opposition
entre l'Europe, la Russie et la Chine privilégiant le
site de Cadarache (France) et les Etats-Unis et le Japon, soutenant
le site de Rokkasho-Mura (Japon). Automates-Intelligents adresse
au Président de la République un message (resté
sans réponse) dont les termes s'inspirent de notre article
"Pour
un Iter européen".
Décembre
2003. Le sabordage de Péchiney
L'opinion
publique française, pas plus que les pouvoirs publics,
ne semblent plus s'émouvoir de la prise de contrôle
de ses grands groupes par les capitaux d'outre-atlantique. Le
temps des noyaux durs (d'ailleurs bien peu efficaces) est passé.
C'est le libéralisme le plus absolu. On peut s'étonner
de voir le peu d'indignation suscitée par le passage
du groupe français Péchiney sous le contrôle
du groupe canadien Alcan, très lié aux intérêts
nord-américains. Péchiney a été
depuis la fin de la 2e guerre mondiale associé à
toutes les modernisations de l'industrie française. Il
avait conservé jusqu'à ces dernières années
des bilans positifs notamment dans les domaines émergents
des céramiques, revêtements et métaux spéciaux,
aluminium aéronautique, etc. Il s'agit on le voit de
secteurs stratégiques, notamment pour les industries
de pointe et de défense, où l'Etat se doit d'investir
et protéger ses approvisionnements. Or sous la double
pression de l'idéologie libérale et de l'incapacité
abyssale des nouveaux dirigeants, semblant tout ignorer de la
culture industrielle, tout le potentiel de production et de
recherche du groupe, suite à sa libéralisation,
a été sabordé. Il ne restait plus qu'à
se faire récupérer par Alcan et les fonds de pensions
qui sont derrière.
Alcan multiplie
les protestations selon lesquelles l'essentiel des activités
françaises seront sauvegardées. Il n'y a aucune
raison de supposer qu'il en sera ainsi car ce qui compte pour
les financiers américians, c'est se débarrasser
de ce qui peut être revendu avec profit, quitte à
déshabiller complètement l'entreprise. Ce qui
a une valeur stratégique, par contre, on le récupère
progressivement chez soi.
Le même
sort menace d'autres secteurs industriels. Le plus connu, dont
le sort n'est en rien réglé, est Alsthom.
Derrière
les financiers internationaux se trouvent aussi, on le sait
moins, les industries de défense américaine, qui
multiplient leurs efforts pour prendre sous leur contrôle
ce qui pourrait un jour permettre à l'Europe de se doter
d'une industrie militaire et spatiale crédible. (Voir
sur ce point l'article du Monde en date du 16 décembre,
p. 22.). Nous en avons donné un exemple ci-dessous concernant
les chantiers navals allemands. Mais en Allemagne, il semble
qu'une opinion publique existe encore qui ne voit pas cela d'un
très bon oeil. 19/12/03
Décembre
2003 .
Echec du Sommet mondial sur la société de l'information
Voici
une nouvelle démission de l'Europe face au problème
des pays exclus, dont on n'a pas assez parlé. Voir notre
article : Echec du SMSI : une nouvelle
démission de l'Europe face au problème des pays exclus
Novembre-Décembre
2003. Le C&C, une nouvelle opportunité pour l'Europe
Face à l'échec de Kyoto, l'Europe aurait avec
le projet de protocole C&C, l'occasion de conserver son
rôle de leader dans la lutte contre les gaz à effet
de serre. Mais la saisira-t-elle. Voir notre article : L'après-Kyoto
et l'Europe
Novembre
2003. Le retard des neurosciences en France
L'Académie française des Sciences vient de publier
un rapport sur les Neurosciences et les maladies du système
nerveux. Elle y dénonce le fait que "les laboratoires
et les organismes de recherche de notre pays ont pris à
cet égard un retard considérable qui impose une
véritable mutation aussi bien universitaire qu'institutionnelle
aux fins de décloisonnement disciplinaire et d'un rapprochement
de la recherche et de la clinique avec un soutien accru pour
que tous les scientifiques français retrouvent la place
d'excellence qui fut un jour la leur au plan international".
Inutile de rappeler que les Etats-Unis multiplient actuellement
les travaux en neurosciences, visant une myriade d'applications
civiles et militaires, en liaison souvent avec les recherches
sur les automates conscients dits "cognitive systems".
Lire: http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/rapports_html/RST16.htm
Automne
2003. Grande nouvelle:
la Garantie Mutuelle des Fonctionnaires (GMF, France) rachète
un chantier naval américain constructeur de sous-marins
diesel-électriques de nouvelle génération
Simple plaisanterie,
évidemment. C'est pourtant ce qui se passe dans l'autre
sens, quand le Pentagone, fonds de pensions américains
interposés, vient faire son marché chez les industriels
européens innovants. Nous avions déjà signalé
le rachat par le fonds de pensions américain Kohlberg
Kravis Roberts and Co (KKR) de Motoren und Turbinen Aero Engines
(MTU), 3e motoriste européen, un des piliers du programme
européen Eurofighter et fournisseur de la Bundeswehr.
Ni les autorités allemandes ni les partenaires d' Eurofighter
n'avaient trouvé à y redire.
Or
l'histoire a un parallèle dont on a peu parlé,
intéressant un autre industriel allemand, Howaldtswerke
Deutsche Werft (HDW, Kiel). Ce chantier a mis au point un procédé
dit AIP (Air Independant Propulsion) permettant aux sous marins
diesel-électriques, encore les plus répandus,
de recharger leurs batteries en plongée (Cf. Science
et Vie, n° 1034, p.82). Ceci les rendra, dans les conditions
favorables, dangereux pour les sous-marins nucléaires.
Le procédé intéresse plusieurs pays, les
Etats-Unis, la Chine et divers Etats européens, dont
la France (via la Direction des constructions navales). Mais
sans doute HDW a-t-il eu besoin de fonds qu'il ne trouvait pas
en Europe. One Equity Partners (OEP), fonds d'investissement
américain, est venu à son secours, dans une opération
qui ressemble beaucoup à une prise de contrôle
(Voir http://www.hdw.de/en/presse/index.hdw?c1=cpr02a&m1=mpr800&pid=110&udatum=2003).
Il est probable que derrière OEP se trouve le chantier
américain Northrop Grumman, constructeur du sous-marin
nucléaire Virginia, qui voudrait bien diversifier son
offre, notamment vers les pays asiatiques. Il serait alors étonnant
que le Pentagone ne suive pas de très près tout
ceci. Quant à l'Europe de la défense, elle passera
son chemin, une nouvelle fois. 10/01/04
- HDW http://www.hdw.de/en/index.hdw?c1=start&m1=start
- One Equity Partners http://lksearch.biz/one-equity-partners.htm
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