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Europe as a scientific and technological power
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Événements et ressources documentaires

7mai 2004. Structure de la recherche scientifique pubilque

Dans un rapport consacré à la recherche, publié le 7 mai (rapport approuvé le 6 avril, dirigé par Jean-François Bach, président de la commission Structure de la recherche et du Comité Science et société), l'Académie des Sciences demande solennellement "un effort central d'une ampleur considérable" afin de parvenir à l'objectif fixé de 3% du PIB en 2010 et de financer des "mesures attractives en faveur des meilleurs chercheurs"...
Dans une partie consacrée à "La question de l'Europe", le rapport souligne que "force est de reconnaître que la situation actuelle de la collaboration scientifique européenne est loin d'être satisfaisante (...) Aux éléments positifs, il convient malheureusement d'opposer le poids d'une bureaucratie envahissante et pointilleuse, une évaluation insuffisamment compétente voire partisane, une orientation beaucoup trop marquée vers la recherche finalisée et industrielle et une absence d'ambition par rapport à la compétition internationale, notamment américaine (...). La situation de la France est particulièrement critique car les chercheurs français connaissent mal le fonctionnement de la Commission, ne savent souvent pas présenter leurs projets de façon compétitive, et ne participent pas suffisamment aux instances d'évaluations soit en tant qu'experts de haut niveau, soit par leur présence dans les cercles d'influence".

Sur cette question européenne, le rapport appelle notamment à la "création d'un Conseil européen de la recherche auquel un budget important serait confié, financé sur une ligne additionnelle du budget européen de la recherche. Comme l'Europe ne peut pas, dans l'état actuel de sa réglementation, financer des projets de longue durée, ceux-ci pourraient être pris en charge par cet organe."

Télécharger le rapport (format pdf, 24 pages)


6 Avril 2004. Un emprunt de 150 milliards d'euros pour dynamiser la R&D européenne ? Une idée du sénateur Laffitte qui fait son chemin

Lancer un grand emprunt de 150 milliards d'euros auprès de la banque européenne d'investissement pour donner un nouvel élan à la recherche européenne : cette idée formulée depuis 2003 par Pierre Laffite (sénateur des Alpes-Maritimes) commence à faire son chemin, puisque désormais connue d'un grand nombre de décideurs politiques et économiques à travers l'Europe.
Pour pousser plus avant dans ce projet, Pierre Laffitte s'efforce maintenant de définir les priorités de recherche et d'innovation qui pourraient bénéficier de cet emprunt. Pour cela, il compte mener ce travail directement avec les responsables de laboratoires de recherche et les industriels en organisant des colloques, filière par filière. Le premier, dédié à la filière électronique est d'ores et déjà prévu le 25 juin 2004 à Sophia-Antipolis (France). Deux autres doivent rapidement suivre : l'un à Varsovie (Pologne), dédié à la filière énergétique, et l'autre à Malmö (Suède) sur le thème des technologies de l'information civiles et militaires, avec un volet important consacré à la sécurité.


5 Avril 2004. Le budget européen en question

Le nouveau gouvernement Raffarin, par la voix du ministre des finances Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer à Dublin, le 3 avril, qu'il s'opposerait à la hausse du budget de l'Union européenne proposé par le président Romano Prodi. Il rejoint en cela 5 autres Etats, dont l'Allemagne et la Grande-Bretagne. L'objectif était, d'ici 2013, de hisser ce budget jusqu'au plafond de 1,15% du PIB européen prévu par les traités. Il est actuellement de 1%. Ceci pourrait paraître une mauvaise nouvelle pour les partisans du renforcement des actions communautaires, notamment dans le domaine des investissements d'infrastructure et de recherche. Mais il faut bien voir que le budget actuel finance pour 46% la politique agricole commune et pour 32% les politiques régionales. Le moins que l'on puisse dire est que ces dépenses n'aident en rien ni les investissements d'infrastructure et de recherche (7%) ni d'autres actions tout aussi prioritaires: action extérieure (9%), justice et sécurité (1%). De plus, il apparaît que les dépenses effectives restent de quelques % en dessous du plafond autorisé, pour diverses raisons tenant à la lourdeur administrative.

La volonté des 6 grands contributeurs, dont la France, de bloquer la hausse du budget européen va-t-elle provoquer une crise salutaire, c'est-à-dire la remise à plat complète des priorités budgétaires pour l'Europe? Si cela était le cas, il s'agirait d'une très bonne chose. On pourrait considérablement diminuer les crédits de la PAC, sensiblement ceux des fonds structurels, et considérablement renforcer ceux destinés à la recherche, à l'action extérieure et la sécurité. Le visage de l'Europe en serait changé, dans le bon sens, puisqu'ainsi seraient dopées les actions véritablement urgentes et porteuses d'avenir.

Mais il n'en sera sans doute rien. La France refusera de toucher à la PAC, aucun Etat ne voudra modifier les taux d'aides structurelles et personne ne s'intéressera à la recherche et aux infrastructures. Il s'agit d'un très grave problème, qui devrait être porté beaucoup plus qu'il ne l'est devant les opinions. Les chercheurs européens, curieusement, sont muets sur ces questions, qui les intéressent pourtant au premier chef.


4 avril 2004. La revue scientifique espagnole Tendencias cientificas relaie notre Manifeste

La revue scientifique espagnole Tendencias cientificas relaie notre Manifeste et s'associe à notre mouvement. Cette revue sur Internet est très lue en Espagne. Son appui est précieux. Il peut s'agir d'un premier pas important pour l'élargissement de notre action à d'autres pays européens. http://www.tendencias21.net/index.php3?action=page&id_art=75099


10 mars 2004 Le Japon investit massivement dans la recherche/développement

Selon une communication de Michel Israël, conseiller scientifique à l'Ambassade de France au Japon, en date de ce jour: " Les autorités japonaises sont engagées, en partenariat avec le secteur privé, dans une course de longue haleine pour faire de l'Archipel une grande puissance de recherche et développement".
L'accent est mis sur les nanotechnologies, les sciences de la vie et de l'environnement et les technologies de l'information.
Le premier plan-cadre (1995-2000) prévoyait des crédits de 17.000 milliards de yens (environ 148 milliards d'euros) pour la recherche publique, deux fois supérieurs à leur niveau de 1992. Le deuxième plan quinquennal, inauguré en 2001, y consacre 24.000 milliards de yens (209 milliards d'euro) et l'objectif avoué du Japon est de porter les investissements publics et privés à 3,4% de son produit intérieur brut (PIB) en valeur à l'horizon de 2006.
L'an dernier, les sommes engagées ont atteint le seuil de 3,18% du PIB (le PIB du Japon était de 3.835 milliards d'euros), contre 2,12% en France et 2,79% aux Etats-Unis.
Les chercheurs japonais n'ont pas de raison d'être inquiets sur leur avenir parce que l'engagement de l'Etat est très marqué dans le domaine de la recherche. Non seulement, les budgets sont élevés mais, en plus, ils sont en augmentation. Par conséquent, pas de fuite des cerveaux du pays du Soleil Levant à attendre.
Qui plus est, le dynamisme des entreprises japonaises, autant dans les travaux appliqués que dans la recherche fondamentale, n'a pas d'équivalent. Leur contribution approche aujourd'hui 80% de l'effort d'ensemble, quand elle n'est que de 54% en France et 66% en Allemagne et aux Etats-Unis.
Enfin un important programme de modernisation et de renforcement des universités est en cours."


2 mars 2004 Succès du lancement de la sonde Rosetta

Nous ne voudrions pas être les derniers à saluer le succès, ce matin 2 mars à 10h30 de l'injection sur son orbite définitive de la sonde Rosetta. Celle-ci, lancée par une Ariane 5 "générique" pour le compte de l'Agence spatiale européenne (ESA), entreprend son long voyage de dix ans vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Outre son intérêt scientifique, ce lancement confirme l'"excellence" de l'Europe, selon les termes de la ministre de la recherche, dès lors (c'est nous qui ajoutons) qu'elle dispose d'objectifs ambitieux et des moyens en conséquence.

Pour Arianespace, il s'agissait aussi d'un rendez-vous important, dans la concurrence sauvage qui oppose aujourd'hui les lanceurs. La prochaine échéance sera le lancement d'une Ariane super-lourde, dans les prochains mois.

Lire: Communiqué de l'ESA http://www.esa.int/export/esaCP/SEML2J2PGQD_France_0.html


29 février 2004. Les grands équipements en Europe

Sur le site de France-Culture consacré à un forum (très bien conduit) concernant l'avenir de la recherche scientifique en France, on trouve ce message très significatif: "Une politique européenne des Très Grands Equipements, nous la réclamons vigoureusement dans notre installation ! L'unique source nationale de neutrons, Orphée/LLB, à Saclay, est gérée conjointement par le CNRS et le CEA, et à la disposition de tous les scientifiques français et européens. A la suite des gels de crédits de 2003, le CNRS s'est désengagé, et faute d'entente entre les 2 organismes, nous risquons la fermeture fin 2005. Or une telle décision ne devrait être prise qu'au niveau national au moins, et dans une perspective européenne. Nos collègues étrangers sont stupéfaits de ce choix de la France de fermer un réacteur récent, qui est parmi les meilleurs mondiaux dans sa catégorie, à un moment où tous les pays industrialisés investissent largement dans cette technique (Allemagne, GB, USA, Japon), montrant à l'évidence une appréciation très différente de ces pays sur le devenir de la diffusion neutronique."

- Le réacteur Orphée au Laboratoire Léon Brillouin: http://www-llb.cea.fr/


23 février 2004. La France puissance industrielle (rapport de la Délégation française à l'aménagement du territoire)

La lutte contre la désindustrialisation ou, si l'on préfère, le renforcement de la puissance industrielle, redevient un thème politique en Europe, au moins en France et en Allemagne. Le Président de la République consulte, la Délégation à l'aménagement du territoire conseille. On trouve sur son site web l'intégrale d'un rapport remis sous le titre "La France, puissance industrielle. Une nouvelle politique industrielle par les territoires. Réseaux d'entreprises, vallées technologiques, pôles de compétitivité ".

Qu'en penser ? C'est très bien de rappeler l'importance de l'industrie. Le temps n'est pas très loin en effet où les gourous prétendaient que la prospérité reposait exclusivement sur les services financiers. C'est très bien aussi de rappeler que la France ne se désindustrialise pas à proprement parler (encore que récemment, des fermetures importantes, non prises en compte par la Datar, ont été enregistrées). Mais il y a industries et industries. On ne peut que se féliciter de voir exister en France de puissants pôles dans l'industrie alimentaire. Mais on ne peut que s'indigner de voir l'abandon sans réagir de secteurs stratégiques essentiels. La prise de contrôle d'Alcan sur Péchiney sera lourde de conséquences, craignent à juste titre les syndicats, en matière de délocalisation et pertes de compétences concernant des activités de recherches et de production fondamentale, tant pour la défense que pour les industries civiles de pointe (l'Aérospatial notamment). De même la prise de contrôle des fonds de pensions américains sur les industries travaillant notamment pour la défense place notre pays sous la dépendance directe de nos compétiteurs d'outre-atlantique.

Quant aux solutions proposées, elles sont certes tout à fait estimables. En voici le résumé qu'en fait la Datar : "Identifier et mettre en valeur les pôles de compétitivité, encourager les réseaux d'entreprises, investir dans les ressources humaines, mieux assurer l'articulation industrie-recherche, favoriser la création et le développement des entreprises innovantes au sein des pôles de compétitivité, accompagner par des infrastructures de communication le développement des pôles de compétitivité, inscrire cette stratégie dans le cadre européen, établir un partenariat fort avec les régions".

Nous pensons cependant que la logomachie actuelle visant à mettre en relief le rôle des régions, des réseaux d'entreprises, des plates-formes recherche-industrie, bien que très fondée, dissimule un besoin essentiel que ni la Datar ni personne dans l'Etat n'évoque actuellement : celui de grands programmes publics de recherche développement dotés de moyens budgétaires nouveaux très importants, à l'image de ce que font les Etats-Unis, tant dans les domaines civils que militaires. Sans de tels programmes, menés au niveau européen, les initiatives locales risquent de ne pas atteindre le seuil d'efficacité minimum. C'est bien d'encourager la verrerie d'une région à exporter des vases décorés, mais ce serait mieux d'amener nos pôles de R/D et d'enseignement à s'investir dans un grand programme spatial européen.

- Consulter le rapport :
http://www.datar.gouv.fr/Datar_Site/DATAR_Actu.nsf/Frame/Actus?opendocument&ID=CLAP-5WBDG6&


18 février 2004 Le "sommet de Berlin" et la recherche en Europe

Durant le " sommet de Berlin " tenu le 18 février 2004 entre les chefs d'Etat Schroeder, Blair et Chirac, ceux-ci ont confirmé la nécessité de faire de la recherche scientifique européenne une des clefs de la croissance et de la prospérité. Très bien. C'est bon d'entendre dire à ce niveau ce que l'on s'échine à répéter tous les jours. Mais on ne doit pas oublier que cet objectif avait été annoncé précédemment par les deux Communications de la Commission, approuvées par tous les Etats-Membres, "Investir dans la recherche : un plan d'action pour l'Europe" du 30 avril 2003, suivant la communication "Plus de recherche pour l'Europe. Vers 3% du PIB" adopté en 2002. (voir http://europa.eu.int/eur-lex/en/com/cnc/2003/com2003_0226en02.pdf) Et que s'en est-il suivi ? La décision conjointe allemande et française de limiter le budget européen à 1% de ce même PIB. En Europe, on se croit face à un théâtre d'ombres : les gouvernements discourent et rien ne se passe. C'est le contraire aux Etats-Unis. Quand le gouvernement fédéral décide, tout le monde exécute, du moins quand la souveraineté nationale est en cause.
(Sur le budget européen de la recherche, voir ci-dessous et notre article La recherche communautaire européenne
).


10 février 2004. Propositions pour le budget européen de la recherche

La commission européenne a présenté le 10 février 2004 ses propositions budgétaires pour l’Europe élargie, sur la période 2007-2013. L’objectif est d’augmenter d’un tiers le budget communautaire, qui passerait de 115 mds d’euros en 2006 à 153 mds en 2013 (soit de 1,11% du PIB européen à 1,25 % qui correspond au plafond fixé par les traités).
Rien ne garantit que les Etats suivent la Commission dans ces propositions, compte tenu de l’aversion systématique des budgétaires nationaux à toute idée d’augmenter les ressources européennes. Néanmoins il est intéressant de noter la part du budget que la Commission propose de consacrer à la recherche scientifique, jugée prioritaire tant par Romano Prodi que par Philippe Busquin. Il devrait tripler, passant de 7,7 mds d’euros en 2006 à 24 mds en 2003, soit 15% du budget total. Mais cette somme correspondra à des investissements très variés destinés à doper la croissance : éducation, transports, communications et recherche proprement dite. Ce montant doit être comparé aux 57 mds d’euros de la politique agricole commune en 2013 (en légère réduction) et aux 50 mds d’euros en 2013 (en forte hausse) consacrés à la politique de solidarité régionale, dont les nouveaux entrants seront les plus importants bénéficiaires.

Nous avons nous-mêmes calculé grossièrement que si l’Europe voulait rattraper son retard face aux Etats-Unis dans le seul domaine de la recherche scientifique, elle devrait consacrer à cette activité environ 100 mds d’euros par an de plus dès les prochaines années. Nous avions inclus dans cette somme la hausse des budgets des agences européennes de recherche, notamment l’Agence spatiale européenne et l’Agence européenne des armements. Les prévisions de la Commission sont loin du compte. Pour arriver aux 100 mds de notre estimation, il faudrait que l’Europe accepte un vériable changement culturel, dans la perspective d’une quasi-guerre pour la survie qui est malheureusement la sienne aujourd’hui.
Observons que la solidarité régionale pourrait aussi bien s’exprimer par de grands programmes d’équipements scientifiques et de recherche dans lesquels les nouveaux entrants joueraient un rôle à part entière. Cela serait préférable au financement d’opérations immobilières et d’aménagement parfois détournées par des intérêts maffieux....


25 janvier 2004. Le programme WebFountain d'IBM

Le web mondial se compose de milliards de textes de toutes formes, toutes origines et tous contenus. Depuis longtemps, les chercheurs s'efforcent de donner à ceux qui souhaitent retrouver une information des outils efficaces pour ce faire. Mais la tâche semblait impossible. Les meilleurs outils connus, c'est-à-dire les moteurs de recherche, se bornent à orienter la requête vers une petite sélection de documents contenant les mots objets de la recherche tels que précisés par le demandeur. Le moteur peut analyser, pour chaque requête, des millions de documents en quelques secondes. Mais il n'en restitue que quelques dizaines. C'est souvent déjà trop pour celui qui a posé la question, notamment parce que le moteur ne sait pas faire la différence entre les mots pertinents et ceux qui ne le sont pas. Si vous vous intéressez à hot-dog, vous ne vous intéressez ni à hot ni a dog. Les opérateurs booléens facilitent la sélection, mais le résultat reste très approximatif.

Aujourd'hui, IBM propose une solution permettant à des ordinateurs d'entrer dans le contenu des informations en ligne et de restituer avec, paraît-il, une grande sûreté, tous les documents susceptibles de concerner une recherche donnée : analystes économiques et financiers, observateurs politiques, vendeurs de données et, bien évidemment ; encore que cela ne soit pas dit, services de renseignement et de police. Les services seront vendus (voir ci-dessous), ce qui veut dire que seules les entreprises ou les administrations riches pourront en bénéficier.

Avec IBM, les solutions ne sont jamais simples ni réparties. La firme a mis en place un énorme complexe de processeurs, routeurs, disques et logiciels, occupant la superficie d'un demi-terrain de football. Le système est appelé WebFountain. Il sera mis en service en coopération avec l'entreprise Factiva de New-York, dont le métier est de vendre des informations économiques. Le projet emploie 120 personnes et coûte plus de100 millions de dollars. Il est localisé à l'IBM Almaden Research Center de San Jose. On peut se poser la question de savoir si des réseaux d'analyse plus légers fonctionnant en Grid sur le mode des systèmes multi-agents adaptatifs pourraient rendre les mêmes services. Mais se poser la question n'est pas y apporter une réponse opérationnelle.

Comment les documents sont-ils analysés ? Ceux-ci n'étant dans leur écrasante majorité pas composés de données préalablement structurées, telles que résultant de l'emploi de XML, le système doit convertir tout ce qu'il reçoit en un format qui permette leur analyse automatique. Pour cela des programmes dits "spider" ou "crawler" parcourent le web et archivent les pages qu'ils rencontrent dans des bases de données, qui occupent 160 terabits d'espace disque. Le web tout entier est parcouru en 1 semaine, mais les échanges plus épisodiques, tels que ceux hébergés sur des blogs ou produits dans des Chats, le sont quotidiennement. Les données sont ensuite transférées dans le cluster des processeurs centraux de WebFountain où ils sont soumis à l'analyse de 40 programmes appelés "annotators". Chacun des annotateurs recherche dans le document analysé les mots ou phrases qu'il peut reconnaître, qu'il identifie en cas de succès par un tag XML. Les annotateurs sont spécialisés par type de recherche.

Les documents une fois labellisés (ce qui peut multiplier leur longueur par 10) sont stockées dans des bases de données où ils sont soumis automatiquement à des procédures de data mining ou fouille de données, en fonction des informations recherchées. Certains annotateurs sont suffisamment complexes pour inférer le sens ou la signification des documents qu'ils analysent, si bien que ces derniers sont mémorisés dans des bases de connaissances (Knowledge bases) lesquelles peuvent ou non être mises à la disposition du public ou des clients payants. D'autres restent la propriété d'IBM et de ses partenaires privilégiés - par exemple ceux qui concernent la pétrochimie ou l'industrie pharmaceutique. Bien d'autres procédures utilisant l'intelligence artificielle permettent de faire la chasse aux ambiguïtés, rechercher les liens qu'un document ou un site entretient avec les autres et plus généralement fournir à la demande des diagnostics fins. On comprendra mieux le processus d'ensemble en grossissant l'image ci-dessus (source IEEE).

Le matériel informatique constituant le cœur de WebFountain voit sa puissance augmentée tous les 9 mois. Les promoteurs du système veulent en effet faire face à l'augmentation de la demande venant des grandes entreprises, cherchant à analyser leur image, connaître les activités et produits de la concurrence, réaliser rapidement des études de marché. Le service sera fourni par abonnement, dans un premier temps par Factiva, pour un coût variant entre 150 000 et 300 000 dollars par an. Tout ceci laisse espérer que WebFountain deviendra très rapidement incontournable dans le monde économique et, plus généralement, permettra à ses heureux utilisateurs de trouver dans l'univers du web l'intelligence que celui-ci, laissé à lui-même, ne peut fournir.

Le lecteur concluera de lui-même cette courte présentation. Les entreprises bénéficiant des services de WebFountain prendront sur les autres des avances qui risquent d'être définitives. Cela ne pourra que favoriser les firmes déjà riches et dominantes. Mais il faudrait être bien naïf pour penser qu'un tel système fonctionnera en toute transparence. La guerre économique étant ce qu'elle est, les entreprises américaines seront certainement "mieux servies" que leurs concurrentes du reste du monde. Quant aux usages qui seront faits du système en vue du renseignement (sous prétexte de lutte contre le terrorisme), il n'est pas nécessaire de faire un dessin. Il faut bien se persuader que tout document, y compris celui-ci qui vient d'être écrit, entrera dans le système, sera analysé, classé, utilisé et possiblement détourné sans évidemment que les auteurs n'en sachent rien.

Comme toujours, les optimistes diront que rien dans la démarche d'IBM et de ses soutiens n'est nouveau, que le web sera de plus en plus touffu et in-analysable, que les firmes européennes, de toutes façons, doivent s'en méfier. C'est possible, mais ce qui nous apparaît, peut-être à tort, c'est l'importance et la concentration des moyens rassemblés par le projet WebFountain. Nous ne connaissons pas les technologies déjà mises en oeuvre par les Etats-Unis dans le cadre de la guerre économique et la lutte contre le terrorisme, mais ce projet, de toutes façons, leur apportera un plus qu'il ne faut pas négliger.

Pour en savoir plus
Lire l'article de IEEE dont nous nous sommes inspirés pour rédiger cette note : http://www.spectrum.ieee.org/WEBONLY/publicfeature/jan04/0104comp1.html
Factiva : http://www.factiva.com/


14 janvier 2004. Confirmation du programme spatial américain visant la Lune et Mars

Comme prévu, le Président Bush a présenté, du siège de la Nasa, le 14 janvier 2004, le nouveau programme spatial qu'il propose à la nation. Celui-ci comporte deux grandes phases : une réoccupation plus ou moins permanente de la Lune à partir de 2015, précédée de l'envoi de missions robotiques d'ici 2008 - l'envoi d'une mission habitée sur Mars une dizaine d'années après, elle-aussi précédée d'explorations robotisées dont le succès récent de Spirit ne constitue qu'un modeste précurseur.
A cette fin, dans l'immédiat, la Nasa devra développer un vaisseau sur le modèle de l'ex-capsule Apollo (Crew Exploration Vehicle) . Elle aura plusieurs usages : servir de capsule de sauvetage, envoyer des hommes dans l'espace proche, permettre l'exploration de l'espace profond. Les navettes seraient retirées du service d'ici 2010, et la Station Spatiale Internationale verrait son rôle réduit.
Ce programme devrait coûter sur 5 ans $12 mds, dont 11 mds proviendraient d'économies réalisées par la Nasa sur ses programmes actuels, ou permis par une amélioration de la gestion de l'Agence. Le coût total d'un programme Mars est évalué, très approximativement, à $60 mds, qui répartis sur 30 ans, entreraient sans difficultés dans le budget de la Nasa, qui est actuellement de $15,5 mds, augmenté de $1 md dans les 5 prochaines années.
Une Commission sera créée, présidée par l'ancien secrétaire à l'Air Pete Aldrich, pour établir un rapport précisant la mise en œuvre de cette nouvelle "vision".

Voir Communiqué de la Nasa http://www.nasa.gov/missions/solarsystem/bush_vision.html et tableau budgétaire http://www.nasa.gov/pdf/54873main_budget_chart_14jan04.pdf

Voici rapidement quelques commentaires :

- Beaucoup d'observateurs européens doutent de la sincérité de l'annonce, présidentielle, qui serait motivée uniquement par les échéances électorales : George W. Bush s'insèrerait ainsi, pour l'opinion, dans la lignée glorieuse de John Kennedy, ouvrirait des perspectives technologiques qui ne peuvent que plaire à l'industrie et finalement, ferait oublier les difficultés de la " démocratisation " de l'Irak. Mais il ne s'agirait que de promesses qui seront vite oubliées. Ils en concluent qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, le rapport de force entre la suprématie technologique et scientifique américaine et le reste du monde n'en sera pas modifié. Ces observateurs avisés oublient une chose, c'est que le projet Mars, comme beaucoup d'autres grands programmes américains, a été délibérément conçu par des stratèges qui voient loin et font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir et renforcer cette suprématie technologique et scientifique, dans tous les domaines. Le projet Mars sera pour ce faire une excellente locomotive. Au plan purement spatial, l'opération, telle qu'elle est identifiée dans le jargon politique américaine est sans ambiguïté : Renewed U.S. space dominance. Il s'agit donc bien de domination. Elle montre clairement au monde que la voie du spatial, maintenant et pour tout le siècle, sinon plus tard, sera explorée par les américains qui se seront unilatéralement attribué le titre d'ambassadeurs de l'humanité toute entière.

- D'autres observateurs, ou les mêmes, font observer que si, éventuellement, il s'agissait de renforcer la suprématie américaine, ce serait en vue d'une future confrontation USA-Chine, et non dans l'objectif de rabaisser l'Europe. Peut-être, mais tout le monde sait que ce que les Etats-Unis supporteraient le plus mal en ce moment, serait de voir l'industrie aéro-spatiale européenne, qui les agace profondément, renforcée par un projet Mars européen. Il doivent donc occuper le terrain martien, si l'on peut dire.

- Plus prosaïquement, le projet Mars ne sera possible que si la Nasa réforme profondément ses méthodes industrielles et de gestion. Il s'agit d'un objectif essentiel qui serait difficilement envisageable si l'administration ne mettait pas une forte pression sur l'Agence.

- Dans le cadre de cette réforme, l'abandon ou la mise en sommeil des ruineux programmes hérités de la décennie dernière, navettes et l'ISS (coût estimé 100 mds de dollars), pourrait se faire sans choc dans l'opinion, un programme plus grandiose prenant le relais. Tant pis pour les japonais et européens qui avaient investi dans la réalisation de modules scientifiques devant s'intégrer à l'ISS. Ils pourront toujours faire appel aux Soyouz (rires).

- Cependant, dans la perspective d'une action politique visant à soutenir l'indépendance de l'Europe en renforçant ses ambitions technologiques et scientifiques, l'annonce de George W. Bush peut avoir du bon. Un programme Mars européen indépendant de celui des Etats-Unis apparaîtra de plus en plus justifié. Les budgets réévalués par la Nasa deviennent abordables pour l'Esa, d'autant plus que celle-ci est réputée bénéficier d'une gestion bien plus rigoureuse. Par ailleurs, les acquits de nos industries européennes de l'aéronautique et de l'espace, comme ceux d'autres industries (nucléaire par exemple pour la fourniture de moteurs atomiques destinés aux fusées, ou robotique pour la réalisations de robots autonomes), sans avoir l'importance de ceux immédiatement disponibles pour la Nasa, sont loin d'être négligeables. Enfin, l'effet d'entraînement d'un tel programme Mars européen sur l'ensemble des sciences et technologies concernées serait considérable, à une époque où la croissance européenne se languit.

Il est bien évident que plusieurs projets Mars, d'ici 2030, pourraient et devraient coopérer, tant du moins que ce serait utile à l'efficacité d'ensemble. Mais pour coopérer utilement, il faut que les partenaires/concurrents soient sur un pied d'égalité. C'est en général ce qui se fait dans le domaine des grands observatoires astronomiques terrestres. Les enjeux il est vrai y sont surtout scientifiques. Dans l'espace, comme dans bien d'autres domaines scientifico-technologiques, il faut d'abord s'y installer, et coopérer ensuite, le cas échéant.

Pour en savoir plus
- Le projet Aurora de l'ESA : http://www.esa.int/export/esaMI/Aurora/
Voir aussi More about Aurora :http://www.esa.int/export/SPECIALS/Aurora/SEMZOS39ZAD_0.html
- On consultera également le site très intéressant de nos amis de la National Space Society France, qui est très riche en données sur les programmes et outils spatiaux européens : www.nssfrance.fr.st
- Voir aussi notre article
"Doper l'ESA. L'Europe doit aller sur Mars indépendamment des Etats-Unis"


13 janvier 2004. Le budget de recherche de l'Union européenne

La commission veut doubler le budget de l'Union européenne consacré à la recherche. Elle demandera fin janvier 2004 aux Etats-Membres (EM) de faire passer ce budget de 3 mds d'euros à plus de 10 mds d'euros d'ici 2010. Ceci représenterait 10% de la recherche publique en Europe. Mais beaucoup de conditions pèsent sur cette perspective, notamment l'accord des EM relativement au budget global de l'Europe élargie à cette date: 1,24% du PIB en 2011 (ce qui donnerait en matière de recherche environ 13 mds d'euros), ou seulement 1% du PIB (soit 9 mds d'euros pour la recherche). Affaire à suivre donc.

Ces présentations par pourcentage du PIB (produit intérieur brut) des EM font confusion. La plupart des EM, notamment la France, ont décidé au Conseil européen de Barcelone (2000) que leurs budgets recherche devraient atteindre en 2010 3% du PIB global des Etats de l'Union, alors qu'il est actuellement à 1,9. Mais dans ces 3%, on inclut la recherche publique (1%) et la recherche privée (2%), selon des évaluations qui diffèrent selon les EM. Ainsi la France inclut dans sa recherche publique le nucléaire et l'espace (fort utiles mais qui ne suffisent pas à répondre aux exigences des autres secteurs). Par ailleurs, elle n'a que très peu de recherches privées. Son bon rang apparent (5e en 2003) est donc relativement trompeur. Il est par ailleurs difficile de la comparer à l'Allemagne ou aux pays scandinaves, pour ne pas parler des Etats-Unis ou du Japon.

De plus, comme nous venons de le dire, le budget européen de la recherche n'atteint pas 10% de ces totaux, ce qui montre son caractère relativement cosmétique. Le Commissaire Busquin a raison de dire qu'avec de tels budgets, l'Union Européenne ne peut pas assurer d'actions de grande ampleur et continues, contrairement à ce que font les Etats-Unis (voir son interview dans Le Monde du 13/01/04).

Sur la recherche communautaire en général, voir notre article La recherche communautaire européenne.


12 Janvier 2004. EADS face à la baisse continue du dollar

Si on voulait mettre EADS à genoux, on ne s'y prendrait pas autrement. Dans Le Monde du 12 janvier (p. 12), Philippe Camus, président exécutif du groupe aéronautique et spatial européen EADS, indique que la dépréciation continue du dollar est en train de menacer la rentabilité des produits fabriqués en Europe. Pourrait être ainsi compromis la commercialisation par sa filiale Airbus de l'A380. EADS a fait de grands efforts de réduction de coûts (1,5 milliards d'euros) mais la dépréciation du dollar de 30% en un an lui coûte quelques 3 milliards d'euros. EADS ne manquerait pas de parades, notamment en délocalisant certaines de ses productions dans la zone dollar.

Note au 16 janvier: Noël Forgeard, président d'Airbus, dont nul n'ignore les quelques différents qui le séparent de Philippe Camus, fait montre, pour ce qui le concerne (Le Monde du 16/01) d'un solide oprimisme concernant l'avenir d'Airbus et plus particulièrement de l'A-380, malgré la chute du dollar. Il s'est couvert des variations à court terme des taux de change euro/dollar. Mais surtout, il compte sur la compétitivité de l'outil industriel qu'est Airbus pour continuer à s'imposer - non sans efforts à poursuivre, il est vrai - face notamment à Boeing. Noël Forgeard tient un langage de véritable industriel, plus soucieux de l'outil et des hommes que des perspectives offertes par les marchés financiers ou les actrivités de service. Il n'envisage pour sa part aucune délocalisation hors d'Europe. On peut dire que malheureusement il y a peu de chefs d'entreprise en France de son gabarit.

EADS n'est pas seule à protester contre l'inertie des autorités monétaires européennes face à l'appréciation de l'euro. Ce sont les fleurons de l'industrie de la zone euro qui sont menacées. Mais la Banque Centrale Européenne explique que la baisse du dollar n'a pas que des inconvénients. Evidemment, tout ce qui achète et consomme du pétrole en profite. Mais s'agit-il des secteurs les plus porteurs pour l'Europe industrielle de demain ? Les Etats aussi sont responsables. La France et l'Allemagne n'hésitent pas à affronter la commission européenne en ne respectant pas le pacte de stabilité, mais apparemment leurs gouvernements se désintéressent des pertes et risques de disparition menaçant l'appareil industriel du Continent. Quant aux américains, si la réserve fédérale fait l'innocente, en disant qu'il faut laisser jouer les forces du marché, il est plus que probable que l'Administration et les grands du secteur industriel poussent en sous-main à la baisse du dollar, voyant qu'ils peuvent ainsi atteindre, peut-être durablement, la puissance industrielle européenne.


11 janvier 2004. Mars sera une planète américaine

Le président Bush va annoncer clairement son intention de faire du débarquement d'un américain sur Mars la nouvelle frontière que le pays doit se fixer pour les prochaines années. Il s'agit non seulement de fédérer et augmenter les moyens de recherche civils et militaires, mais de créer une vague d'enthousiasme dans le pays, analogue à celle ayant accompagné les premières missions lunaires. Les européens commencent à dire, selon certains articles, qu'il vaudra mieux jouer le rôle de second (ou troisième, ou quatrième...) sous les ordres des américains plutôt que développer un projet martien européen, ce qui serait tout à fait possible [voir notre article].

Rappelons que si l'Esa a obtenu un succès notable avec la mise en orbite de sa sonde Mars Express, l'échec du petit atterrisseur Beagle 2 a été pratiquement le seul thème évoqué par la presse. Pendant ce temps, le succès du débarquement du robot Spirit de la Nasa a retenu l'attention du monde entier. Nul ne mentionne cependant le fait que, pour cette expédition, la Nasa disposait d'au moins 12 fois les crédits de l'Esa.


9 janvier 2004. Iter (suite)

Le secrétaire d'Etat américain à l'énergie affiche hautement sa préférence pour le site Japonais. Les réactions européenne et française restent confuses, au moins à en croire les dépêches.


8 Janvier 2004. Pétition des chercheurs français

Plus de 3500 chercheurs ont mis sur le web une pétition intitulée "La recherche publique est sinistrée. Organisons-nous pour la sauver". Des patrons de laboratoires (dont Axel Kahn) ont annoncé qu'ils démissionneraient d'ici quelques semaines si leur pétition n'est pas suivie d'effet. Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/
La liste des signataires est complétée de nombreuses contributions en ligne, toutes intéressantes à lire, sous forme de forum [Voir http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=147
].
La pétition aurait recueilli plusieurs milliers de signatures.

NB:
Il existait à l'automne une autre pétition, dans les mêmes termes, qui n'a pas eu le même écho. Voir http://abi.marseille.inserm.fr/cgi-bin/appel_emploi.pl

On a beaucoup apprécié le soutien véhément de Claude Allègre sur France-Inter. Celui-ci est prêt à déménager aux Etats-Unis. Rappelons cependant que des projections sur l'état des effectifs et des crédits avaient été réalisées il y a 10 ans, notamment à l'instigation de Pierre Potier (voir http://www.automatesintelligents.com/interviews/2003/nov/potier.html). Une catastrophe avait été pronostiquée. Nul ne s'était ému, notamment pas Claude Allègre, devenu ministre de l'éducation et de la recherche, qui aurait eu l'occasion de réagir alors qu'il était aux commandes.

Cette pétition nous conduit à préciser que le Manifeste dont nous vous proposons la signature ne traite pas exactement la même question. La pétition des chercheurs concerne principalement la France, et met en exergue le retard de la recherche française, non seulement à l'égard des Etats-Unis, mais aussi des autres pays européens, notamment l'Allemagne et la Grande Bretagne. Nous nous plaçons en ce qui nous concerne au palier supérieur, si l'on peut dire: le retard que prend l'Europe tout entière (y compris ses champions) vis-à-vis des Etats-Unis. De plus nous ne traitons pas particulièrement la question des postes budgétaires et carrières de chercheurs, mais celle des moyens globaux, publics et industriels, affectés en Europe à ce que nous appelons les sciences et technologies de souveraineté. En fait, il va de soi que ces deux approches sont complémentaires, et que nous devrons lire attentivement les contributions des chercheurs publiées sur le forum du site Recherche en danger.


20 décembre 2003. Iter

La décision relative à l'implantation définitive du Réacteur thermonucléaire expérimental ITER est ajournée à fin janvier 2004, devant l'opposition entre l'Europe, la Russie et la Chine privilégiant le site de Cadarache (France) et les Etats-Unis et le Japon, soutenant le site de Rokkasho-Mura (Japon). Automates-Intelligents adresse au Président de la République un message (resté sans réponse) dont les termes s'inspirent de notre article "Pour un Iter européen".


Décembre 2003. Le sabordage de Péchiney

L'opinion publique française, pas plus que les pouvoirs publics, ne semblent plus s'émouvoir de la prise de contrôle de ses grands groupes par les capitaux d'outre-atlantique. Le temps des noyaux durs (d'ailleurs bien peu efficaces) est passé. C'est le libéralisme le plus absolu. On peut s'étonner de voir le peu d'indignation suscitée par le passage du groupe français Péchiney sous le contrôle du groupe canadien Alcan, très lié aux intérêts nord-américains. Péchiney a été depuis la fin de la 2e guerre mondiale associé à toutes les modernisations de l'industrie française. Il avait conservé jusqu'à ces dernières années des bilans positifs notamment dans les domaines émergents des céramiques, revêtements et métaux spéciaux, aluminium aéronautique, etc. Il s'agit on le voit de secteurs stratégiques, notamment pour les industries de pointe et de défense, où l'Etat se doit d'investir et protéger ses approvisionnements. Or sous la double pression de l'idéologie libérale et de l'incapacité abyssale des nouveaux dirigeants, semblant tout ignorer de la culture industrielle, tout le potentiel de production et de recherche du groupe, suite à sa libéralisation, a été sabordé. Il ne restait plus qu'à se faire récupérer par Alcan et les fonds de pensions qui sont derrière.

Alcan multiplie les protestations selon lesquelles l'essentiel des activités françaises seront sauvegardées. Il n'y a aucune raison de supposer qu'il en sera ainsi car ce qui compte pour les financiers américians, c'est se débarrasser de ce qui peut être revendu avec profit, quitte à déshabiller complètement l'entreprise. Ce qui a une valeur stratégique, par contre, on le récupère progressivement chez soi.

Le même sort menace d'autres secteurs industriels. Le plus connu, dont le sort n'est en rien réglé, est Alsthom.

Derrière les financiers internationaux se trouvent aussi, on le sait moins, les industries de défense américaine, qui multiplient leurs efforts pour prendre sous leur contrôle ce qui pourrait un jour permettre à l'Europe de se doter d'une industrie militaire et spatiale crédible. (Voir sur ce point l'article du Monde en date du 16 décembre, p. 22.). Nous en avons donné un exemple ci-dessous concernant les chantiers navals allemands. Mais en Allemagne, il semble qu'une opinion publique existe encore qui ne voit pas cela d'un très bon oeil. 19/12/03


Décembre 2003 . Echec du Sommet mondial sur la société de l'information

Voici une nouvelle démission de l'Europe face au problème des pays exclus, dont on n'a pas assez parlé. Voir notre article : Echec du SMSI : une nouvelle démission de l'Europe face au problème des pays exclus


Novembre-Décembre 2003. Le C&C, une nouvelle opportunité pour l'Europe

Face à l'échec de Kyoto, l'Europe aurait avec le projet de protocole C&C, l'occasion de conserver son rôle de leader dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Mais la saisira-t-elle. Voir notre article : L'après-Kyoto et l'Europe


Novembre 2003. Le retard des neurosciences en France

L'Académie française des Sciences vient de publier un rapport sur les Neurosciences et les maladies du système nerveux. Elle y dénonce le fait que "les laboratoires et les organismes de recherche de notre pays ont pris à cet égard un retard considérable qui impose une véritable mutation aussi bien universitaire qu'institutionnelle aux fins de décloisonnement disciplinaire et d'un rapprochement de la recherche et de la clinique avec un soutien accru pour que tous les scientifiques français retrouvent la place d'excellence qui fut un jour la leur au plan international". Inutile de rappeler que les Etats-Unis multiplient actuellement les travaux en neurosciences, visant une myriade d'applications civiles et militaires, en liaison souvent avec les recherches sur les automates conscients dits "cognitive systems".

Lire: http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/rapports_html/RST16.htm


Automne 2003. Grande nouvelle: la Garantie Mutuelle des Fonctionnaires (GMF, France) rachète un chantier naval américain constructeur de sous-marins diesel-électriques de nouvelle génération

Simple plaisanterie, évidemment. C'est pourtant ce qui se passe dans l'autre sens, quand le Pentagone, fonds de pensions américains interposés, vient faire son marché chez les industriels européens innovants. Nous avions déjà signalé le rachat par le fonds de pensions américain Kohlberg Kravis Roberts and Co (KKR) de Motoren und Turbinen Aero Engines (MTU), 3e motoriste européen, un des piliers du programme européen Eurofighter et fournisseur de la Bundeswehr. Ni les autorités allemandes ni les partenaires d' Eurofighter n'avaient trouvé à y redire.

Or l'histoire a un parallèle dont on a peu parlé, intéressant un autre industriel allemand, Howaldtswerke Deutsche Werft (HDW, Kiel). Ce chantier a mis au point un procédé dit AIP (Air Independant Propulsion) permettant aux sous marins diesel-électriques, encore les plus répandus, de recharger leurs batteries en plongée (Cf. Science et Vie, n° 1034, p.82). Ceci les rendra, dans les conditions favorables, dangereux pour les sous-marins nucléaires. Le procédé intéresse plusieurs pays, les Etats-Unis, la Chine et divers Etats européens, dont la France (via la Direction des constructions navales). Mais sans doute HDW a-t-il eu besoin de fonds qu'il ne trouvait pas en Europe. One Equity Partners (OEP), fonds d'investissement américain, est venu à son secours, dans une opération qui ressemble beaucoup à une prise de contrôle (Voir http://www.hdw.de/en/presse/index.hdw?c1=cpr02a&m1=mpr800&pid=110&udatum=2003). Il est probable que derrière OEP se trouve le chantier américain Northrop Grumman, constructeur du sous-marin nucléaire Virginia, qui voudrait bien diversifier son offre, notamment vers les pays asiatiques. Il serait alors étonnant que le Pentagone ne suive pas de très près tout ceci. Quant à l'Europe de la défense, elle passera son chemin, une nouvelle fois. 10/01/04

- HDW http://www.hdw.de/en/index.hdw?c1=start&m1=start
- One Equity Partners http://lksearch.biz/one-equity-partners.htm


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