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Internet et les territoires isolés.
Propositions pour La Réunion

réseaux et services de proximité

2 pages

 par Jean-Paul Baquiast jp.baquiast@chello.fr

29/09/00

Ces propositions ont été établies suite au séminaire NTIC organisé par la Région et la Sem Protel les 26 et 27 septembre 2000, auquel j'avais été invité. Elles résultent d'une discussion informelle entre quelques représentants de Protel et moi-même. Pour le moment, elles n'engagent que moi. Rappelons que La Réunion est un départment d'Outre-mer, situé dans l'Océan Indien, d'une superficie de 2.507 Km2 et doté de 690.000 habitants. Les technologies de l'information y sont bien représentées.   

Références:
1. Concernant les sites Internet de La Réunion, on consultera avec profit Adminet
http://www.admi.net/tow/oversea.html  D974 LA REUNION. Mais pourquoi n'existe-t-il pas encore, à ma connaissance, de portail global regroupant de façon thématique et géographique, l'ensemble des sites, avec les e-mails et autres renseignements utiles?
2. Deux exemples d'utilisation exemplaire de l'Internet:
- Le site du Rectorat  http://www.ac-reunion.fr/ et au sein de celui-ci, celui de l'école Saint Martin, associée au projet Comroots http://www.ac-reunion.fr/pedagogie1/circons/standre/webecole/DMartin/Francais/accueil.html . Il y a de nombreux autres exemples. Le Rectorat est une véritable pépinière de sites. C'est une réalisation remarquable, faisant honneur à ses promoteurs.
- Le site et les services de Ablewood http://www.ablewood.com/  qui met à disposition des architectes et constructeurs de la filière bois un outil de calcul pour structures, à la hauteur des exigences professionnelles. Le site, couplé à un Bureau d'Etudes Techniques, est accessible dans toutes les langues européennes, et dispose de clients dans le monde entier.. Il a reçu le prix des électrophées du ministère des finances

Le séminaire a mis en évidence la volonté de tous les acteurs économiques et politiques d'utiliser les possibilités de la société de l'information pour assurer un développement plus rapide de l'Ile. Pour Admiroutes, ces perspectives sont intéressantes, puisque l'on se trouve dans le cas exemplaire d'un territoire isolé, aux potentialités importantes, mais aux handicaps certains, où la bonne utilisation d'Internet peut apporter une véritable chance pour un nouveau décollage. Mais il faut, comme l'ont dit beaucoup de participants au séminaire, aborder ces perspectives avec des concepts et des méthodes renouvellés, et se renouvellant en permanence, au rythme même de l'Internet mondial. Ajoutons que, dans beaucoup de régions françaises, bien qu'elles soient moins isolées, la problématique est la même, et les solutions devraient être voisines.  

Rappel des principaux atouts et handicaps de La Réunion

- la situation géographique. C'est à la fois un atout et un handicap. Au coeur de l'Océan Indien, elle peut redevenir un interface entre l'Europe, l'Afrique, l'Inde et les pays d'Asie. Le handicap est la distance par rapport à ces pays, Afrique excepté. Il faut donc dès le début envisager d'abord d'être un interface "virtuel", grâce à Internet. Nous dirons réaliser le "hub-virtuel Réunion" .

- la population. Atout et handicap également. Il s'agit d'une population jeune, en croissance, comportant de nombreuses communautés. Mais actuellement le taux de chômage est important,  et les perspectives d'emploi nouveaux restent limitées. Les NTIC à elles-seules ne peuvent offrir les emplois nécessaires à résorber le chômage.

- les activités traditionnelles: agriculture, commerce et services, dont le tourisme, jouent un rôle non négligeable. Elles pourraient être encore optimisées, notamment grâce à Internet, mais cela ne suffira pas non plus à donner au développement de l'Ile l'ampleur nécessaire.

- les infrastructures et l'administration, qui sont aux standards métropolitians, offrent un environnement favorable à de nouvelles activités. Mais pour le moment, elles représentent un coût important, il est vrai redistribué localement pour l'essentiel. De plus, elles ne sont pas nécessairement encore adaptées aux exigences de la société de l'information.

Se méfier des solutions incantatoires

Pour remédier aux difficultés actuelles, il est tentant de se projetter dans le futur, mais avec des formules trop imprécises, et ignorant souvent les perspectives de la société de l'information. L'on tombe alors dans l'incantation, facteur ultérieur de déception. Les exemples en sont nombreux:

- la réalisation d'une technopole ou parc technologique. S'il faut accueillir convenablement d'éventuels investisseurs, ceux-ci ne viendront que s'ils ont un véritable intérêt à s'implanter et à rester sur place. Pour créer un besoin, il faut commencer par réaliser une "technopole virtuelle", entre partenaires de haute compétence répartis dans le monde entier, qui pourront ainsi préciser les opportunités pouvant les intéresser en matière de recherche-développement ou de commercialisation. Ce sera un des objectifs du hub-virtuel.Réunion.

- l'amélioration des infrastructures routières, saturées à certains endroits et à certaines heures. Ces infrastructures consomment d'énormes crédits, qui ne vont pas aux investissements technologiques. Elles ne résolvent pas pour autant les besoins de transport, auxquels il faut s'attaquer au contraire par la décentralisation des activités et la généralisation du télétravail.

- jouer le rôle d'intermédiaire entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie (cf. ci-dessus). Cela suppose de nombreux efforts non encore réalisés, et qui ne seront rentables qu'en utilisant les TIC. Ainsi l'indispensable pratique généralisée de l'anglais et des autres langues, ainsi qu'une connaissance accrue des pays concernés, ne sont pas  envisageables sans des investissements technologique importants (traduction assistée en ligne), et une exploration systématique de l'Internet (voir ci-dessous).

- augmenter la formation. La véritable formation naît de la pratique d'activités riches en valeur ajoutée. Il vaut mieux inciter les gens à s'équiper et utiliser l'Internet qu'engager des formations risquant de rester théoriques, ou conduisant les bénéficiaires à s'expatrier sans perspectives de retour.

- compter sur Internet et les TIC pour prendre - seuls et on ne sait comment - le relais des économies traditonnelles. Beaucoup de choses ont déjà été faites, selon des approches déjà classiques (parfois dépassées) de ces technologies. Mais en l'état, l'on ne peut compter sur elles (ou plutôt sur les entreprises du secteur TIC)  pour changer radicalement le rythme de développement.

Que faire?

Il s'agit de questions difficiles. Nous ne présentons ici que quelques pistes, en termes très généraux:

- mobiliser toutes les ressources de l'Ile, avec et par Internet. Il faudra en principe exclure tout objectif ou toute solution qui ne reposerait pas sur Internet, ou en contredirait la culture.

- intérioriser la culture de l'Internet: commencer tout de suite, petit, avec les moyens du bord mais croître très vite et viser l'excellence. On ajoutera : donner pour recevoir, travailler en réseau plutôt qu'en concentrant les ressources et en voulant tout faire soi-même.

- identifier et mettre en relation sur le Internet tous les acteurs actuels et potentiels de l'Ile (entreprises, universités et écoles, administrations, associations, citoyens) On constituera ainsi le hub virtuel Réunion autour d'un ou plusieurs portails, forums, etc. Ainsi se créeront de véritables communautés d'intérêts virtuels que l'on encouragera à s'étendre rapidement au reste du monde (vois ci-desous).

- identifier de grands objectifs mobilisateurs autout desquels ces acteurs pourront se regrouper. Deux principaux moteurs sont à utiliser pour cela. Le premier consiste à réaliser vraiment et rapidement, en fonction des conditions locales,  les objectifs du programme d'action gouvernemental pour la société de l'information. L'on reprendra les différents volets de ce programme, dans leurs versions les plus récentes: éducation, santé, culture, administration, économie, internet-citoyen, etc. Les administrations de l'Etat seront évidemment sollicitées pour un engagement total, mais aussi les différents autres acteurs.  Un deuxième moteur consistera à décliner les possibilités de participation de La Réunion, du fait notamment de sa position géographique et culturelle, aux grands enjeux du début de 21e siècle, pour lesquels La Réunion dispose d'atouts certains : énergies renouvelables, télémédecine, téléformation, climatologie, océanologie, volcanologie, développement durable, coopération avec les pays émergents, etc.

- bâtir autour de ces objectifs des stratégies de coopération et de développement centrées sur les réseaux entre communautés d'intérêts par domaine. Ceci veut dire (par exemple en télémédecine) faire connaître sur le web les acteurs réunionnais et leurs savoir-faire (exporter de la compétence) , identifier grâce au web le savoir-faire des meilleurs acteurs internationaux du domaine et nouer des relations avec eux (importer de la compétence) , recenser, toujours sur le web, les besoins internes et externes, proposer des coopérations aux acteurs internationaux avec qui des dialogues auront pu s'engager, lancer enfin des actions de réalisations proprement dites, en coopération avec le maximum de partenaires extérieurs, Métropole, Union européenne, pays et entreprises étrangères (ré-exporter de la compétence et peut-être aussi des produits et services). Le tout s'inscrira dans une perspective à plusieurs années, avec quantification des objectifs, évaluation des résultats, etc.

- maintenir étroitement des liens ré-entrants (grâce aux webs, aux forums, à des investissements spécifiques de communication et formations croisées), entre ces différents domaines et acteurs fonctionnels, quelles que soient leurs différences. Il s'agira de maximiser les synergie et les coopérations.

- n'investir localement en formations  lourdes et en infrastructures (télécoms, serveurs,  immobilier et voirie) qu'en fonction du développement des réalisations des acteurs (en gardant cependant une petite marge d'avance en matière de disponibilité des moyens au regard de la croissance des besoins). On veillera aussi à ce que ces investissements soient le plus décentralisés possible, en utilisant des ressources locales encore mal valorisées.

Comment le faire?

- il faut d'abord et avant tout que le pouvoir politique local ait perçu ces enjeux et s'implique totalement dans la mise en oeuvre des stratégies adéquates. Ceci semble être le cas, tant en ce qui concerne le Conseil de Région (au plus haut niveau) que les représentants de l'Etat. Comme toujours, la difficulté sera de faire face aux tenants de l'ancienne économie et de la société réunionnaise traditionnelle, qui refuseront initialement les changements imposées par l'entrée réelle dans la société mondiale de l'information et le partage des connaissances.

- il faut disposer d'un organe d'étude et de coordination statégique (du type Think tank) placé près de l'autorité politique, et capable d'être, si l'on peut dire, toujours en avance d'une idée ou d'une compétence, grâce à une large ouverture à l'international. Cet organe sera responsable de la mise en place et de l'animation du Hub-virtuel Réunion évoqué ci-dessus, ainsi que de toutes les tâches globales de prévison et d'évaluation. Il ne prendra pas en charge les responsabilités des acteurs de terrain et des communautés d'intérêt dans leurs différents domaines. Il assurera cependant la cohérence permanente et le bon fonctionnement du réseau global réunissant ces acteurs. Enfin,  bien entendu, il devra être maintenu soigneusement à l'abri des influences commerciales ou partisanes. Le rôle est difficile, et l'on ne voit guère d'exemple, dans les collectivités publiques françaises en général, d'organisme de cette nature susceptible de servir de référence.

http://www.admiroutes.asso.fr/espace/proxim/reunion.htm
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