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Rencontres européennes sur la Démocratie et les réseaux Multimédia

réseaux et services de proximité

2 pages

25, 26, 27 septembre 1997  par Jean-Paul Baquiast

Quelques questions

Les thèmes abordés lors de ces rencontres se trouvent sur le site de Vécam http://www.globenet.org/vecam

Des forums par ateliers y permettent de poursuivre les discussions, et préciser les propositions. Nous ne pouvons que recommander aux correspondants d'Admiroutes de s'y rendre et de participer aux discussions, en nous faisant part éventuellement de leurs réactions. S'il y a lieu, nous pourrons y donner écho ici, en y introduisant les préoccupations qui sont les vôtres, au sein des administrations publiques dont les missions et les contraintes limitent parfois la liberté d'initiative.

Voici quelques observations ou questions que suggèrent la participation aux débats:

Internet et les pouvoirs

Il serait naïf de croire que le développement d'Internet changera les relations entre dominants et dominés, où que ce soit. Les pouvoirs, dans les entreprises, les administrations, les Etats ou au plan international, savent ou sauront uti:liser les réseaux et l'interactivité pour s'adapter voire se renforcer. Les consultants présents à Parthenay n'ont pas d'illusions sur ce point. Beaucoup travaillent sur des commandes qui sont significatives de la volonté de mettre les réseaux au service des formes les plus traditionnelles de la hiérarchie, dans l'entreprise, la ville, les associations elles-mêmes.

Il a été rappelé ce que chacun sait: accéder à Internet, même aux Etats-Unis, ne remplace pas les belles relations, les diners en ville, les parties de golf entre managers, et autres lieux où se perpétue la dominance.

A l'inverse, il serait stupide de ne pas voir que les réseaux ouvrent à qui saura les prendre de nouveaux espaces d'information et d'initiative. Qui en bénéficiera? Les candidats à la prise de pouvoir, qui remplaceront les anciens dominants mais se comporteront comme eux le moment venu? Ou bien au contraire, ce qui serait idéal mais parait un peu utopique, de véritables collectivités plus démocratiques, mettant en règle le partage ou le don sans contre-partie immédiate?

Internet et l'initiative locale.

Il est indiscutable, comme le montre amplement l'exemple de Parthenay, ou celui des Communautés en réseau de Grande Bretagne ou d'Italie, que le plan local parait idéal pour croiser et rapprocher, grâce à Internet, les offres et les demandes d'échanges d'informations et de services. La taille humaine du territoire, la possibilité de passer immédiatement de la théorie à la pratique, le nombre limité des problèmes à résoudre, permettent à la technique de rester humaine. Les résultats sont visibles rapidement, la relation entre individus et petits groupes n'est pas estompée par l'anonymat relatif du réseau.

Il faut prendre garde cependant à deux dérives possibles. La première, et la plus dangereuse, serait l'enfermement de la collectivité sur elle-même, autour de ses leaders charismatiques. Une apparence de démocratie locale cacherait en fait ce qui constitue déjà le risque de la décentralisation: la reconstruction de féodalités locales tournant le dos au reste du monde. L'on peut facilement imaginer ce que deviendrait une minorité dans une ville dirigée par une municipalité dictatoriale utilisant à son seul profit toutes les ressources de l'Internet.

Une seconde dérive tient au caractère un peu irréaliste de réalisations en modèle réduit. Une petite ville rurale, où même un quartier urbain, ne peuvent prétendre représenter l'ensemble des grands problèmes que doit affronter une nation, voire l'humanité toute entière. Il serait tentant d'oublier les difficultés de l'action au niveau national ou mondial, en se donnant l'excuse d'une démarche locale plus ou moins réussie. La mondialisation des réseaux ne permettra à personne d'échapper à la guerre économique et culturelle qui s'y livre, et à la nécessité de s'y adapter. Il faudra alors savoir y transposer et y réutiliser l'expérience précieuse acquise au plan local.

Internet et les syndicats.

Une question présente dans les esprits, sinon les propos de beaucoup de participants aux Rencontres portait sur l'accueil que donnent les syndicats traditionnels (CGT, FO, CFDT, etc...) aux réalisations et aussi aux perspectives offertes par la communication et la participation sur Internet. Sont-ils informés de ce qui se passe, au delà des a priori chers à tous les Français? Ont-ils organisé des débats sérieux sur ces questions? Se saisissent-ils eux-mêmes de ces opportunités, et comment?

Nous nous bornerons ici à donner un écho à ces interrogations, aucune réponse claire n'y ayant été apportée lors des Rencontres.

Internet et les utopies

Les Rencontres, comme beaucoup de forums ou débats sur l'Internet ouverts aux associations, animateurs locaux et militants divers, ont donné, dans un sympathique désordre, la parole à beaucoup d'utopies et d'utopistes. Nous ne disons pas cela de façon péjorative. S'il ne fallait qu'entendre les représentants des administrations et des entreprises, qui vous expliquent l'impossibilité - en dehors d'eux - de changer le monde, la vie serait triste, et l'avenir serait pauvre.

C'est ainsi que l'on a parlé de la réduction du temps de travail, du tiers/temps profession-formation-loisirs intelligents que permettra bientôt la généralisation des réseaux, du salaire minimum garanti à tous, et de quelques autres idées paraissant utopiques aujourd'hui, mais qui peuvent devenir des réalités demain.

Nous aimerions qu'au sein d'Admiroutes, ou en se rapprochant d'Associations telles que VECAM http://www.globenet.org/vecam, nos correspondants acceptent de participer à ces débats, ou de proposer eux-mêmes des idées fussent-elles utopiques. L'Etat ne sera sans doute jamais lui-même un générateur d'utopies, mais les fonctionnaires, qui disposent encore d'une sécurité d'emploi et d'une relative indépendance d'esprit, se doivent semble-t-il d'y réfléchir.