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Collectivités locales et Internet

réseaux et services de proximité

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 par Jean-Paul Baquiast   jean-paul.baquiast@wanadoo.fr

22/05/01

Je propose cet article à la demande d'un certain nombre d'élus locaux qui ne voudraient pas, suite aux revers subis lors des dernières élections par certains de leurs collègues "branchés", voir se ralentir la marche en avant vers le travail en réseau par Internet, qui constitue la seule option possible pour les collectivités locales, que ce soit en France ou dans le reste du monde. JPB

L'on dit souvent qu'il y a trop de collectivités locales en France : trop de communes, trop de départements, trop de régions. Ce nombre excessif entraînerait une dispersion des moyens et la difficulté d'offrir aux citoyens des interlocuteurs suffisamment polyvalents.

Dans le même temps, l'ensemble des acteurs politiques demande un approfondissement de la décentralisation, c'est-à-dire le transfert de compétences exercées par l'Etat et par ses services territoriaux (services dits déconcentrés) au profit des collectivités locales. Il ne s'agit pas seulement d'une demande politique des élus locaux, mais d'une véritable réforme en profondeur des structures administratives. Plus la société devient complexe, plus il est nécessaire de traiter le plus de problèmes possibles à la base, plutôt qu'en les renvoyant au sommet. Cette décentralisation n'a évidemment de sens que si elle s'accompagne d'un transfert de moyens.

Ces deux points de vue sont-ils contradictoires ? L'expérience pratique montre que les instances politiques et administratives, quelles qu'elles soient, ne sont jamais assez près des gens. Elles ne sont donc pas trop nombreuses - si du moins elles savent s'organiser pour ne pas gaspiller les ressources publiques, et pour s'entendre entre elles quand cela est nécessaire.

Mais pour diminuer les coûts, les collectivités doivent apprendre à utiliser systématiquement les nombreuses ressources offertes aujourd'hui par les réseaux. Beaucoup de maires n'en connaissent que l'aspect le plus visible et le plus superficiel, le site web. Mais la réforme en profondeur consistant à travailler en réseau, au sein des services de la collectivité, comme avec les services déconcentrés de l'Etat et finalement, avec les citoyens, reste encore à mettre en place. Il ne faut pas croire que cet effort ne soit plus d'actualité, en regardant les expériences malheureuses récentes de deux ou trois mairies " branchées ". Le besoin reste entier.

Travailler en réseau, avec des outils aux standards de l'Internet, impose, il est vrai, d'adopter de nouvelles méthodes, sous-tendues par un nouvel esprit. On peut le voir dans les quatre principaux domaines où les citoyens interrogent les élus locaux. La collectivité locale, et en premier lieu la commune, quelle que soit sa taille, se doit plus que jamais d'être une instance politique, une instance administrative, une instance de relais pour le développement économique, une instance pour la lutte contre les inégalités.

La collectivité, instance politique.

Qu'est-ce qu'un élu ? Dans la philosophie de la démocratie représentative, qui est la nôtre en France, l'élu est choisi par le corps électoral pour défendre les intérêts de celui-ci, offrir un recours ou un conseil face aux difficultés, représenter les électeurs à l'intérieur comme à l'extérieur de la collectivité. Si l'on cherche un peu à approfondir la relation entre le citoyen et l'élu, des concepts comme celui du bon père de famille viennent assez vite à l'esprit.

Il est admis que les candidats à l'élection se regroupent par affinités ou par programmes, à l'intérieur de partis politiques. Les options entre ces partis peuvent être assez différentes. Mais l'élu doit dans une large part de son activité oublier l'esprit partisan, qui lui ferait négliger les minorités, aussi respectables que la majorité. De même, l'élu sans appartenance est aussi légitime que celui se rattachant à un parti bien défini.

Il faut rappeler ces évidences car, dans une tradition historique bien établie, encore présente de façon sous-jacente en France, l'élu tend à se comporter en chef de clan. Certains se croient autorisés à utiliser au seul bénéfice de ses partisans les moyens de la puissance publique dont il dispose. On retrouve là le modèle à proscrire du " sheriff ". Les contre-pouvoirs et moyens de contrôle dont le citoyen peut bénéficier, légalement ou de façon informelle, doivent être utilisés en permanence pour s'assurer que l'action de l'élu s'inscrit en permanence dans le cadre de son mandat.

La démocratie électronique offre dorénavant de nombreux moyens aux élus pour s'acquitter convenablement de leurs obligations. Ceci indépendamment du fait de savoir si l'élu dispose ou non du pouvoir majoritaire au sein de l'organe délibératif de la collectivité locale. Les élus se situant dans l'opposition ont moins de possibilités d'action que ceux formant la majorité, mais ils ne devraient pas s'absenter du débat et des responsabilités politiques jusqu'aux prochaines élections.

L'élu doit d'abord être près de ses électeurs, et plus généralement, de l'ensemble des citoyens de sa circonscription, même si ceux-ci ne disposent pas de moyens d'expression faciles à utiliser. Ce sont les permanences, les visites à domicile, les cérémonies diverses, les courriers aux électeurs, les réunions de discussion qu'il faut compléter par les nouvelles technologies - sans bien entendu les supprimer.

Pour cela, l'élu doit se doter d'un courrier électronique personnel et, ce qui est plus difficile, prendre le temps de répondre sur le fond et pas seulement par une formule de politesse, aux interventions qu'il reçoit. Quand l'élu dispose d'une fonction précise, qu'il soit par exemple maire, adjoint chargé de tel ou tel domaine, en charge de telle ou telle responsabilité, il devra le plus souvent possible mettre en place des solutions ouvertes à tous, sur le modèle du forum modéré où les propositions ou demandes pertinentes des citoyens seront publiées et discutées, avant de faire l'objet de délibérations en conseil ou de décisions administratives.

L'élu doit ensuite être transparent. Ce mot est de plus en plus utilisé. Il correspond à une exigence profonde des citoyens. Il ne faut pas confondre la transparence avec le fait d'être exemplaire. Un élu certes se doit d'être exemplaire, le meilleur de tous, mais il s'agit là d'un jugement de valeur que l'électeur ne peut porter que s'il peut suivre en permanence ce que fait l'élu, afin de juger en son âme et conscience s'il approuve ses actions, et si consécutivement il voterait pour lui aux prochaines élections. Pour juger, il faut connaître. Les zones d'ombre doivent donc disparaître. Même si un responsable local ne peut pas tout dire, il doit aujourd'hui s'efforcer d'utiliser les nouvelles technologies pour informer les citoyens du mieux possible, tant sur lui-même que sur son action. La même exigence s'impose aux collectivités dans leur ensemble.

Traditionnellement, les comptes-rendus d'activité ou de mandat font partie du devoir des élus, notamment à travers les séances délibératives des conseils, les réunions ou bulletins d'information, etc.. Mais ces techniques sont trop souvent utilisées à usage de panégyriques personnels ou partisans, dont la plupart des électeurs se méfient. Elles n'empêchent évidemment pas les abus de toutes sortes dont des élus indélicats peuvent se rendre capables.

Là encore, il faut compléter ces dispositions traditionnelles par des mesures objectives, permises par les technologies nouvelles. La transparence s'impose aux élus à titre individuel comme à titre collectif. A titre individuel, les élus publieront sur le site web municipal le maximum d'informations personnelles les concernant, notamment leurs revenus, éléments de patrimoine, activités professionnelles et autres. A titre collectif, la collectivité locale consacrera une grande partie de ses espaces de communication sur Internet (sites web, listes de diffusion…) à informer les citoyens de ce qu'elle compte faire ou de ce qu'elle a fait. Cette information sera en priorité fournie lorsqu'il s'agira d'activités consommatrices de ressources publiques : projets de travaux ou d'équipement, appels d'offres, passation de marchés ou de commandes, exécution de la dépense.

Le dernier des grands devoirs s'imposant aux élus aujourd'hui est d'être efficaces ou professionnels, dans l'exercice de leurs fonctions représentatives ou administratives. Nous ne pouvons donner ici des leçons de professionnalisme aux élus, tellement vaste devient le nombre des questions qu'ils devraient connaître, ou des métiers qu'ils devraient apprendre à exercer. Il est par contre tout à fait nécessaire de dire que les élus aujourd'hui doivent apprendre à utiliser eux-mêmes les nombreuses ressources que leur offre la société de l'information. Ils doivent par exemple utiliser Internet à titre personnel pour communiquer, comme il vient d'être indiqué précédemment.

Mais au-delà de cela, ils doivent apprendre à maîtriser, le plus souvent là encore à titre personnel, plutôt qu'en déléguant cette tâche à des collaborateurs, les sources d'informations disponibles sur le web : banques de données juridiques et administratives, outils de formation et de conseil…Ils doivent aussi se rendre sur l'Internet pour estimer par eux-mêmes les réalisations d'autres collectivités ou entreprises, en France d'abord mais, chaque fois qu'ils en possèdent la langue, à l'étranger.

Ils apprendront enfin à travailler en réseau avec leurs collègues et collaborateurs, comme avec les différents services publics ou avec les associations exerçant des activités d'intérêt public.

Dans leur recherche d'efficacité, les élus n'oublieront pas les outils et techniques leur permettant de communiquer avec les parties de la population risquant de rester éloignées des nouvelles technologies : personnes handicapées d'abord, mais plus généralement personnes défavorisées à tel ou tel titre. Ils devront personnellement encourager les solutions de type Point d'Accès Public, dotés d' " écrivains publics " experts dans l'usage des nouvelles technologies.

Le temps viendra très vite où l'incapacité d'un élu à maîtriser ces différentes formes de gestion de la compétence le déconsidérera au regard des plus politiquement influents de ses électeurs.

Mais le bon usage d'Internet ne concerne pas seulement les élus. Il intéresse aussi les citoyens, ce terme pouvant désigner d'une façon générale les personnes vivant dans la circonscription d'une collectivité locale déterminée, soumises à des obligations émanant de celle-ci, et titulaires de droits à son égard.

L'idée à retenir est que les administrés - sauf à se mettre délibérément en retrait de l'état de droit et de la vie citoyenne - disposent aujourd'hui, avec la société de l'information, d'un certain nombre de moyens d'expression et d'action nouveaux, qu'ils doivent eux-aussi apprendre à utiliser, pour participer à la bonne gestion de la collectivité. Il serait irréaliste de viser à un utopique consensus au sein d'une cité idéale. Le débat et les affrontements sont inévitables et souhaitables. Par contre, il est indispensable à la démocratie qu'ils se déroulent de façon ouverte, afin que tous puissent y participer.

Les administrés devront donc, dès que leurs moyens le leur permettront, se doter d'outils de communication moderne (connexion à l'Internet notamment) ou, tout au moins, apprendre à s'en servir. Ceci paraît exorbitant à beaucoup de gens, qui estiment au contraire tout à fait normal d'acquérir une automobile et d'apprendre à conduire pour s'acquitter de leurs diverses obligations. Mais il s'agit là d'une survivance, marquant encore le retard français face à Internet. Quand, à titre individuel, cet investissement ne leur paraîtra pas possible, ils devront s'associer pour s'équiper et se former en commun.

Ce jugement, il va de soi, ne peut s'appliquer aux véritables exclus qui, eux, devront au contraire être pris en charge par différentes structures et animateurs sociaux, leur permettant de ne pas rester indéfiniment en marge de la société de l'information.

Au-delà de l'outil, les citoyens devront apprendre à se servir des nouvelles technologies dans leurs relations avec les élus et avec les administrés. Ceci suppose de respecter d'abord le dialogue démocratique et les lois de la simple politesse, traduites dans ce que l'on appelle la " net-étiquette ". Mais au-delà de cela, il ne faudra pas refuser les opportunités offertes par les élus ou les collectivités afin de recueillir l'avis des gens. Des questionnaires ou des forums par Internet proposés par une institution, et qui restent vides, traduisent un mal-être collectif (disons même un manque de sens civique) dont la responsabilité n'incombe pas aux seuls " détenteurs de l'autorité ".

Dans le même esprit, quand des modalités de travail en réseau seront mises en place par les collectivités (télé-procédures, par exemple), il sera indispensable que les administrés pouvant le faire les utilisent. Les télé-procédures ne seront pas là seulement pour alléger la tâche des administrés, elles serviront aussi à alléger celles des bureaux, afin de rendre les préposés plus disponibles pour les cas difficiles. C'est le moindre des devoirs civiques que de s'en rendre compte (de même qu'un retraité se doit d'éviter les heures d'affluence aux guichets, pour laisser ceux-ci disponibles aux personnes n'ayant pas le choix de leur emploi du temps).

Si enfin, les administrés ne trouvent pas dans les ressources de communication et de travail coopératif offertes par les élus ce dont ils estiment avoir besoin, ils auront le devoir de prendre la parole. La tradition des pétitions, réunions, manifestations de rue doit, sans disparaître, pouvoir être complétée par la mise en place de forums ou sites " non-officiels ", utilisant différentes méthodes de communication évoluée pour attirer l'attention. Là encore, inutile de le dire, les propos diffamatoires ou comportements illégaux seront à proscrire, car ils déconsidéreront non seulement leurs auteurs, mais les nouvelles technologies en général.

Ni la pratique ni la loi n'organisent encore la possibilité de faire voter (y compris électroniquement) les citoyens sur des choix stratégiques ou décisions administratives relevant des compétences de la collectivité. Mais nous pensons que cela devrait devenir un objectif expérimental, et que les administrés se doivent d'y pousser chaque fois que possible. C'est ainsi que la citoyenneté pourra progressivement se concrétiser jusqu'au plan constitutionnel.

La collectivité, instance administrative.

En fonction de leurs statuts, de leurs tailles, de leurs ambitions politiques, les collectivités locales exercent un nombre considérable d'attributions administratives. Celles-ci, et leur nombre, ne cessent de croître. L'approfondissement de la décentralisation, inévitable, ira dans le même sens. Le phénomène provoque de plus en plus d'inquiétude de la part des élus et des fonctionnaires locaux. Ils craignent d'être débordés de tâches, mal les exercer et encourir, le cas échéant, des responsabilités civiles ou pénales injustes.

Il est illusoire de penser que de nouvelles ressources importantes, au plan budgétaire comme en ce qui concerne les emplois publics, statutaires ou contractuels, pourront faire face seules à l'accroissement des besoins. Par contre, les gains de productivité permis par un usage systématique et intelligent des nouvelles technologies sont considérables. Il n'y a donc pas le choix. Ceci veut dire que les collectivités doivent s'engager de façon irrévocable dans l'utilisation de ces technologies, en choisissant d'ailleurs celles dont le rapport performance-coût sera le meilleur.

Elles doivent parallèlement entreprendre un effort approfondi et permanent de réforme de leurs méthodes de travail. C'est là le plus difficile, car cela suppose beaucoup d'imagination, assortie d'une bonne connaissance de l'organisation moderne en réseau..

Il ne s'agira pas de bouleverser d'un coup les habitudes des agents, et moins encore de procéder à des licenciements. Il s'agira par contre de dégager, notamment par le travail en réseau (parfois par le télé-travail), de plus en plus de moyens humains, en les soulageant de certaines tâches rendues inutiles par les TIC, et en leur confiant de nouvelles responsabilités, nées souvent du développement des réseaux, mais non susceptibles de se passer de l'intervention humaine.

Ceci signifie que les collectivités seront obligées de mettre en place les mêmes technologies et les mêmes solutions que les services de l'Etat, lorsque ceux-ci du moins auront commencé à se moderniser et se redéployer. Quand l'exemple de l'Etat ne suffira pas, les collectivités devront s'inspirer, mutatis mutandis des pratiques des entreprises les plus performantes dans le cadre de la société de l'information.

Dans le cadre de ses attributions, la collectivité retrouvera ainsi les grandes exigences maintenant exprimées dans de multiples rapports, décisions gouvernementales nationales et européennes, ainsi que sur de nombreux sites publics : diffuser systématiquement sur Internet les renseignements administratifs et l'accès aux télé-procédures, faciliter et simplifier en parallèle l'ensemble des démarches, donner libre accès aux données publiques, et aux rapports et documents administratifs, etc.

Le site Internet de la collectivité est devenu la façade, ou plutôt le guichet unique ou portail, à partir duquel le citoyen peut accéder aux différentes procédures et services locaux. Les collectivités seront jugées, non seulement sur l'apparence de ce site, mais sur ses performances effectives. Il existera de plus en plus de techniques d'évaluation permettant de distinguer le clinquant du travail en profondeur.

En ce qui concerne les attributions partagées soit avec d'autres collectivités territoriales, soit avec l'Etat,.la mise en réseau paraît incontournable, mais elle impose des modalités de coopération qui ne sont pas toujours faciles, faute de précédents.

Les administrés demanderont cependant à la collectivité de jouer pleinement son rôle dans les actions de modernisation engagées par les autres administrations, qu'il s'agisse de l'Etat ou des collectivités locales voisines. Les domaines sont très nombreux où, quelque soit la taille d'une collectivité locale donnée, la coopération s'impose, notamment (et presque par définition), quand il s'agit d'utiliser les réseaux pour développer de nouveaux usages ou de nouvelles activités : éducation, santé, culture, équipements collectifs par exemple. Si le domaine ne paraît pas, au plan départemental ou régional, se développer aussi vite que certains le souhaiteraient, la tendance naturelle est de se tourner vers la collectivité locale pour lui suggérer de jouer un rôle d'accélérateur.

L'exemple typique est celui de l'éducation. Les collectivités locales ne sont responsables que de l'immobilier et de l'équipement des établissements. L'Etat est en charge de la gestion des personnels et des contenus pédagogiques. Avec le développement de l'Internet et du multimédia, certains enseignants ou parents d'élèves se tournent vers les collectivités locales en leur demandant d'accélérer les programmes d'équipement et de raccordement. Certains vont plus loin, et souhaitent voir la collectivité contribuer à la réforme en profondeur des méthodes pédagogiques, en favorisant les expériences réellement novatrices. Ceci peut entraîner quelques tensions avec les représentants du ministère de l'éducation nationale, mais ne devrait en rien inquiéter les citoyens. Les nouvelles technologies ne trouveront toute leur efficacité que si les barrières traditionnelles entre institutions s'atténuent et que si de nouvelles coopérations s'instaurent.

Le premier objectif, recherché depuis longtemps quand il s'agissait d'équipements relativement coûteux (par exemple dans le domaine de l'adduction d'eau), est celui de la coopération inter-communale ou inter-départementale. Aujourd'hui, les opportunités de coopération sont beaucoup plus nombreuses. Il existe toute une panoplie d'organismes publics ou de nouvelles structures locales, permettant d'atteindre là où cela est nécessaire les seuils d'efficacité ou les dimensions géographiques utiles. Certains responsables préfèreront jouer l'isolationnisme, plutôt que coopérer avec les voisins. Mais en général il ne s'agit pas d'un bon réflexe. Ce sera là encore aux citoyens de faire pression pour que les actions communes génératrices d'économies d'échelle substantielles soient acceptées par les administrations concernées.

En ce qui concerne l'Etat, en dehors des questions d'éducation, les coopérations ne sont pas toujours faciles à définir, puis à réaliser. L'Etat lui-même, ou certains de ses représentants territoriaux, sont souvent réticents pour conclure des partenariats substantiels avec les collectivités locales. Il est des domaines qui manifestement ne sont pas mûrs pour une approche dépassionnée des choses. C'est le cas par exemple des questions liées à l'occupation des sols, à la protection des patrimoines publics et surtout à la police, notamment dans les quartiers dits " en difficulté ".

Ce n'est plus le cas par contre concernant les questions de sécurité générale: prévention des crises et réactions à leurs effets. La protection du domaine public maritime et du littoral, depuis les naufrages de l'Erika et de l'Ievoli Sun, a montré la nécessité d'une meilleure coopération entre acteurs, notamment en ce qui concerne les plans Polmar. Il en est de même de la lutte contre les inondations et le feu, les pollutions chimiques, le risque nucléaire, les questions de sécurité sanitaire et alimentaire. Tout ce domaine est en plein bouleversement, et l'opinion ne supporterait pas de voir les différents niveaux d'administration s'enfermer dans leurs compétences traditionnelles. De grands travaux de prévention vont certainement s'imposer prochainement. Ils demanderont la coopération de tous, et les débats sur Internet en constitueront l'accompagnement obligatoire.

En ce qui concerne les échanges d'informations, la première chose qui devrait se généraliser dans les mois prochains devrait être l'ouverture des Systèmes d'Informations Territoriaux (SIT) aux collectivités locales. Il s'agit de réseaux de type Intranet que le Programme d'action gouvernemental pour la société de l'information demande aux préfets d'installer, entre leurs services et les autres services déconcentrés de l'Etat. Il est désormais indispensable, domaine par domaine, que les modalités du raccordement des collectivités locales soient rapidement précisées. Les possibilités de coopération apparaîtront d'elles-mêmes dès lors qu'un dispositif de travail coopératif en réseau existera, reliant des administrations différentes.

Au-delà de l'information, la mise en place des contrats de plan Etat-régions et des schémas de service collectifs doit être une occasion de concrétiser de nouveaux projets de coopération, dans le secteur des technologies avancées et de leurs usages.

Rappelons enfin que de plus en plus de compétences administratives s'exercent au plan européen, impliquant ou pouvant impliquer les collectivités locales. Plus généralement, il existe de nombreux programmes, dispensateurs de crédits européens (le programme-cadre de Recherche-Développement, les fonds structurels), auxquels les collectivités dynamiques se doivent de participer. Elles doivent apporter leur part de financement, mais l'élargissement des partenariats et des domaines d'action résultant de ces actions se révèle extrêmement bénéfique. Les collectivités locales doivent se donner les moyens nécessaires pour y représenter les intérêts locaux. Or, qui doit programmes européens dit utilisation permanente et substantielle du travail coopératif en réseau.

La collectivité, instance de relais pour le développement économique.

Ceci nous conduit au rôle que les collectivités locales doivent dorénavant jouer comme instance de relais aux initiatives économiques et au développement local. Traditionnellement, en France, ces questions ne relevaient pas des compétences des collectivités locales, ou bien ne s'exerçaient que dans les domaines traditionnels du soutien aux activités agricoles et au commerce local.

Dorénavant, l'idée se fait jour que l'autorité locale est en quelque sorte responsable du sort économique de chacun des habitants de la circonscription, si du moins ceux-ci ne trouvent pas spontanément le plein emploi de leurs capacités. Les restructurations industrielles, les dépôts de bilan, la faible taux de renouvellement en matière de création d'entreprises, le chômage ou les mouvements migratoires en résultant, ne peuvent laisser indifférents élus et gestionnaires locaux.

Il existe des structures traditionnelles, au plan local, que la collectivité doit utiliser sans se substituer à elles: chambres de commerce et d'industrie, de métiers, d'agriculture, par exemple. Mais souvent il lui est demandé de faire davantage, notamment quand il s'agit d'aider à implanter de nouvelles technologies obligeant à changer plus ou moins radicalement les méthodes d'approche.

La difficulté est alors d'agir sans se mettre en contradiction avec le droit des collectivités locales, ou sans prendre des risques économiques ou de gestion dépassant les possibilités des décideurs administratifs. Il ne faut pas se dissimuler non plus que les maniements de fonds publics ou privés induisent des tentations qui peuvent donner lieu à procès : procès d'intention quand ce ne sont pas procès proprement dits.

Il existait une solution traditionnelle, la société d'économie mixte, qui est aujourd'hui considérée avec une relative suspicion. Certains dérapages ou fautes de gestion ont entraîné des critiques, aussi bien des tutelles que des entreprises privées y voyant une concurrence indue.

La solution de l'association de la Loi de 1901, crée à l'instigation de la collectivité, est tout aussi susceptible de détournements. Il existe trop d'associations dont l'on dit, à tort ou à raison, qu'elles sont constituées " avec les amis du maire ", ce qui nuit évidemment à leur bon fonctionnement.

En fait, il n'y a pas de recettes offrant toutes garanties. Nous dirions plutôt qu'aujourd'hui, toutes les structures juridiques peuvent être bonnes, si elles travaillent dans la transparence la plus complète. Internet précisément le permet. Chacune des structures intervenant, notamment dans le domaine para-économique, doit publier sur un site Internet l'ensemble de ses documents budgétaires, comptables et administratifs. Plus généralement, toutes doivent associer par des forums les citoyens à l'action qu'elles prétendent conduire.

Le domaine qui relève particulièrement d'une large utilisation de la communication interactive sur Internet concerne l'établissement des projets de mise en place d'infrastructures de télécommunication à haut débit, qu'il faut faire précéder et accompagner d'une évaluation permanente des besoins. En principe ces domaines relèvent des décisions d'investissement des opérateurs. Mais lorsque ceux-ci ne souhaitent pas investir dans les zones mal desservies, à faible trafic potentiel, l'hypothèse d'un câblage d'attente par le secteur public local paraît aller de soi. Encore faut-il que les collectivités ne s'engagent pas précipitamment dans des solutions techniques trop dispendieuses ou susceptibles d'obsolescence rapide. Ces problèmes d'équipement se retrouvent à moindre échelle quand il s'agit d'installer des réseaux à haut débit dans des zones industrielles, des campus universitaires, des technopoles, etc.

Mais bien d'autres secteurs bénéficieront aussi du dialogue sur Internet entre élus, administrations locales et représentants de la société civile. Il s'agit en particulier de mieux assurer la formation initiale et permanente, valoriser les atouts économiques des entreprises existantes, appuyer les start-up et la nouvelle économie.

Lorsque cela est possible, la collectivité peut encourager la mise en place de technopoles regroupant les investisseurs et créant entre eux des synergies. Mais souvent la tentation de " faire du béton " et du spectaculaire l'emporte sur ce dont les nouvelles entreprises ont surtout besoin : des " technopoles virtuelles " offrant, grâce à quelques investissements de communication, des relations avec non seulement les entreprises du bassin concerné, mais avec bien d'autres compétences dispersées dans le monde entier.

La collectivité, instance de premier niveau pour la lutte contre les inégalités, et pour l'intégration des populations en difficulté.

Les communes et départements ont toujours eu des actions dans le domaine de l'assistance sanitaire et sociale, de la lutte contre la pauvreté, des secours aux plus démunis. Les besoins n'ont pas diminué, malgré l'émergence de la nouvelle économie. La mondialisation, la concurrence accrue, les délocalisations et exclusions entraînées par ce que certains ont appelé l'horreur économique, font de plus en plus de dégâts, auxquels les élus locaux et les citoyens eux-mêmes ne peuvent rester indifférents.

Un autre domaine relativement traditionnel où pèsent les inégalités sont les zones rurales isolées, géographiquement défavorisées, ou désertées par les activités agricoles et commerciales anciennes, sans que le tourisme ait pu prendre le relais.

Parallèlement, de nouveaux domaines d'exclusion apparaissent, générateurs de tensions auxquelles l'opinion est de plus en plus sensible. Il s'agit des quartiers urbains et péri-urbains, où se cumulent les difficultés dues au chômage, au manque de formation, à l'immigration et aux conflits inter-communautés. Dans certains cas, des zones de non-droit et de non-administration semblent s'installer.

Face à la tentation qu'ont certains de laisser ces zones s'enfermer dans l'exclusion et la violence, avec le retrait progressif des services publics, la plupart des responsables locaux tiennent le pari de reprendre les choses en mains. Ils s'appuient, en coopération avec les services de l'Etat, sur les nombreuses associations ou ONG intervenant dans le domaine social et culturel.

Ces objectifs sont complexes, demandent beaucoup de moyens humains, et génèrent souvent plus de mécontents que de satisfaits. Aussi faut-il ne pas hésiter, là encore, à faire appel à l'imagination, notamment dans l'utilisation des nouvelles technologies.

Les Points d'accès publics à Internet, dorénavant encouragés par l'Etat, permettent de faciliter l'accès et la formation à Internet, au profit de ceux qui n'en ont pas les moyens. Sous ce nom restrictif, l'on trouvera les diverses structures ou modalités d'action par lesquelles les collectivités locales et les militants de l'action sociale peuvent se retrouver au service de l'insertion. Ce sera non seulement la manipulation des outils et langages de la société de l'information qui sera offerte, mais bien plus généralement le contact avec les autres, l'échange de savoir, l'appui aux parcours individuels de réhabilitation, l'opportunité d'évènements festifs, etc.

Les collectivités locales peuvent faire plus, avec l'aide des nouvelles technologies, en faveur de catégories de population risquant d'être oubliées par la société de l'information. L'on pensera en particulier aux personnes handicapées isolées, aux personnes âgées, aux patients hospitalisés, etc. Des terminaux et des réseaux adaptés aux besoins spécifiques assureront selon les cas la veille et le monitoring, le contact avec les autres, les possibilités de création originale, la préparation au retour à une activité professionnelle et sociale.

Enfin se pose la difficile question de l'insertion ou réinsertion des " banlieues en difficultés ".

Bornons-nous à souligner que l'aide à l'appropriation du multimédia et des nouvelles technologies offre d'innombrables perspectives pour aider les jeunes et leurs parents à retrouver leur identité, comme à mieux s'insérer dans la collectivité nationale. Des expériences réussies de jumelage par Internet entre villages africains et banlieues françaises ont montré ce qui pouvait être fait, dans le domaine de ce que l'on a appelé non sans ambition le co-développement. Mais la création artistique, culturelle, commerciale même, utilisant le multimédia, peut jouer le même rôle que le sport et la musique pour redonner à ceux qui risquent de la perdre la fierté de se prendre en main et de créer au sein de leur communauté et de leur ville.

Pour conclure, nous dirons que ces quelques exemples d'un bon usage de l'Internet dans les collectivités locales sont loin d'épuiser le sujet. Les initiatives se multiplient depuis quelques mois, et ne vont cesser de le faire. Dans certains cas, les contribuables ou les représentants de l'Etat pourront leur reprocher un certain désordre. Mais il faut bien voir qu'il s'agit de dépenses infimes, au regard de ce que coûte le " béton ", traditionnel objectif d'une politique locale censée désenclaver. De plus, le désordre est consubstantiel à la démarche de l'Internet. Il traduit en fait l'irruption de nouveaux acteurs créatifs, et la complexité gage de l'adaptabilité des collectivités humaines modernes.

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