Pourquoi les collectivités locales
devraient se préoccupper davantage |
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10 pages |
par Jean-Paul Baquiast jp.baquiast@chello.fr | 29/07/00 |
Sommaire:
Introduction
Ce qui change en profondeur dans la vie
locale
L'irruption de la société
de l'information
Les nouveaux cadres juridiques permettant
le travail coopératif
La construction
européenne
Les objectifs
possibles
Moderniser les fonctions de
gestion
Développer la transparence et
la citoyenneté locale
Fortifier le tissu économique et
humain
Conclusion
IntroductionExcusez-moi de faire encore le donneur de leçons. Mais, sans être trop sévère, l'on est bien obligé de constater que les collectivités locales, en France, ne font encore qu'un usage plus que modéré de l'Internet. Beaucoup trop d'entre elles ignorent le phénomène. Quand elles l'utilisent, c'est si l'on peut dire, du bout des dents, contraintes et forcées, dans l'angoisse permanente des catastrophes qu'un phénomène pourtant si naturel dans le reste du monde développé, risquerait de leur attirer. En noircissant un peu le tableau, nous dirions que l'internet et tout ce qui s'en suit y est, dans la meilleure des hypothèses, confiées à de jeunes agents (d'autant plus méritants) laissés pratiquement sans instructions ni suivi. Quand ce n'est pas cela, il est sous-traité à des sociétés de services, grandes ou petites, qui n'en ont qu'une vue stéréotypée, reproduite par dizaines d'exemplaires, dont le premier résultat est de déposséder encore plus la collectivité locale de sa compétence de maître d'ouvrage.
Or, les collectivités locales, en France comme dans toute l'Europe, se trouvent aujourd'hui face à de nouvelles conditions qui, convenablement exploitées, justifieraient un usage systématique et polyvalent de l'Internet, pour à la fois le maintien , mais aussi le développement de leurs compétences. Il est traditionnel en France de dénoncer le nombre excessif des communes, des arrondissements, des départements et des régions. Il est certain que si ces circonscriptions se bornent à superposer des modes de représentation politique et de gestion administrative ne se mettant pas au service des nouveaux besoins de la population, redondants entre eux et faisant double emploi avec les structures étatiques et européennes, leur utilité sera contestée. Trop nombreuses, trop politiques, trop coûteuses et finalement en grande partie inutiles, diront leurs détracteurs.
Mais, à l'inverse, si les collectivités perçoivent bien les exigences profondes de la société, et savent offrir des solutions adaptées, elles susciteront au contraire une adhésion renforcée des citoyens. Prenons l'exemple simple d'une commune de 300 habitants. Si les élus, le secrétaire de mairie, les deux ou trois ordinateurs de la municipalité, s'emploient à donner la parole aux habitants, les faire entrer, comme l'on dit, dans le 21e siècle et la société de l'information, en faire, face aux autres services publics, des acteurs plutôt que des sujets passifs, les bénéfices apportés par l'institution seront largement supérieurs à ses coûts. Dans un tout autre ordre d'idée, si les communes dotées de banlieues urbaines mal intégrées disposaient de plus de moyens pour combler les déficits culturels, sociaux et économiques, et si elles se mobilisaient, plus encore qu'elles ne le font, pour rechercher des solutions innovantes à ces déficits, les bénéfices induits dépasseraient largement les investissements consentis. Ce serait le tissu économique et humain de la France toute entière qui s'enrichirait.
L'on me dira que ce ne devrait pas être aux collectivités locales de supporter seules les dépenses correspondants à de tels efforts. Soit. Mais rien ne leur interdit de commencer à en donner l'exemple. Il faut bien voir que, malgré un retard certain, la société française (hors collectivités locales, hélas) rejoint les pays les plus avancés en matière d'équipement et de connexions à Internet. Toutes les entreprises et sans doute bientôt 30 à 40% des foyers seront branchés. Les gens ne se contenteront pas de surfer sur le web, mais ils utiliseront la messagerie électronique et leurs sites webs privatifs (pages personnelles) pour échanger des opinions, se regrouper en militants de causes diverses, et s'exprimer de plus en plus clairement. Par ailleurs, ils ne supporteront plus les lenteurs et les coûts de la gestion et des procédures traditionnelles. Les collectivités publiques qui n'auront pas compris cela se verront progressivement marginalisées (ou plutôt leurs équipes dirigeantes - ce qui inclût les hommes politiques locaux, encore trop occupés par les cercles d'influence traditionnels). Chacun a donc intérêt à anticiper du mieux possible cette évolution inéluctable. En fait, l'époque actuelle est extraordinairement favorable à un renouveau de la vie locale. Ce renouveau passera inévitablement par un bon usage des technologies de l'information et de la communication, mais il puise ses sources dans divers phénomènes de société, dont il faut bien mesurer la portée. De nouvelles opportunités apparaissent, suggérant de nouvelles solutions, qui commencent à se répandre en France, mais sur un rythme encore trop lent.
Ce qui change en profondeur dans la vie locale
Les collectivités locales, toutes catégories confondues, se trouvent aujourd'hui confrontées à trois phénomènes, souvent évoqués, mais dont l'on mesure mal encore les vertus restructurantes: le passage à la société de l'information, les nouveaux cadres juridiques permettant le travail coopératif, la construction européenne.
L'irruption de la société de l'information.Vu des prairies normandes ou des banlieues urbaines, ce terme peut faire sourire. Mais il faut aller au delà des apparences. La société de l'information, dans l'un de ses aspects, souvent méconnu, repose sur le développement généralisé des initiatives locales. Souvent accusée, avec la mondialisation, de favoriser la concentration et l'uniformisation, la société de l'information donne au contraire une chance inattendue aux gens de terrain. Ceux-ci peuvent, grâce à elle, obtenir rapidement les informations qui leur sont utiles. Mais ils peuvent aussi se transformer facilement en acteurs, proposant des idées ou des services, non seulement dans leur sphère, mais souvent au plan national et international. L'exemple, aujourd'hui souvent cité de José Bové et de la Confédération Paysanne, qui ont su, à l'instar d'autres organisations anti-mondialistes, utiliser l'Internet, est là pour le prouver. Le développement des actions de type écologiques, autour de la protection de l'environnement et de l'utilisation de l'espace, va certainement se faire explosif. Dans le domaine communal, de nombreuses petites villes savent désormais se faire connaître loin de chez elles par le biais d'une démarche intelligente sur Internet. Citons seulement la première d'entre elles, Parthenay. Mais le passage à la société de l'information pose aussi aux gens de nombreuses questions, auxquelles les collectivités locales se doivent d'apporter des réponses.
- La première question est celle de la maîtrise de la culture et des usages de l'Internet et du multimédia. Une inégalité, souvent dénoncée, mais loin d'être réparée, séparera de plus en plus les utilisateurs confirmés et ceux n'ayant pas eu le bénéfice de l'entraînement et des moyens nécessaires. L'Etat, dans le cadre d'une politique volontariste, en ce qui concerne l'éducation ou les conditions d'accès, peut faire quelque chose, mais l'effet sera long et toujours en retard d'une technique. Les communes sont les seuls services publics à la fois de proximité et généralistes ayant la capacité de détecter les manques et y apporter des solutions compensatoires. Celles-ci ne seront pas uniquement des mesures d'ordre social. Elles auront aussi un aspect économique, en rendant productifs de nombreux éléments (chômeurs, jeunes, femmes revenant sur le marché du travail) qui, sans cela, seraient restés des assistés.
- La deuxième question est celle, en partie liée à la précédente, de la valorisation des initiatives locales. L'économie en réseau, la net-économie, se développe beaucoup plus vite que prévue. Celle-ci, on l'a dit, permet aux entreprises existantes de créer des activités nouvelles, utilisant notamment le télétravail ou des implantations hors des centres urbains. Par ailleurs, elle permettra également à de nombreuses entreprises débutantes d'émerger et de réussir, sans là encore s'obliger à une installation dans les métropoles régionales. Mais, pour aboutir, de telles implantations supposent diverses conditions favorables: des salariés formés et disponibles, des infrastructures de télécommunication et communication efficaces, un environnement social accueillant, éventuellement des aides temporaires. C'est dorénavant aux collectivités locales de fournir ces appuis au démarrage ou à l'investissement: régions, départements, mais aussi communes. Par la suite, dans le cadre de portails économiques convenablement gérés, les collectivités, associées notamment aux chambres économiques, aux ports et aéroports, etc., veilleront au maintien d'une ambiance créatrice et d'un dialogue dynamique avec l'extérieur. Toutes les branches du commerce et de l'industrie sont concernées, et pas seulement les entreprises technologique.
- La troisième question enfin concerne ce que l'on pourrait appeler le relais local à donner aux services publics nationaux. Les grandes administrations de l'Etat et du secteur social (Education, enseignement supérieur et recherche, santé, sécurité sociale, équipement, agriculture, environnement) travaillent déjà en "compétences mixtes" avec les collectivités, dans le cadre des lois de décentralisation, par exemple en ce qui concerne les investissements éducatifs. Au delà de cela, de nombreuses tâches pourront être traitées en coopération, si chaque administration ne s'enferme pas dans une définition trop littérale de ses missions.
La mise en place de Systèmes d'Informations Territoriaux (SIT) ouverts aux collectivités locales, permettra le développement du travail coopératif. Des outils mutualisés comme les Systèmes d'Informations Géographiques (SIG) seront précieux à cet égard. Plus généralement, tout ce que font et feront les collectivités locales, en matière de formation, culture, tourisme, action sociale, équipement, etc., pourra, grâce aux réseaux, être mis en synergie avec les politiques publiques, de façon à être plus rapidement efficace. Même dans le domaine purement régalien, celui des procédures fiscales ou de police, par exemple, l'on admettra de plus en plus que les collectivités locales offrent des guichets de proximité (front-office) ou des services de type Centre d'appels ou "écrivain public" qui aideront l'administré à se retrouver dans les procédures, quelle que soit l'administration qui traite finalement les dossiers. Nous sommes là dans le domaine de ce que l'on appellera de plus en plus la net-administration ou l'administration en réseau.Les nouveaux cadres juridiques permettant le travail coopératif.
Au phénomène du nombre actuel des collectivités locales, jugé parfois excessif, l'on oppose à juste titre les nouvelles opportunités de regroupement. Celles-ci peuvent, il est vrai, être vues comme créant de nouvelles structures s'ajoutant encore aux précédentes, mais aussi comme de nouveaux cadres juridiques susceptibles de remédier aux excès de la dispersion, et d'atteindre, domaine par domaine, les seuils d'efficacité.
L'on connaît ces organismes : syndicats de communes, d'agglomérations et de pays (Loi Voynet du 25 juin 1999), communautés urbaines, communautés d'agglomération, communautés de communes (communauté urbaine Paris-Banlieues , à l'étude). Ces dernières résultent de la Loi Chevènement du 2 juillet 1999. L'on sait également qu'existent dorénavant de nombreux schémas directeurs intéressant l'aménagement du territoire et associant les collectivités locales: - Schéma territoriaux ou schémas de cohérence territoriale (intégrant plan local d'habitat, plan de déplacement urbain, plan local d'urbanisme) - Programmes Plan Etat-régions se déclinant en schémas territoriaux dans 5 domaines principaux, et entraînant des financements conjoints de l'Etat et des Régions, etc.
Dans de nombreux cas, ces regroupements permettent de donner une efficacité plus grande, ou une portée géographique accrue, aux initiatives des collectivités locales. Tous les grands programmes d'aménagement du territoire (en matière de télécommunications, énergie nouvelle, développement durable) passeront plus ou moins par ces voies. Les collectivités traditionnelles, si elles savent coopérer entre elles, trouveront donc là une nouvelle légitimité. L'on ne voit pas comment, par exemple, un "territoire" ou un "pays" pourrait faire abstraction des communes incluses dans sa sphère d'activité. Mais il est clair qu'une nouvelle culture du réseau s'impose. Là encore, les nouvelles technologies joueront un rôle fédérateur essentiel.
La construction européenneLa construction européenne, enfin, apparaît comme renforçant sensiblement le rôle des collectivités locales. L'exemple des autres pays européens, beaucoup plus décentralisateurs que la France, avait déjà joué pour inciter la Commission à favoriser les autonomies locales, par les actions structurelles et de cohésion, mais aussi par le financement des programmes de recherche (PCRD). Intervenir dans de tels programmes oblige les collectivités à se responsabiliser et se professionnaliser, tout en les obligeant à multiplier les liens avec leurs homologues des autres Etats-membres.
Dans l'avenir, la marche inéluctable vers la fédéralisation de certaines activités régaliennes (comme les contrôles aux frontières de l'Union, la lutte contre les activités illicites ou criminelles, la protection sanitaire ou la prévention des risques majeurs), voire la mise en place d'une Constitution européenne, s'accompagneront, en contrepartie, d'un développement des autonomies et cultures régionales. Cette dernière elle-même se fera par delà certaines frontières, par exemple dans le cadre de communautés linguistiques et culturelles, d'identités, etc. Là encore, les collectivités qui sauront exploiter - sans les transformer en irrédentismes - de telles tendances très légitimes, contrebalançant utilement la mondialisation et l'uniformisation, y puiseront de nouvelles légitimités. Une nouvelle fois, dans ce domaine aussi, les technologies de l'information joueront un rôle fédérateur essentiel.
Le monde de la Commission et du Parlement européen est indéniablement rébarbatif, voire impénétrable. L'on y retrouve tous les défauts de la bureaucratie et de la société d'influence. Néanmoins, il est là, des choses utiles s'y font. Il faut donc y aller, s'y exprimer, le plus souvent possible en regroupant ses efforts avec des partenaires ayant des intérêts proches, en France ou dans les pays voisins. Au pire, c'est-à-dire en l'absence d'autres résultats, ces démarches auront l'intérêt d'aérer un peu la mentalité franco-française, qui en a bien besoin.
Si l'on refuse d'adopter des positions défensives, mais au contraire si l'on cherche à tirer au mieux parti de ces défis, trois objectifs paraissent devoir être recherchés en priorité, à partir des solutions offertes par la société de l'information, tant au plan technologique qu'en ce qui concerne la véritable révolution culturelle qui l'accompagne. Ces solutions sont généralement qualifiées aujourd'hui de e- ou -net: e-économie ou net-économie, e-administration et aussi, à ne pas oublier, e-knowledge, c'est-à-dire la distribution en réseau des connaissances et des formations.
L'implantation de ces solutions, y compris dans les collectivités les plus petites, favorisera trois évolutions indispensables: une modernisation radicale de la gestion, le développement de la démocratie locale et de la transparence, la mobilisation des ressources locales.
Moderniser les fonctions de gestion
Il est clair que si les collectivités locales ne savent pas devenir de véritables modèles de bonne gestion, tant pour les fonctions administratives qui leur sont imparties, que pour la protection et le développement durable des intérêts "patrimoniaux" dont elles ont la charge, elles prêteront le flanc aux critiques soit des services de l'Etat, soit d'initiatives commerciales prétendant se substituer au service public.
Par ailleurs, seule leur réussite sur le plan de la gestion permettra de justifier la revendication de nouveaux transferts de compétences, dans le cadre d'un approfondissement de la décentralisation. Ceci n'est pas si facile qu'il parait, car exigeant de profondes adaptations de l'informatique et des modes d'administration traditionnelles. Nous nous bornerons à rappeler ici les grands orientations de la modernisation de la gestion reposant sur l'utilisation systématique des technologies. Les perspectives des collectivités locales, sur ce plan, ne sont pas très différentes de celles s'imposant aux administrations de l'Etat ou même aux entreprises.
- Un premier objectif, indispensable, mais ne pouvant être acquis que très progressivement, consistera à reprendre les acquis de l'informatique traditionnelle en les intégrant dans un outil interne de travail coopératif, de type intranet. .La plupart des communes disposent d'un minimum de progiciels de gestion, sinon d'un service informatique, desservant un certain nombre de postes de travail. L'objectif sera de doter l'ensemble des fonctionnaires de postes de travail (micro-ordinateurs aujourd'hui) connectés à un réseau local intranet, de façon à ce que les applications de gestion puissent le cas échéant être mieux mutualisées entre les agents, et que ceux-ci puissent chaque fois que nécessaire coopérer dans la mise en uvre des tâches nouvelles. L'on se situe là au niveau de ce que l'on appelle le back office, celui que les administrés ne voient pas, mais qui est indispensable à la continuité de la gestion. Dans le même temps, des procédures de travail de type horizontal ou faisant appel au télétravail, donnant plus d'initiative et de souplesse aux agents, seront expérimentées. Ceci se fera en liaison avec les réorganisations imposées par le passage aux 35 heures.
- Un second objectif visera à rendre plus conviviales les opérations de guichet ou de relations directes ou indirectes avec le public, c'est-à-dire la face visible de l'iceberg administratif, le front office. De très nombreuses possibilités existent aujourd'hui pour améliorer l'accueil du public, faciliter et simplifier les procédures, mieux coopérer avec d'autres administrations, avec les associations, etc. La mise en place d'un site Internet communal efficace, bien alimenté en informations utiles aux citoyens, constitue le premier pas visible. Mais derrière doivent être installés des moyens humains et matériels renforcés, pour faire face aux besoins du public. A juste titre; l'on parle aujourd'hui de plus en plus de réactiver l'ancien métier d'écrivain public (polyglotte) avec des moyens technologiques appropriés.
- Les téléprocédures proprement dites, supposant une dématérialisation et une normalisation, de type EDI-XML, de l'ensemble des documents et messages, ainsi que l'adoption de clefs de sécurisation efficaces, ne sont pas très avancées en France, pour des raisons complexes. Ceci viendra, mais en attendant, l'on ne peut demander aux communes de faire elles-mêmes, et de façon dispersée, tous les investissements nécessaires. Cependant, dans certains cas, des services administratifs en ligne devront être offerts, par exemple en matière d'état-civil, et pour tout ce qui concerne les actes simples relevant de la seule compétence de la collectivité.Par contre la modernisation du front-office peut être entreprise sans attendre: création sur le site web de rubriques de questions-réponses; mise en place de guichets reliés à l'intranet; le cas échéant utilisation de techniques de type visioconférence, cyber-bus, au profit d'agents jouant le rôle d'"écrivains publics" afin d'assurer le contact avec des zones éloignées ou des populations déshéritées. Chaque grande collectivité, désormais, expérimente ou adopte des solutions de ce type, sur lesquelles nous reviendrons plus bas.
- Le troisième objectif de la gestion, venant après les deux premiers dans l'ordre des urgences, consistera à utiliser chaque fois que possible des outils informatiques modernes, souvent aujourd'hui disponibles à très bas prix, mais supposant un minimum de technicité. Nous pensons en premier lieu aux Systèmes d'Informations Géographiques, qui permettent de rapprocher sur un référentiel commun de nombreuses applications et informations, en offrant une lisibilité sans égal. L'on utilisera également avec profit, dans un autre domaine, la carte à puce, aux nombreuses applications pour l'identification des bénéficiaires de services municipaux et le paiement. Plus généralement, chaque année, de nouveaux logiciels utiles aux gestions locales spécialisées apparaissent sur le marché et peuvent utilement être implantés: gestion des achats, gestion des bibliothèques et centres culturels, outils de formation, etc. L'on n'oubliera pas non plus, dans un autre domaine, la mise en place des logiciels libres, qui apporteront de nombreux avantages, notamment au plan budgétaire et de la sécurité, avantages de plus en plus appréciés par les collectivités.
Tout ceci suppose une bonne collaboration entre les informaticiens "traditionnels", indispensables pour assurer la transition à partir des anciennes applications (et qui évolueront à cette occasion vers le monde des "e-solutions") , des responsables de la gestion convaincus de l'intérêt des nouvelles formules, et bien entendu des élus eux-mêmes.
Développer la transparence et la citoyenneté locale.L'internet peut et doit devenir un instrument au service de la démocratie et de la citoyenneté. Si certains collectivités craignent encore de s'engager dans la voie de l'interactivité et du dialogue ouvert, de peur de n'en pas maîtriser les développements, elles y seront poussées par les citoyens eux-mêmes. Nous l'avons indiqué en introduction, ceux-ci ne manqueront pas de manifester leur mécontentement sur le web, d'une façon qui sera de plus en plus politiquement visible.
Pour éviter cela, les collectivités devront d'abord devenir elle-même transparentes, mais aussi expérimenter de nouvelles formes d'expression et d'action interactives associant les élus, les services et les citoyens.
- Développer la transparence. Le mot d'ordre est souvent galvaudé. Il correspond en fait à une démarche pratique, mais que beaucoup degestionnaires ou décideurs ayant pris l'habitude du secret, générateur de tentations et d'abus, ne verront pas d'un bon il.Cette démarche consistera d'abord à publier systématiquement sur le web municipal toutes les informations non personnelles ayant trait au fonctionnement de la collectivité: délibérations, budgets, marchés, subventions, moyens des services, décisions administratives diverses - le tout assorti si nécessaire d'explications permettant aux citoyens non spécialistes de se retrouver dans le vocabulaire administratif.
L'on aura vite fait d'expliquer que ces documents, trop techniques, n 'intéresseront personnes ou feront l'objet de détournements et campagnes d'opinions. Mais nous pensons que l'habitude à prendre, déjà pratiquée systématiquement dans les administrations américaines, semble-t-il, consistera à offrir en vrac tout ce que produit l'administration de la collectivité locale, plutôt que faire des choix de publication qui seront toujours contestés.
- Le dispositif sera complété d'un guichet électronique ouvert à tous, où les demandeurs d'informations non encore publiées, ou anciennes, ou non encore "officielles", pourront s'adresser. S'il apparaît possible de leur donner satisfaction, on le fera. Sinon, il faudra expliquer les raisons du refus. Les questions et les réponses seront évidemment aussi, mises régulièrement en ligne.Inutile de souligner que les responsables ou gestionnaires ayant certaines choses à cacher seront très hostiles à de telles solutions. Même si leur conscience est pure comme celle de l'agneau, l'idée de devoir en permanence s'expliquer face au public ne les enthousiasmera pas. Mais qu'ils se disent bien qu'avec les progrès de la société de l'information, s'ils ne prennent pas les devants, d'autres parleront à leur place, souvent à partir d'informations tronquées qui auraient pu être évitées.
- Promouvoir l'interactivité. L'interactivité, en termes politiques, consiste, non seulement à donner la parole aux citoyens mais encore à leur répondre le plus vite et de la façon la plus documentée possible. Les risques là encore paraîtront grands: passer beaucoup de temps en débats futiles ou inopérants, sinon fournir des tribunes à des oppositions minoritaires voire à des intérêts malveillants ou criminels. Mais l'expérience montre que ces risques sont relativement faciles à maîtriser, et que les gains pour une administration ou une collectivité qui joue le jeu sont plus grands que les inconvénients.La solution la plus simple est celle du courrier électronique. Les élus comme les services publieront leurs adresses électroniques, et s'efforceront de gérer avec efficacité le courrier reçu. Si ce type d'échange prend de plus en plus de temps, l'on peut penser en contrepartie qu'il permet de faire gagner du temps dans d'autres types d'activités traditionnelles qui se verront soulagées d'autant.
Au delà de la messagerie, il faudra envisager très vite l'ouverture d'un ou plusieurs forums, certains temporaires, d'autres permanents. Il s'agira de ce que l'on pourra appeler le forum citoyen. Celui-ci donnera la parole à tous les citoyens, sur tous types de questions qu'ils souhaiteront évoquer. Mais il devra s'agir d'un forum "accompagné": il faudra donner des réponses pertinentes aux questions posées, ou les renvoyer sur des responsables capables de le faire. L'on voit qu'il s'agira d'une réforme essentielle dans les façons de travailler, mobilisant tous les personnels, ainsi que, à nouveau, les élus.
Rappelons pour éviter les illusions que mettre en place des messageries ou des forums manquant du personnel pour communiquer rapidement et bien avec les correspondants, serait pire que ne rien faire. Il y a là de nouvelles méthodes de travail en profondeur qu'il faudra apprendre.
Fortifier le tissu économique et humain.
Cet objectif consistera à utiliser les nombreuses ressources des technologies de l'information et d'une gestion plus proche des citoyens et de leurs activités, pour les aider de toutes les façons compatibles avec les ressources de la collectivité.
Ceci peut obliger celle-ci à sortir du cadre strict de ses responsabilités, mesuré de façon traditionaliste. Il lui faudra mesurer en permanence l'évolution des besoins locaux, compte tenu des changements techniques, de l'évolution des concurrences, des mouvements de population, d'une appréciation différente des besoins, et finalement, des demandes des citoyens eux-mêmes, appréciées notamment grâce aux forums évoqués ci-dessus.
La collectivité locale devra, corrélativement, accepter de mettre en uvre des mesures, différentes selon les situations rencontrée, permettant de fortifier le tissu économique et humain afin de lui permettre de s'insérer victorieusement dans les courants de croissance ouverts par la société de l'information: développer la formation et l'employabilité à la base, encourager la création et le financement de nouvelles entreprises, rattraper les inégalités d'accès aux équipements et aux informations...
Sur ces divers plans, les collectivités locales offrent des possibilités d'initiative et d'expérimentation politiquement très grandes, présentant également l'intérêt d'une grande diversité. Elles devraient devenir de véritables machines à inventer politiques et sociales, garantes de la souplesse nécessaire pour répondre aux défis futurs.
Les arguments mis parfois en avant pour excuser le peu d'initiative, absence de cadres juridiques adaptés, manque de moyens humains et budgétaires, prudence de "notables" conservateurs, ne tiennent plus face aux possibilités offertes par la société de l'information.
Beaucoup de collectivités mènent déjà, à l'occasion de l'exercice de leurs responsabilités en matière d'investissements scolaires, des actions intéressantes permettant de développer l'internet et le multimédia dans l'enseignement, ainsi que d'en faire bénéficier d'autres catégories de population. Des actions de même nature commencent à apparaître dans le domaine de la santé et de la culture. Par ailleurs, en liaison notamment avec les Chambres économiques, certaines actions d'aide aux entreprises innovantes en matière de nouvelles technologies commencent à se faire jour.
Nous pouvons par ailleurs, sur un plan plus général, mentionner deux types de solutions simples à mettre en uvre pour commencer, dans les villes petites et moyennes n'ayant pas les moyens de grandes politiques d'équipement ou de promotion:
- Le point d'accès public multimédia. Il s'agit d'un complément indispensable aux dispositifs précédemment énumérés, destiné à ne pas réserver ces derniers aux favorisés. Là aussi, un "accompagnement" s'impose. Selon les possibilités, le point offrira des accès à Internet et la pédagogie nécessaire, la possibilité de produire et héberger des contenus multimédias. Dans certains cas, il pourra s'agir d'une aide au lancement de start-up (fonction "pouponnière").Ces différentes solutions seront déclinées différemment selon les moyens et les possibilités, éventuellement regroupées. L'appel aux emplois-jeunes parait particulièrement approprié, s'il s'accompagne de modalités de formation de ces derniers, destiné à faciliter leur démarrage professionnel ultérieur.
Les collectivités, tout naturellement, se regrouperont en réseau de façon à échanger leurs expériences et demandes d'assistance. Cf.: CRéATIF, Collectif des réseaux d'accès aux technologies de l'information en France.
- Le portail de services de proximité, recensant systématiquement et de façon commode toutes les adresses et modalités d'accès à tous les services publics et entreprises diverses auxquels les citoyens et consommateurs locaux doivent ou peuvent s'adresser. Ceci doit inclure l'accès aux services de l'Etat, ainsi très largement qu'à toutes activités de service, du secteur concurrentiel ou éventuellement privées, jugées utiles. Toutes suggestions de simplification doivent pouvoir être formulées. La collectivité locale ne pourra prendre les décisions ne ressortissant pas de ses responsabilités, mais elle est en droit de recenser ce qui est fait et présenter au nom des citoyens des recommandations d'amélioration.Les collectivités locales n'aborderont pas les nouvelles opportunités ni les nouvelles solutions sans devoir affronter de nombreuses difficultés: faire évoluer les mentalités des élus et des personnels administratifs, assurer les formations nécessaires, redéployer les ressources, savoir trouver le ton nécessaire au dialogue avec les nouveaux citoyens.
Pour ce faire, nous l'avons dit, elles ne pourront espérer tout sous-traiter à des sociétés de service, compte-tenu du coût de telles solutions, et de la perte d'identité pouvant en résulter. Elles devront faire beaucoup avec leurs propres moyens, en trouvant dans les exemples des autres, dans la littérature appropriée, dans la mutualisation des réflexions, des indications précieuses. Mais que nos nombreux lecteurs travaillant dans de telles sociétés de service ne voient pas là une tentative démagogique pour leur retirer le pain de la bouche. Les vrais professionnels du service savent très bien que ce n'est qu'avec un donneur d'ordre, ou maître d'ouvrage, disposant de compétences internes suffisantes, que les vrais contrats intéressants peuvent se conclure, abordant les problèmes hors de portée d'un service informatique ou internet qui ne peut, par définition, prétendre tout savoir.
Quoiqu'il en soit, plus que jamais s'imposeront les mots d'ordre de l'Internet: n'attendez pas; faites-le vous-même, à bon marché; commencer petit; échnger beaucoup d'informations avec les autres et, finalement développez-vous très vite, en cherchant à faire mieux que vos voisins et amis - ce dans une saine compétition darwinienne et cependant amicale!
http://www.admiroutes.asso.fr/espace/proxim/allons-y.htm
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