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Petite histoire vraie: Parc National cherche drague. Observations. Recommandations aux acheteurs et aux vendeurs.

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4 pages

Jean-Paul Baquiast jp.baquiast@chello.fr

le 12-10-97

Le Parc naturel régional de Brière * souhaite acquérir une nouvelle drague en remplacement d'un matériel ancien à bout d'usage. Il s'agit d'un équipement spécifique d'un coût supposant appel d'offres européen. Conformément à la réglementation du Code des Marchés, le Parc publie un appel d'offres au BOCE.

* Maison du Parc, Centre Administratif, 177 Ile de Fédrun BP3 44720 Saint Joachim, information transmise par M. GUIHENEUF, Directeur, et publiée avec son accord.

L'organisme est donc en règle, sur le plan juridique. Mais il craint de n'être pas suffisamment informé de l'état de l'art dans ce domaine très particulier. L'appel d'offres sera-t-il lu par les fournisseurs les mieux à même de répondre à son besoin? Est-il suffisamment précis, en termes technique, pour informer convenablement les candidats (il est évident que le Parc régional n'est pas un industriel maîtrisant parfaitement les données et nomenclatures techniques) Comment l'acheteur appréciera-t-il la qualité des entreprises soumissionnaires? Comment sélectionnera-t-il la meilleure offre? Le risque est grand, soit d'acquérir un produit mal adapté, soit même d'avoir à déclarer l'appel d'offres infructueux.

Le directeur responsable de l'achat, en face de ces difficultés, se demande si Internet, dont tout le monde vante les mérites, peut lui permettre de rassembler de la documentation sur la question des dragues et du dragage.

Première difficulté: il ne connaît pas bien Internet, n'a pas de connexion au Web, et ne sait pas exactement comment s'y prendre. Ceci, notons-le, est encore le cas d'une écrasante majorité de responsables administratifs locaux.

Observation 1: Aujourd'hui, chaque organisme public, quelle que soit sa taille, doit disposer d'une connexion à l'Internet et d'un E.mail. Il doit aussi apprendre à s'en servir.

Un bénévole connaissant Internet accepte de guider sur le Web. les pas du directeur. Il se fait expliquer le problème et l'un et l'autre se donnent rendez-vous pour explorer les ressources du cyber-espace.

Observation 2: La fonction d'exploration intelligente du Net, au service d'un acheteur (public ou privé, PME/PMI) n'ayant pas le service adéquat, et souhaitant se documenter sur les offres et les demandes du marché, peut donner lieu à un service éventuellement rémunéré, dans le cadre des emplois locaux de la société de l'information (par exemple au niveau d'une Chambre de commerce ou des Métiers).

Par où commencer? Nos deux protagonistes se rendent sur les moteurs de recherche, afin de les interroger. En français, la recherche sur les mots clefs Drague ou Dragage ne donne rien (YaHoo.fr, à la date du 05/10/1997).. De même, les rubriques professionnelles (Travaux Publics, Génie civil, Génie Maritime...) restent muettes. A la rubrique Administrations publiques, Ports maritimes, seul figure (YaHoo.fr, à la date du 05/10/1997) le Port Autonome de Bordeaux, qui annonce disposer d'un bureau de consultation en travaux de dragages, assèchements, etc, dont il donne l'adresse postale et téléphonique, mais non l'E.Mail.

Observation 3. Les Services Publics et administrations français qui espèrent vendre leurs services, que ce soit à l'international ou sur le marché français, peuvent-ils espérer aujourd'hui élargir leur clientèle s'ils ne se positionnent pas sur le Web, en offrant des annonces attractives et des moyens modernes de dialogue avec d'éventuels clients. Dans le cas particulier, où les grands ports français ont tous une offre d'ingénierie de travaux sur le domaine maritime, cette méconnaissance du Web, si elle se confirmait, paraîtrait étrange.

Sur les moteurs anglophones, les choses changent radicalement. Yahoo.com, au mot clef Dredging (dragage en anglais) fournissent plus de 40 références: ingénieurs conseils, fournisseurs de matériels, revues professionnelles. Tous les consultants et industriels ayant une activité dans ce secteur sont représentés sauf les Français: néerlandais, britanniques, américains, asiatiques.

Chaque fournisseur se présente avec un petit texte attractif. Il offre au moins un E.Mail et parfois un site web. Les temps de connexion à ces adresses sont inégalement rapides. Il est évident qu'en présence d'une offre de plusieurs dizaines de noms, les adresses trop lentes à venir en ligne sont abandonnées. Le client potentiel n'y reviendra sans doute pas.

Le site d'une certaine Revue professionnelle américaine du dragage est particulièrement intéressant. Il présente des articles de fond, des rubriques publicitaires, mais aussi des espaces de discussion (soumission de questions par questionnaire en ligne permettant d'approfondir les problèmes difficiles, et de rechercher les meilleures solutions). Ceci intéresse particulièrement le Parc de la Brière, dont les exigences sont très spécifiques (dégager les canaux tout en respectant l'environnement, etc.)

Il est possible de s'abonner à la Revue par courrier électronique, ce que fera sans doute immédiatement le responsable du Parc.

Observation 4. : cette moisson d'informations technologiques et commerciales est indispensable au client potentiel (le maître d'ouvrage du futur contrat), dont elle améliore considérablement la compétence. Elle diminue ainsi les risques de mauvais choix. Les acheteurs publics doivent donc prendre l'habitude de se documenter systématiquement sur le Web -ce que savent déjà les services techniques d'un certain nombre d'entreprises françaises - et ce que d'autres d'ailleurs ignorent encore, semble-t-il.

A contrario, les fournisseurs non présents sur l'Internet, ou présents de façon maladroite, seront purement et simplement ignorés. Se faire connaître par la voie classique de la réponse à l'appel d'offres risque pour eux d'être tardif, surtout dans les procédures de l'appel d'offre sur performance, où la marge d'appréciation est importante Les entreprises françaises devraient méditer cette évidence.

A ce stade, que doit faire le responsable du Parc de la Brière? Il ne peut évidemment renoncer au processus légal de consultation, ni le doubler par des procédures clandestines. Les quelques semaines disponibles avant la parution de l'annonce au BOCE laissent cependant le temps de mieux s'informer sur les technologies modernes du dragage, et l'état de l'offre internationale. Elles permettent aussi d'inciter les entreprises jugées intéressantes à répondre à la consultation.

Observation 5: il n'est pas question, avant de difficiles réformes aux codes des marchés européens, d'espérer introduire des méthodes d'appel d'offres électroniques doublant les procédures manuelles ou se substituant à elles. Dans l'immédiat, ces procédures ne peuvent qu'être maintenues. Par contre, rien n'interdit d'utiliser le Web pour améliorer l'information respective des différents acheteurs publics et de leurs fournisseurs. Les risques de collusion et ententes préalables en seront plutôt diminués, étant donnée la transparence plus grande permise par l'édition électronique (cf ci-dessous).

La démarche suivante est donc retenue: le Parc publiera sur un site Internet quelconque un document technique (en anglais et en français) précisant son besoin et les conditions de l'appel d'offres en cours. Par ailleurs, il contactera par E.Mail ou téléphone les entreprises qu'il aura sélectionnées comme paraissant aptes à répondre à son besoin, après une exploration plus complète des différents moteurs de recherche présents sur le Web. Il leur indiquera évidemment l'adresse URL où se trouve la fiche technique, ainsi qu'un n° d'E.Mail auquel le contacter éventuellement pour plus d'informations.

Recommandations à retenir, concernant la pratique des marchés publics sur Internet:

Ces recommandations sont d'application immédiate et ne demandent aucune modification réglementaire. Elles ne se substituent pas aux procédures administratives qui demeurent applicables. Elles ne posent pas les difficiles questions de la transmission d'informations techniques et administratives par EDI (Echanges de Données Informatiques) qui n'intéressent que les opérations à forte composante technologique et à caractère répétitif.

Elles sont cependant susceptibles d'améliorer considérablement la compétence des acheteurs et la compétitivité des entreprises. Elles s'appliquent à toutes les catégories et à tous les montants d'achat, c'est-à-dire qu'elles devraient intéresser en priorité les PME/PMI.

- concernant les administrations (quelle que soit leur taille et leurs attributions):

Se connecter à l'Internet. Apprendre à l'utiliser. Publier systématiquement sur le web (sur leur site ou sur des sites d'hébergement), tous les documents administratifs et techniques permettant de faire connaître leurs besoins et leurs perspectives d'achat.

Cette recommandation pourrait ultérieurement se traduire en obligation, dans des conditions à organiser pour faciliter l'accès aux informations.

- concernant les entreprises (quelle que soit leur taille et leur domaine professionnelle).

Se connecter à l'Internet. Apprendre à l'utiliser. Publier systématiquement sur le web (sur leur site ou sur des sites d'hébergement), tous les documents administratifs, techniques et commerciaux permettant de faire connaître leurs offres et la façon de les contacter.

Si les entreprises françaises veulent résister à la pression de concurrence accrue qui se prépare, avec le commerce électronique, mais aussi avec le passage à l'euro, elles n'ont pas de temps à perdre pour se reconvertir à l'usage intelligent du web.

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On ajoutera que les conditions du contrôle administratif et démocratique des relations entre acheteurs et vendeurs seront améliorées par la publicité donnée grâce au web aux besoins des uns et aux solutions des autres.

Ceci signifie qu'une troisième recommandation pourrait être adressée, à une troisième catégorie d'entités, les citoyens, media, et autres acteurs de la vie publique, soucieux de s'informer sur les marchés et les dépenses publiques: insister auprès des administrations pour qu'elles respectent effectivement la première recommandation.

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