L'Internet et l'AMI (accord multilatéral sur les investissements) |
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le 14/2/98 -Herve.Le_Crosnier@ |
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| Ci-dessous un texte de notre ami Hervé
Le Crosnier déjà diffusé sur isoc.vie publique. Il justifie,
à mon avis, d'être repris sur Admiroutes.
Bruno Oudet Bonjour,
En début de semaine prochaine aura lieu à Paris la négociation de l'AMI : Acord Multilatéral sur l'Investissement. Rédigé sous l'égide de l'OCDE afin de compléter les traités de l'OMC dans le domaine de l'investissement, avec pour conséquence d'ôter le peu de pouvoir qui reste encore aux Etats nationaux au profit de l'idéologie du néo-libéralisme, ce traité est aussi l'occasion de montrer l'avénement de l'internet sur la scène politique française. En effet, les négociations de l'AMI sont menées dans le secret des experts depuis deux ans... et il aura fallu que le Monde Diplomatique propose une version de ce texte sur son site web... pour qu'enfin le débat arrive à l'Assemblée Nationale sous la forme d'une question du député Yves Cochet. Ce député a d'ailleurs demandé au Ministre pourquoi il a fallu attendre après l'internet et le Monde Diplomatique pour que ce texte soit enfin disponible au citoyen... ce à quoi Dominique Strauss Kahn a répondu qu'il était sur le site de l'OCDE... faux à ce moment là ! L'AMI sera une date symbole de l'utilisation de l'Internet dans le champs politique français. Certes le mouvement des chômeurs a su créer des listes de diffusion (celle d'AC!, la liste AC-Forum, étant la plus active). Mais il s'agissait principalement d'un échange de tracts, et des informations sur les actions en cours. L'internet est utile pour ce genre de travail (cf aussi la lutte des IUT), mais reste, disons sous-utilisé. Il y eu plusieurs textes très intéressant sur les listes AC-Forum ou conflit-l concernant cet aspect de l'utilisation de l'internet, notamment des lettres critiques sur le déluge d'informations redondantes. Mais avec le débat sur l'AMI, l'internet montre toute sa puissance : - c'est un débat qui mérite un détour par les textes, donc la capacité de l'internet à proposer des "bibliothèques numériques" est déterminante. - c'est un débat qui se déroule à l'échelle mondiale, et s'il n'apparaît que cette semaine dans les préoccupations françaises, des groupes et des ONG du Canada ou des Pays-Bas ont déjà établi des critiques et des réflexions poussées très utiles. Un balbutiement de l'Europe sociale, et même de l'internationale anti-néo-libérale :-) - l'internet en permettant une circulation de l'information rapide a su obliger les médias à reprendre l'information (France-Inter y a déjà consacré deux émissions, les Echos d'hier une accroche en couverture...). Bien évidemment, ils l'auraient fait sans la pression de la concurrence de l'internet. Depuis trois ans qu'ils en parlent pas, c'était évidemment pour se réserver pour le sprint final :-) - enfin, l'internet permet de faire cohabiter plusieurs groupes et réflexions autour du thème central de l'AMI. Ainsi, la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques) propose-t-elle une critique serrée de la partie concernant la culture et les droits d'auteurs de l'AMI (la fin de l'exception culturelle... et en conséquence l'impossiblité pour un état de subventionner la culture nationale et sa langue vernaculaire !). Pour toutes ces raisons, la façon dont l'internet s'est emparé de l'AMI et a su l'imposer dans le débat politique français restera une date importante de ce jeune média. Une date significative des possiblités nouvelles offerte par un réseau qui est à la fois de stock (la bibliothèque de textes disponibles pour l'information et la critique) et de flux (la messagerie électronique qui fait circuler les adresses de ces réserves d'information et permet les débats). Elle est aussi significative de l'élargissement des thèmes et préoccupations traités sur le réseau. C'est enfin un symptome indiquant qu'une masse critique de lecteurs est d'ores et déjà disponible sur l'internet pour influencer, certes encore minoritairement et sur le bout des lèvres, la vie politique française. En y imposant des réflexion mondiales. Penser globalement, agir localement... depuis le temps qu'on en parle.
Hervé Le Crosnier
Le dossier Internet spécial du Monde Diplomatique :
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