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L'Etat occidental face aux catastrophes. Le devoir de se préparer

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

7 octobre 2001

Chacun sait que la civilisation technologique est infiniment fragile. Loin de disposer de redondances et de réserves, elle peut s'effondrer en quelques heures, ramenant les survivants à un état bien pire que celui des primitifs dans la brousse, qui eux savent depuis la nuit des temps s'adapter à un environnement pauvre. On en a eu une petite idée à la vue de l'effondrement en quelques minutes des tours du WTC, laissant un désordre inexprimable de débris entassés. On imagine ce qui se serait passé si dans le même temps une attaque chimique avait paralysé le centre de New York.

Le docteur Denis Labayle va jusqu'au bout de cette hypothèse, dans un article apocalyptique mais qui ne fait que traduire en quelques images terribles le scénario récemment évoqué par l'Organisation Mondiale de la Santé (Microbes du bien, microbes du mal, le Monde, 6 octobre 2001). Il décrit comment un génocide bactériologique est parfaitement à portée de terroristes relativement bricoleurs, et la " fin de civilisation " qui en résulterait, avec la disparition de tous les jeunes et les actifs, sur des étendues géographiques considérables. On imagine ce qui s'en suivrait : le collapsus technologique et économique, la lutte pour la survie se transformant vite en loi de la jungle, toutes solidarités abolies.

A peine l'auteur nous laisse-t-il le temps de nous apitoyer sur notre possible futur sort que, dans un raccourci saisissant, il nous projette en Afrique et autres pays exsangues qui connaissent déjà cette situation, dans l'indifférence générale. Il faut le citer : hôpitaux vétustes débordant de malades, blocs opératoires inexistants, médecins désarmés, pharmacies vides, dizaines de millions de mourants attendant la fin dans des souffrances extrêmes…Ajoutons un simple petit exemple récemment mentionné par l'émission scientifique de la 6 : la réapparition à grande échelle de la maladie du sommeil et l'apparition d'une forme de variole dérivée du singe, la monkey pox, les deux dues à l'appauvrissement généralisé des zones de brousse.

A Manhattan comme à Toulouse, la population s'est tournée immédiatement vers les structures administratives pour les premiers secours et le maintien de l'ordre. L'Etat ou, plus généralement, les structures publiques ont répondu présent. C'était parce que les désastres étaient circonscrits, et que les réserves nationales n'étaient pas entamées. Dans les pays sous-développés au contraire, les structures publiques, souvent inexistantes, sans moyens (ou occupées à guerroyer) ne peuvent apporter aucune assistance aux mourants et malades. Ce seraient en fait aux Etats riches de se substituer momentanément à elles, au moins dans le domaine de l'assistance sanitaire.

Ceci nous pose une double question, relativement à la façon dont les Etats occidentaux sont prêts à combattre des catastrophes massives :

- avons-nous préparé dans nos pays eux-mêmes les différents scénarios d'intervention, depuis les milliers de morts jusqu'aux millions de morts ? La réponse est évidemment non. Si cependant ces catastrophes arrivaient, que feraient les structures publiques ? Disparaître dans le paysage comme le fit la 3e République en juin 1940 ? Les évènements actuels, au cœur de nos pays si fiers de leurs technologies, et si incapables de s'en passer, montrent que le pire peut arriver. Il est donc de la responsabilité impérieuse des organisations et personnes exerçant un minimum d'autorité de s'y préparer et d'y préparer les populations - se préparer à vivre sans téléphone, sans informatique, sans transports. C'est pour cela qu'elles sont payées, et non pour attendre les élections en évitant soigneusement de " faire peur " à l'opinion. Ajoutons que, tant que l'informatique n'est pas encore détruite, des scénarios-catastrophes pilotes pourraient être établies avec une large participation de la population, en utilisant des technologies de simulation moderne.

- quand les Etats occidentaux vont-ils se décider à intervenir massivement en Afrique et ailleurs dans le Tiers Monde en déployant toute la puissance de leur industrie sanitaire et pharmacologique, et sans laisser ces domaines à la loi du marché ? Il faudrait bien évidemment que nous admettions des réductions sensibles de nos niveaux de vie, peut-être une espèce d'économie de guerre. Mais la guerre n'est-elle déjà pas déclarée, la guerre, pour reprendre l'expression de Denis Labaye, des microbes du bien contre les microbes du mal ? Après tout ce serait dans notre propre intérêt que nous devrions commencer à combattre là où les exterminations massives sont déjà en marche.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2001/epidemie.htm
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