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Elections et Internet

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

19 mars 2001

Les résultats des élections municipales et départementales suggèrent, selon nous, trois questions à ceux qui s’intéressent au rôle d’Internet pour la modernisation et la démocratisation de la société française.

Première question : les municipalités s’étant efforcé d’utiliser Internet pour l’amélioration de leur gestion ont-elles été récompensées ?

La réponse est difficile et mériterait une étude de détail. Certains rares candidats ont utilisé le web pour se faire mieux connaître. Un plus grand nombre de villes, de gauche comme de droite, ont fait l’effort de développer des services en ligne et un début de transparence grâce au web. Certaines de ces villes ont changé de mains, d’autres non. Il ne semble pas que leur bilan Internet ait été beaucoup évoqué lors de la campagne. On peut en tirer deux conclusions à méditer :

- les électeurs ne considèrent pas encore que le bon usage d’Internet soit un élément à porter au bilan d’une gestion locale efficace.

- ce désintérêt des électeurs s’explique sans doute parce que aucun homme politique d’importance ne leur a vanté les ressources du réseau. Pire, aucune collectivité n’a donné l’exemple concret des possibilités d’Internet pour démocratiser en profondeur la gestion municipale. Ce n’est pas seulement avec la présentation d’un site web agréable, ou de quelques téléprocédures, que l’on peut convaincre les électeurs de l’intérêt d’Internet pour conduire cette démocratisation. On peut remarquer que, dans une ville comme Paris où le besoin de transparence particulièrement aigu a permis le succès de la gauche, ni les candidats de celle-ci, ni les challengers seguinistes n’ont évoqué la possibilité d’utiliser systématiquement Internet à l’avenir.

Il faut à ce stade évoquer le cas de Parthenay, où l’échec de Michel Hervé, promoteur infatigable d’Internet, pourrait, à tort pensons nous, conforter de nombreux maires dans l’idée qu’ils n’ont rien à gagner en se faisant les champions de la société de l’information. Pour éviter ce malentendu, il faudra comprendre exactement ce qui s’est passé à Parthenay.

Les abstentionnistes et les mouvements refusant d’être assimilés à la gauche et à la droite « classiques » se saisiront-ils d’Internet, avant les élections nationales, pour améliorer leur poids politique ?

Rien n’est moins sûr. On peut penser cependant que les écologistes, comme les partis d’extrême gauche, qui cherchent à mieux préciser collectivement leurs programmes (y compris au plan international) et à recruter des adhérents, apprendront à mieux utiliser ce que l’on peut appeler l’Internet de proximité et l’Internet alternatif, à l’exemple d’ailleurs de ce que font leurs homologues dans le reste du monde. Il leur faudra non seulement développer les actions de communication et de dialogue sur Internet, mais aussi les initiatives citoyennes de terrain, pour lutter par exemple contre l’exclusion.

La gauche et la droite « classiques », qui vont s’affronter directement lors des prochaines élections nationales, vont-elles proposer des programmes montrant clairement aux plus exigeants de leurs électeurs qu’elles se proposent, enfin, de mener des réformes en profondeur en utilisant à fond les technologies de l’information ?

Rien n’est moins sûr. Il faut bien avouer que la Gauche plurielle a laissé passer 3 précieuses années sans essayer d’engager de telles réformes en profondeur, sauf à titre cosmétique. Les réformes de l’Etat, de la justice, de l’éducation, de la lutte pour l’insertion, de la gestion de l’environnement, notamment, attendent encore, de même évidemment que la démocratisation de l’utilisation de l’Internet, qui permettrait la participation de la base populaire à ces réformes. Quant à la droite, à part quelques discours de circonstance sur la fracture numérique, elle n’a rien proposé non plus.

Gauche et droite peuvent-elles rattraper ce retard intellectuel en un an ? Rien n’est moins sûr non plus. Mais rien n’empêche d’essayer, à l’instigation notamment des électeurs et militants les plus branchés, au bon sens du terme, c’est-à-dire qui savent de quoi ils parlent. Il faudrait en priorité étudier et mettre en discussion très rapidement 3 ou 4 thèmes qui pourraient, en 2002, être politiquement porteurs :

- les réformes de l’Etat et des politiques publiques évoquées ci-dessus.

- des politiques ambitieuses de recherche scientifique et de grands projets techno-scientifiques susceptibles, sur plusieurs années, de faire rêver un électorat très en mal de perspective exaltantes.

- la construction de l’Europe fédérale donnant un arrière plan indispensable à de telles ambitions nationales.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2001/election.htm
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