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Discuter en ligne les grands choix politiques pour 2002

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

11 avril 2001

On peut apprécier ou non la personnalité de Christian Blanc, ancien haut-fonctionnaire, patron remarqué de deux grandes entreprises publiques, ayant pris depuis lors d'importantes responsabilités dans une entreprise  multinationale de conseil. Mais on ne peut que saluer l'initiative qu'il vient de prendre: créer une association pour rassembler ceux qui voudraient participer à une réflexion sur l'avenir de la France. L'initiative parait d'autant plus intéressante qu'elle s'accompagne de la mise en place d'un site web http://www.amipublic.com/ auquel chacun peut participer (cf. La Gazette d'Admiroutes N° 38).

Il est de fait qu'après les élections municipales, consacrées parait-il aux questions de proximité, se profilent les élections nationales de 2002 aux enjeux autrement importants. Nous sommes nombreux à craindre que, malheureusement, ni la majorité ni l'opposition ne sachent profiter de l'année qui vient pour offrir aux citoyens l'occasion de diagnostiquer les grandes réformes désormais indispensables à notre pays, ni s'accorder sur les grandes ambitions qui pourraient mobiliser les forces vives de la nation. Tout laisse craindre que s'employant à conjurer les pièges de l'actualité, les deux têtes de l'exécutif, comme les chefs des principaux partis, manquent une occasion historique de nous proposer et de nous amener à départager des choix stratégiques portant sur les 10 à 20 ans qui viennent. Il ne faudra pas s'étonner si dans ces conditions les abstentions battent de nouveaux records.

Nous avons déjà été conduits à regretter ici que, lors des années qui viennent de s'écouler, des questions importantes relevant de la compétence de l'Etat, comme celle de la réforme en profondeur d'un certain nombre de grandes administrations, n'aient pas vraiment été abordées. Les opportunités offertes par l'entrée dans la société de l'information et par la construction européenne n'ont pas été exploitées. La France a pris du retard.

Raison de plus pour ne pas perdre un an de plus. Si c'est seulement après 2002 que la nouvelle majorité attaque ces réformes - à supposer qu'elle le fasse - ce seront sans doute seulement nos enfants ou petits-enfants qui en verront le résultat. Ces délais sont inadmissibles, surtout quand on considère la vitesse avec laquelle le monde évolue, malheureusement en grande partie sans nous.

Les initiatives comme celles de Christian Blanc pourraient donc venir remplir l'espace de discussion - et de rêve - laissé vide par la classe politique. Cependant, elles mêmes n'auront de portée que si elles sont relayées par d'intenses discussions, utilisant non seulement les moyens traditionnels de la politique, mais aussi les nouvelles formes de la démocratie en ligne. Listes de diffusion, forums, sites internet publiant des informations, des propositions et des débats, permettront d'éviter des approches trop élitistes, voire des récupérations.

Dans l'idéal, on pourrait concevoir que se créent, avant les élections de 2002, de véritables cercles ou Rings d'associations ou de sites Internet mettant en discussion différents thèmes de réforme ou de développement stratégiques pour notre pays. Il serait tout à fait logique qu'Admiroutes s'inscrive dans un tel Ring, si ses membres le souhaitaient. Rien ne nous empêche non plus d'intervenir sur les sites existants, comme l'Ami Public de Christian Blanc.

Mais mettons nous un instant à la place des Pouvoirs Publics, comme à celle de l'opposition. Les citoyens que nous sommes ne peuvent-ils obtenir d'eux qu'ils prennent enfin leurs responsabilités, d'ici 2002, en ouvrant sans plus tarder les grands dossiers, en posant les grandes perspectives. Prenons deux exemples:

- la réforme de la justice. La garde des Sceaux se propose d'organiser des Etats Généraux. Très bien. Mais ceux-ci n'auront d'intérêt que s'ils débordent les cercles relativement étroits de la magistrature et de certaines professions judiciaires. Il faudrait véritablement TOUT analyser, avec potentiellement tous les citoyens. De même, se serait au moins 10 années de réformes progressives qu'il faudrait envisager, pour rajeunir une institution arrivée au bout de ses possibilités. Il est clair que seules quelques mesures prioritaires pourraient être programmées d'ici 2002. Mais le mouvement aurait été lancée et la majorité pourrait dire aux électeurs: si vous me ré-élisez, voici les points précis que je m'engage à mettre en œuvre, avec les moyens correspondants.

Tous les autres domaines de l'Etat devraient avant les prochaines échéances politiques, faire l'objet d'une mise à plat analogue, à l'initiative des ministres en charge.

Bien entendu, dans cette perspective, Internet devrait être très largement utilisé pour populariser et élargir les débats

- Alternance 2002, un projet pour l'opposition. Le Monde a publié le 5 avril ce programme concocté par les amis de Jacques Chirac. C'est une bonne initiative, mais là encore, si le citoyen de base ne trouve pas sur Internet les fiches décrivant en détail les choix proposés, avec la possibilité de les discuter, ce programme risque de rester un jeu intellectuel entre initiés. Le débat démocratique n'en tirera pas profit.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2001/discuter.htm
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