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Internet en France: enjeu de (petits) pouvoirs ou enjeu de démocratie?

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

5 mars 2001

La Fête de l'Internet est l'occasion de faire le point sur la pénétration de celui-ci dans la population. Sans que les statistiques soient très fiables, il apparaît bien que la France reste encore à la queue du peloton en ce qui concerne le nombre des citoyens connectés. Ceci doit être pire encore en ce qui concerne les heures d'utilisation et surtout les modes d'utilisation. Les usages restent dans l'ensemble assez conservateurs et ne contribuent guère à la démocratisation de notre société.

Les manifestations de la Fête de l'Internet montrent cependant qu'existe un vif appétit de ceux qui sont encore, pour des raisons diverses, exclus de ce nouveau mode d'exister. Vif appétit et frustration face aux difficultés diverses qui les attendent quant ils ne font pas partie des favorisés.

Que faudrait-il faire, direz-vous ? La première urgence, me semble-t-il, notamment pour les institutions, serait d'encourager de toutes les façons possibles la connexion, la prise de parole et l'imagination des citoyens, aussi bien dans le domaine de l'Internet classique qu'en ce qui concerne les nouveaux modes d'utilisation et de création, comme ceux que devrait rendre possible la généralisation de l'UMTS, du multimédia, de la réalité virtuelle, etc.

Encourager ne veut pas seulement dire agir par le levier financier ou fiscal. La parole et l'exemple peuvent faire autant afin de convaincre que le média est un extraordinaire instrument de modernisation et de réforme.

Prenons l'exemple actuel de l'agriculture. Si l'on veut refonder, comme l'on dit, l'agriculture française, en favorisant les petites exploitations de qualité, il faut que celles-ci s'organisent pour fonctionner en réseau, avec les ressources de l'expertise et de l'information susceptibles de les aider à trouver un nouvel équilibre face aux consommateurs et au commerce. Mais tous les agriculteurs ne sont pas encore conscients de cela. Il faudrait les inciter à travailler en ce sens. Qui le leur dit ?

Au contraire, l'on n'entend parler aujourd'hui que de réglementation voire de répression. Les fuites relatives à la future loi sur la société de l'information sont assez révélatrices. Elles montrent que la préparation de cette loi - qui aurait du sortir il y a 3 ans, à supposer qu'une loi soit nécessaire - est encore l'occasion d'affrontements entre administrations et intérêts en termes d'ailleurs parfaitement irréalistes. L'époque de Byzance et des discussions théologiques sur le sexe des anges n'est pas si éloignée.

Quant à l'incroyable Forum des droits de l'Internet, il semble bien parti pour générer davantage de freins que d'encouragements à la révolution des esprits. Le numéro de mars de la Revue Transfert présente sa présidente comme "née pour réguler". C'est tout dire.

Devrait-on conclure qu'une fois de plus, sous couvert d'intérêt général, ce sont de petits pouvoirs personnels qui continuent à confisquer une technologie et des usages pourtant indispensables à tous ?

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2001/byzance.htm
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