Au sein d'Admiroutes et du petit groupe de scientifiques
travaillant autour d'Automates-
intelligents, nous sommes quelques uns à nous persuader qu'il
faudrait changer vraiment de pratiques politiques, si on voulait tirer parti
des nouvelles approches scientifiques pour éviter les catastrophes
qui menacent. Ceci va nous conduire dans les mois qui viennent à publier
un certain nombre de points de vue, par définition
hétéroclites, sur nos idées et propositions. Pour commencer,
voici un premier texte, que j'ai rédigé en notre nom collectif.
Vos réactions sont les bienvenues.
Jean-Paul Baquiast
14 août 2001
A l'approche des élections françaises de 2002, qui risquent
de reconduire sans changements les hommes et les façons de faire de
la vie politique actuelle, il n'est que temps de dire ce que nous refusons
et ce que nous proposons.
Nous refusons les programmes des principaux partis politiques français,
qui nient les réalités mondiales (notamment en ce qui
concerne les risques générés par le libéralisme
et la corruption), collent excessivement au court terme et au local, ignorent
systématiquement les progrès de la pensée scientifique
(darwinisme évolutionnaire, thermodynamique statistique loin de
l'équilibre, intelligence artificielle) et consécutivement
les remèdes susceptibles d'être apportés par les sciences
et les techniques modernes et futures.
Nous refusons néanmoins le rejet de la vie politique qui résulte
de l'incapacité à changer de discours de la majorité
des militants et hommes politiques (au pouvoir comme dans l'opposition).
La perte de légitimité, de souveraineté, de volonté,
la dilution voire la corruption du pouvoir (géopolitique de
prédation) qui marquent le rejet du politique induisent à notre
sens des risques majeurs de régression. Pour nous, la vie politique,
bien conçue, intégrant le dynamisme des individus et petits
groupes, demeure le seul fondement pour la conduite démocratique des
sociétés humaines.
A notre avis, pour être reconnus comme aptes,
les gouvernants devraient assumer trois rôles essentiels, reposant
essentiellement sur la clairvoyance intellectuelle et le courage politique
:
-
dénoncer les conduites génératrices de "catastrophes
majeures" avérées ou probables sur les prochains 50-100 ans
(qu'affronteront nos enfants et petits enfants). Il s'agit de la prise en
compte obligatoire par la politique et les Etats, du long et très
long terme,
-
mettre en discussion dès maintenant les mesures, généralement
impopulaires ou refusées par les intérêts dominants du
moment, susceptibles de prévenir ces catastrophes. Ceci fera naître
les prises de conscience créant les supports d'opinion qui actuellement
n'existent pas,
-
prendre localement, quand l'opinion sera arrivée à une
"bifurcation", les décisions "loin de l'équilibre" qui pourront
créer de nouvelles "hiérarchies d'ordre". C'est le concept
d'"action sans risque". En cas d'échec, il n'y a pas de mal. En cas
de succès, une décision même locale peut entraîner
de grandes conséquences positives (dans un flux chaotique ou instable,
une initiative locale peut ré-ordonner l'ensemble du flux- cf. Prigogine).
Quelles sont les "catastrophes majeures"
prévisibles?
-
en priorité absolue viennent les catastrophes écologiques tenant
à la poursuite de l'émission des gaz à effet de serre
(utilisation des carburants fossiles, des modes de transport et infrastructures
utilisant ces carburants, poursuite de certaines formes d'agriculture intensive,
etc.). Dans tous ces domaines, il faudrait dès maintenant réduire
les émissions (notamment par la taxation), généraliser
les sources d'énergie alternatives et les économies,
réorienter les investissements en infrastructures. Concernant le
nucléaire, sous réserve d'un traitement adéquat robuste
à très long terme des déchets, et de la sécurité
des approvisionnement, des consensus devraient être trouvés,
en attendant les solutions durables que les perspectives scientifiques actuelles
permettraient d'envisager (avec les investissements adéquats),
-
viennent ensuite les conséquences d'une poursuite non
maîtrisée des évolutions démographiques actuelles
(voir
l'étude
de Nature, 2 août 2001) Les risques et conflits divers en
découlant pourraient être évités par la révision
des politiques de natalité et d'immigration-insertion dans les pays
en décroissance démographique, par la promotion des femmes,
l'élévation du niveau de vie et l'accentuation du contrôle
des naissances dans les pays en croissance. Là encore, sur le mode
des accords de Kyoto, des objectifs globaux pourraient être
proposés,
-
en troisième lieu viennent les conséquence du refus de prendre
en considération la mondialisation, et par conséquent le refus
de négociations internationales visant à prévenir ses
effets négatifs en conservant ses effets positifs. Le principal effet
négatif de la mondialisation sera le risque accru de conflits entre
pays pauvres et pays riches, du fait de l'accroissement de l'exploitation
des pauvres par les riches, mais aussi du fait que les inégalités
deviendront de plus en plus "palpables" et seront de moins en moins
acceptées par les pays pauvres, qui multiplieront les actions violentes.
Pour prévenir cela, entre autres, des politiques globales organisant
diverses formes de transferts gagnant-gagnant vers les pays pauvres, y compris
sous forme de délocalisations industrielles et agricoles, doivent
être acceptées et négociées.
Quelles sont les mesures à prendre dès
maintenant pour préparer les opinions publiques aux changements de
politique ?
-
mettre à la disposition du public, sous une forme pédagogique
adéquate, les travaux des experts relatifs aux risques et solutions
précédemment énumérés. Ceci suppose un
effort considérable de formation et d'information, avec un volet
interactif important (accès par Internet à des modèles
et simulations, consultations répétées de l'opinion,
sur le thème "que voulez vous en conscience pour vos enfants et
petits-enfants ?" etc,
-
étudier en détail les divers scénarios palliatifs, chercher
des interlocuteurs institutionnels, économiques et associatifs dans
la communauté internationale (y compris parmi les réseaux de
l'anti-mondialisation),
-
relancer la recherche scientifique publique, fondamentale et appliquée,
dans les domaines permettant soit de pallier les risques soit d'ouvrir de
nouveaux horizons. Il s'agit notamment des domaines des nouvelles énergies,
de la génétique et du vivant, de l'intelligence artificielle
au sein du réseau Internet, de l'exploration spatiale. Dans tous ces
domaines, l'objectif sera d'éviter l'appropriation du futur par de
super-puissances politiques et économiques Il conviendra de convaincre
les citoyens que le financement de cette recherche devra être assuré
par prélèvements sur les activités de consommation.
Quelles sont les mesures d' "affichage" indispensables
dès aujourd'hui ?
Le mot "affichage" est inspiré des travaux de Jean-Louis Dessalles
sur le
"langage-afficheur".
L'affichage est d'abord attendu des hommes politiques, mais aussi des citoyens
engagés. Il a pour objet d'initialiser des processus vertueux de
"bifurcation" vers de nouvelles "hiérarchies d'ordre" "loin de
l'équilibre" :
-
relancer les débats démocratiques sur les objectifs, les moyens,
les retombées de la recherche scientifique fondamentale publique,
-
utiliser ou faire naître les opportunités du renouveau d'un
dialogue mondialiste, sur les enjeux, risques et modalités souhaitables
de la mondialisation, notamment, mais pas seulement, avec les acteurs de
l'anti-mondialisation,
-
utiliser ou faire naître les opportunités d'un dialogue
intergouvernemental européen en relançant, sur les bases
indiquées ci-dessus, les formes existantes - ou d'autres à
faire émerger - de la construction européenne, notamment dans
les questions concernant l'europe-puissance,
-
expérimenter, au-delà des règles de la démocratie
représentative (mais sans refuser celles-ci), les nouvelles formes
de démocratie politique permise par l'Internet et les réseaux
massivement multi-agents (intelligents) découlant des modèles
actuellement à l'étude en matière d'intelligence
artificielle simulant le fonctionnement neuronal.
Les présentes propositions sont-elles
crédibles ?
On objectera qu'elles reposent essentiellement sur le "il n'y a qu'à"
alimenté par une foi irresponsable dans la science et les scientifiques.
Nous ferons à cela trois réponses :
-
la science est le seul processus collectif existant à ce jour sur
terre, hors les "révélations", pour baliser le futur en assurant
le maximum d'auto-contrôle et de falsifiabilité de la pertinence
des assertions et modèles,
-
le "il n'y a qu'à" est le seul processus existant à ce jour
pour provoquer des ruptures dans les équilibres équivalent
à la mort entropique, en relançant le déséquilibre
générateur d'incertain lui-même générateur
de possibilités de meilleure adaptation (sur le mode hasard,
sélection, amplification),
-
dans la perspective darwinienne, si d'autres ont de meilleurs propositions,
qu'ils les fassent, et que les meilleurs gagnent.
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