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Quel serait l'intérêt de la votation électronique

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

2 août 2000

Nous sommes souvent interrogés sur les perspectives et l'intérêt du vote électronique, que l'on peut appeler aussi votation lorsque, comme chez nos amis helvétiques, le citoyen est appelé à se prononcer fréquemment sur des sujets d'intérêts locaux. L'idée est simple et tentante. Pour éviter à l'électeur de se déplacer (déplacement présumé, sans doute à tort, jouer un rôle important dans l'abstention), pourquoi ne pas le mettre en relation avec son bureau de vote par Internet?  Les consultations peuvent alors se faire plus rapprochées, sans dérangement. De même, les questions posées peuvent être un peu plus diversifiées, sous forme de questionnaires. Enfin, les résultats peuvent être connus rapidement, tant au plan local qu'au plan national.

La grande question est évidemment celle de la sécurité. Les enjeux politiques sont tels, et les exemples de fraudes électorales si nombreux (suivez mon regard, vers une grande ville bien connue des Parisiens) qu'il faudrait des dispositifs extrêmement fiables pour décourager les manipulations de toutes sortes...et encore. Chacun sait que l'ingéniosité du perceur de coffre-fort est à la hauteur de la richesse enclose dans les flancs de celui-ci.

Il faudrait certainement équiper les électeurs avec des cartes à puces véritablement renforcées (incluant une identification infalsifiable de la personne , fond de l'oeil ou autre). Il faudrait que les bureaux de vote disposent de serveurs bardés de fire-walls, dotés de logiciels d'identification de l'interlocuteur sans failles. Il faudrait enfin que les lignes, routeurs et autres éléments de réseaux reliant l'électeur individuel aux bureaux soient eux-mêmes blindés et durcis. Enfin, d'autres mesures, bien utiles par ailleurs (suivez encore mon regard) comme la publication en ligne des listes électorales, et le droit pour tout citoyen de demander des éclaircissement quant à la consistance de celles-ci, devraient être généralisées. 

Bref, que d'investissements pour une opération se renouvelant à rythme relativement espacé - sans compter les réactions des mauvais coucheurs qui crieraient à la politique liberticide du seul fait de se voir dotés d'une carte d'identification et inscrits (horresco referens) sur des fichiers mentionnant nécessairement (horresco referens bis) leur adresse personnelle.

Le bon sens expliquera qu'avant de mettre en place des dispositifs de votation électronique, si les partis et militants souhaitent utiliser Internet, ils ont bien d'autres occasions de le faire, en pratiquant les listes de diffusion, les sites webs interactifs et autres solutions de la démocratie électronique, encore peu utilisées malheureusement dans la vie politique et syndicale, par rapport à ce qui pourrait déjà être fait, avec les technologies du moment.

Faudrait-il donc renoncer jusqu'à nouvel ordre au vote électronique dans le domaine politique? Nous ne le pensons pourtant pas, car de telles procédures représentent des solutions d'avenir, précisément en termes de démocratie participative. Ces solutions ne pourront que se développer, si les réflexes citoyens deviennent, comme il est souhaitable, une exigence de plus en plus répandue dans nos sociétés libérales.

Il est fondamental de pouvoir, quoique en prétendent les représentants politiques de l'ancienne école, connaître le point de vue des gens, ne fut-ce qu'à titre consultatif, c'est-à-dire sans déposséder le parlement de son autorité législative. Je verrais bien les ministères, mais aussi les collectivités locales et les autorités européennes, pratiquer de telles consultations. Il faudra certainement établir quelques règles d'éthique, mais, comme l'on sait, les éthiqueteurs ne manquent pas dans notre beau pays.

Par ailleurs, la solution de la carte à puce personnelle ouvrant certains droits d'accès administratifs trouverait là un regain de justification. L'on sait que le programme e-europe de la Commission européenne en recommande l'usage, mais personne ne se presse pour implémenter réellement une solution qui offrirait pourtant tellement d'avantages, en termes de faciliation de procédure et de sécurité - avantages pour les gens normaux, désavantages pour les magouilleurs, ceci expliquant sans doute cela.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/votation.htm
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