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Répondre aux défis de MM. Jean-Marie Messier et  Alain Minc

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

19 septembre 2000

Je  vous accable de deux éditoriaux à 3 jours d'intervalle, ce qui ne se fait pas en général, sauf inflation du moi. La faute en est au Nouvel Observateur, et plus particulièrement à Laurent Joffrin, dont l'article remarquable Messier- Minc: Capitalistes de tous les pays, unissez-vous. http://www.nouvelobs.com/economie/eco1.html a remué les sangs républicains, non seulement des amis d'Admiroutes, mais d'autres associations citoyennes .

En gros, le sujet est le suivant. Laurent Joffrin, à la lecture des livres récemment écrits par les deux personnalités citées dans son titre, a sauté sur la corde du tocsin pour nous réveiller de notre sommeil de consommateur charmé par les chantres du libéralisme. J'avais déjà signalé dans la Gazette d'Admiroutes N°28 la question qu'il pose, mais il faut y revenir. Les citoyens que nous sommes doivent-ils confier totalement leur sort aux grandes entreprises multinationales qui nous gouvernent ? (Voir aussi, toujours dans le Nouvel Obs, même numéro: Ces géants contrôlent votre vie http://www.nouvelobs.com/dossier_1871/dossier1.html) Doivent-ils renoncer à obtenir de la part des Etats la moindre protection - ceci d'autant plus, répétons-le, que le libéralisme fonctionne comme une machine darwinienne classique: ceux qui l'emportent sont ceux qui, sur le moment (sur le court terme) sont les plus forts, mais rien ne garantit que leur succès d'aujourd'hui ne conduise pas à des catastrophes à plus long terme. Les Etats, eux, s'ils ont une légitimité, devrait être celle de la préservation du long terme au service de l'intérêt général.

Le problème est que les Etats, même démocratiques, n'écoutent en général que ceux qui crient le plus fort, ou payent le plus cher (en argent parfois, en votes toujours) . Les citoyens perdent donc leur temps à appeler l'Etat à l'aide s'ils ne s'organisent pas eux aussi pour peser dans la compétition darwinienne. Ceux qui veulent échapper à l'ordre libéral le savent depuis longtemps. Il y a la solution que l'on appelait dans les années trente du siècle précédent, celle des minorités agissantes (du type démontage de MacDo). Il y a aussi les solutions associatives militantes, du type de ce que font ATTAC ou Greenpeace.

Mais tout le monde n'est pas José Bové, ni capable de sauter d'un Zodiac sur les baleiniers japonais et norvégiens. Parallèlement ou en amont, il faut trouver les outils permettant de faire s'exprimer et se mettre en relation des milliers de petits groupes de gens. Nombreux sont ceux qui voudraient réfléchir ensemble à leurs besoins et aux solutions qu'ils souhaiteraient voir appliquer. Ils auraient de cette façon matière à interpeller les Pouvoirs publics avec un peu plus d'autorité qu'en restant atomisés. Partis et syndicats diront qu'ils jouent déjà ce rôle, regrouper les citoyens et les faire réfléchir. Mais, de l'avis de beaucoup de gens, partis et syndicats sont souvent à mettre dans le camp des institutionnels, ceux précisément à qui il faut s'adresser avec des moyens d'expression renouvellés, pour les faire bouger.

Que faire alors? Nous retombons évidemment sur les perspectives de l'Internet-citoyen. Vous vous répétez, mon brave, direz-vous. Pas vraiment, parce que l'Internet-citoyen n'est qu'un mot, si l'on n'essaye pas d'en expérimenter et d'en discuter les diverses formes, en les mettant d'ailleurs elles aussi en concurrence ou compétition les unes avec les autres.

Ce mot d'Internet citoyen peut se traduire par quelque chose d'assez simple. Imaginons d'abord de petits groupes de personnes qui se réunissent de temps en temps dans un lieu public, genre café.  Ils choisissent ensuite divers sujets dont ils veulent s'informer et discuter. Pour lier tout cela, ils utilisent abondamment l'Internet. Ici, quand je parle d'Internet, ce n'est pas de vieilles brouettes ringardes qu'il s'agira, mais vraiment de l'Internet moderne (avec par exemple des webcams, qui peuvent servir à autre chose que filmer des gens dans leur bain). Les petits groupes de gens dont nous parlons seraient très contents de filmer leurs réunions au café du coin, et diffuser leurs propositions en web-TV. Pourquoi se priver de cette possibilité de toucher le monde entier?

Internet, rappelons-le, est devenu suffisamment bon marché et facile à mettre en oeuvre pour qu'une petite association de rien du tout puisse s'en servir. On peut d'ailleurs se demander si certains de ceux qui dénoncent la "fracture numérique" ne cherchent pas en fait à dissuader les prétendus fracturés d'utiliser Internet, en en faisant un monstre de complexité.

Qui s'intéressera à ce que raconteront tous ces groupes, direz-vous? Rassurez-vous, les journaux et les hommes politiques, qui sont des malins, finiront par entendre certaines choses et en tenir compte. Je ne parle pas des grandes entreprises, qui auront certainement très envie de récupérer les initiatives dans leurs propres réseaux, si ces initiatives réussissent à se faire entendre. Mais peut-on récupérer les tourbillons de la rivière?

Je vous reparlerai de tout cela plus concrètement j'espère dans quelques temps.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/repondre.htm
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