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Referendum et consultation par Internet

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

4 septembre 2000

La question de l'opportunité du referendum, dans une démocratie comme la France, est réactivée par l'approche du referendum sur le quinquennat. Certains observateurs pensent qu'une forte abstention signerait la mort par désuétude de cette forme de consultation prévue par la constitution. D'autres s'interrogent plus généralement sur l'opportunité de consulter les français sur des questions d'ordre politique. Pour les uns, seules d'infimes minorités de citoyens se sentiraient concernées. Pour les autres, au contraire, il faudrait relancer, au delà de sondages plus ou moins sérieusesment organisés, les referendums d'initiative populaire, où la consultation est décidée, non pas par le pouvoir, mais par un certain nombre de citoyens ou d'institutions - sans parler, comme en Suisse, du rôle possible des collectivités locales.

Ceci appelle deux observations. D'abord il ne semble pas qu'en France les politiques ou les médias ressentent vraiment comme une urgence la nécessité de multiplier les appels à l'avis des français. L'on donne à cela de bonnes raisons: il est difficile de poser des questions judicieuses et claires, les gens ne joueraient pas nécessairement le jeu du questionnement, mais répondraient à côté des questions posées, la plupart ne s'intéressent qu'au football et au tiercé,  etc. Nous pouvons y voir au contraire un mépris inquiétant de l'aptitude des citoyens à disposer d'opinions pertinentes, et surtout une crainte de lever le couvercle de la marmite, en habituant les gens à s'exprimer sur des sujets politiques hors des consultations électoriales, ce que les tenants archaïques de la démocratie représentative - où tout doit passer par les élus - craignent comme le diable.

La deuxième observation est que sur ces diverses questions, nul ne mentionne Internet et l'extraordinaire facilité qu'il pourrait offrir, tant aux citoyens pour discuter et s'exprimer à propos des questions politiques, qu'aux pouvoirs et mouvements se disant démocratiques pour s'inspirer de leurs opinions.

Il n'est pas nécessaire de s'embarasser de ce que prévoit la constitution en matière de referendum pour mettre en place, soit dans le cadre des institutions étatiques ou locales, soit à l'initiative populaire, des forums sur toutes les questions de société, ouverts à tous. Ces forums pourraient s'accompagner de sondages ou mêmes de votes, qui donneraient d'intéressantes indications sur l'état de l'opinion. Les échecs de quelques forums sur des questions ésotériques, mal organisés et mal gérés par les pouvoirs publics, ne doivent pas servir d'excuse pour ne plus rien faire en ce domaine.

Evidemment, pour éviter des manipulations toujours possibles, un minimum de règles et de déontologie devraient être proposées, le cas échéant sous forme de charte commune aux différentes inititiatives de consultation. Par ailleurs, les résultats des dites consultations ne seraient pas à prendre comme parole d'évangile, mais pourraient cependant orienter utilement des débats politiques plus officiels. Enfin, pour éviter que ne s'expriment que les seuls branchés, le développement des points publics d'accès trouverait là une justification de plus. Des logiciels simples d'analyses des points de vue exprimés pourraient enfin, dans le cadre déontologique évoqué plus haut, informer à peu de frais chacun sur ce que pensent les autres.

Il est tout à fait anormal en tous cas que les partis ou syndicats qui se prétendent démocratiques,  et soucieux de l'opinion populaire, n'aient pas déjà depuis longtemps donné l'exemple de telles tribunes. Il faut quelques moyens pour organiser et modérer ces formules, en toute transparence s'entend, mais l'accroissement de l'intelligence collective parait à ce prix.

C'est un thème qu'Admiroutes a déjà abordé et continuera à étudier dans ses études sur les automates intelligents (voir notamment "How to develop intelligence and consciousness in governments?")

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/referendum.htm
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