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A quand des administrations sur les places de marché virtuelles?

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

20 mai 2000

Voir la réponse de Gérard Lopez, ministère de l'Equipement, en date du 06/06/00. JPB

Le Monde Interactif du 17 mai 2000 (Cécile Decourtieux http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2066-61902-MIA,00.html....) insiste à juste titre sur le développement rapide et sur l'intérêt des places de marchés virtuelles. Il s'agit de plateformes électroniques, offertes par des opérateurs spécialisés, où acheteurs et vendeurs confrontent leurs demandes et leurs offres, à partir de catalogues en ligne. Ils y trouvent (si l'on en croit les habitués de la formule) les meilleurs conditions de prix, de choix et qualité de produits, de délais. C'est en effet la confrontation sur un même marché instantané du plus grand nombre possible de concurrents qui permet ces résultats. Il s'agit d'une forme évoluée du commerce électronique business to business (b2b) mais aussi, dans certains cas, de business to consumers (b2c), si du moins ces derniers se regroupent en coopératives d'achat.

Les places de marché électroniques existent sous différentes formules: par type d'entreprise ou de métier (par exemple l'automobile) par type de produits (par exemple l'agro-alimentaire) et souvent, pour des raisons pratiques, par zônes géographiques plus ou moins étendues.  Ce furent d'abord les grandes entreprises qui inaugurèrent la démarche, par branches professionnelles. Mais aujourd'hui, les PME/PMI sont concernées et s'y intéressent, tant à la vente qu'à l'achat.

Toutes les formes d'achat y sont possibles, par petites commandes ou pour les quantités plus importantes, par appel d'offre ou marché négocié, l'acheteur pouvant ensuite se faire livrer les produits nécessaires au fur et à mesure de ses besoins. Toutes les dépenses publiques ne relèvent pas encore de ce type de service. Il est évident que la construction d'un lycée, par exemple, ne constitue pas une opération assez courante pour bénéficier du commerce électronique, au moins pour le moment. Mais il en reste assez pour justifier la démarche.

Il est évident que les administrations de toutes natures, qui sont grandes acheteuses (mais aussi occasionellement vendeuses) devraient pratiquer assidûment, dorénavant, de telles instances. C'est bien ce qui se fait, par exemple, aux Etats-Unis. Les administrations fédérales ont annoncé avoir réalisé, de cette façon, d'importantes économies, tant sur les prix que sur les coûts de gestion et de logistique.

Qu'en est-il des administrations françaises, administrations de l'Etat ou collectivités locales? L'importance globale de leurs achats (près de 600 milliards de FF par an, sauf erreur) justifierait la recherche de meilleurs conditions contractuelles, génératrices d'économies. Mais poser la question conduit à relancer cette autre et douloureuse question: à quand la dématérialisation des procédures d'achats publics? Cette dernière, qui devait faire l'objet d'importants chantiers pratiques, et s'accompagner de quelques ajustements du code des marchés publics et des réglementations comptables, n'a guère progressé, alors qu'elle avait été annoncée depuis au moins 2 ans. Des expériences prometteuses avaient été faites (par exemple au ministère de l'équipement), mais n'ont pas été suivies de généralisation. Ceci malgré la forte demande exprimée au niveau de la Commission européenne, notamment par les partenaires du programme SIMAP. Les raisons de ce retard sont complexes. Nous préférons ici ne pas essayer de les analyser.

Ceci dit, l'arrivée des places de marché virtuelles permettrait de reprendre ces effors de dématérialisation de la commande publique de façon peut-être plus concrète et susceptible d'être engagée plus progressivement, à partir de types d'achats plus faciles que d'autres à réaliser de cette façon.

Quels avantages y trouveront les acheteurs publics? D'abord une requalification de métier d'acheteur lui-même. Profiter des opportunités de ces places de marché suppose des responsables très avertis, suivant en permanence l'évolution des offres et des demandes, et capables d'ajuster en finesse la commande et la gestion des stocks aux circonstances les plus favorables offertes par les marchés. Ensuite, des économies, plus ou moins importantes suivant la réorganisation des circuits de gestion et de dépense, en matière de coûts administratifs (les entreprises fournisseurs en bénéficiant également). Enfin, et surtout, comme nous l'avons dit, l'acquisition de produits bien adaptés aux besoins, négociés aux meilleurs prix, et livrés au moment le plus opportun.

Evidemment, les juristes connaissant mal les processus et usages de ces places feront valoir que les garanties de mise en concurrence ou de choix des meilleurs fournisseurs supposées être apportées par les procédures d'achat traditionnelles ne seront pas assurées. Cependant, lorsque l'on sait, à partir d'exemples quotidiens, comment sont appliqués en réalité des textes supposés protecteurs, mais tellement lourds qu'ils ne sont généralement  pas respectés en totalité, l'argument ne porte guère. Les opérateurs de place peuvent d'ailleurs aider les administrations à éviter les ententes ou manoeuvres doûteuses: large diffusion des appels d'offres, large appel à la concurrence, choix du meilleur prestataire. Toutes les opérations étant enregistrées et pouvant être conservées, dans le cadre d'un service complémentaire de type Tiers de confiance, les administrations acheteuses et les contrôleurs trouveront là autant de garanties que dans les procédures traditionnelles.

Tous les risques ne disparaissent pas: marchés encore trop étroits, formations de monopoles ou d'ententes, absence de produits désirés, etc. Mais les entreprises du secteur concurrentiel, autant que les administrations, sont soucieuses de remédier à ces risques. Si la formule des places de marché virtuelles se développe à leur profit, ce sera parce qu'elle sera avantageuse pour elles. Il n'y a pas de raisons pour qu'elle ne le devienne pas aussi pour les administrations.

A ceux qui néanmoins souhaiteraient approfondir les précautions à prendre face à une formule d'achat qui leur parait encore mal maîtrisée, nous pouvons suggérer l'étude de cas suivante: prendre une opération "classique" de passation de marchés supposée mériter des éclaircissements, voire un audit (exemple de l'opération de rénovation des lycées d'une région du sud de la France, citée par le nouvel Observateur du 18 mai, n° 1854, p. 74) et se demander en quoi les errements suspectés auraint été aggravés, ou au contraire rendus plus difficiles, par l'utilisation de places de marchés virtuelles.

Ajoutons que, dans la perspective où les administrations de divers pays européens se retrouveraient sur de telles places, l'impact en matière de rationalisation des achats et de renforcement du potentiel des fournisseurs serait politiquement très important.

Il serait donc intéressant de recenser les expériences en cours ou en projet, et d'évaluer leurs résultats. Les administrations offrent des marchés suffisamment importants pour pouvoir ouvrir, directement ou par opérateurs interposés, leurs propres places de marché. Mais l'on n'imagine pas une telle démarche décidée d'emblée en France. La meilleure façon serait de se présenter sur des marchés déjà existants, où les besoins d'approvisionnement sont bien cernés; par exemple les fournitures informatiques ou les petits équipements.

Olivier Escriva, du Monde Interactif, conseille, à titre pédagogique, de visiter 3 sites spécialisés :
www.nexchange.com (en anglais)
www.virtualmarketplace.com (en anglais)
www.agrifirst.com

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/placedema.htm
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