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Réformer a priori ou démocratiser les administrations?

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

29 mars 2000

Trois ministres viennent de tomber devant l'opposition des fonctionnaires, dans les domaines de l'éducation nationale, des finances et des retraites. Un jugement rapide de l'opinion pourra conclure que les gentils réformateurs de l'Etat et de ses principales administrations se sont heurtés aux méchants syndicats de fonctionnaires, désireux de ne rien changer aux méthodes de travail et aux "avantages acquis".

Ce facteur a peut-être joué, mais il n'a certainement pas été le seul, et c'est tant mieux pour ce qui concerne l'estime que les français devraient continuer à ressentir à l'égard de leurs fonctionnaires. Nous voudrions, avec toute la prudence qui s'impose dans des matières complexes, suggérer une autre explication, qui irait davantage, pensons-nous, dans le sens de l'avenir.

Nul ne nie, surtout pas au sein d'Admiroutes, qu'il n'y ait matière à réforme, en ce qui concerne l'Etat en général, et plus particulièrement l'éducation, les finances, la gestion des personnels, et bien d'autres domaines (la justice, la santé, la sécurité sous toutes ses formes). L'Internet et ses développements dits "citoyens" ou "alternatifs" en montrent constamment de nouveaux exemples. Mais si l'on regarde les contenus et méthodes de réforme qui avaient été proposés en ce sens par les ministres précités, l'on n'y voit pas - sauf peut-être dans le domaine des services extérieurs des finances - tout ce que l'on aurait été en droit d'attendre de Pouvoirs Publics décidés à jouer pleinement des opportunités de dialogue, d'innovation et de participation désormais offertes par la société de l'information … désormais offertes, ou, mieux vaudrait-il dire, désormais rendues indispensables par la société de l'information.

Si les ministres précités ont suscité l'opposition des syndicats et des agents, sans s'attirer le soutien de l'opinion, ce n'est pas pour avoir appelé à multiplier les initiatives locales destinées, selon l'expression consacrée, à réinventer l'administration, à partir de la base et en coopération avec les usagers concernés. L'on a vu au contraire des schémas définis a priori par des experts sans doute compétents, mais encore trop empreints d'une vision centralisatrice et peu coopératrice de l'Etat, quand ce n'était pas, pour ce qui concerne l'éducation, par des points de vue dogmatiques loin de ce qui se passe réellement au sein des établissements les plus engagés dans la lutte contre l'exclusion et pour les nouvelles technologies.

Nous sommes persuadés ici qu'en reprenant tout à zéro, sans idées préconçues concernant les objectifs finaux à atteindre, ou l'obligation d'imposer partout dès le début les mêmes schémas, mais en utilisant Internet pour expérimenter à la base de nouveaux contenus de services publics et de nouvelles méthodes de travail entre fonctionnaires de terrain et citoyens, l'on pourrait relancer tous ces chantiers avec beaucoup plus de chances de réussite. Mais cela supposerait beaucoup d'humilité chez des hiérarchies qui croient tout savoir, et aussi beaucoup de compétences et de foi dans l'utilisation des méthodes et de la philosophie de la société de l'information, tant au sommet qu'à la base.

Ceux qui dans la pratique de terrain, comme aux sein des forums et listes de diffusion informels, voient toute l'impatience d'agir des fonctionnaires et des citoyens face à ces nouvelles opportunités, et leurs multiples bonnes idées et réalisations encore trop ignorées ou soutenus, n'ont aucune raison de désespérer des capacités des administrations à se réformer. Ceci même en ce qui concerne les syndicats, lorsque qu'ils veulent bien eux-aussi abandonner les points de vue dogmatiques en se rapprochant des initiatives locales.

Mais, il faut bien le dire, ce que l'on ne voit pas encore en France, c'est comment l'appareil d'Etat et de pouvoir, au sein notamment des cabinets ministériels et des luttes pour l'accès aux fonctions directoriales, pourrait évoluer suffisamment afin de laisser s'exprimer plus librement les forces périphériques. La peur est encore trop grande de perdre rôle et prestige, face à l'opinion et aux médias. Les réformes à faire doivent rester personnalisées par un Monsieur quelque chose, grand gourou et charmeur en toutes choses, et ne pas dépendre d'un lent apprentissage de la démocratie au sein des réseaux coopératifs.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/ministres.htm
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