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Réflexions sur l'idée d'Initiative Coopérative d'Information (ICI)

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2 pages

Editorial  de Jean-Paul Baquiast

16 janvier 2000

Voir aussi la réponse d'Olivier Zablocki: Nouvelles précisions sur l'ICI Radiophare

Depuis quelques mois se développent en France de nombreux projets reposant sur le principe de l'Internet-citoyen. Il s'agit en gros d'utiliser Internet, non pas pour consommer des produits tout faits proposés par des "marchands" puissamment organisés (cf AOL-Time Warner), mais pour travailler soi-même au service d'intérêts communautaires plus ou moins désintéressés. Le Chapitre français de l'Isoc, Adminet et Admiroutes suivent d'aussi près que possible ces aventures, où nous retrouvons notre propre démarche. C'est ainsi que nous avons animé le forum des Cahiers de doléances, qui pourrait trouver une suite dans des Portails-citoyens de proximité. Plus récemment a été lancé la Mission-Ouragan pour essayer de facilitier les relations entre offre et demande d'assistance suite aux tempêtes. A plus grande échelle, et dans un esprit un peu différent, nous trouvons les Points d'accès Internet tels les PAPI lancés par la Ville de Brest. L'avenir dira ce qu'il adviendra de tout ceci.

Récemment, une autre formule s'est fait jour, qui me parait personnellement riche d'avenir, non exclusive des précédentes d'ailleurs. L'initiative en revient aux promoteurs du Radiophare, qui ont trouvé avec le naufrage de l'Erika et la pollution généralisée de la côte bretonne en ayant résulté, l'occasion de montrer son efficacité. Si je peux interpréter sans erreur l'idée d'Initiative Coopérative d'Information (ICI) développée par Olivier Zablocki et Henri Guéguen, il s'agit avant tout de donner vie par le moyen d'Internet à une communauté de personnes militant dans un but commun, sur un plan local mais aussi si besoin est sur un plan plus large.

Schématiquement,  cette ICI se compose ainsi d'une ou plusieurs listes de diffusion, par domaines, articulées autour d'un serveur central qui reprend et met l'accent sur les principaux messages échangés. A ces listes s'abonnent les militants internautes souhaitant participer à l'action commune. Certains d'entre eux sont dénommées Vigies, lorsqu'ils jouent effectivement un rôle d'alerte et d'information du centre à partir de la périphérie...par exemple aujourd'hui pour signaler l'état local de la pollution pétrolière dans telle ou telle commune.

Plus l'infrastructure du réseau sera économique, souple et performante (boucle locale haut débit radio, par exemple), plus les internautes, qui ne sont pas tous experts de l'Internet complexe, seront incités à s'en servir. Mais, de toutes façons, les responsables du serveur doivent faire un effort de pédagogie considérable, aussi bien pour l'usage des outils que pour le respect d'un certain nombre de normes et étiquettes de fonctionnement.

Une autre formule intéressante est celle de l'Audition Publique, imaginée par Henri Gueguen. Elle complète le réseau en mettant en présence à intervalles réguliers les internautes et les personnes n'ayant pas encore l'accès à l'Internet, pour s'informer, auditionner des "autorités", discuter des mesures à prendre en commun. L'Audition est particulièrement utile en période de crise, mais elle se justifie tout autant dans le cadre d'une veille de routine, par exemple en cas de lutte contre certains risques récurrents.

L'ICI Radiophare se dit apolitique et non-commerciale. C'est une condition essentielle à la démarche citoyenne, afin d'éviter toute récupération. Il n'est pas possible d'éviter de se situer dans une philosophie politique donnée, mais il ne faut pas en faire un motif d'appartenance ou d'exclusion. C'est l'objectif que l'on se donne qui parle de lui-même.

Un problème plus complexe est celui de la relation avec les administrations. C'est  ce problème qui nous voudrions évoquer ici. Nécessairement, une action militante, ou  ccopérative, ou citoyenne, ou civile (chaque terme à ses défenseurs) , qu'elle soit locale, nationale ou européenne, est conduite à "interpeller les autorités", comme l'on dit. Des questions seront posées, afin d'obtenir des réponses qui seront communiquées aux gens. A l'inverse, des suggestions ou propositions seront faites, dont beaucoup se révéleront utilisables par les administrations, si elles sont prises en compte.

La logique voudrait que l'autorité administrative soit heureuse de coopérer avec ces structures nouvelles, sans pour autant lui déléguer ses responsabilités. Des informations seraient échangées, dans les deux sens. Une meilleure synergie en résulterait. Malheureusement, en France, tout au moins, la tradition veut que chacun reste chez soi. Les associations, les ONG, les bénévoles de toutes sortes sont souvent ressentis comme incompétents, sinon gêneurs, par les services publics.

Internet devrait modifier ce climat. Des messages informels peuvent circuler entre les fonctionnaires et les militants, créant un climat de confiance. Encore faut-il que les administrations jouent le jeu. La demande élémentaire faite par tous ceux qui, comme nous, cherchons la modernisation des administrations, est la mise en place d'adresses électroniques permettant de communiquer facilement avec les responsables hiérarchiques moyens ou supérieurs. Ceci suppose d'importantes réorganisations de l'organisation, car les messages reçus doivent recevoir des réponses adéquates. Il faut vraiment travailler de façon coopérative, comme je le soulignais dans un précédent éditorial ( Apprendre à travailler sur Internet avec les citoyens ). Or, dans l'écrasante majorité des cas, les administrations de terrain ne disposent pas de telles boites à lettres, ou ne s'en servent pas.

La structure se retrouve donc sans interlocuteurs, ce qui n'est pas bon pour la démocratie. 

Peut-on changer cela rapidement? Je dirais oui, mais l'expérience que nous avons des Cahiers de Doléances montre que c'est à nous, selon moi, de faire les premiers pas. Il faut se constituer en structure de fait, sinon de droit, donnant une identité cohérente et transparente. Il faut que le dialogue avec les administrations respecte des règles minimum de civilité et de fair-play, en évitant par exemple de piéger l'interlocuteur. Ceci dit, on ne pourra demander aux citoyens d'être experts en tout, et les administrations devront admettre qu'une partie de leur rôle sera pédagogique, afin par exemple d'éclairer certaines complexités, qui n'apparaissent pas toujours au grand public.

De toutes façons, la meilleure formule pour assurer l'objectivité des dialogues est de publier systématiquement sur le serveur, dans l'ordre chronologique, les messages envoyés, les réponses reçues (ou les non-réponses) , avec tous commentaires pertinents. Si les administrations jouent le jeu du dialogue coopératif, et s'inscrivent de leur plein gré dans un tel processus, chacun en sortira gagnant.

Les mêmes règles devront être appliquées à l'égard des hommes politiques et autres "notabilités" auxquels l'on jugera utile de s'adresser.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/ici.htm
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