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L'ENA et l'Europe de la société de l'information

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

17 juin 2000

C'était une bonne initiative des associations d'anciens élèves de l'ENA, d'HEC et de Polytechnique, d'organiser les 15 et 16 juin, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne,  un colloque (payant) sur le thème : l'Europe des responsables: quelles formations pour quelles décisions?

Je dois vous faire part de ma déception. Bien sûr, tout n'était pas sans intérêt dans ce colloque. Rien que le fait de voir nos 3 Ecoles aborder ensemble la question de l'Europe marquait un pas en avant certain dans la reconnaissance de l'autre.  Mais, à part quelques rares interventions, dont celle, remarquable mais trop isolée d'Alain Bensoussan, président du CNES, je crois que les représentants des associations d'anciens élèves, comme ceux des Ecoles, sont passés à côté d'une partie essentielle de la question: qu'est-ce que l'Europe d'aujourd'hui? Que souhaiterions-nous qu'elle devint? En quoi les grandes Ecoles forment-elles leurs élèves à affronter utilement ces deux problématiques?

En caricaturant un peu,  je dirais que ce Colloque ne se serait pas tenu autrement lors de mes études à l'ENA, il y a fort longtemps. Pour nos enseignants de l'époque, l'Europe était une construction juridique, passablement ésotérique, dont il fallait découvrir les arcanes. La façon d'aborder la question européenne était de se poser la question du nombre des étudiants "étrangers" à l'Ecole, du nombre des stages réalisés hors frontières, et de l'intérêt de toutes ces questions pour le classement final.

Les 15 et 16 juin, nous avons surtout entendu les représentants des institutions se féliciter de la façon dont ils savaient aborder la modernisation de leurs enseignements, sans donner beaucoup de place à l'évaluation critique, ni même à la question simple de savoir ce que les gens qui étaient venus les écouter auraient aimé entendre?

Comment en aurait-il pu en être autrement, direz-vous? Le choix du grand amphi de la Sorbonne, certes prestigieux, mais à l'acoustique détestable, aux équipements multimédia inexistants, ne pouvait qu'encourager les discours compassés, et l'auto-satisfaction partégée. Le sujet aurait mérité d'abord d'être précédé d'une consultation des gens qui payaient pour se faire informer: qu'attendaient-ils exactement? Un site Internet sur ce sujet aurait été très révélateur, j'en suis persuadé. Par ailleurs, la plupart des interventions auraient du s'accompagner de références en ligne à l'écran montrant les réalités européennes dont l'on se devait de discuter. La première journée toute entière s'est en effet déroulée sans la moindre allusion à l'Europe qui bouge, celle de la société de l'information, celle que connaissent tous ceux qui travaillent réellement au plan européen. Même les interventions relatives aux attentes des entreprises ont esquivé le problème pourtant crucial des téléprocédures harmonisées.

Au delà de cela, il aurait fallu nous montrer concrétement ce qu'était l'Europe qui compte vraiment: l'Europe des universités qui commençent à dispenser des enseignements en ligne,  l'Europe de la recherche scientifique, des grands programmes industriels, l'Europe de la coopération entre collectivités régionales, l'Europe des communautés d'intérêts citoyens..l'Europe fédérale, pourquoi pas? .bref, celle qui fera de notre continent une force capable de dialoguer à égalité avec la puissance actuellement dominante des Etats-Unis...

Ceci aurait permis en contrepartie d'évoquer une France réactive, des écoles stimulantes, suscitant l'intérêt des jeunes, capables de les convaincre de ne pas s'expatrier d'emblée. Je ne dis pas que cette France n'existe pas. Je dois seulement qu'elle n'est pas apparue en évidence lors de ces deux journées, ni aux français présents, ni surtout, je le crains, aux participants d'autres pays européens.

Vous allez me dire que je suis un fanatique de la société de l'information, et qu'il n'y a pas que cela dans la vie. D'ailleurs c'est ce que m'a répondu le directeur d'une des Ecoles, à qui je posais la question de savoir comment il se préparait à cette Europe de la société de l'information: "les élèves , cher monsieur, disposent aujourd'hui d'adresses électroniques, et l'Ecole met en ligne leurs travaux". Bien, bien, très bien d'avoir renoncé à la Documentation Française. Mais, est-ce que cela  suffit pour aborder l'Europe nouvelle avec les outils intellectuels nécessaires?

PS: Un de nos correspondants nous interroge sur la démission de Jacques Julliard du CA de l'ENA, et plus généralement sur la réforme de l'ENA (voir Courriel). Vaste problème. L'on pourra en reparler, mais qu'en pensez-vous vous-mêmes?

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/enaeurope.htm
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