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Quelques "devoirs" des citoyens vis-à-vis des administrations
(sur internet)

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

28 octobre 2000

Ce titre fait un peu catéchisme. Excusez-nous. Mais à force de rappeler aux administrations, comme aux fonctionnaires, tout ce qu'elles ou ils doivent faire pour être internétiquement corrects, on oublie un peu que les citoyens ont aussi des devoirs au regard de cette noble ambition. Il s'agit d'exprimer là ce qui devrait être une vérité première en démocratie: les administrations sont en grande partie ce que les citoyens en font.

Nous ne distinguerons pas ici entre les termes de citoyen, administré, électeur, usager, puisqu'il s'agit de désigner d'une façon générale les personnes vivant dans la circonscription d'une administration déterminée, ou soumises à des obligations émanant de celle-ci, et titulaires de droits à son égard.

L'idée à retenir est que les citoyens - sauf à se mettre délibérément en retrait de l'état de droit et de la vie commune - disposent aujourd'hui, avec la société de l'information, d'un certain nombre de moyens d'expression et d'action nouveaux, qu'ils doivent eux-aussi apprendre à utiliser, pour participer à la bonne gestion de la collectivité. L'idée n'est pas de viser grâce à ces techniques un utopique consensus au sein d'une cité idéale. Le débat et les affrontements sont inévitables et souhaitables. Par contre, il est indispensable à la démocratie qu'ils se déroulent de façon ouverte, afin que tous puissent y participer. Internet dorénavant sera là pour cela.

Ainsi les citoyens-administrés devront, dès que leurs moyens le leur permettront, se doter d'outils de communication modernes (connexion à l'Internet notamment) ou, tout au moins, apprendre à s'en servir. Ceci paraît exorbitant à beaucoup de gens, qui estiment au contraire tout à fait normal d'acquérir une automobile et d'apprendre à conduire pour s'acquitter de leurs diverses obligations, mais poussent de hauts cris à l'idée de devoir acheter un ordinateur et un modem. Cette réaction malthusienne n'est qu'une survivance, marquant encore le retard français face à Internet. Etant admis pourtant que tout le monde n'a pas les moyens de s'équiper, ceux qui seront dans cette situation devront chercher à s'associer pour accéder en commun aux outils et aux modes d'emploi de l'Internet.

Au-delà de l'outil, les citoyens devront apprendre à se servir des nouvelles technologies, dans leurs relations avec les élus et avec les  fonctionnaires. Ceci suppose d'abord de respecter les conditions du dialogue démocratique et les lois de la simple politesse, traduites dans ce que l'on appelle la " net-étiquette ". Mais au-delà de cela, il ne faudra pas refuser les opportunités offertes par les élus ou les collectivités afin de recueillir l'avis des gens. Des questionnaires ou des forums officiels, offerts par telle ou telle administration, et qui restent vides, traduisent un mal-être collectif dont la responsabilité n'incombe pas aux seuls " détenteurs de l'autorité ".

Dans le même esprit, quand des modalités de travail en réseau seront proposées par les collectivités (télé-procédures, par exemple), il sera indispensable que les administrés les utilisent, sauf empêchement indiscutable. Les téléprocédures ne seront pas là seulement pour alléger la tâche des administrés, elles serviront aussi à alléger celles des bureaux, afin de rendre les préposés plus disponibles en vue du traitement des cas difficiles. C'est le moindre des devoirs civiques que de s'en rendre compte (de même qu'un retraité se doit d'éviter les heures d'affluence aux guichets, pour libérer ceux-ci au profit des personnes n'ayant pas le choix de leur emploi du temps).

Dans un esprit plus marqué encore de bonne volonté et de coopération, les personnes compétentes dans une question administrative ou relative à Internet et constatant que telle administration "pourrait mieux faire" dans l'offre de service en ligne qu'elle assure, pourront prendre l'initiative de dispenser quelques conseils à leurs interlocuteurs administratifs. Elles seront écoutées ou non, selon l'état d'esprit du fonctionnaire à l'autre bout de la ligne. Mais au moins auront-elles fait leur devoir de bons citoyens soucieux de la chose publique.

Si enfin, les administrés ne trouvent pas dans les ressources de communication et de travail coopératif offertes par les élus ce dont ils éprouvent le besoin afin de jouer leur rôle, ils auront le devoir de prendre la parole sans autorisation " officielle ". La tradition des pétitions, réunions, manifestations de rue, sans disparaître, doit être complétée aujourd'hui par la mise en place de forums ou sites " alternatifs " ou " non-officiels ", utilisant différentes méthodes de communication évoluée pour attirer l'attention. Là encore, inutile de le dire, les propos diffamatoires ou comportements illégaux seront à proscrire, car ils déconsidéreront non seulement leurs auteurs, mais les nouvelles technologies en général. Par contre une saine et vigoureuse opposition ne peut que faire du bien à tous.

Enfin, bien que ni la pratique ni la loi n'organisent encore en France la possibilité de votes ou votations (y compris électroniques) sur des choix stratégiques ou décisions administratives relevant des compétences de la collectivité, nous pensons que cela devrait devenir un objectif expérimental, et que les administrés-électeurs se doivent d'y pousser chaque fois que possible. C'est ainsi que la citoyenneté en réseau pourra progressivement se concrétiser jusqu'au plan constitutionnel.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/devoir.htm
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