accueil admiroutes

Réforme de l'Etat. M. Gayssot veut interdire les tempêtes

index éditorial

1 page

Editorial  de Jean-Paul Baquiast

8 novembre 2000

On n'a pas fini d'en rire dans les coursives. M. Gayssot vient d'annoncer hier soir 7 novembre, qu'il allait proposer au Conseil européen des transports d'interdire, non pas les tempêtes, mais la navigation en Manche et mer du Nord par coup de vent annoncé. A force de courir des pistes de Roissy aux barrages routiers et aux zones de naufrage, notre ministre finit par se tromper de dossier. Les navires ne sont pas des poids lourds que l'on peut espérer garer sur un bord d'autoroutes. Même si M. Gayssot n'a jamais traversé le rail Dunkerque-Finisterre lui-même, il n'a pas pu ne pas voir, de son hélicoptère, les files de navires dans les deux sens, rail descendant et rail montant. En cas d'interdiction que feront les centaines de bateaux en approche d'Ouessant: mouiller au large (par 3.000 m.)? tourner en rond en s'abordant entre eux pour passer le temps? Voilà une proposition bien propre à ridiculiser la France face à ses partenaires: Napoléon n'est pas mort, diront nos voisins anglais. Les français ont toujours confondu la mer et la terre.

Plus sérieusement, si nous signalons cette épisode attristant, c'est parce qu'il donne à nos nombreux lecteurs s'intéressant à la chose publique et à la réforme de l'Etat matière à réfléchir. Comment se fait-il qu'un grand pays maritime comme le nôtre ait été, de tous temps il est vrai, si mal administré. Le ministre des transports, ses conseillers et ses services ne sont manifestement pas en état de s'occuper convenablement de la mer. Il faudrait absolument mettre en place un véritable ministre de la mer, doté de moyens suffisants pour traiter les dossiers et négocier. L'administration actuelle en charge des affaires maritimes, administration croupion s'il en est, n'apporte manifestement pas grande aide à son ministre.

Mais il faudrait plus que cela, comme le répètent tous ceux qui s'intéressent au contrôle du transport maritime, suite aux naufrages de l'Erika et de l'Iévoli Sun (voir notre propre dossier). Il faudrait des services côtiers aux effectifs suffisants, des moyens d'intervention en mer nombreux, un travail en coopération étroite avec les autres services publics et les collectivités locales, les professionnels, les associations de défense du littoral.

Bref, une petite centaine de millions de francs par an pour commencer, et surtout une volonté politique pour trouver les hommes et les crédits nécessaires, lesquels seront largement remboursés par les économies permises du fait des  naufrages évités ou non-naufrages (non-évènements, comme disent pudiquement les CROSS).

Les libéraux diront que l'on ne peut rien faire face à la mer, face à la dérégulation du transport maritime, face à nos voisins européens. Les interventionnistes attardés encore nombreux en France affirment le contraire. Mais pour que les Pouvoirs Publics soient crédibles, mieux vaut qu'ils aient les moyens de leurs ambitions. Interdire les tempêtes (pourquoi pas la mer?) sans se donner les capacités de faire respecter cette interdiction , ne peut que décrédibiliser l'Etat.

Inutile de dire que les mêmes propos pourraient être tenus à propos de la crise de l'ESB. Vous transposerez vous-mêmes.  

Mr Gayssot, french minister in charge of transports, and present chairman of european council for transports, has proposed yesterday the 7th of november to forbid by gale warning navigation in the North Sea, English Channel and Western approaches. Everybody knowing something about sea and maritime business, aboard ships and elsewhere, is now laughing, in France and in Europe.

But for those who believe that Governments can still be efficient when dealing with deregulation problems, this question is interesting. How is it possible that France, a country having so large a maritime domain, and so important co-management responsibilities in european waters, still have no real minister in charge of maritime affairs, no coast-guard, no means to be considered seriously by our european partners? It would be necessary to find some money to pay for this, but the investment would soon be returned by the savings. So, is it just a matter of lack of political will?  

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/2000/coursive.htm
droits de diffusion,