L'internet en France |
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L'éditorial de Jean-Paul Baquiast |
25 juin 1999 |
Différentes raisons donnent à penser que le retard français
en matière d'Internet, par rapport aux pays leaders du domaine, ne
se comble pas à la vitesse qui serait nécessaire compte tenu
de l'état de la concurrence internationale. Si le mot retard parait
inopportun, l'on peut en chercher un autre, décalage, par exemple,
mais l'idée restera la même.
Certes, le coût d'accélérateur mis par le Premier ministre,
avec le lancement du Pagsi en 1998, confirmé en 1999, a permis à
la France de commencer à réagir. Il est indéniable que,
notamment depuis un an, le rythme des connexions, des applications en
réseau, des créations d'emploi, s'est accéléré.
Dans les administrations, la nécessité d'un véritable
changement culturel semble avoir été compris, du moins au niveau
politique. Il ne faut donc pas céder à un pessimisme
systématique.
Néanmoins, il serait mal venu, dans la France profonde que nous sommes,
de se réjouir et relâcher l'effort. Les pays voisins et concurrents
de la France en Europe ont en général bien plus vite que nous
pris en compte l'Internet comme moteur de leur développement, dans
les différents aspects de la vie publique et économique. Quant
aux Etats-Unis, c'est une véritable explosion des techniques et des
usages qui les caractérise, renforçant évidemment, pour
le présent et pour l'avenir, la domination politique, économique
et culturelle qu'ils exercent déjà sur le reste du monde.
Au début de 1999, la réunion de l'Isoc.Fr à Autrans
marquait déjà un certain désenchantement par rapport
aux espoirs de pénétration de l'Internet en France. L'Aftel
pour sa part signalait le peu d'intérêt des PME pour le commerce
électronique. Les opportunités de celui-ci, conjugué
avec l'euro, ne mobilisent pratiquement pas les entreprises. Ceux qui connaissent
bien l'administration de terrain, dans les services de l'Etat comme dans
les collectivités locales, constatent de leur côté que
l'Internet est encore loin d'être pris en compte dans le travail
quotidien : workflow, téléprocédures et
téléguichets, accès aux informations et aux dossiers,
demeurent encore des concepts théoriques. Sauf exceptions, les plannings
de généralisation sur tout le territoire se comptent
désormais en années.
C'est enfin ce mois-ci le très attendu rapport de Jean-François
Abramatic qui donne l'alerte
(http://mission-dti.inria.fr).
En termes d'ailleurs très mesurés, il met le doigt sur les
composantes traditionnelles - et qui demeurent - du retard français.
Des règlements et structures de contrôle obsolètes, inutiles
sinon nuisibles (ce dernier terme est de nous...) bloquent les initiatives.
Le manque d'intérêt des décideurs économiques
pour l'innovation technologique, pour les travaux de normalisation, pour
les coopérations internationales, nous font vivre dans un cocon qui
n'a malheureusement rien de protecteur. L'absence de politique publique
d'investissement ne nous permet pas enfin de compenser des retards plus anciens,
ou de soutenir les projets véritablement créatifs.
Le rapport présente également une liste impressionnante de
recommandations à première vue toutes indispensables à
prendre en compte, au service d'objectifs qui n'ont rien d'excessivement
ambitieux, mais voudraient seulement nous remettre au niveau des autres.
Ces recommandations posent un véritable problème politique. Nous l'avons déjà abordé dans la première lecture que nous avons donné ici du rapport (http://www.admiroutes.asso.fr/ACTION/THEME/internet/abramati.htm). Si certaines d'entre elles s'adressent aux citoyens ou aux acteurs économiques, la plupart supposent des interventions fortes de l'Etat et des collectivités locales. Il faudra aménager sinon supprimer des textes et des commissions de contrôle, favoriser systématiquement les investissements en infrastructures et services-réseau, encourager de mille façons les initiatives publiques et privées visant à " travailler autrement et mieux " grâce à Internet, mieux soutenir nos intérêts au plan diplomatique, négocier avec les Etats européens des politiques de convergence et de relance visant à rendre l'Europe dans sa totalité aussi dynamique que le sont les Etats-Unis sous la tutelle jamais relâchée du pouvoir fédéral. Bref il faudra maintenir la pression d'une politique publique de très grande ampleur.
Les services du Premier ministre sont bien conscients de ces besoins, et
préparent différentes mesures, accélérant la
mise en oeuvre du Pagsi. Mais face à cela, les résistances
s'exacerbent et se diversifient.
Différents forums s'ouvrent actuellement, suite au rapport Abramatic: sur le site de ce rapport lui-même, à l'Isoc et ailleurs. Ceux qui pensent que ce n'est pas du seul marché, des acteurs économiques, des citoyens qu'il faut attendre le salut, dans la conjoncture actuelle, peuvent s'y exprimer. Si l'Etat a un sens, comme facteur de mise en évidence de l'intérêt général et des besoins de long terme, c'est dans ce domaine du passage accéléré à la société de l'information et d'une croissance équilibrée pour tous qu'il doit aujourd'hui intervenir. Nous sommes persuadés que les forces politiques, dans la majorité comme dans l'opposition, ne pourraient qu'applaudir à son engagement et à celle, concomitante, des autres collectivités publiques.
http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/pagsi2.htm