Gaspillage de l'argent public et révolution technologique |
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2 pages |
L'éditorial de Jean-Paul Baquiast |
2 juillet 1999 |
Le numéro 94 de Capital, en date de juillet 1999, consacre un dossier à 10 cas de supposée mauvaise gestion publique, se traduisant par des pertes de milliards de francs. Léditorial de Jean-Joël Gurviez précise : " Ce gâchis est un lourd handicap au moment où la révolution technologique semble entraîner la France dans un nouveau cycle de croissance... ".
Cette question ne peut nous laisser indifférents. Le problème posé est de savoir si , même avec de bonnes prévisions de croissance, grâce à la révolution technologique, lon peut " se payer le luxe dun Etat plus dépensier que la moyenne des autres ". La réponse est évidemment négative. Il faut dabord considérer tous les investissements qui restent encore à faire pour accompagner la révolution technologique, en équipant les services publics les plus indispensables (éducation, culture, santé, insertion). Dans cette perspective, il serait hautement souhaitable de récupérer partie des dizaines de milliards gaspillés par la mauvaise gestion, afin de les affecter à des dépenses publiques véritablement utiles à la croissance.
Mais dautres perspectives apparaissent, plus directement liées au rôle éventuel de la révolution technologique, symbolisée par le développement dInternet, au service de la réforme de lEtat et de la modernisation de notre structure administrative décentralisée (régions, départements, communes...).
Nous pensons tout dabord que lusage systématique dInternet, tant par les administrations que par les citoyens, peut apporter de meilleures performances de gestion, et surtout plus de transparence, dans lutilisation des crédits publics Si cela était le cas, les abus dénoncés par Capital, ainsi que tous les autres dont on ne parle pas, deviendraient plus difficiles. Largent public pourrait donc être mieux utilisé.
Capital nous présente dix exemples de gaspillages, dus à la mauvaise gestion, sinon suggère le journal , à des raisons encore moins avouables. Deux dentre eux concernent les collectivités locales : la Mairie de Paris et le Conseil Général des Bouches du Rhône - trois autres intéressent des organismes publics soumis à la tutelle de lEtat : lhôpital George Pompidou, Aéroport de Paris et France Télévision - quatre relèvent de la responsabilité de lEtat : le ministère des anciens combattants, lInstitut National de la Statistique (INSEE), le ministère de la défense (porte-avions Ch. De Gaulle), le ministère de léconomie et des finances (Consortium de réalisation des actifs du Crédit Lyonnais). Le dernier cas est celui de la Commission européenne. Le manque de moyens et dautorité de la Cour des Comptes et des autres organismes de contrôle, dont lutilité nest pas niée, est également souligné.
Or une constatation simpose : dans la plupart des cas cités, un usage systématique de lInternet pour publier sur le web les débats précédant les choix, les décisions administratives qui sen sont suivies, les comptabilités dexécution, les résultats finaux obtenus, aurait certainement contribué à responsabiliser les décideurs et les exécutants. Cest là lenjeu de la transparence. Imposer la publicité des considérants, tenants et aboutissants de laction administrative nest pas en soi un gage de bonne gestion, mais constitue un garde-fou évident avant des décisions précipitées, voire déventuelles tentations de dérive. Cest également préparer le terrain à une intervention plus efficace des corps de contrôle ou, dans la pire des hypothèses, à la saisine des juges. Aucune amélioration sérieuse de gestion ne peut être attendue dun fonctionnaire ou dun homme politique qui a la possibilité (cas heureusement relativement rares) de dépenser les ressources publiques sans pratiquement rendre de compte.
Ceci dit, revenons au cur même de la réforme de lEtat, dans une prévision de croissance tirée par la révolution technologique. Il serait évidemment inadmissible de prendre prétexte de cette croissance retrouvée pour ne pas réformer lEtat. Nous avons indiqué au début de cet article que des investissements nécessaires au soutien à long terme de la croissance simposent déjà, par exemple dans le domaine éducatif, et nécessitent donc la chasse aux gaspillages immédiats.
Mais la révolution technologique de la société de linformation peut faire espérer plus. Il est évident que les besoins sadressant à lEtat ne diminueront pas. Lon ne pourra pas non plus espérer augmenter les prélèvements ni les emprunts. Sans doute même faudra-t-il les diminuer progressivement, ou tout au moins les harmoniser avec ceux des autres pays de lUnion Européenne. Il faudra donc bien, service par service, ministère par ministère, repenser entièrement lutilisation des structures administratives et des hommes. Ceci veut dire notamment quil faudra en permanence arbitrer entre la poursuite dinvestissements traditionnels, souvent somptuaires ou devenus inutiles, et le lancement de programmes nouveaux politiquement et socialement prioritaires. Ces choix simposeront non seulement à lEtat, mais à tous les organismes publics. Faut-il du marbre dans les sièges des Conseils Généraux et des hôpitaux, plutôt que des réseaux éducatifs et de santé ? Faut-il continuer à veiller sur des anciens combattants en voie dextinction, plutôt quassurer le retour dune administration de proximité dans les banlieues ? Faut-il un indice des prix sophistiqué plutôt quune meilleure connaissance des données épidémiologiques ? Faut-il enfin un porte-avion nucléaire seul de son espèce plutôt quun réseau de satellites dobservation militaire ?
Les véritables enjeux de bonne gestion et, finalement, de démocratie que nous propose la révolution technologique, cest bien de pouvoir, par Internet comme parallèlement dans les médias plus traditionnels, poser de telles questions, encourager les débats qui sensuivront, mieux sensibiliser enfin les citoyens au rôle quils devront jouer à lheure de lélectronique dans la prise des décisions finales.
http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/gaspi.htm