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Moderniser les administrations ou les démocratiser ?

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Editorial  de Jean-Paul Baquiast

28 décembre 1999

En cette fin de 1999, qui marque aussi la 5e année où l'on parle du rôle d'Internet pour la modernisation des administrations françaises, nous pouvons nous demander si l'objectif donné était le bon.

Il est évident qu'apprendre à se servir des immenses ressources offertes par les réseaux modernes est indispensable aux administrations d'aujourd'hui. Si les citoyens veulent pouvoir continuer à compter sur un minimum de régulation et de protection face aux risques du monde actuel, ils doivent demander à leurs administrations d'utiliser au mieux les technologies et méthodes qui font le succès des initiatives privées. La modernisation par Internet des administrations est la condition de leur efficacité, et donc de leur survie.

Des administrations qui diffusent les données qu''elles produisent, qui simplifient les procédures, qui savent mieux s'acquitter de leurs missions en matière d'éducation, de santé, mais aussi de contrôle et de lutte contre les fraudes, sont attendues de tous aujourd'hui. En France, dans ces directions, les progrès permis par Internet paraissent encore trop lents à beaucoup de gens, mais sont indéniables.

Ceci dit, l'extraordinaire succès d'Internet parmi les démocrates idéalistes - il en reste - tient au fait que ces sympathiques naïfs y voient aussi un instrument merveilleux pour élargir les possibilités de prise de parole et de passage à l'acte, au bénéfice de personnes qui en étaient jusqu'alors privées.

Pour ces naïfs - parmi lesquels, je crois, beaucoup de correspondants d'Admiroutes souhaitent se compter - les administrations ne doivent pas seulement être plus efficaces, mais aussi plus ouvertes, plus démocratiques. Le mot est un peu galvaudé. Mais il veut quand même dire quelque chose de précis. Des administrations démocratiques sont d'abord des administrations où la base militante des agents de terrain est associée au fonctionnement d'ensemble par des hiérarchies qui savent déléguer. Mais ce sont surtout des administrations qui savent mieux collaborer avec les citoyens. Il ne s'agit pas seulement de mieux répondre à leurs besoins, mais aussi de meiux travailler en partenariat avec eux.

Et Dieu sait que cela va être nécessaire, dans le siècle qui vient. L'exemple de la pollution marine par le pétrole de l'Erika nous parait exemplaire. Il est clair que si de telles désastres arrivent encore, c'est parce que les administrations, en France et ailleurs, ont capitulé devant les intérêts commerciaux les plus irresponsables. Pour regagner le terrain perdu, face à ces intérêts, organisés depuis longtemps en solides bastilles, au plan international et national, les Etats et leurs administrations auront besoin de tout l'appui des organisations citoyennes militantes.  Rien que dans l'organisation quotidienne des secours, il apparait que les services de terrain, débordés, devraient travailler systématiquement avec les bénévoles. Ceux-ci peuvent paraître brouillons aux experts. Il reste qu'avec Internet, notamment, les initiatives associatives montrent une capacité de réaction et d'anticipation sur laquelle les "officiels" devraient apprendre à compter.

Or, sans faire le prophète, l'on peut pronostiquer que de telles occasions vont se multiplier. Il y aura d'abord les suites à donner à la multilatéralisation et à la libéralisation des échanges (l'OMC, pour parler comme José Bové). Mais il y aura surtout les mesures qu'il faudra bien se résoudre à prendre, au plan international, pour lutter contre la dégradation de plus en plus rapide de l'environnement, l'appauvrissement des espèces vivantes, le réchauffement de la terre.

Les citoyens conscients des risques du laisser-faire se tourneront nécessairement vers les Etats pour agir. Mais ceux-ci se heurteront à l'obstruction de puissantes multinationales, dont ils se révèleront être, dans beaucoup de cas, les otages. Il faudra que se constituent des alliances entre les fonctionnaires soucieux de voir leurs administrations continuer à jouer leur rôle, au service de l'intérêt général, et les organisations citoyennes militant dans le même sens. Pour cela, les échanges d'information et la coordination des actions utiliseront systématiquement Internet.

L'on voit déjà ceci s'esquisser aux Etats-Unis. Si le gouvernement américain, sous la pression des industriels, refuse encore de signer des accords internationaux destinés à diminuer de façon concertée les émissions polluantes et le réchauffement de l'atmosphère, de nombreux citoyens américains, d'accord avec certains fonctionnaires des agences fédérales, ou certains scientifiques conscients des risques, se retrouvent sur Internet pour tenter d'infléchir la politique de leur gouvernement. Ils y arriveront peut-être, surtout s'ils sont appuyés par des mouvements homologues dans d'autres pays.

Dans l'immédiat, en matière de régulation du transport maritime, l'on se trouve dans la même situation. Il faudra qu'Internet soit utilisé en permanence pour souder les efforts de tous ceux de par le monde qui veulent voir disparaître des navires et des pratiques qui relèvent du pire des "libéralismes".

L'ouverture démocratique des administrations vers les citoyens, que nous souhaitons tous ici,  ne se limitera évidemment pas à des luttes communes contre la pollution, mais ces dernières en feront partie.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/democrat.htm
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