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Les parlementaires plastiquent-ils l'Etat (en Corse)?

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Editorial de Jean-Paul Baquiast

17 et 19 novembre 1999

Ce matin mercredi  17 novembre, je suppose que tous les fonctionnaires de l'Etat,,en entendant à la radio mentionner les dysfonctionnements des services publics en Corse, ont du se dire que les défauts relevés par la Commission parlementaire que préside Raymond Forni (voir AFP http://www.afp.com/francais/produits/?cat=online&page=web&item=2&story=991116205722.5eo7rkam) n'étaient peut-être pas seulement limités à la Corse. Un hebdomadaire satirique paraissant le mercredi titre sur le fait que les parlementaires plastiquent l'Etat. Ferons-nous de même si nous reprenons le propos ici, mais en ne le limitant pas à la Corse? La situation y est exceptionnelle, certes, mais, à bien moindre échelle évidemment, ne se retrouve-t-elle pas ailleurs?

Comprenons-nous bien. Nous sommes nombreux à penser que faire apparaître les dysfonctionnement des administrations, et proposer des remèdes, issus notamment des solutions offertes par la société de l'information, ce n'est pas plastiquer l'Etat, mais consolider ses fondements. A cet égard, ni les parlementaires, ni les journalistes, ni les fonctionnaires eux-mêmes, sous réserve de la nécessaire réserve, ne peuvent être critiqués s'ils évoquent ce qui ne marche pas bien dans l'appareil étatique, et suggèrent des remèdes. A l'appareil étatique, nous ajouterons d'ailleurs celui de professions vivant dans son sillage, et jugées par le naïf au dessus de tous soupçons, comme  celle des hommes de loi. Tout ceci travaille trop encore en France à l'abri de beaucoup de silences qui ne sont pas sains, et n'encouragent en tous cas pas les améliorations.

Quel fonctionnaire ne connaît pas les conséquences malheureuses du cloisonnement entre administrations, qui tourne souvent à la guerre des services? Qui n'a constaté trop fréquemment l'absence de coopération (dans les deux sens) entre administrations et justice? Qui n'a déploré les dégâts résultant de chefs à qui les titres sont montés à la tête et se comportent en proconsuls? Qui n'a regretté les occasions perdues, dans le nécessaire dialogue entre les bureaux et les citoyens? Point n'est besoin d'aller en Corse pour trouver des exemples. Certes, les qualités, inverses de ces défauts, se rencontrent aussi, mais les premières ne doivent pas servir d'abri aux secondes.

Ce que nous ajouterons (cela devient un refrain ici, dont nous ne nous lasserons pas), c'est que la société de l'information, les outils du travail coopératif et de transparence qu'offrent les divers internets et intranets, sont à privilégier dans la perspective d'une réforme en profondeur. Ne prenons qu'un exemple. Si le projet SIT (Systèmes d'informations territoriaux http://www.fonction-publique.gouv.fr/sit/accueilsit.htm) développé par le Programme d'Action Gouvernemental (PAGSI)  en matière d'échanges entre services déconcentrés et collectivités locales est pris au sérieux sur le terrain, certains refus de coopération deviendront plus difficiles. De telles solutions ne répondront pas à tous les besoins d'Etat, ni en Corse ni ailleurs, mais elles contribueront beaucoup à l'amélioration globale, au service des bonnes volontés qui ne manquent certainement pas. Voilà encore un beau sujet de réflexion pour les jeunes de l'ENA.

Post-scriptum au 19 novembre 1999:
L'on entend certaines personnalités regretter que les deux assemblées aient rendu publics leurs rapports, y compris sur Internet:
http://www.assemblee-nationale.fr/2/dossiers/corse99/2corse99.htm
http://www.senat.fr/rap/l99-069/l99-069.html
Aurait-il mieux valu que ces rapports restent confidentiels, ou plutôt soient distillés par bribes à l'initiative d'initiés nécessairement polémiques. Un rapport, particulièrement s'il émane du Parlement, est nécessairement "politique", au sens noble du terme. Ce n'est pas une raison pour que le citoyen électeur en soit privé. Saluons donc avec beaucoup de satisfaction la démarche de mise en ligne systématique des travaux parlementaires, adoptée désormais par nos deux assemblées.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/corse.htm
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