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Cogemalahague.fr, information objective ou poudre aux yeux?

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Editorial de Jean-Paul Baquiast

8 novembre 1999

Je n'ai pas vu beaucoup de commentaires concernant la campagne de communication lancée par la Cogéma, et par pages entières des journaux, sur le thème de la sureté nucléaire et de la transparence: "Cogéma, nous n'avons rien à vous cacher: toutes les réponses à toutes vos questions". Rappelons que la Cogéma est l'usine de retraitement du combustible nucléaire de La Hague, fréquemment mise en cause par les écologistes et les anti-nucléaires, notamment pour les rejets de ses émissaires dans l'environnement, ou le danger des convois de combustible retraité.

Ce qui me parait intéressant, c'est le rôle donné par la Cogéma à son site web, www.cogemalahague.fr , en parallèle sinon en priorité relativement aux deux autres moyens de communication proposés: le numéro vert et la visite des lieux*. Il est utile de réfléchir à l'opération "Cogéma sur le web" dans le cadre d'Admiroutes, car nous sommes en plein milieu d'une question politique fondamentale: la société de l'information améliore-t-elle la transparence et la démocratie, ou se borne-t-elle à donner aux pouvoirs en place de nouveaux moyens pour mieux abuser et subjuguer le citoyen.

Pour amorcer le débat, je vous suggère quelques commentaires et des suggestions, relativement au site web de la Cogéma..

Commentaires

- les industriels français du nucléaire commencent à comprendre qu'ils doivent utiliser Internet  en première ligne dans leur communication, ce dont ne se privent pas les écologistes et mouvements anti-nucléaire, au moins à l'étranger. Cogéma, sans doute le maillon le plus sensible, ouvre le feu. Les autres industriels, par exemple EDF, devront aussi le faire. Il s'agit d'une reconnaissance significative de la puissance d'Internet, dont peu d'institutions en France donnent encore l'exemple.

- le site est techniquement bien fait, encore qu'exigeant une certaine expérience de la part de l'internaute. C'est ainsi que je n'ai pas trouvé immédiatement la rubrique Contact, qui m'intéressait en priorité**. Le site utilise les webcams, c'est-à-dire des caméras permettant de visualiser en temps réel ce qui se passe dans certains endroits sensibles de l'usine. Cette pratique est encore peu répandue en France. Elle fera référence. Elle s'impose dans les sites industriels.

- les  contenus d'informations fournis, incluant les liens, sont riches, tout au moins pour un ignorant de la chose nucléaire. Des fiches techniques avec glossaire, des cartes, des schémas et photos, sont abondamment délivrés. Les données, nous dit-on, devraient être régulièrement actualisées. Même les webcams, qui peuvent paraître un gadget, nous mettent dans une certaine mesure au coeur de l'usine. Il ne s'agit donc pas d'une information-poudre aux yeux, mais d'éléments techniques et économiques qu'il faut connaître pour discuter utilement du retraitement, en particulier, et du nucléaire en général.

- l'interactivité est réduite au minimum, voire nulle. La rubrique Contact nous permet de remplir une fiche de questions, mais il ne s'agit en aucun cas d'un forum de discussion. Ceci nuit beaucoup à l'opération séduction.

- d'une façon générale, nous pouvons donc conclure qu'il s'agit d'un premier pas tout à fait intéressant donnant la première place à Internet dans la voie de la transparence et de la démocratie, Nul autre média ne pourrait offrir la même richesse d'informations à autant de monde à la fois. Mais est-ce suffisant? Certainement pas.

Suggestions

- la Cogéma ne nous livre évidemment pas une information objective - si ce terme correspond à quelque chose -. Elle ne publie que ce qu'elle veut bien communiquer. Les caméras elles-mêmes  ne sont certainement pas placées dans des endroits que, tant pour la sécurité anti-agression du site, que pour le maintien de différentes formes de confidentialité, nous n'avons pas le droit de voir. La richesse du site et l'abondance des informations communiquées  nous rappelent par ailleurs que nous sommes en face d'un "pouvoir" particulièrement fort, qui a bien l'intention de nous séduire. Un réflexe de méfiance est inévitable.

- ceci d'autant plus que, si la Cogéma jouait davantage la carte de l'interactivité, elle pourrait, sans prendre véritablement de risques, nous convaincre que nous ne sommes pas en face de ce pouvoir qui s'expose à nous, fier et dominateur, mais d'un pouvoir acceptant d'évoluer sous l'effet d'un dialogue plus partagé, et sur lequel nous pourrions agir. Beaucoup de français ne veulent pas la mort du nucléaire, mais ils peuvent souhaiter faire pression, par exemple en matière de sureté, pour que celle-ci, certainement déjà grande, soit encore renforcée, et qu'ils puissent être associés à ce renforcement.

- c'est pourquoi, tant que le site n'offrira pas un forum public, nous ne pourrons nous estimer satisfaits. Ce forum devrait être sur le type du nôtre, les Cahiers de Doléances où les questions des intervenants sont publiées telles que reçues (sauf un toilettage de forme par le webmestre). Si la Cogéma estime devoir y répondre, elle le fera, soit dans les FAQ, soit au fil des questions. Mais le citoyen n'y sera pas censuré a priori, même si certains messages paraissent gênants pour le nucléaire. De toutes façons, si ces messages ne sont pas publiés sur le site de la Cogéma, ils le seront ailleurs.

- ceci nous conduit à la dernière suggestion. Je suis moi-même loin d'être un anti-nucléaire. Beaucoup de ceux-ci ne sont pas eux-mêmes suffisamment transparents pour justifier un soutien sans conditions. Mais j'ai comme beaucoup de gens une sensibilité écologique et "défense du consommateur". Cette sensibilité doit s'exprimer et se conforter dans des sites webs ouverts largement au grand public, et pas seulement dans des listes de diffusion confidentielles. Il faudra donc que l'initiative de la Cogéma sur le web trouve vite sa contrepartie sur les sites écologistes ou consommateurs, et que les arguments de ces derniers se fassent suffisamment connaître, via le web, pour contrebattre la puissance du budget publicitaire des industries nucléaires. Celles-ci seraient d'ailleurs bien avisées de faire tous liens utiles sur les sites de leurs contradicteurs.

* La Cogéma oublie, notons-le, le minitel, ce qui est heureux.
** A la date de ce jour, le formulaire de questions, que j'avais rempli, ne peut pas être envoyé, faute du bouton Envoi. Ceci n'est pas très malin

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/cogemala.htm
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